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La conscience et l’inconscient

La conscience définit le sujet comme être capable de se rapporter à lui-même et de répondre de ses actes ; mais cette transparence est mise à l’épreuve par autrui et, surtout, par l’hypothèse freudienne d’un inconscient psychique. Le thème croise les notions de conscience, d’inconscient et de sujet (perspective dominante : la connaissance, l’existence humaine et la culture). Notion pleinement au programme et évaluable à l’épreuve écrite de terminale.

5 sections·~25 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·0222 / 13
Profil d’examen
Analyser la notion de conscience — conscience immédiate, conscience réflexive (de soi) et conscience morale — et la notion de sujet qui s’y rattache.Problématiser la transparence du sujet à lui-même : l’hypothèse de l’inconscient remet-elle en cause la maîtrise et la connaissance de soi, ainsi que la responsabilité ?Confronter conscience et inconscient en examinant les objections faites à l’hypothèse freudienne (la conscience comme seul psychisme ; la « mauvaise foi » sartrienne).Mobiliser des distinctions conceptuelles (repères) au service du problème : objectif / subjectif / intersubjectif, identité / égalité / différence, médiat / immédiat.
Opérateurs :analyserdéfinirdistinguerproblématiserconfronterargumenterobjecterjustifierillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d’abord les définitions exigibles (conscience immédiate / réflexive / morale, sujet, inconscient) et un repère par auteur (cogito de Descartes, inconscient de Freud, mauvaise foi de Sartre) : c’est le socle attendu à l’épreuve écrite.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, sachez articuler le problème en trois temps — la conscience comme certitude (Descartes), sa médiation par autrui (Hegel), sa contestation par l’inconscient (Freud) puis la riposte de la conscience (Sartre) — et manier finement les repères (médiat / immédiat, objectif / subjectif / intersubjectif) dans une dissertation problématisée.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. La conscience et l’inconscient
    • 01La conscience de soi : qu’est-ce qu’un sujet ?○
    • 02La certitude du cogito et l’identité personnelle (Descartes)◐
    • 03La conscience médiatisée par autrui (Hegel)●
    • 04L’hypothèse de l’inconscient psychique (Freud) et sa portée●
    • 05Objections et débats : la conscience est-elle transparente à elle-même ? (Sartre, la mauvaise foi)◐
§ 01

La conscience de soi : qu’est-ce qu’un sujet ?#

●○○BaseLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Les trois degrés de la conscience

Les trois degrés de la consciencepyramide, 3 niveaux, Données: 1 · Conscience immédiate, 2 · Conscience réflexive — « je », 3 · Conscience morale1 · Conscience immédiatesentir, percevoir le monde2 · Conscience réflexive — « je »se prendre pour objet → le SUJET3 · Conscience moralese juger soi-même (bien / mal)
Fig. 1La conscience s'élève de l'immédiat (sentir le monde) au réflexif — où naît le sujet qui dit « je » et se prend pour objet — puis au moral (se juger bien ou mal).

Points clés

Étymologie éclairante : « conscience » vient du latin « cum-scientia », un savoir-avec, un savoir accompagné de lui-même. La conscience est ce redoublement par lequel un être ne fait pas seulement quelque chose, mais sait qu’il le fait. Distinguer trois degrés : conscience immédiate (sentir, percevoir le monde), conscience réflexive (se prendre soi-même pour objet, dire « je »), conscience morale (se juger soi-même, distinguer le bien du mal).
Le sujet est l’être capable de dire « je » : il se rapporte à ses actes et à ses pensées comme étant les siens, et peut en répondre. Le sujet n’est donc pas une chose (un objet parmi les objets), mais un pôle d’imputation : on lui attribue ses pensées et ses actions. Repère essentiel : objectif / subjectif (ce qui vaut pour tout esprit vs ce qui relève du vécu d’un sujet) et intersubjectif (ce qui se construit entre des sujets).
La conscience réflexive fonde une distance à soi : grâce à elle, l’homme n’est pas immédiatement ce qu’il est, il peut se ressaisir, se reprendre, se transformer. Pascal note que l’homme « sait qu’il meurt » ; cette conscience de sa condition fait sa misère et sa grandeur. Hegel parle d’une « existence pour soi » : par la conscience, l’homme « se contemple, se reconnaît, se pense ».
Distinction médiat / immédiat : la conscience immédiate est sans détour (je sens la douleur dès qu’elle survient) ; la conscience de soi est médiate, elle suppose un retour, une réflexion (le « réfléchi » au sens d’un rayon renvoyé). Ne pas confondre « avoir conscience de quelque chose » (relation à un objet) et « avoir conscience de soi » (relation à soi).
Enjeu moral et juridique : c’est parce qu’il est conscient et sujet que l’homme est tenu pour responsable. Supprimer la conscience (sommeil, démence, contrainte irrésistible), c’est suspendre l’imputabilité. Le thème de la conscience commande donc directement celui de la responsabilité — d’où l’importance de l’hypothèse de l’inconscient, qui interroge cette maîtrise.
Exemple corrigé

Distinguer les sens du mot « conscience »

« Avoir bonne conscience » et « reprendre conscience » emploient-ils le mot « conscience » dans le même sens ? Analysez la difficulté.

  1. 01Repérer l’ambiguïté

    Le français nomme du même mot deux réalités différentes. « Reprendre conscience » renvoie à la conscience psychologique : le fait d’être éveillé, présent à soi et au monde. « Avoir bonne conscience » renvoie à la conscience morale : le sentiment d’avoir bien ou mal agi.

  2. 02Définir la conscience psychologique

    C’est le « savoir-avec » : percevoir, et en outre savoir que l’on perçoit. Elle se décline en conscience immédiate (du monde) et conscience réflexive (de soi). Elle peut s’éteindre et revenir (sommeil, syncope) — d’où « reprendre conscience ».

  3. 03Définir la conscience morale

    C’est l’instance qui juge la valeur de mes actes, la « voix » intérieure du bien et du mal. Elle suppose la conscience réflexive (il faut pouvoir se prendre pour objet de jugement), mais y ajoute une dimension normative absente de la simple veille.

  4. 04Articuler les deux

    La conscience morale présuppose la conscience réflexive : on ne peut se juger qu’à condition de se ressaisir comme sujet. Le mot est donc analogique : un sens fondamental (le savoir réfléchi de soi) se prolonge en un sens normatif (le jugement de soi).

Résultat : Non : « conscience » est ici un mot analogique. Dans « reprendre conscience » il désigne la conscience psychologique (veille, présence à soi) ; dans « bonne conscience » il désigne la conscience morale (jugement de la valeur de l’acte). La seconde suppose la première — la conscience réflexive — mais lui ajoute la dimension du bien et du mal.

Objectif Bac

  • Savoir définir et hiérarchiser les trois formes de conscience (immédiate / réflexive / morale) et les relier à la notion de sujet : c’est l’armature conceptuelle attendue dès l’introduction d’une dissertation sur ce thème.
  • Être capable d’employer correctement les repères objectif / subjectif / intersubjectif et médiat / immédiat dans l’analyse — par exemple pour distinguer la conscience-de-quelque-chose de la conscience-de-soi.

Erreurs fréquentes

  • Confondre la conscience morale (le sentiment du bien et du mal, « la voix de la conscience ») avec la conscience psychologique (le fait d’être éveillé, de se rendre compte). Ce sont deux sens distincts du mot, qu’il faut nommer et séparer.
  • Réduire le sujet à un simple « moi » substantiel et figé, alors que le sujet désigne d’abord une fonction (dire « je », répondre de ses actes) ; on confond alors le sujet (capacité réflexive) avec la personnalité psychologique.

Révision active

Distinguez précisément, par des exemples, les trois sens du mot « conscience » (conscience immédiate, conscience réflexive, conscience morale), puis montrez en quoi seule la conscience réflexive permet de parler d’un « sujet ».

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 02

La certitude du cogito et l’identité personnelle (Descartes)#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

L’itinéraire du cogito : du doute à la certitude du sujet

L'itinéraire du cogito : du doute à la certitudeGraphe, Doute hyperbolique → « Je pense » (résiste), « Je pense » (résiste) → Donc je suis (certitude), Donc je suis (certitude) → Le sujet = res cogitansDoutehyperbolique« Je pense »(résiste)Donc je suis(certitude)Le sujet = rescogitans
Fig. 2Le doute met tout en suspens, mais « je pense » lui résiste (douter, c'est encore penser) : d'où « je suis », première certitude, et le sujet comme chose qui pense (res cogitans).

Points clés

Le doute méthodique de Descartes : pour fonder le savoir, il faut tenir pour faux tout ce qui peut être mis en doute (les sens trompent, le rêve imite la veille, un « malin génie » pourrait me tromper même en mathématiques). Ce doute est hyperbolique (poussé à l’extrême) et provisoire (un outil, non un scepticisme définitif).
Le cogito : même si je doute de tout, je ne peux douter que je pense en doutant ; or pour penser il faut être. « Je pense, donc je suis » (« Cogito, ergo sum », Discours de la méthode, IV ; reformulé dans les Méditations, II). C’est la première certitude indubitable, le « point d’Archimède » du savoir, vérité « si ferme et si assurée » que le scepticisme ne peut l’ébranler.
La nature du « je » : ce que je sais d’abord avec certitude, c’est que je suis « une chose qui pense » (« res cogitans ») — qui doute, conçoit, affirme, nie, veut, imagine, sent. La conscience apparaît comme transparence à soi : l’esprit se connaît lui-même immédiatement et plus aisément que le corps. La conscience est ainsi posée comme le fondement du sujet.
Identité personnelle : la conscience fonde le sentiment d’être le même à travers le temps. Locke (qui prolonge et déplace le problème) lie l’identité personnelle non à la substance mais à la continuité de la conscience et de la mémoire : je suis la même personne pour autant que je peux rattacher à moi mes états passés. Repère essentiel : identité / égalité / différence (rester identique à soi n’est pas être égal à un autre ni indifférencié).
Portée et limites : le cogito assure que la conscience existe et se sait exister, mais il n’épuise pas ce que je suis. Il dit que je pense, non tout ce qui me détermine. C’est précisément cette prétention de la conscience à se posséder entièrement que Freud, plus tard, viendra contester.
Exemple corrigé

Le cogito prouve-t-il la connaissance de soi ?

« Je pense, donc je suis » : cette certitude suffit-elle à me faire connaître moi-même ? Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    Le cogito donne une certitude d’existence absolument indubitable. Mais exister et se connaître ne se confondent pas : je peux être assuré que je suis sans savoir ce que je suis. La question est donc : la transparence du « je pense » à lui-même est-elle une véritable connaissance de soi ?

  2. 02Thèse : oui, une connaissance première

    Pour Descartes, l’esprit se saisit immédiatement comme « chose qui pense » : doutant, voulant, imaginant, sentant. Cette connaissance est plus certaine que celle du corps ou du monde. La conscience est transparente : rien en elle ne lui échappe, elle se connaît en se pensant.

  3. 03Antithèse : une connaissance vide ou partielle

    Kant objecte que le « je pense » accompagne toutes mes représentations mais ne me livre pas un moi connu comme un objet : je me saisis comme sujet, non comme chose connue. Et l’expérience montre que je m’ignore largement (mes motifs réels, mes habitudes), ce que Freud radicalisera avec l’inconscient.

  4. 04Synthèse

    Le cogito établit avec certitude que je suis et que je pense, fondant le sujet ; mais il ne livre pas une connaissance achevée de ce que je suis. Se savoir exister n’est pas se connaître entièrement : la conscience est un point de départ, non une possession transparente de soi.

Résultat : Le cogito fonde la certitude de mon existence comme sujet pensant, mais ne constitue pas une connaissance complète de moi-même : il y a loin de « je suis » à « je me connais ». La conscience s’atteste sans pour autant se posséder tout entière — ce qui ouvre la voie aux philosophies de l’inconscient.

Objectif Bac

  • Restituer fidèlement la démarche cartésienne — doute méthodique et hyperbolique → cogito → définition du sujet comme « chose qui pense » — sans la caricaturer en simple scepticisme : c’est un repère central, très fréquemment mobilisé.
  • Savoir formuler le problème de l’identité personnelle (qu’est-ce qui fait que je reste « moi » dans le temps ?) et y articuler le rôle de la conscience et de la mémoire (repère identité / égalité / différence).

Erreurs fréquentes

  • Présenter Descartes comme un sceptique : le doute est méthodique et provisoire ; il vise au contraire à atteindre une certitude première et à fonder le savoir, non à y renoncer.
  • Traduire le cogito par un raisonnement logique (« syllogisme » : tout ce qui pense existe…) : Descartes y voit une intuition immédiate, une évidence saisie d’un seul coup dès que l’esprit pense, et non la conclusion d’une déduction.

Révision active

Reconstituez le cheminement du doute cartésien jusqu’au cogito, puis discutez : la certitude « je pense, donc je suis » prouve-t-elle que je me connais moi-même ?

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 03

La conscience médiatisée par autrui (Hegel)#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

La dialectique du maître et de l’esclave

La dialectique du maître et de l'esclaveGraphe, Conscience A → Lutte pour la reconnaissance, Conscience B → Lutte pour la reconnaissance, Lutte pour la reconnaissance → Maître (risque sa vie), Lutte pour la reconnaissance → Esclave (cède par peur), Maître (risque sa vie) → Reconnaissance vide, Esclave (cède par peur) → Conscience de soi (travail)Conscience AConscience BLutte pour lareconnaissanceMaître (risquesa vie)Esclave (cèdepar peur)ReconnaissancevideConscience desoi (travail)
Fig. 3Renversement dialectique : le maître n'obtient qu'une reconnaissance vide (reconnu par un être méprisé) ; l'esclave, par le travail qui transforme le monde, accède à la conscience de soi.

Points clés

Contre l’idée d’une conscience d’abord solitaire (le cogito s’éprouve seul), Hegel soutient que la conscience de soi ne s’atteint pleinement que par la médiation d’autrui : « la conscience de soi n’atteint sa satisfaction que dans une autre conscience de soi ». Je ne deviens moi-même qu’en étant reconnu par un autre que moi. Repère central : médiat / immédiat — le rapport à soi passe par le détour d’autrui.
La dialectique du maître et de l’esclave (Phénoménologie de l’esprit) : deux consciences se rencontrent et chacune exige d’être reconnue. S’engage une lutte pour la reconnaissance. Celui qui, par peur de la mort, renonce et se soumet devient l’esclave ; celui qui a risqué sa vie devient le maître. La reconnaissance, d’abord, est inégale.
Le renversement : le maître, reconnu par un esclave qu’il méprise, obtient une reconnaissance sans valeur ; et, jouissant des choses sans les produire, il perd contact avec le réel. L’esclave, lui, par le travail, transforme le monde et s’y reconnaît dans son œuvre ; il accède à une véritable conscience de soi. Le travail est ainsi formateur : l’homme se connaît dans ce qu’il fait.
Repère objectif / subjectif / intersubjectif : la conscience de soi n’est pas seulement subjective (un repli intérieur), elle est intersubjective — elle se construit dans le rapport aux autres. La reconnaissance (être tenu pour un sujet libre par un autre sujet libre) est la condition d’une identité accomplie.
Enjeu pour le thème : autrui apparaît comme une seconde limite à la transparence de la conscience à elle-même. Je ne me connais pas de l’intérieur seulement ; je me découvre aussi dans le regard et la reconnaissance d’autrui. Après Descartes (la conscience se possède), Hegel montre qu’elle se doit à un autre — avant que Freud ne montre qu’elle s’échappe à elle-même.
Exemple corrigé

A-t-on besoin d’autrui pour se connaître ?

La conscience de soi peut-elle se passer d’autrui ? Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée à l’aide de Hegel.

  1. 01Dégager le problème

    Le cogito semble montrer que je m’atteins seul, par une réflexion intérieure immédiate. Mais ce que je sais de moi (que je suis franc, courageux, intéressant) est constamment confirmé ou démenti par les autres. La question : la conscience de soi est-elle un repli solitaire ou une relation ?

  2. 02Le moment solitaire

    La conscience immédiate de soi est subjective : je me sens exister, je dis « je ». Mais ce sentiment reste indéterminé : je ne sais pas encore ce que je vaux, ni si l’image que j’ai de moi est juste. La certitude d’exister n’est pas encore connaissance de soi.

  3. 03La médiation par autrui (Hegel)

    Pour Hegel, « la conscience de soi n’atteint sa satisfaction que dans une autre conscience de soi ». J’ai besoin d’être reconnu pour exister comme sujet. Dans la dialectique du maître et de l’esclave, c’est par la lutte pour la reconnaissance, puis par le travail, que la conscience se forme et se connaît dans son œuvre.

  4. 04Conclure

    La conscience de soi est intersubjective : elle se construit dans le rapport aux autres. Le détour par autrui n’est pas un accident mais la condition d’une identité accomplie ; me connaître, c’est aussi me reconnaître dans ce que je fais et dans le regard d’autrui.

Résultat : La conscience de soi ne se réduit pas à un repli intérieur : elle est médiate et intersubjective. C’est par la reconnaissance d’autrui et par le travail que je me connais véritablement. Autrui n’est donc pas un obstacle à la connaissance de soi, mais sa condition.

Objectif Bac

  • Savoir exposer la dialectique du maître et de l’esclave comme thèse de la conscience médiatisée : reconnaissance, lutte, puis rôle formateur du travail. C’est le repère hégélien attendu sur ce thème (et un pont vers « le travail » et « autrui »).
  • Mobiliser le repère médiat / immédiat et la distinction objectif / subjectif / intersubjectif pour formuler que la conscience de soi n’est pas un donné immédiat mais une conquête passant par autrui.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la dialectique du maître et de l’esclave à une simple description sociologique de la domination, en oubliant son enjeu : c’est une figure de la conscience de soi et de la reconnaissance, pas seulement un rapport de force économique.
  • Croire que le maître « gagne » : Hegel montre l’inverse — c’est l’esclave qui, par le travail, accède à la conscience de soi, tandis que le maître s’enferme dans une reconnaissance vide et la jouissance stérile.

Révision active

« La conscience de soi n’atteint sa satisfaction que dans une autre conscience de soi » (Hegel). Expliquez cette thèse à l’aide de la dialectique du maître et de l’esclave, puis demandez-vous : ai-je besoin d’autrui pour me connaître moi-même ?

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 04

L’hypothèse de l’inconscient psychique (Freud) et sa portée#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

La seconde topique freudienne : ça, moi, surmoi

La seconde topique : ça, moi, surmoiGraphe, Ça · pulsions (plaisir) → Moi · arbitre (réalité), Surmoi · interdits, idéal → Moi · arbitre (réalité), Réalité · monde extérieur → Moi · arbitre (réalité)Ça · pulsions(plaisir)Surmoi ·interdits, idéalRéalité · mondeextérieurMoi · arbitre(réalité)pousseinterditcontraint
Fig. 4Le moi arbitre, sous le principe de réalité, entre les pulsions du ça (principe de plaisir), les interdits du surmoi et les contraintes du monde extérieur ; l'essentiel reste inconscient.

Points clés

L’hypothèse fondatrice : Freud pose qu’il existe des phénomènes psychiques inconscients — des désirs, des représentations, des affects qui agissent en nous sans que nous en ayons conscience. « L’inconscient est le psychique lui-même et son essentielle réalité » : le conscient n’est qu’une partie de la vie psychique, comme la partie émergée d’un iceberg.
La justification : Freud part de ce que la conscience ne sait pas expliquer — les rêves, les lapsus, les actes manqués, les oublis, les symptômes névrotiques. Plutôt que de les laisser inintelligibles ou de les renvoyer au hasard, il les explique comme des « formations de l’inconscient » : des compromis qui réalisent de façon déguisée un désir refoulé. L’hypothèse de l’inconscient est ce qui rend ces faits compréhensibles.
Le refoulement : certaines représentations, jugées inacceptables par la conscience morale, sont repoussées hors du champ conscient mais non détruites ; elles persistent dans l’inconscient et cherchent à revenir (retour du refoulé). L’inconscient freudien n’est donc pas une simple absence de conscience, mais un système dynamique, gouverné par ses propres lois (le « processus primaire »).
La seconde topique (1923) : l’appareil psychique comprend trois instances — le « ça » (réservoir des pulsions, régi par le principe de plaisir, entièrement inconscient), le « surmoi » (instances des interdits et de l’idéal, héritier de la conscience morale, en partie inconscient), et le « moi » (instance médiatrice, soumise au principe de réalité, qui arbitre entre le ça, le surmoi et le monde extérieur). Le moi « n’est pas maître dans sa propre maison ».
La portée philosophique — « troisième blessure narcissique » : après Copernic (la Terre n’est pas le centre du monde) et Darwin (l’homme n’est pas à part du règne animal), Freud porte un troisième coup à l’orgueil humain : la conscience n’est pas maîtresse en son propre domaine psychique. L’hypothèse de l’inconscient remet ainsi en cause la transparence du sujet à lui-même et interroge la maîtrise et la responsabilité.
Exemple corrigé

L’inconscient rend-il l’homme irresponsable ?

L’hypothèse de l’inconscient psychique nous délivre-t-elle de toute responsabilité ? Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    Si des forces inconscientes me déterminent à mon insu, comment serais-je encore responsable de mes actes ? On peut craindre que l’inconscient n’abolisse la liberté et n’offre une excuse permanente : « ce n’est pas moi qui ai agi, c’est mon inconscient ».

  2. 02Le moment de la menace

    Freud établit que le moi « n’est pas maître dans sa propre maison » : des désirs refoulés s’expriment dans les rêves, les lapsus, les symptômes. La conscience n’a donc pas la pleine maîtrise de la vie psychique, ce qui semble fragiliser l’imputation des actes.

  3. 03La riposte freudienne

    Mais l’inconscient reste mien : ce sont mes désirs, non une puissance étrangère. Surtout, la cure analytique vise à étendre la conscience — « Là où était le ça, le moi doit advenir » : par la prise de conscience, le sujet se réapproprie ce qui le déterminait, donc se rend davantage responsable, non moins.

  4. 04Conclure

    L’inconscient déplace la responsabilité sans l’abolir : il interdit de croire la conscience toute-puissante, mais il appelle un travail de connaissance de soi. Invoquer l’inconscient comme alibi serait précisément ce que Freud refuse ; la lucidité conquise sur soi est au contraire une conquête de liberté.

Résultat : Non : l’hypothèse de l’inconscient limite la transparence et la maîtrise immédiate de soi, mais elle n’abolit pas la responsabilité. L’inconscient est encore le mien, et la cure vise à m’en rendre conscient — donc plus libre et plus responsable, et non à m’en disculper.

Schritt-für-Schritt Erklärung4 Schritte
  1. 1

    Vous oubliez le nom d’une personne que vous n’aimez pas ; vous dites « je déclare la séance close » à l’ouverture d’une réunion ennuyeuse. Hasard ? Freud refuse cette facilité. Et s’il y avait, derrière ces ratés, un sens caché ?

  2. 2

    Freud fait une hypothèse audacieuse : la conscience n’est qu’une petite partie du psychisme. Sous elle s’étend un vaste inconscient, comme la masse immergée d’un iceberg. Là dorment des désirs refoulés, repoussés parce qu’inacceptables.

  3. 3

    Pourquoi refouler ? Une instance morale, le surmoi, héritière des interdits, juge certains désirs inacceptables et les repousse. Mais refoulé n’est pas effacé : le désir persiste et cherche à revenir — par le rêve, le lapsus, le symptôme.

  4. 4

    La conséquence est vertigineuse. Après Copernic, qui déloge la Terre du centre du monde, après Darwin, qui range l’homme parmi les animaux, Freud porte une troisième blessure : le moi n’est plus maître dans sa propre maison. La conscience ne se possède plus tout entière.

Objectif Bac

  • Exposer rigoureusement pourquoi Freud pose l’inconscient (rêves, lapsus, actes manqués, symptômes) et comment il le structure (refoulement ; ça / moi / surmoi) : c’est le cœur du thème, presque toujours mobilisé en dissertation comme en explication de texte.
  • Savoir formuler l’enjeu philosophique — l’inconscient remet en cause la transparence et la maîtrise de soi — sans pour autant conclure trop vite à la fin de la liberté : Freud lui-même vise, par la cure, à étendre le domaine du moi (« là où était le ça, le moi doit advenir »).

Erreurs fréquentes

  • Confondre l’inconscient psychique (au sens de Freud : refoulé, dynamique, doté de lois propres) avec le « non-conscient » ordinaire (ce dont je ne m’occupe pas sur le moment, ce qui est simplement hors d’attention, ou les processus physiologiques). L’inconscient freudien n’est pas un simple « pas encore conscient ».
  • Tirer de l’inconscient une excuse universelle (« ce n’est pas moi, c’est mon inconscient ») : pour Freud, l’inconscient est encore mien ; la cure vise précisément à m’en rendre responsable, non à m’en déresponsabiliser.

Révision active

Expliquez pourquoi Freud pose l’hypothèse de l’inconscient psychique (à partir des actes manqués et des rêves), puis demandez-vous : cette hypothèse rend-elle l’homme étranger à lui-même et irresponsable de ses actes ?

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 05

Objections et débats : la conscience est-elle transparente à elle-même ? (Sartre, la mauvaise foi)#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Deux explications de l’opacité de soi : Freud / Sartre

Pourquoi je m'ignore ? Freud / SartreTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Face à « je m'ignore » · Freud · Sartre; Mécanisme · un inconscient refoule · la mauvaise foi; Statut · cause séparée du moi · acte conscient et libre; Inconscient ? · oui, dynamique · non : tout est conscient; Responsabilité · le moi la subit · le sujet en répond; Issue · cure : étendre le moi · assumer sa libertéFACE À « JE M'IGNORE »FREUDSARTREMÉCANISMEun inconscient refoulela mauvaise foiSTATUTcause séparée du moiacte conscient et libreINCONSCIENT ?oui, dynamiquenon : tout est conscientRESPONSABILITÉle moi la subitle sujet en répondISSUEcure : étendre le moiassumer sa liberté
Fig. 5Devant le même fait — le sujet n'est pas transparent à lui-même — Freud invoque un inconscient qui refoule, Sartre une mauvaise foi consciente et libre dont le sujet reste responsable.

Points clés

Première objection (rationaliste) : pour Alain et la tradition cartésienne, parler d’un « psychisme inconscient » est une contradiction dans les termes — le psychique, c’est par définition ce dont on a conscience. L’inconscient déresponsabiliserait l’homme en faisant de lui le jouet de forces obscures ; mieux vaut maintenir que rien dans l’esprit n’échappe à la conscience.
L’objection sartrienne : Sartre récuse l’inconscient au nom de la nature de la conscience, qui est tout entière transparence — « toute conscience est conscience (de) soi ». Mais il doit alors expliquer autrement ce que Freud appelait refoulement. C’est l’enjeu du concept de mauvaise foi.
La critique de la « censure » : si une instance (la censure freudienne) refoule un désir, c’est qu’elle doit le connaître pour le repousser, et savoir le cacher — donc en être consciente. L’inconscient supposé reconduit ainsi en lui la conscience qu’il prétendait éliminer. Pour Sartre, le « refoulement » n’est pas l’œuvre d’une instance séparée, mais un acte de la conscience qui se ment à elle-même.
La mauvaise foi : c’est se mentir à soi-même. Différente du mensonge (où je sais la vérité que je cache à autrui), la mauvaise foi est un mensonge à soi : je me dissimule à moi-même une vérité que pourtant je connais. Elle n’est possible que pour un être conscient et libre — non un mécanisme inconscient, mais une fuite devant ma propre liberté. Exemples sartriens : la femme qui « ne voit pas » l’intention du séducteur, le garçon de café qui se fait pur rôle.
Enjeu et synthèse : le débat oppose deux explications de l’opacité du sujet à lui-même. Freud l’explique par une instance inconsciente (réaliste, déterministe) ; Sartre, par une conduite de mauvaise foi (la conscience est responsable de son propre aveuglement, donc reste libre). Le sujet n’est transparent ni au sens naïf (je ne me connais pas tout entier), ni au sens où je serais le simple jouet de mon inconscient : se connaître soi-même reste une tâche, jamais un donné.
Exemple corrigé

La conscience est-elle transparente à elle-même ?

La conscience est-elle transparente à elle-même ? Dégagez le problème et construisez une réponse argumentée en confrontant Descartes, Freud et Sartre.

  1. 01Dégager le problème

    Spontanément, j’ai le sentiment de me connaître mieux que personne : nul n’a accès à mes pensées comme moi. Pourtant je me surprends, je me contredis, je m’ignore. La transparence de la conscience à elle-même est-elle un fait, ou une illusion que l’on doit corriger ?

  2. 02Thèse : la transparence (Descartes)

    Pour Descartes, l’esprit se connaît immédiatement comme « chose qui pense » ; rien dans la pensée n’échappe à la pensée. La conscience est lumière de part en part : c’est le sens premier et la dignité du sujet.

  3. 03Antithèse : l’opacité (Freud)

    Mais les rêves, lapsus et symptômes manifestent un sens que la conscience ne maîtrise pas. Freud pose un inconscient psychique : le moi « n’est pas maître dans sa propre maison ». La transparence cartésienne serait donc une illusion ; le sujet est en partie opaque à lui-même.

  4. 04Discussion et dépassement (Sartre)

    Sartre objecte à Freud qu’une « censure » qui refoule doit savoir ce qu’elle cache — donc en avoir conscience. Il réinterprète l’opacité par la mauvaise foi : la conscience se ment à elle-même, librement. Le sujet n’est ni purement transparent, ni purement déterminé par un inconscient : il est responsable de son propre aveuglement.

  5. 05Conclure

    La transparence immédiate et totale est intenable : je ne me possède pas d’emblée. Mais l’opacité n’est pas non plus une fatalité mécanique. Se connaître soi-même est une tâche — par la réflexion, la cure ou la lucidité conquise sur la mauvaise foi —, jamais un donné acquis une fois pour toutes.

Résultat : La conscience n’est pas spontanément transparente à elle-même : ni la certitude cartésienne, ni l’hypothèse freudienne ne suffisent seules. Que l’on explique l’opacité par l’inconscient (Freud) ou par la mauvaise foi (Sartre), la connaissance de soi se révèle une conquête, jamais une évidence donnée.

Objectif Bac

  • Savoir confronter Freud et Sartre comme les deux grandes réponses au problème de l’opacité de soi : l’hypothèse de l’inconscient contre la mauvaise foi. C’est l’axe d’une dissertation problématisée sur « la conscience est-elle transparente à elle-même ? ».
  • Distinguer rigoureusement mensonge / mauvaise foi / refoulement, et savoir présenter honnêtement les objections faites à Freud sans pour autant le « réfuter » : il s’agit de discuter, pas de trancher dogmatiquement.

Erreurs fréquentes

  • Croire que Sartre nie tout simplement l’opacité du sujet : il maintient que je peux m’ignorer, mais l’explique par la mauvaise foi (une conduite consciente et libre), non par un inconscient mécanique. C’est l’explication qui change, pas le fait.
  • Confondre mauvaise foi et mensonge ordinaire : dans le mensonge je trompe autrui en sachant la vérité ; dans la mauvaise foi, c’est moi-même que je trompe, unité paradoxale du trompeur et du trompé.

Révision active

« La conscience est-elle transparente à elle-même ? » Construisez le plan détaillé d’une dissertation confrontant la transparence cartésienne, l’hypothèse freudienne de l’inconscient et la mauvaise foi sartrienne.

Rappel actif

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Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01La conscience de soi : qu’est-ce qu’un sujet ?○
    • 02La certitude du cogito et l’identité personnelle (Descartes)◐
    • 03La conscience médiatisée par autrui (Hegel)●
    • 04L’hypothèse de l’inconscient psychique (Freud) et sa portée●
    • 05Objections et débats : la conscience est-elle transparente à elle-même ? (Sartre, la mauvaise foi)◐

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Des fiches à l'entraînement

La conscience et l’inconscient

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Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions)

Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

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