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Fiches/Philosophie/Le devoir et la liberté
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Le devoir et la liberté

Le devoir et la liberté sont deux notions du programme de terminale, examinées sous la perspective dominante de la morale et de la politique. La fiche articule l’obligation morale (devoir, bonne volonté, impératif catégorique) et le problème de la liberté (libre arbitre, déterminisme, responsabilité), pour montrer comment Kant fonde le devoir sur l’autonomie de la volonté : loin de s’opposer, devoir et liberté peuvent se co-impliquer.

5 sections·~23 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·101010 / 13
Profil d’examen
Analyser la notion de devoir et la distinguer de notions et de motifs voisins : la contrainte, l’intérêt et l’inclination (repère obligation / contrainte).Problématiser la liberté : le libre arbitre est-il une réalité, une illusion ou une conquête ? Liberté et déterminisme sont-ils incompatibles ?Articuler le devoir et la liberté : comprendre l’autonomie de la volonté comme fondement de l’obligation morale (Kant) et examiner le rapport entre liberté et responsabilité.Mobiliser des distinctions conceptuelles — repères obligation / contrainte, légal / légitime, en fait / en droit, contingent / nécessaire, cause / fin — pour construire un raisonnement argumenté sur la morale et la liberté.
Opérateurs :analyserdistinguerdéfinirproblématiserargumenterjustifierconfronterinterpréter un texteillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d’abord les distinctions de base (devoir / contrainte, devoir / intérêt, libre arbitre / déterminisme) et une thèse claire par auteur (Kant, Spinoza, Descartes, Sartre), chacune appuyée sur un exemple précis.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, sachez articuler les notions entre elles : montrer en quoi l’autonomie kantienne réconcilie devoir et liberté, et discuter la compatibilité entre déterminisme et responsabilité (Spinoza contre Sartre) sans confondre liberté psychologique, liberté morale et liberté politique.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. Le devoir et la liberté
    • 01Le devoir : obligation morale, contrainte et intérêt○
    • 02L’autonomie de la volonté : le devoir kantien et l’impératif catégorique◐
    • 03La liberté en question : libre arbitre et déterminisme◐
    • 04Liberté, existence et responsabilité : Sartre●
    • 05Articuler devoir et liberté : suis-je libre parce que je dois ?●
§ 01

Le devoir : obligation morale, contrainte et intérêt#

●○○BaseLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Le devoir et les motifs voisins de l’action

Le devoir et les motifs voisins de l'actionGraphe, Devoir → Contrainte, Devoir → Intérêt, Devoir → InclinationDevoirContrainteIntérêtInclinationje subisje profitej'ai envie
Fig. 1Le devoir (obligation morale) se distingue de trois motifs voisins : la contrainte (force extérieure subie — « je subis »), l'intérêt (calcul utile — « je profite ») et l'inclination (penchant sensible — « j'ai envie »). Agir par devoir, c'est agir par respect de la loi, non par l'un de ces motifs.

Points clés

Le devoir est une « obligation » morale : un acte que je dois accomplir parce qu’il est bon, indépendamment de mon envie ou de mon avantage. Il se reconnaît à sa forme impérative — « tu dois » — et à son caractère inconditionnel. Le devoir s’adresse à un être qui peut aussi ne pas l’accomplir : il n’a de sens que pour une volonté libre.
Distinction-clé : l’obligation n’est pas la contrainte (repère obligation / contrainte). La contrainte est une force extérieure qui m’oblige physiquement ou par la menace (la peur du gendarme) : j’y cède sans y consentir. L’obligation morale, elle, est intérieure : elle oblige ma volonté sans la forcer. Je peux toujours désobéir au devoir, jamais à la pesanteur.
Le devoir se distingue aussi de l’intérêt. Agir par intérêt, c’est agir en vue d’un avantage (le commerçant honnête par calcul commercial). L’acte peut être conforme au devoir tout en étant accompli pour un tout autre motif : la conformité extérieure (légalité) ne suffit pas à la valeur morale, qui tient au motif (la moralité).
Le devoir se distingue enfin de l’inclination (le penchant sensible, la sympathie spontanée). Faire le bien par goût est estimable, mais ce n’est pas encore agir par devoir. Kant soutient qu’un acte n’a de valeur proprement morale que s’il est accompli « par devoir », c’est-à-dire par respect de la loi morale, et non seulement « conformément au devoir ».
Repères à mobiliser : légal / légitime (ce qui est conforme à la loi positive n’est pas forcément juste), et en fait / en droit (en fait les hommes agissent par intérêt, mais en droit le devoir s’impose à toute volonté raisonnable).
Exemple corrigé

Distinguer l’obligation morale de la contrainte

N’y a-t-il de devoir que contraignant ? Dégagez le problème, puis montrez que l’obligation morale se distingue de la contrainte.

  1. 01Dégager le problème

    On éprouve souvent le devoir comme une pression : il faudrait y être contraint pour s’y plier. Mais si le devoir n’était que contrainte, l’acte moral n’aurait aucune valeur, car il serait subi. Le problème : le devoir oblige-t-il comme une force, ou autrement ?

  2. 02Examiner la thèse de la contrainte

    La contrainte est extérieure et physique (ou psychologique) : elle supprime l’alternative. Sous la menace, je n’ai pas le choix. Or « devoir » suppose que je puisse aussi ne pas le faire : on ne dit pas d’une pierre qui tombe qu’elle « doit » tomber au sens moral.

  3. 03Opposer l’obligation

    L’obligation morale est intérieure : elle oblige ma volonté sans la forcer (repère obligation / contrainte). Je reste libre de désobéir : c’est pourquoi il y a du mérite à obéir et de la faute à transgresser. Le devoir s’adresse à une volonté libre.

  4. 04Conclure

    Le devoir n’est donc pas une contrainte mais une obligation : il ne supprime pas ma liberté, il la suppose. Loin de s’opposer, devoir et liberté se conditionnent — ce que la suite (Kant) pensera comme autonomie.

Résultat : Le devoir n’a de sens que pour un être libre : l’obligation morale oblige sans contraindre. Réduire le devoir à la contrainte, c’est en supprimer la dimension morale même.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir poser dès l’introduction la distinction devoir / contrainte / intérêt / inclination, au lieu de traiter « le devoir » comme une notion évidente.
  • Objectif Bac : illustrer la différence conformité au devoir / action par devoir par un exemple précis (le commerçant honnête par calcul contre le commerçant honnête par principe) — l’exemple bien choisi est valorisé.
  • Objectif Bac : utiliser correctement le couple légal / légitime pour montrer qu’obéir à une loi (légalité) ne se confond pas avec agir moralement (moralité).

Erreurs fréquentes

  • Confondre l’obligation morale et la contrainte : dire « je suis obligé » pour « je suis forcé ». Si le devoir était une contrainte, il n’y aurait plus de mérite ni de faute, puisque je ne pourrais pas faire autrement.
  • Croire qu’un acte conforme au devoir est nécessairement moral. Un acte peut être extérieurement irréprochable et intérieurement intéressé : la valeur morale tient au motif, pas seulement au résultat.
  • Réduire le devoir à une liste de règles sociales reçues (la politesse, la coutume), en oubliant que le devoir moral prétend valoir universellement, et non par simple convention.

Révision active

N’y a-t-il de devoir que contraignant ? Distinguez l’obligation morale de la contrainte extérieure et de l’intérêt, puis demandez-vous si un devoir librement reconnu reste un devoir.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions, dont « le devoir » et « la liberté ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 02

L’autonomie de la volonté : le devoir kantien et l’impératif catégorique#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Le test de l’impératif catégorique et l’autonomie de la volonté

Le test de l'impératif catégorique (Kant)Graphe, 1. Ma maxime (règle de l'action) → 2. Universaliser : « si tous… ? », 2. Universaliser : « si tous… ? » → Contradiction → interdit, 2. Universaliser : « si tous… ? » → Sans contradiction → permis1. Ma maxime(règle del'action)2. Universaliser: « si tous… ? »Contradiction →interditSanscontradiction →permis
Fig. 2Test de l'impératif catégorique : pose ta maxime, puis universalise-la (« et si tous agissaient ainsi ? »). Si elle se détruit (contradiction), l'action est interdite ; si elle tient, elle est permise. La volonté se donne ainsi à elle-même la loi : c'est l'autonomie.

Points clés

La « bonne volonté » est, selon Kant, la seule chose bonne sans restriction (Fondements de la métaphysique des mœurs) : ni les talents, ni le bonheur, ni même le succès de l’action ne sont bons en eux-mêmes ; seule l’est l’intention d’agir par devoir. La valeur morale tient au motif, non au résultat.
L’impératif catégorique commande inconditionnellement, à la différence de l’impératif hypothétique qui dit « si tu veux X, fais Y ». Le devoir ne dit pas « si tu veux être bien vu, sois honnête », mais « sois honnête », un point c’est tout. Sa formule : agis seulement d’après la maxime dont tu peux vouloir qu’elle devienne une loi universelle.
Le test d’universalisation : pour savoir si une maxime (la règle subjective de mon action) est morale, je me demande si je pourrais vouloir qu’elle vaille pour tous sans contradiction. La maxime « je promets sans tenir » se détruit elle-même si elle devient universelle (plus personne ne croirait aux promesses) : elle est donc interdite.
L’autonomie de la volonté est le fondement de l’obligation : la volonté raisonnable se donne à elle-même la loi qu’elle suit (auto + nomos). À l’opposé, l’hétéronomie fait dépendre la volonté d’un principe extérieur (le plaisir, l’autorité, la crainte). Obéir au devoir, ce n’est donc pas se soumettre : c’est obéir à la loi qu’on s’est prescrite — donc être libre.
Conséquence décisive pour le thème : l’autonomie réconcilie devoir et liberté. Je ne suis pas libre malgré le devoir, mais par lui : la liberté n’est pas l’absence de loi (ce serait l’arbitraire des penchants, donc l’hétéronomie), mais l’obéissance à une loi que la raison se donne. « Le respect » est le sentiment moral par lequel cette loi se fait sentir à un être sensible.
Exemple corrigé

Appliquer le test d’universalisation : la fausse promesse

Suis-je en droit de faire une promesse que je n’ai pas l’intention de tenir, si cela m’est utile ? Traitez la question avec l’impératif catégorique.

  1. 01Formuler la maxime

    La maxime de mon action serait : « quand j’ai besoin d’argent, je promets de rembourser tout en sachant que je ne le ferai jamais ». C’est la règle subjective qui guide mon acte.

  2. 02Tenter de l’universaliser

    J’applique le test : puis-je vouloir que cette maxime devienne une loi universelle, valable pour tous ? J’imagine un monde où chacun promet sans intention de tenir.

  3. 03Faire apparaître la contradiction

    Dans un tel monde, plus personne ne croirait aux promesses : l’institution même de la promesse s’effondrerait. Or ma maxime suppose que les autres y croient encore (sinon je n’obtiendrais rien). La maxime universalisée se détruit elle-même : elle est contradictoire.

  4. 04Conclure sur le devoir

    Puisque je ne peux pas vouloir cette maxime comme loi universelle sans contradiction, l’acte est moralement interdit. Le devoir de tenir ses promesses ne dépend ni de mon intérêt, ni des conséquences : il est catégorique.

Résultat : La fausse promesse est immorale : sa maxime ne passe pas le test d’universalisation. La raison, en se prescrivant cette loi, agit de façon autonome — et c’est en lui obéissant que la volonté est libre.

Schritt-für-Schritt Erklärung4 Schritte
  1. 1

    Pour Kant, une seule chose est bonne sans condition : la bonne volonté. Ni les talents, ni la réussite, ni même le bonheur ne valent moralement par eux-mêmes — seule compte l’intention d’agir par devoir.

  2. 2

    Le devoir s’exprime par un impératif catégorique : il ne dit pas « si tu veux être bien vu, sois honnête », il dit « sois honnête », sans condition. Sa formule : agis seulement d’après une maxime dont tu peux vouloir qu’elle devienne une loi universelle.

  3. 3

    Je teste alors ma maxime : et si tous agissaient ainsi ? Si la règle universalisée se contredit — comme la fausse promesse, qui détruit la confiance qu’elle suppose — l’acte est interdit.

  4. 4

    La leçon décisive : en suivant cette loi, la volonté n’obéit qu’à elle-même. C’est l’autonomie. Loin de m’asservir, le devoir m’affranchit des penchants : je suis libre non pas malgré la loi, mais par elle.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir formuler l’impératif catégorique et l’opposer à l’impératif hypothétique, en appliquant le test d’universalisation à une maxime précise (le mensonge, la promesse non tenue).
  • Objectif Bac : expliquer pourquoi, chez Kant, l’autonomie articule devoir et liberté — c’est le cœur argumentatif du thème « le devoir et la liberté » et un attendu central.
  • Objectif Bac : ne pas se contenter de réciter Kant, mais savoir le discuter (le formalisme, le conflit des devoirs, la question du mensonge) pour montrer une pensée personnelle.

Erreurs fréquentes

  • Confondre l’impératif catégorique avec la règle d’or « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît ». Kant teste la cohérence logique d’une maxime universalisée, pas mes préférences ni mes désirs.
  • Croire que l’autonomie signifie « faire ce que je veux ». C’est l’inverse : l’autonomie est l’obéissance à la loi que la raison se donne ; « faire ce que je veux » au gré des penchants est précisément l’hétéronomie.
  • Juger la moralité d’un acte kantien à ses conséquences. Pour Kant, c’est le motif (agir par devoir) qui fait la valeur morale, même si l’action échoue dans ses effets.

Révision active

Suis-je vraiment libre lorsque j’obéis au devoir ? Appuyez-vous sur la distinction kantienne autonomie / hétéronomie pour soutenir que l’obéissance à la loi morale peut être l’exercice même de la liberté.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions, dont « le devoir » et « la liberté ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 03

La liberté en question : libre arbitre et déterminisme#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Trois positions sur le libre arbitre et le déterminisme

Trois positions sur le libre arbitreTableau de 4 colonnes et 3 lignes, Données: Critère · Descartes · Spinoza · Sartre; Thèse · libre arbitre réel · = une illusion · liberté absolue; Argument · volonté infinie · on ignore les causes · existence avant essence; Déterminisme · limité au physique · tout est déterminé · refusé (mauvaise foi), cellule mise en évidence : = une illusionCRITÈREDESCARTESSPINOZASARTRETHÈSElibre arbitre réel= une illusionliberté absolueARGUMENTvolonté infinieon ignore les causesexistence avant essenceDÉTERMINISMElimité au physiquetout est déterminérefusé (mauvaise foi)
Fig. 3Trois positions sur le libre arbitre : Descartes (réel — la volonté est infinie ; le déterminisme se limite au physique), Spinoza (illusion — nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes qui nous déterminent ; tout est déterminé), Sartre (liberté absolue — l'existence précède l'essence ; le déterminisme est refusé comme mauvaise foi).

Points clés

Le libre arbitre est le pouvoir de la volonté de se déterminer sans y être contrainte, de choisir entre des possibles. La question du thème : ce pouvoir est-il une réalité, une illusion ou une conquête ? Trois grandes réponses : Descartes (réalité), Spinoza (illusion), Sartre (liberté absolue).
Descartes : le libre arbitre est « la plus grande des perfections » de l’homme, ce par quoi il porte l’image de Dieu. La volonté est infinie. Mais il y a des « degrés » de liberté : la liberté la plus haute n’est pas l’indifférence (choisir au hasard, faute de raisons), c’est se déterminer clairement vers le vrai et le bien — l’indifférence est « le plus bas degré » de la liberté.
Spinoza : le libre arbitre est une illusion. « Les hommes se croient libres parce qu’ils ont conscience de leurs actions et ignorent les causes qui les déterminent » (Lettre 58 à Schuller ; la même thèse parcourt l’Éthique, livre I, appendice). L’exemple de la pierre lancée, dans cette même lettre : consciente de son mouvement, elle se croirait libre, ignorant la main qui l’a jetée. Le déterminisme est universel : tout suit nécessairement de la nature.
Mais chez Spinoza la liberté n’est pas niée, elle est redéfinie : est libre « ce qui existe par la seule nécessité de sa nature ». La vraie liberté est la connaissance adéquate de la nécessité : comprendre les causes qui nous meuvent, c’est cesser d’en être l’esclave passif. Liberté et nécessité ne s’opposent donc pas (compatibilisme) ; liberté et contrainte, oui.
Repères à mobiliser : contingent / nécessaire (le libre arbitre suppose la contingence du choix ; le déterminisme, la nécessité de tout événement) et cause / fin (le déterminisme explique par les causes antécédentes, la liberté semble agir en vue de fins).
Exemple corrigé

Le libre arbitre est-il une illusion ?

Le libre arbitre est-il une illusion ? Confrontez Descartes et Spinoza, puis dégagez une position nuancée.

  1. 01Poser le problème

    Nous éprouvons un sentiment vif de liberté : il me semble que je pouvais agir autrement. Mais ce sentiment prouve-t-il un pouvoir réel, ou n’est-il qu’une apparence ? Le problème oppose l’expérience intérieure du choix et l’exigence d’une explication par les causes.

  2. 02Affirmer le libre arbitre (Descartes)

    Descartes y voit la plus grande des perfections : la volonté est infinie, et son indépendance se sent immédiatement (je peux suspendre mon jugement). Le doute lui-même atteste un pouvoir libre de l’esprit. La liberté n’est pas l’indifférence, mais l’adhésion claire au vrai et au bien.

  3. 03Objecter avec Spinoza

    Spinoza renverse : le sentiment de liberté vient de ce que nous avons conscience de nos désirs, mais ignorons leurs causes. Telle la pierre lancée qui, consciente, se croirait libre. Le libre arbitre serait l’illusion d’une conscience incomplète.

  4. 04Dépasser l’alternative

    On peut refuser le dilemme : même si nos actes ont des causes, comprendre ces causes transforme notre rapport à elles. La liberté ne serait pas l’absence de détermination, mais la nécessité comprise (Spinoza) ou l’autonomie de la raison (Kant).

Résultat : Le libre arbitre, entendu comme pouvoir indéterminé de choisir, est sans doute en partie illusoire ; mais la liberté, comprise comme connaissance de la nécessité ou autonomie, demeure une conquête réelle. La question n’est pas « suis-je déterminé ? » mais « comment puis-je devenir libre ? ».

Objectif Bac

  • Objectif Bac : distinguer trois questions souvent confondues — la liberté d’indifférence, la liberté comme connaissance de la nécessité, et la liberté politique — pour problématiser au lieu d’opposer naïvement « libre » et « déterminé ».
  • Objectif Bac : citer et expliquer précisément l’argument spinoziste (la pierre, l’ignorance des causes) et le distinguer d’un simple fatalisme du « tout est écrit ».
  • Objectif Bac : montrer que déterminisme et liberté peuvent être compatibles (Spinoza), pour éviter le faux dilemme « ou bien tout est libre, ou bien rien ne l’est ».

Erreurs fréquentes

  • Confondre déterminisme et fatalisme. Le déterminisme dit que tout a une cause ; le fatalisme dit que le résultat arrivera quoi que je fasse. Le déterminisme n’abolit pas l’efficacité de mes actes : il les inscrit dans la chaîne des causes.
  • Croire que la liberté d’indifférence (choisir sans raison) est la liberté la plus haute. Pour Descartes, c’est le plus bas degré : la vraie liberté se détermine d’autant mieux qu’elle voit clairement le vrai et le bien.
  • Prêter à Spinoza la négation pure de la liberté. Il nie le libre arbitre, mais il en propose une autre définition : la liberté comme nécessité comprise.

Révision active

Le libre arbitre est-il une illusion ? Confrontez l’affirmation cartésienne du libre arbitre et sa critique spinoziste (la pierre, l’ignorance des causes), puis examinez si liberté et déterminisme s’excluent.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions, dont « le devoir » et « la liberté ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 04

Liberté, existence et responsabilité : Sartre#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

De l’existence à la responsabilité (Sartre)

De l'existence à la responsabilité (Sartre)Graphe, L'objet : essence → existence → L'homme : existence → essence, L'homme : existence → essence → « Condamné à être libre », « Condamné à être libre » → Responsabilité totaleL'objet :essence →existenceL'homme :existence →essence« Condamné àêtre libre »Responsabilitétotalerenversementpas d'excuse
Fig. 4Sartre renverse le rapport essence/existence : pour un objet fabriqué (un coupe-papier), l'essence précède l'existence ; pour l'homme, « l'existence précède l'essence » — d'abord il existe, puis se définit par ses actes. Sans nature donnée, il est « condamné à être libre » (pas d'essence-excuse) : d'où sa responsabilité totale.

Points clés

Sartre inverse l’ordre classique : pour un objet fabriqué (un coupe-papier), l’essence (le concept, l’usage) précède l’existence — il est conçu avant d’être produit. Pour l’homme, c’est l’inverse : « l’existence précède l’essence ». L’homme existe d’abord, surgit dans le monde, et se définit ensuite par ses actes. Il n’y a pas de « nature humaine » donnée d’avance.
Conséquence : l’homme est « condamné à être libre ». « Condamné » parce qu’il ne s’est pas créé lui-même ; « libre » parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait. La liberté n’est pas une propriété qu’on aurait : c’est ce que l’homme est. Ne pas choisir, c’est encore choisir.
La « mauvaise foi » est la fuite devant cette liberté : me prétendre déterminé par mon caractère, mon milieu, mes passions, pour me décharger de ma responsabilité (« je suis comme ça »). C’est se mentir à soi-même en se traitant comme une chose, alors qu’on est une conscience libre.
Liberté et responsabilité sont indissociables : comme je suis l’auteur sans excuse de mes choix, j’en porte l’entière responsabilité — et, en me choisissant, je dessine une image de l’homme tel que je crois qu’il doit être (« en me choisissant, je choisis l’homme »). La liberté sartrienne n’est donc pas caprice : elle est gravité.
Articulation avec le devoir : là où Kant fonde le devoir sur l’autonomie d’une raison universelle, Sartre fait porter sur la seule liberté individuelle le poids des valeurs : sans loi morale donnée d’avance, c’est mon choix qui institue ce qui vaut. Deux manières de lier liberté et responsabilité morale.
Exemple corrigé

Sommes-nous responsables de ce que nous sommes ?

Sommes-nous responsables de ce que nous sommes ? Appuyez-vous sur Sartre, puis examinez l’objection déterministe.

  1. 01Dégager le problème

    On invoque souvent son caractère ou son passé pour s’excuser (« je suis né ainsi »). Mais si je ne suis pas responsable de ce que je suis, toute morale s’effondre. Le problème : mon être est-il un destin subi ou le produit de mes choix ?

  2. 02Soutenir la responsabilité (Sartre)

    Pour Sartre, l’existence précède l’essence : je ne suis rien d’autre que ce que je me fais. Il n’y a pas de nature humaine donnée qui m’excuserait. Condamné à être libre, je suis l’auteur sans excuse de mes actes : donc pleinement responsable de ce que je deviens.

  3. 03Démasquer la mauvaise foi

    Se dire déterminé par son tempérament, c’est de la mauvaise foi : se traiter comme une chose pour fuir sa liberté. « Je suis comme ça » est un alibi : même mes émotions, je les assume et les laisse être ce qu’elles sont.

  4. 04Peser l’objection déterministe

    On objectera (Spinoza, sciences humaines) que nos choix ont des causes que nous ignorons. Mais reconnaître des conditionnements ne supprime pas toute responsabilité : il reste une marge où je peux comprendre, assumer et orienter ce que je fais de ce qui m’a fait.

Résultat : Sans aller jusqu’à la liberté absolue, on peut soutenir que l’homme est responsable au moins de l’usage qu’il fait de sa situation. La mauvaise foi consiste à confondre des conditions avec un destin : être libre, c’est répondre de soi.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : expliquer la formule « l’existence précède l’essence » à l’aide de l’exemple du coupe-papier, et en tirer l’absence d’une « nature humaine » qui servirait d’excuse.
  • Objectif Bac : analyser le paradoxe « condamné à être libre » et le concept de mauvaise foi pour discuter le rapport entre liberté et responsabilité.
  • Objectif Bac : confronter Sartre à Spinoza (liberté / déterminisme) et à Kant (liberté / loi morale) pour montrer une culture philosophique articulée.

Erreurs fréquentes

  • Comprendre « condamné à être libre » comme « libre de tout faire » ou comme un éloge du caprice. Sartre lie au contraire la liberté à une responsabilité écrasante : être libre, c’est être sans excuse.
  • Confondre liberté de circonstance (les obstacles extérieurs) et liberté ontologique. Pour Sartre, même entravé, je reste libre dans la signification que je donne à ma situation et dans la manière dont je l’assume.
  • Faire de la mauvaise foi un simple mensonge aux autres. C’est un mensonge à soi-même : une conscience qui se fuit en se prétendant chose.

Révision active

Sommes-nous responsables de ce que nous sommes ? Mobilisez la thèse sartrienne (l’existence précède l’essence, la mauvaise foi) et confrontez-la à l’objection déterministe pour mesurer l’étendue de notre responsabilité.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions, dont « le devoir » et « la liberté ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 05

Articuler devoir et liberté : suis-je libre parce que je dois ?#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Devoir et liberté : de l’opposition apparente à la co-implication

Devoir et liberté : opposition apparente / co-implicationTableau de 2 colonnes et 2 lignes, Données: Opposition apparente · Co-implication (la vérité); le devoir bride mes envies · le devoir suppose une volonté libre; liberté = faire ce qu'on veut · liberté = obéir à la loi qu'on se donne, cellule mise en évidence : liberté = obéir à la loi qu'on se donneOPPOSITION APPARENTECO-IMPLICATION (LAVÉRITÉ)le devoir bride mes enviesle devoir suppose unevolonté libreliberté = faire ce qu'onveutliberté = obéir à la loiqu'on se donne
Fig. 5Devoir et liberté semblent s'opposer (le devoir bride mes envies ; être libre = faire ce qu'on veut), mais ils se co-impliquent : le devoir suppose une volonté libre, et être libre c'est obéir à la loi qu'on se donne — l'autonomie (Kant). En politique, Rousseau : « l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté » (repères : légal / légitime, obligation / contrainte).

Points clés

Première apparence : devoir et liberté s’opposent. Le devoir semble une entrave (il bride mes envies), et l’on confond souvent la liberté avec « faire ce qu’on veut ». Mais cette définition de la liberté est fragile : l’esclave des penchants n’est pas libre, il est ballotté par ses désirs (servitude des passions).
Renversement (Kant) : le devoir, loin d’abolir la liberté, la suppose et l’accomplit. Une contrainte n’oblige pas une pierre, mais le devoir n’oblige qu’une volonté libre. Et par l’autonomie, obéir au devoir, c’est obéir à la loi que la raison se donne : la liberté n’est pas l’absence de loi, mais l’obéissance à une loi qu’on s’est prescrite.
Transposition politique (repère légal / légitime) : Rousseau pense la liberté civile comme obéissance à la loi qu’on s’est soi-même donnée. « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ». La liberté politique n’est donc pas l’absence de toute règle (l’anarchie), mais le fait de n’obéir qu’à des lois auxquelles on a consenti — d’où l’importance du légitime, et non du seul légal.
Articulation des deux libertés : la liberté morale (se déterminer par devoir, autonomie) fonde et éclaire la liberté politique (n’obéir qu’à des lois légitimes). Dans les deux cas, la liberté n’est pas l’indépendance à l’égard de toute règle, mais le bon rapport à la règle : celle qu’on reconnaît et qu’on se donne.
Limite et nuance : on peut objecter (avec Spinoza ou les sciences humaines) que cette autonomie est elle-même conditionnée, et (avec Sartre) qu’aucune loi n’est donnée d’avance, de sorte que la liberté précède toute valeur. Le thème reste ouvert : devoir et liberté ne se déduisent pas mécaniquement l’un de l’autre, mais s’articulent dans l’idée d’une obéissance librement reconnue.
Exemple corrigé

Suis-je libre parce que je dois ?

Suis-je libre parce que je dois ? Conduisez un raisonnement dialectique complet.

  1. 01Thèse : le devoir paraît contraire à la liberté

    Spontanément, le devoir contrarie mes désirs : il m’oblige à faire ce dont je n’ai pas envie. Si être libre, c’est faire ce qu’on veut, alors le devoir est une limite à ma liberté. Le devoir ressemble à une contrainte intériorisée.

  2. 02Critique de la prémisse

    Mais « faire ce qu’on veut » est-ce être libre ? Celui qui cède à tous ses penchants est l’esclave de désirs qu’il n’a pas choisis (servitude des passions). La liberté ne peut donc se réduire à l’absence de règle.

  3. 03Antithèse : le devoir comme exercice de la liberté (Kant)

    Le devoir ne s’adresse qu’à une volonté libre : il la suppose. Et par l’autonomie, obéir au devoir, c’est obéir à la loi que la raison se prescrit. Je ne suis pas libre malgré le devoir, mais par lui. Rousseau prolonge en politique : « l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ».

  4. 04Synthèse nuancée

    On accordera que cette autonomie peut être conditionnée (Spinoza) et qu’aucune loi n’est donnée d’avance (Sartre). Mais cela n’abolit pas le lien : dans tous les cas, la liberté n’est pas l’indépendance à l’égard de toute règle, mais l’obéissance à une règle qu’on reconnaît pour sienne.

Résultat : Oui, en un sens fort : je suis libre non pas malgré le devoir, mais parce que, en obéissant à la loi que je me donne, j’échappe à la servitude des penchants. La liberté véritable est une autonomie, non une absence de loi — sous réserve des limites que lui opposent le déterminisme et la situation.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : construire un plan dialectique type — devoir contre liberté (apparence), puis le devoir comme exercice de la liberté (autonomie kantienne), puis nuance (déterminisme, Sartre) — c’est le plan attendu sur ce thème.
  • Objectif Bac : mobiliser le repère légal / légitime et la liberté civile rousseauiste pour passer de la morale à la politique sans rupture.
  • Objectif Bac : conclure de façon nuancée, sans transformer Kant en dernier mot : montrer les limites (le formalisme, la part de conditionnement) tout en sauvant l’idée d’une liberté comme obéissance consentie.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la liberté à « faire ce qu’on veut » et donc opposer mécaniquement liberté et devoir, sans voir que céder à tous ses penchants est précisément une forme de servitude.
  • Confondre l’autonomie morale (se donner sa loi) et l’indépendance politique : ce sont deux registres (liberté morale, liberté politique) qu’il faut articuler, non identifier.
  • Transformer la conclusion en récitation de Kant : un bon devoir discute la thèse (objection déterministe, formalisme de l’impératif) au lieu de l’adopter sans recul.

Révision active

Suis-je libre parce que je dois ? Montrez d’abord en quoi devoir et liberté semblent s’opposer, puis comment l’autonomie de la volonté les réconcilie, avant d’en marquer les limites.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions, dont « le devoir » et « la liberté ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Le devoir : obligation morale, contrainte et intérêt○
    • 02L’autonomie de la volonté : le devoir kantien et l’impératif catégorique◐
    • 03La liberté en question : libre arbitre et déterminisme◐
    • 04Liberté, existence et responsabilité : Sartre●
    • 05Articuler devoir et liberté : suis-je libre parce que je dois ?●

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Des fiches à l'entraînement

Le devoir et la liberté

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Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions, dont « le devoir » et « la liberté »)

Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de l’enseignement de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

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