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Fiches/Philosophie/L’État et la justice
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L’État et la justice

L’État et la justice sont deux notions du programme de terminale, abordées dans la perspective dominante de « la morale et la politique ». On y interroge ce qui fonde le pouvoir politique et l’obéissance qu’on lui doit (force et droit, théories du contrat social), puis ce qu’est une loi juste (légal/légitime, droit naturel/positif) et la justice elle-même comme vertu, institution et équité (Aristote, Rawls). Tout au long, le repère « légal / légitime » sert de fil conducteur.

5 sections·~24 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·111111 / 13
Profil d’examen
Analyser les notions d’État et de justice et les distinguer du fait, de la force et de la vengeance (repère légal/légitime).Problématiser la légitimité du pouvoir politique : qu’est-ce qui fonde l’obéissance à l’État ? (théories du contrat social).Distinguer le légal et le légitime, le droit naturel et le droit positif ; interroger ce qu’est une loi juste et le rapport entre justice et égalité.Mobiliser les distinctions conceptuelles (légal/légitime, en fait/en droit, public/privé, principe/cause/fin) sur l’État et la justice.
Opérateurs :analyserdéfinirdistinguerproblématiserconfronterargumenterobjecterjustifierillustrer par un exempleinterpréter un texte

niveau de base

Maîtrisez d’abord les distinctions de base — force/droit, légal/légitime, droit naturel/droit positif — et sachez résumer en une phrase chaque théorie du contrat (Hobbes, Locke, Rousseau).

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, articulez les notions entre elles (légitimité, justice, liberté), confrontez précisément les auteurs (Hobbes/Rousseau, Aristote/Rawls) et tenez la tension entre l’obéissance due aux lois et la possibilité d’une désobéissance légitime.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. L’État et la justice
    • 01L’État : qu’est-ce qui fonde le pouvoir politique ?○
    • 02Les théories du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau)◐
    • 03Le légal et le légitime : droit naturel et droit positif◐
    • 04La justice : vertu, institution et équité (Aristote, Rawls)●
    • 05État, liberté et violence : obéir, désobéir, et les limites du pouvoir●
§ 01

L’État : qu’est-ce qui fonde le pouvoir politique ?#

●○○BaseLPeduscol-programme-philosophie-terminale

L’État entre la force et la justice : la question de la légitimité

L'État entre la force et la justiceGraphe, La force (rapport de fait) → L'État (pouvoir réglé), L'État (pouvoir réglé) → La justice (rapport de droit)La force(rapport defait)L'État (pouvoirréglé)La justice(rapport dedroit)transformedoit viser
Fig. 1L'État se tient entre la force (un rapport de fait : violence, contrainte) et la justice (un rapport de droit : loi, équité) : il transforme la force en pouvoir réglé et doit viser la justice. D'où la légitimité (« pourquoi dois-je obéir ? ») : le légal est conforme à la loi en vigueur, le légitime conforme au droit et à la raison.

Points clés

L’« État » désigne, au sens fort, la forme moderne d’organisation politique : une autorité publique qui détient le monopole de la contrainte légitime sur un territoire et une population. Il faut le distinguer du « gouvernement » (qui exerce le pouvoir à un moment donné) et de la « société » (l’ensemble des individus liés).
L’État se définit d’abord par opposition à la simple « force » : un rapport de force est un rapport de « fait » (le plus fort impose sa volonté), tandis que l’État prétend instaurer un rapport de « droit » (l’autorité repose sur des règles reconnues). C’est la distinction décisive « en fait / en droit ».
Max Weber a formulé la définition classique : l’État revendique avec succès le « monopole de la violence physique légitime ». La force n’est pas niée mais encadrée : l’État seul peut légitimement contraindre, ce qui sort les individus de la vengeance privée et de la justice qu’on se rend à soi-même.
D’où le problème central de la « légitimité » : ce qui rend l’obéissance « due » et non seulement « subie ». Une autorité peut être obéie par peur (contrainte) ou reconnue comme valable (légitimité). Distinguer « obligation » et « contrainte » est ici décisif, comme pour le devoir.
Le repère « légal / légitime » organise tout le thème : est « légal » ce qui est conforme à la loi positive en vigueur ; est « légitime » ce qui est conforme au droit, à la raison ou à l’équité. Les deux ne coïncident pas toujours — un pouvoir peut être légal sans être légitime, et inversement.
Exemple corrigé

Distinguer la force et le droit

Le plus fort a-t-il toujours raison ? Dégagez le problème, puis montrez ce qui sépare un rapport de force d’un rapport de droit.

  1. 01Dégager le problème

    « Avoir raison » semble ici signifier deux choses : avoir la puissance d’imposer sa volonté (la force) et avoir le droit d’être obéi (la légitimité). Le sujet joue sur cette équivoque : si « la raison du plus fort est toujours la meilleure », alors le droit n’est qu’un nom déguisé de la force.

  2. 02Le moment de l’adversaire (Calliclès, le droit du plus fort)

    On peut soutenir que, dans les faits, c’est toujours la force qui l’emporte et que les lois ne sont que la ruse des faibles pour brider les puissants. La politique se ramènerait alors à un rapport de forces sans norme.

  3. 03La critique (Rousseau, « la force ne fait pas droit »)

    Mais céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté : j’obéis tant que je ne peux faire autrement, non parce que je le « dois ». La force ne crée aucune obligation ; dès qu’elle cesse, l’obéissance cesse. Le droit suppose au contraire une raison d’obéir qui vaut même quand la contrainte se relâche.

  4. 04Conclure par la distinction décisive

    Il faut donc distinguer le « fait » d’obéir et le « droit » de commander. La force peut produire la soumission, jamais l’obligation. Un pouvoir n’a « raison » au sens plein que s’il est légitime, c’est-à-dire reconnu comme conforme au droit et à la raison.

Résultat : Le plus fort n’a pas « raison » : la force explique qu’on obéisse, elle ne justifie pas qu’on le doive. Tout le problème de l’État est de transformer un rapport de force en rapport de droit — c’est l’objet des théories du contrat.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir poser, dès l’introduction, la distinction « force / droit » et « légal / légitime », puis en faire le ressort du problème (« suffit-il qu’un pouvoir soit légal pour qu’on lui doive obéissance ? »).
  • Objectif Bac : maîtriser la définition wébérienne (monopole de la violence légitime) et savoir l’opposer à l’idée que « la force prime le droit », pour montrer que l’État n’est pas la simple institutionnalisation de la force.

Erreurs fréquentes

  • Confondre l’« État » avec le « gouvernement » ou avec un parti : l’État est la structure d’autorité durable, qui demeure quand les gouvernements changent.
  • Croire que « légal » et « légitime » sont synonymes : on perd alors tout moyen de critiquer une loi injuste et l’on ne comprend plus la possibilité même de la désobéissance.
  • Réduire l’État à la force pure (« c’est le plus fort qui commande ») : on confond alors le « fait » d’obéir et le « droit » de commander, ce que dénonçait déjà Rousseau (« la force ne fait pas droit »).

Révision active

Le plus fort a-t-il toujours raison ? Distinguez la force et le droit, puis demandez-vous ce qui peut fonder l’obéissance à l’État au-delà de la contrainte.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 02

Les théories du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau)#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Tableau comparatif des trois théories du contrat

Les théories du contrat socialTableau de 4 colonnes et 4 lignes, Données: Critère · Hobbes · Locke · Rousseau; État de nature · guerre de tous · paix fragile · puis inégalités; Objet du pacte · la sécurité · la propriété · liberté par la loi; Souverain · Léviathan (absolu) · pouvoir limité · le peuple; Résister ? · non (sauf survie) · oui (tyrannie) · souveraineté inaliénableCRITÈREHOBBESLOCKEROUSSEAUÉTAT DE NATUREguerre de touspaix fragilepuis inégalitésOBJET DU PACTEla sécuritéla propriétéliberté par la loiSOUVERAINLéviathan (absolu)pouvoir limitéle peupleRÉSISTER ?non (sauf survie)oui (tyrannie)souveraineté inaliénable
Fig. 2Trois fictions du contrat, un même problème (fonder le pouvoir), trois réponses : Hobbes (état de nature = guerre de tous → pacte de sécurité → Léviathan absolu, pas de droit de résister sauf survie), Locke (paix fragile et droits naturels → protéger vie, liberté, propriété → pouvoir limité et séparé, résistance à la tyrannie), Rousseau (innocence puis inégalités → liberté par la loi → souveraineté du peuple, volonté générale inaliénable).

Points clés

Les théories du contrat répondent à la question : « qu’est-ce qui fonde l’obéissance à l’État ? ». Réponse commune : non la force ni la nature, mais un « accord » entre les hommes. L’autorité politique est artificielle, instituée, donc justifiable par la raison — et non donnée comme un fait naturel.
Le procédé est celui d’une fiction : on imagine un « état de nature » (les hommes sans État) pour comprendre pourquoi ils acceptent de se soumettre à une autorité. L’état de nature n’est pas un fait historique mais une « hypothèse de droit » qui éclaire le fondement de l’État.
Hobbes : l’état de nature est une « guerre de tous contre tous » où règne la peur de la mort violente. Pour en sortir, chacun renonce à son droit illimité et le transfère à un souverain — le « Léviathan » — dont le pouvoir absolu garantit la sécurité. L’obéissance se fonde sur la conservation de soi.
Locke : l’état de nature connaît déjà des droits naturels (vie, liberté, propriété) mais sans juge impartial. Le contrat institue un pouvoir « limité », chargé de protéger ces droits ; s’il les viole, le peuple garde un « droit de résistance ». Locke fonde le libéralisme politique.
Rousseau : l’enjeu est de « trouver une forme d’association » où chacun, « s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même ». Par le pacte, le peuple devient souverain : la loi exprime la « volonté générale » (le bien commun), distincte de la « volonté de tous » (somme des intérêts particuliers). Obéir à la loi qu’on s’est prescrite, c’est rester libre.
Exemple corrigé

Comparer Hobbes et Rousseau sur le fondement de l’obéissance

Obéir à l’État, est-ce renoncer à sa liberté ? Confrontez la réponse de Hobbes et celle de Rousseau.

  1. 01Dégager le problème

    Obéir semble s’opposer à être libre : se soumettre à une autorité, c’est se laisser commander. Mais sans État, la liberté de chacun se heurte à celle des autres. La question est donc : l’obéissance détruit-elle la liberté, ou peut-elle la garantir, voire la réaliser ?

  2. 02La réponse de Hobbes

    Dans l’état de nature, la liberté illimitée se retourne contre elle-même : c’est la guerre de tous contre tous, où nul n’est en sûreté. Renoncer à ce droit illimité au profit du Léviathan, c’est échanger une liberté mortelle contre la sécurité. On gagne la paix, mais au prix d’une soumission quasi totale au souverain.

  3. 03La réponse de Rousseau

    Rousseau refuse cet abandon : aliéner sa liberté, ce serait se renier comme homme. Par le pacte, chacun se donne « à tous » et donc à personne en particulier ; il obéit à la loi qu’il a, comme citoyen, contribué à vouloir. Obéir à la volonté générale, c’est obéir à soi-même : c’est la « liberté civile ».

  4. 04Trancher

    Tout dépend de la nature de l’obéissance. L’obéissance à un maître (Hobbes) limite la liberté pour sauver la vie ; l’obéissance à une loi qu’on s’est donnée (Rousseau) est l’exercice même de la liberté. La légitimité de l’État se mesure à cette différence.

Résultat : Obéir à l’État n’est pas nécessairement renoncer à sa liberté : tout dépend de l’origine de la loi. Soumis au pouvoir d’un autre, je perds ma liberté ; soumis à la loi dont je suis l’auteur, je la réalise. Le contrat social vise précisément à rendre l’obéissance compatible avec la liberté.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir comparer précisément les trois auteurs sur trois axes — l’état de nature, l’objet du contrat, la forme du pouvoir — sans les confondre (Hobbes ≠ Locke ≠ Rousseau).
  • Objectif Bac : expliquer l’idée rousseauiste que l’obéissance à la loi générale peut être une forme de liberté (volonté générale), et la distinguer de la simple soumission.

Erreurs fréquentes

  • Prendre l’« état de nature » pour un fait historique daté : c’est une fiction théorique, un instrument d’analyse du fondement de l’État, non un récit des origines.
  • Confondre Hobbes et Rousseau : chez Hobbes le pouvoir est absolu et l’homme dangereux ; chez Rousseau la souveraineté reste au peuple et l’homme est d’abord bon. Les attribuer l’un à l’autre est l’erreur la plus fréquente.
  • Confondre la « volonté générale » (orientée vers le bien commun) avec la « volonté de tous » (simple addition des intérêts particuliers) : Rousseau distingue soigneusement les deux.

Révision active

Le contrat social rend-il l’obéissance à l’État légitime ? Comparez les réponses de Hobbes, Locke et Rousseau pour évaluer ce que chacun gagne et ce que chacun risque.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 03

Le légal et le légitime : droit naturel et droit positif#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Droit naturel / droit positif et légal / légitime

Droit naturel / droit positifTableau de 2 colonnes et 4 lignes, Données: Droit naturel · Droit positif; universel, immuable · posé, écrit, daté; antérieur aux lois · variable, sanctionné; « juste par nature » · « ce que les lois établissent »; idéal, norme critique · effectif, en vigueurDROIT NATURELDROIT POSITIFuniversel, immuableposé, écrit, datéantérieur aux loisvariable, sanctionné« juste par nature »« ce que les loisétablissent »idéal, norme critiqueeffectif, en vigueur
Fig. 3Le droit naturel (universel, immuable, « juste par nature ») sert de norme critique ; le droit positif (posé, écrit, daté, sanctionné) est le droit en vigueur. D'où : une loi est légale si elle est conforme au droit positif, légitime si elle est conforme au droit, à la raison, à l'équité — une loi peut être légale sans être légitime, d'où la possibilité de la critiquer et de désobéir.

Points clés

Le « droit positif » est l’ensemble des règles effectivement posées (écrites, datées, sanctionnées) dans une société : lois, codes, constitutions. Il est « en vigueur » mais variable selon les lieux et les époques. Le « droit naturel » désigne au contraire un ensemble de normes tenues pour universelles et immuables, antérieures aux lois positives.
Le droit naturel sert de « norme critique » : il permet de juger les lois positives et de dire qu’une loi est injuste. Sans une idée du juste indépendante des lois en vigueur, on ne pourrait jamais qualifier une loi d’injuste — toute loi serait juste par cela seul qu’elle est la loi (positivisme juridique).
Le repère « légal / légitime » prolonge cette distinction : est « légal » ce qui est conforme à la loi positive ; est « légitime » ce qui est conforme au droit (à la raison, à l’équité, aux droits fondamentaux). Une mesure peut être parfaitement légale et pourtant illégitime (lois discriminatoires) — et un acte illégal peut être tenu pour légitime.
Interroger « une loi juste » revient à se demander si la justice se réduit à la conformité à la loi (justice = légalité) ou si elle suppose un idéal qui dépasse la loi. La justice comme « égalité » est un fil conducteur : la loi est générale et égale pour tous, mais l’égalité formelle peut masquer des inégalités réelles.
Articulation décisive : le droit positif rend la justice « effective » (il l’institue, la rend contraignante), mais le droit naturel rend la justice « critique » (il permet de la réformer). Une bonne réflexion ne choisit pas l’un contre l’autre : elle pense leur tension.
Exemple corrigé

Examiner « est juste ce qui est conforme à la loi »

Est juste ce qui est conforme à la loi ? Dégagez le problème, éprouvez la thèse, puis proposez une articulation.

  1. 01Dégager le problème

    Spontanément, le juste semble se confondre avec le légal : être juste, c’est respecter la loi ; être injuste, c’est l’enfreindre. Mais alors aucune loi ne pourrait être dite injuste, ce qui heurte notre conscience. Le problème est donc de savoir si la justice se réduit à la légalité.

  2. 02La thèse : justice = légalité (le droit positif)

    Il y a une force dans cette thèse : la loi est générale, publique, égale pour tous ; elle arrache la justice à l’arbitraire des opinions individuelles. Sans loi commune, chacun jugerait selon son intérêt. La conformité à la loi positive garantit l’ordre et l’égalité formelle devant la règle.

  3. 03La limite : des lois légales et injustes (le droit naturel)

    Mais l’histoire offre des lois parfaitement légales et pourtant iniques (lois esclavagistes, ségrégationnistes). Pour les juger injustes, il faut un critère supérieur à la loi : une idée du droit (droit naturel, droits fondamentaux). Le légal ne suffit donc pas au légitime.

  4. 04Articuler les deux

    La solution n’est pas de rejeter la loi positive au nom d’un droit naturel rêvé, ni d’absolutiser la loi en vigueur. Le droit positif rend la justice effective ; le droit naturel, en lui servant d’idéal, permet de la réformer. Une loi juste est une loi positive qui tend vers la légitimité.

Résultat : La conformité à la loi est nécessaire mais non suffisante : elle assure l’égalité formelle, non la justice véritable. Une loi est juste lorsque, étant légale, elle est aussi légitime — conforme à l’idée du droit que le droit naturel exprime.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir mobiliser le couple « légal / légitime » et le couple « droit naturel / droit positif » comme deux distinctions distinctes mais articulées, et en faire le ressort d’un sujet sur la loi juste.
  • Objectif Bac : être capable d’examiner la thèse « est juste ce qui est conforme à la loi » et de la mettre à l’épreuve par des contre-exemples (lois iniques pourtant légales).

Erreurs fréquentes

  • Identifier « le droit » au seul « droit positif » : on perd alors la possibilité de critiquer une loi et l’on confond « ce qui est légal » et « ce qui est juste ».
  • Présenter le droit naturel comme un code écrit quelque part : c’est un principe d’évaluation (une exigence de la raison), non un texte de loi concurrent.
  • Croire que toute loi légale est automatiquement légitime : l’histoire montre des lois légales et profondément injustes — c’est précisément ce que le repère « légal / légitime » permet de penser.

Révision active

Est juste ce qui est conforme à la loi ? Distinguez la légalité de la légitimité et le droit positif du droit naturel pour examiner ce qu’est une loi juste.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 04

La justice : vertu, institution et équité (Aristote, Rawls)#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Les formes de la justice : vertu, institution, équité (Aristote)

Les formes de la justice (Aristote)Arbre de probabilité, 4 chemins, Données: Vertu (disposition juste); Institution (lois, tribunaux) → Distributive (le mérite); Institution (lois, tribunaux) → Commutative (les échanges); Équité (corrige la loi)Institution (lois, tribunaux)La justiceVertu (disposition juste)Distributive (le mérite)Commutative (les échanges)Équité (corrige la loi)
Fig. 4Les formes de la justice (Aristote) : comme vertu (la disposition à rendre à chacun le sien) et comme institution (lois, tribunaux). La justice institutionnelle se subdivise en distributive (répartit honneurs et biens selon le mérite — proportion géométrique) et commutative (règle les échanges et réparations à parts égales — proportion arithmétique). L'équité corrige la loi générale dans le cas singulier.

Points clés

La justice se dit en deux sens, qu’il faut articuler : comme « vertu » (une disposition de l’individu à rendre à chacun ce qui lui revient) et comme « institution » (l’ensemble des lois et des tribunaux qui organisent la cité). La première relève de la morale, la seconde de la politique — d’où la perspective du thème : « la morale et la politique ».
Aristote distingue, au sein de la justice particulière, la justice « distributive » et la justice « commutative ». La distributive répartit les biens, honneurs et charges selon le « mérite » de chacun (égalité proportionnelle, dite géométrique). La commutative règle les échanges et répare les torts à parts égales, sans considération des personnes (égalité arithmétique).
L’« équité » (epieikeia) corrige la justice légale dans le cas singulier : la loi étant générale, elle ne peut prévoir tous les cas ; l’homme équitable rectifie la lettre de la loi pour en respecter l’esprit. L’équité n’est pas une exception arbitraire, mais l’accomplissement de la justice là où la loi générale serait, appliquée à la lettre, injuste.
Rawls renouvelle la question avec la « justice comme équité ». Pour définir des principes justes, il imagine une « position originelle » où les contractants choisissent les règles de la société sous un « voile d’ignorance » : ils ignorent leur place future (rang, talents, fortune, convictions). Privés de tout intérêt particulier, ils choisissent des principes impartiaux.
De ce dispositif, Rawls dérive deux principes : (1) un « principe d’égale liberté » (mêmes libertés de base pour tous, prioritaire) ; (2) un « principe de différence » (les inégalités ne sont justes que si elles profitent aux plus défavorisés et s’accompagnent de l’égalité des chances). La justice n’est donc pas l’égalité stricte, mais une inégalité acceptable par tous.
distributive:part de Ameˊrite de A=part de Bmeˊrite de B\text{distributive} : \dfrac{\text{part de } A}{\text{mérite de } A} = \dfrac{\text{part de } B}{\text{mérite de } B}distributive:meˊrite de Apart de A​=meˊrite de Bpart de B​

Justice distributive (Aristote) — égalité proportionnelle (géométrique)

Les biens sont répartis en proportion du mérite : à mérite double, part double. L’égalité est ici un rapport, non une part identique.

commutative:ce que perd A=ce que rec¸oit B\text{commutative} : \text{ce que perd } A = \text{ce que reçoit } Bcommutative:ce que perd A=ce que rec¸​oit B

Justice commutative (Aristote) — égalité arithmétique

Dans l’échange ou la réparation, on rétablit l’égalité des parts sans tenir compte des personnes : le tort fait à l’un doit être exactement compensé.

Le voile d’ignorance de Rawls et la dérivation des principes de justice

Le voile d'ignorance (Rawls)Graphe, Position sous voile d'ignorance → Choix rationnel et impartial, Choix rationnel et impartial → 1. Égale liberté (priorité), Choix rationnel et impartial → 2. Principe de différencePosition sousvoiled'ignoranceChoix rationnelet impartial1. Égale liberté(priorité)2. Principe dedifférence
Fig. 5Le voile d'ignorance de Rawls : dans la position originelle, j'ignore qui je serai (rang, talents, fortune, convictions, génération) ; un choix rationnel et impartial conduit alors à deux principes — l'égale liberté (libertés de base égales pour tous, priorité absolue) et le principe de différence (inégalités admises seulement si elles profitent aux plus défavorisés, avec égalité des chances).
Exemple corrigé

Articuler justice et égalité (Aristote et Rawls)

Être juste, est-ce traiter tout le monde de la même manière ? Dégagez le problème, puis montrez à l’aide d’Aristote et de Rawls qu’une inégalité peut être juste.

  1. 01Dégager le problème

    L’égalité paraît l’âme de la justice : être juste, ce serait ne faire aucune différence, traiter chacun de manière identique. Mais traiter de la même façon des situations différentes peut produire l’injustice (donner la même chose à qui a beaucoup et à qui n’a rien). Le problème est donc de savoir si la justice exige l’égalité stricte ou une égalité bien comprise.

  2. 02Le moment de l’égalité arithmétique (justice commutative)

    Dans les échanges et les réparations, la justice exige bien une égalité stricte, sans considération des personnes : le contrat doit être équilibré, le tort exactement réparé. Ici, traiter pareillement est juste — c’est la justice commutative d’Aristote (égalité arithmétique).

  3. 03Le moment de l’égalité proportionnelle (justice distributive)

    Mais la répartition des biens et des charges suit une autre règle : la justice distributive donne à chacun selon son mérite, en proportion. Traiter identiquement le méritant et l’oisif serait injuste. L’égalité juste est alors un rapport (égalité géométrique), non une part identique.

  4. 04Le dépassement rawlsien (le principe de différence)

    Rawls reformule le problème : sous le voile d’ignorance, des contractants impartiaux acceptent des inégalités, mais à une condition stricte — qu’elles profitent aux plus défavorisés et s’accompagnent de l’égalité des chances. L’inégalité n’est juste que si elle améliore le sort des plus mal lotis. La justice n’est donc pas l’égalité stricte, mais une inégalité que tous pourraient accepter.

Résultat : Être juste n’est pas toujours traiter tout le monde de la même manière : c’est traiter de manière égale ce qui est égal, et de manière proportionnée ce qui diffère. Une inégalité peut être juste — quand elle répond au mérite (Aristote) ou quand elle profite aux plus défavorisés (Rawls). La vraie justice articule égalité et équité.

Schritt-für-Schritt Erklärung6 Schritte
  1. 1

    Partons d’une évidence trompeuse : être juste, ce serait traiter tout le monde exactement de la même façon. L’égalité semble le cœur même de la justice.

  2. 2

    Mais Aristote distingue deux justices. Dans les échanges, la justice commutative exige une égalité stricte : un tort doit être exactement réparé, sans regarder qui l’a subi.

  3. 3

    Mais répartir des biens ou des honneurs suit une autre règle. La justice distributive donne à chacun selon son mérite : à mérite double, part double. L’égalité devient une proportion.

  4. 4

    Rawls va plus loin. Imaginons que nous choisissions les règles de la société sans savoir qui nous serons : riche ou pauvre, doué ou non. Ce voile d’ignorance nous rend impartiaux.

  5. 5

    De là, deux principes : à tous les mêmes libertés de base ; et des inégalités admises seulement si elles profitent aux plus défavorisés. Une inégalité peut donc être juste.

  6. 6

    Conclusion : être juste, ce n’est pas toujours traiter tout le monde pareil. C’est traiter également ce qui est égal, et proportionnellement ce qui diffère. La justice articule égalité et équité.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir distinguer justice distributive et commutative (et leurs deux types d’égalité) et expliquer le rôle de l’équité comme correction de la loi générale.
  • Objectif Bac : exposer clairement le « voile d’ignorance » de Rawls et montrer pourquoi il garantit l’impartialité — puis articuler justice et égalité (l’égalité n’est pas toujours la justice).

Erreurs fréquentes

  • Réduire la justice à l’égalité stricte : « être juste, c’est traiter tout le monde pareil ». La justice distributive comme le principe de différence montrent qu’une inégalité peut être juste (selon le mérite, ou au profit des plus défavorisés).
  • Confondre l’équité avec le laxisme ou l’arbitraire : l’équité n’ignore pas la loi, elle la corrige dans son esprit pour le cas que le législateur n’avait pu prévoir.
  • Présenter le voile d’ignorance comme une situation réelle : c’est une « expérience de pensée » servant à isoler le point de vue impartial, non une assemblée historique.

Révision active

Être juste, est-ce traiter tout le monde de la même manière ? Mobilisez la justice distributive d’Aristote et le principe de différence de Rawls pour articuler justice et égalité.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 05

État, liberté et violence : obéir, désobéir, et les limites du pouvoir#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Obéir, désobéir : le conflit du légal et du légitime

Obéir, désobéir : le conflit du légal et du légitimeGraphe, Une loi m'oblige → Est-elle légitime ?, Est-elle légitime ? → Oui → obéissance (devoir civique), Est-elle légitime ? → Non, injuste → désobéissance civileUne loi m'obligeEst-ellelégitime ?Oui → obéissance(devoir civique)Non, injuste →désobéissancecivileouiinjusticemanifeste
Fig. 6Face à une loi qui m'oblige, j'examine sa légitimité : si elle est légitime, l'obéissance est un devoir civique (obéir à la loi qu'on a pu vouloir, c'est être libre) ; si elle est manifestement injuste et après échec des voies légales, une désobéissance civile peut se justifier — publique, non violente, acceptant la sanction : elle oppose un légitime supérieur à une légalité injuste.

Points clés

L’État protège la liberté (il met fin à la guerre de chacun contre chacun et garantit des droits) mais il peut aussi la menacer (abus de pouvoir, lois iniques, surveillance). Le thème articule donc « État, liberté et violence » : la violence légitime de l’État est la condition de la liberté civile, mais sa démesure en devient la négation.
L’obéissance aux lois est en principe un devoir civique : sans elle, l’ordre juridique s’effondre et la liberté de tous devient incertaine. Obéir à une loi à laquelle on a, comme citoyen, pu consentir, c’est rester libre (Rousseau). L’État de droit suppose que le pouvoir lui-même soit soumis à la loi.
Mais l’obéissance n’est pas inconditionnelle. Lorsqu’une loi est manifestement injuste, la conscience peut entrer en conflit avec la légalité. La « désobéissance civile » (Thoreau, et après lui de nombreux mouvements) consiste à transgresser publiquement et pacifiquement une loi tenue pour injuste, en acceptant la sanction, afin d’en appeler au sens de la justice de la communauté.
La désobéissance civile se distingue de la révolte ou du crime : elle est publique (non clandestine), non violente, et reconnaît globalement la légitimité de l’ordre juridique qu’elle veut réformer. Elle n’abolit pas le repère « légal / légitime » : elle l’exploite, opposant un légitime supérieur à une légalité contestée.
Le problème de fond est celui des « limites du pouvoir » : un pouvoir illimité (même légal) menace la liberté. D’où l’importance de la séparation des pouvoirs, des droits fondamentaux et du droit de résistance (Locke). Penser l’État, c’est penser à la fois la nécessité de l’autorité et la nécessité de la limiter.
Exemple corrigé

Évaluer la légitimité d’une désobéissance

Est-il toujours juste d’obéir aux lois ? Dégagez le problème, montrez la valeur de l’obéissance, puis examinez à quelles conditions on peut légitimement désobéir.

  1. 01Dégager le problème

    Obéir aux lois paraît un devoir : c’est la condition de l’ordre et de la liberté de tous. Mais certaines lois ont été manifestement injustes. Faut-il alors obéir « toujours », ou la justice peut-elle commander de désobéir ? Le problème oppose la légalité (obéir) et la légitimité (la justice).

  2. 02La valeur de l’obéissance

    Sans obéissance générale, l’État de droit s’effondre : chacun se ferait juge des lois et la force reprendrait le dessus. De plus, dans un régime où l’on a pu consentir aux lois, leur obéir, c’est obéir à la volonté générale, donc rester libre (Rousseau). L’obéissance n’est pas en soi une aliénation.

  3. 03La limite : la loi injuste

    Mais l’obéissance n’est pas une fin en soi : elle vaut parce que la loi vise la justice. Quand une loi est manifestement injuste — qu’elle viole des droits fondamentaux — l’obéissance aveugle devient complicité. La conscience peut alors entrer en conflit avec la légalité.

  4. 04Les conditions d’une désobéissance légitime

    Désobéir n’est pas toujours légitime : il y faut des conditions strictes. La désobéissance civile (Thoreau, mouvements des droits civiques) est publique, non violente, et accepte la sanction ; elle n’intervient qu’après l’échec des voies légales, et reconnaît globalement l’ordre juridique qu’elle veut réformer. Elle oppose un légitime supérieur à une légalité contestée — sans verser dans la pure révolte.

Résultat : Il n’est pas toujours juste d’obéir : l’obéissance vaut parce que la loi vise la justice. Quand une loi est manifestement injuste, une désobéissance peut être légitime — à condition d’être publique, pacifique, assumée et exceptionnelle. Obéir n’est un devoir que dans la mesure où l’on peut aussi, le cas échéant, désobéir au nom du droit.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir poser le conflit possible entre la légalité (obéir aux lois) et la légitimité (la justice), et caractériser précisément la désobéissance civile (publique, non violente, assumée).
  • Objectif Bac : montrer que la liberté n’est pas l’absence de toute loi mais suppose des lois justes et un pouvoir limité — éviter le contresens « être libre = ne pas obéir ».

Erreurs fréquentes

  • Assimiler désobéissance civile et anarchie ou simple délinquance : la désobéissance civile reconnaît l’ordre juridique, agit publiquement et accepte la sanction ; elle vise à le réformer, non à l’abolir.
  • Penser que toute désobéissance est légitime dès qu’on juge une loi injuste : il faut des conditions strictes (injustice manifeste, recours pacifique, échec des voies légales), sinon chacun se ferait juge et l’État s’effondrerait.
  • Opposer abstraitement liberté et obéissance : sans lois, la liberté du plus fort écrase celle des autres. La liberté politique suppose des lois justes, non leur absence.

Révision active

Est-il toujours juste d’obéir à l’État ? Distinguez l’obéissance légitime de la soumission, puis examinez à quelles conditions une désobéissance peut être justifiée.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01L’État : qu’est-ce qui fonde le pouvoir politique ?○
    • 02Les théories du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau)◐
    • 03Le légal et le légitime : droit naturel et droit positif◐
    • 04La justice : vertu, institution et équité (Aristote, Rawls)●
    • 05État, liberté et violence : obéir, désobéir, et les limites du pouvoir●

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Des fiches à l'entraînement

L’État et la justice

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Compétences
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Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

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