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Méthodes de l’épreuve : dissertation et explication de texte

L’épreuve écrite de philosophie en terminale propose trois sujets au choix — deux dissertations et une explication de texte — à traiter en quatre heures (coefficient 8). Cette fiche enseigne la méthode des deux exercices : passer de la question au problème et bâtir une dissertation argumentée ; dégager la thèse, suivre l’argumentation et expliciter les concepts d’un texte d’auteur. Dans les deux cas, on attend un discours continu et personnel qui mobilise notions, repères et auteurs.

5 sections·~24 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 3 · Approfondissement 1·Vérifié · 06/2026

T·0111 / 13
Profil d’examen
Analyser un sujet de dissertation : interroger les termes, dégager le présupposé et construire un problème (passer de la question au problème).Rédiger une dissertation argumentée : introduction (analyse, problématique, annonce), développement progressif en plusieurs moments, conclusion qui répond au problème.Expliquer un texte d’auteur : dégager la thèse et le problème, suivre l’organisation raisonnée de l’argumentation et expliciter les concepts, sans plaquer de connaissances extérieures.Mobiliser à bon escient les notions, les repères (distinctions conceptuelles) et les références d’auteurs ; illustrer par des exemples pertinents ; s’exprimer avec clarté, précision et nuance.
Opérateurs :analyserproblématiserdistinguerdéfinirargumenterjustifierinterpréter un texteillustrer par un exempleconclure

niveau de base

Maîtrisez d’abord les fondations communes aux deux exercices : la différence entre une question et un problème, le rôle de l’introduction (analyse, problématique, annonce) et la consigne « expliquer, ce n’est ni paraphraser ni juger ». C’est le socle qui rend toute copie recevable.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, travaillez la qualité de la problématisation (faire surgir une vraie tension), la progression réelle du développement (chaque moment déplace le problème) et l’usage fin des repères du programme comme outils d’analyse ; sur l’explication, articulez explication interne et discussion mesurée des enjeux.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. Méthodes de l’épreuve : dissertation et explication de texte
    • 01L’épreuve écrite : trois sujets au choix, quatre heures○
    • 02La dissertation : de la question au problème◐
    • 03Construire et rédiger la dissertation : introduction, développement, conclusion◐
    • 04L’explication de texte : dégager le problème, suivre l’argumentation, expliciter les concepts●
    • 05Outils transversaux : notions, repères, auteurs — et les erreurs à éviter◐
§ 01

L’épreuve écrite : trois sujets au choix, quatre heures#

●○○BaseLPeduscol-programme-philosophie-terminale

L’épreuve écrite : trois sujets au choix

L'épreuve écrite : trois sujets au choixArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Sujet 1 — Dissertation; Sujet 2 — Dissertation; Sujet 3 — Explication de texteÉpreuve écrite · 4 h · coef. 8Sujet 1 — DissertationSujet 2 — DissertationSujet 3 — Explication de texte
Fig. 1Le candidat reçoit trois sujets et n'en traite qu'un seul : deux dissertations (chacune sur une notion à problématiser) ou l'explication d'un texte d'auteur. Aucun document n'est autorisé.

Points clés

Le format de l’épreuve. À l’écrit de philosophie (voie générale), le candidat reçoit trois sujets et en traite un seul, à son choix : deux sujets de dissertation et un sujet d’explication d’un texte d’auteur. L’épreuve dure quatre heures et son coefficient est de 8. Aucun document, dictionnaire ou ouvrage n’est autorisé : on n’apporte que sa réflexion et sa culture.
Choisir le sujet, lucidement. On ne choisit pas le sujet qui « parle » le plus, mais celui que l’on peut problématiser et conduire jusqu’au bout. Avant de s’engager, on teste chaque sujet au brouillon (dix minutes) : sait-on définir les termes, voit-on une tension à explorer, dispose-t-on d’exemples et d’auteurs ? Pour l’explication, sait-on dégager la thèse et suivre le texte ?
Une exigence commune aux trois sujets. Quel que soit l’exercice, l’épreuve évalue une même compétence : analyser des notions, construire ou dégager un problème, argumenter avec rigueur dans un discours continu et personnel. La dissertation comme l’explication mobilisent les notions du programme, les repères (distinctions conceptuelles) et des références d’auteurs, illustrées par des exemples pertinents.
Un discours rédigé, pas un plan apparent. La copie est un texte suivi : on ne fait pas figurer dans la copie « I. », « II. », « a) », ni de titres. Les articulations passent par des phrases de transition. L’introduction, le développement organisé en paragraphes et la conclusion structurent le propos sans être étiquetés comme tels.
Gérer le temps (repère méthodologique). Sur quatre heures, une répartition prudente consacre environ une heure à l’analyse du sujet et au plan détaillé au brouillon, environ deux heures et demie à la rédaction, et une vingtaine de minutes à la relecture (orthographe, syntaxe, cohérence de l’argumentation). Un devoir mal réparti se reconnaît à une conclusion bâclée.
Exemple corrigé

Choisir entre trois sujets au brouillon

Vous découvrez les trois sujets : (1) « La vérité dépend-elle de nous ? » ; (2) « Le travail n’est-il qu’une contrainte ? » ; (3) un texte de Descartes sur le doute. Montrez la démarche de choix que vous appliquez avant de vous engager.

  1. 01Identifier la nature de chaque sujet

    Les sujets 1 et 2 sont des dissertations (des questions) ; le sujet 3 est une explication de texte (un passage attribué à un auteur). Le choix engage deux méthodes différentes.

  2. 02Tester la problématisation des dissertations

    Pour (1), une tension claire apparaît : ou bien la vérité est indépendante de nous (réaliste), ou bien elle se construit par et pour des sujets — c’est problématisable. Pour (2), je dois définir « travail » et « contrainte » : le présupposé est que le travail serait subi ; je peux l’opposer au travail comme accomplissement de soi. Les deux se tiennent.

  3. 03Évaluer le texte

    Sur le sujet 3, je lis le passage : si je dégage sans peine la thèse (douter méthodiquement pour atteindre le certain), la structure (étapes du doute) et les concepts (doute, certitude, méthode), l’explication est jouable, même sans rien savoir de la vie de Descartes.

  4. 04Décider selon mes ressources

    Je choisis l’exercice où j’ai à la fois une tension nette et de quoi l’alimenter (auteurs, exemples, distinctions). Si le texte me résiste (je ne vois pas son organisation), je m’abstiens : une explication mal comprise est ingérable.

Résultat : Le choix n’est pas affaire de goût mais de faisabilité : on retient le sujet que l’on peut analyser, problématiser et conduire jusqu’à une réponse argumentée — vérifié au brouillon avant de rédiger.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir, dès la lecture du sujet, identifier l’exercice (question = dissertation ; passage entre guillemets attribué à un auteur = explication) et engager la bonne méthode ; un correcteur sanctionne lourdement une explication traitée comme une dissertation, et inversement.
  • Objectif Bac : montrer que la copie est un travail personnel et continu — une pensée qui avance — et non une récitation de cours plaquée ou un catalogue de citations ; c’est le critère qui distingue les bonnes copies des copies seulement « remplies ».

Erreurs fréquentes

  • Choisir un sujet sur une impression (« j’ai un cours dessus ») sans vérifier au brouillon qu’on peut le problématiser : on se retrouve alors à réciter le cours hors-sujet plutôt qu’à répondre à la question posée.
  • Faire apparaître le plan dans la copie (titres, « I. A. 1. ») ou rédiger des paragraphes sans transitions : la philosophie attend un discours continu où les articulations logiques sont explicitées par des phrases, pas par une numérotation.

Révision active

Décrivez précisément le déroulé des quatre heures de l’épreuve, de la lecture des trois sujets à la relecture finale, en justifiant chaque étape de la répartition du temps que vous proposez.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale) · Programmes et ressources en philosophie — voie générale et technologique (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 02

La dissertation : de la question au problème#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

De la question au problème

De la question au problèmeGraphe, La question (le sujet) → Analyse des termes + présupposé, Analyse des termes + présupposé → Le problème (tension A / B), Le problème (tension A / B) → La problématique (question)La question (lesujet)Analyse destermes +présupposéLe problème(tension A /B)La problématique(question)
Fig. 2Une question devient un problème lorsqu'on fait surgir une tension entre deux réponses également défendables ; la problématique reformule cette tension en une question.

Points clés

Une question n’est pas encore un problème. Le sujet se présente comme une question (« La liberté a-t-elle des limites ? »). Mais répondre n’a d’intérêt que si l’on montre pourquoi la réponse n’est pas évidente : un problème naît de la tension entre deux réponses opposées, toutes deux défendables. Tant qu’on n’a pas fait surgir cette tension, on n’a pas de quoi disserter.
Analyser les termes du sujet. On définit chaque notion-clé et on examine les petits mots (« suffit-il », « peut-on », « faut-il », « ne… que »). « Peut-on » mêle deux sens — possibilité de fait (en est-on capable ?) et droit (en a-t-on le droit ?) — qu’il faut souvent distinguer. C’est ici que les repères du programme servent d’outils : en fait / en droit, légal / légitime, objectif / subjectif, croire / savoir, persuader / convaincre.
Dégager le présupposé. Tout sujet repose sur une idée admise d’avance qu’il faut mettre au jour et parfois contester. « Pourquoi recherche-t-on le bonheur ? » présuppose qu’on le recherche toujours ; interroger ce présupposé (et si certains fuyaient le bonheur ?) ouvre souvent le problème le plus fécond.
Formuler la problématique. La problématique est le problème exprimé sous forme d’une (ou deux) question(s) qui rend(ent) explicite la tension. Une bonne problématique n’est pas la simple reprise du sujet ni une question rhétorique : elle articule les deux réponses possibles (« Être libre, est-ce n’obéir qu’à soi-même, ou bien se donner des limites qu’on reconnaît comme siennes ? »).
Distinguer problématiser et donner son opinion. Problématiser, ce n’est pas dire ce qu’on pense ; c’est rendre la question difficile en montrant que chaque réponse spontanée se heurte à une objection sérieuse. La thèse personnelle viendra plus tard, comme résultat argumenté du parcours, jamais comme point de départ asséné.
Exemple corrigé

Problématiser « Suffit-il d’être libre pour faire ce que l’on veut ? »

Analysez les termes du sujet « Suffit-il d’être libre pour faire ce que l’on veut ? », dégagez son présupposé, puis formulez une problématique opposant deux réponses également défendables.

  1. 01Analyser les termes

    « Suffit-il » demande si la liberté est une condition suffisante (une fois libre, plus rien ne manque) — c’est plus exigeant que « faut-il ». « Être libre » : ne pas être empêché de l’extérieur. « Faire ce que l’on veut » : satisfaire ses désirs. Le repère possibilité de fait / droit éclaire le « vouloir ».

  2. 02Repérer le présupposé

    Le sujet présuppose que faire ce que l’on veut serait le but évident de la liberté, et que l’obstacle à ce but serait seulement extérieur (les interdits, les autres). On peut contester ce présupposé : et si l’obstacle était intérieur, dans des désirs qui nous asservissent ?

  3. 03Faire surgir la tension

    Thèse A : oui, être libre suffit, car si rien ne m’empêche, je peux suivre tous mes désirs. Thèse B : non, car obéir à des désirs subis (impulsions, dépendances) n’est pas être libre mais esclave ; la vraie liberté supposerait de se rendre maître de ses désirs (Épictète, Spinoza). Les deux thèses sont sérieuses.

  4. 04Formuler la problématique

    On condense la tension en une question : « Être libre, est-ce pouvoir satisfaire tous ses désirs, ou bien être capable de se rendre maître de ce que l’on veut ? » On annonce alors un parcours qui examinera successivement les deux réponses.

Résultat : Le sujet est problématisé : la simple question « suffit-il d’être libre ? » est devenue une tension entre deux conceptions opposées de la liberté (faire ce qu’on veut / vouloir vraiment), ce qui ouvre un développement argumenté.

Schritt-für-Schritt Erklärung4 Schritte
  1. 1

    Une question n’est pas un problème. Devant « Le travail rend-il libre ? », l’erreur est de répondre tout de suite. Le travail philosophique consiste d’abord à montrer pourquoi la réponse n’est pas évidente.

  2. 2

    On analyse les termes : « travail » — activité de transformation, mais aussi peine ; « libre » — non contraint, ou bien accompli. On dégage le présupposé : le sujet suppose que le travail aurait un rapport à la liberté.

  3. 3

    Puis on fait surgir la tension. Thèse A : le travail libère, car il arrache à la nature et donne une place. Thèse B : le travail aliène, car il peut épuiser et dépersonnaliser. Les deux se défendent : voilà le problème.

  4. 4

    Enfin on formule la problématique : « Le travail nous libère-t-il en nous rendant autonomes, ou nous asservit-il en nous soumettant à la nécessité ? » De cette question naîtra le plan. Problématiser, c’est cela.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : l’introduction doit contenir une problématique véritable (une tension formulée), et non une reformulation déguisée du sujet ; c’est le premier critère que repère un correcteur et il conditionne toute la note.
  • Objectif Bac : savoir mobiliser au moins un repère du programme (par ex. en fait / en droit, légal / légitime) pour analyser finement le sujet, ce qui distingue une analyse philosophique d’une discussion de sens commun.

Erreurs fréquentes

  • Confondre la question (le sujet) et la problématique : recopier le sujet en le faisant suivre de « Telle est la question que nous allons étudier » ne problématise rien ; il faut faire apparaître pourquoi deux réponses contraires se valent.
  • Donner d’emblée sa réponse personnelle (« Selon moi, oui, car… ») au lieu de construire le problème : la dissertation devient alors un plaidoyer à thèse unique, sans la tension qui fait la richesse du devoir.

Révision active

Prenez le sujet « Suffit-il d’être libre pour faire ce que l’on veut ? » : analysez les termes, dégagez le présupposé, puis formulez en deux lignes une problématique qui oppose clairement deux réponses défendables.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale) · Programmes et ressources en philosophie — voie générale et technologique (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 03

Construire et rédiger la dissertation : introduction, développement, conclusion#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Plan-type d’une dissertation

Plan-type d'une dissertationGraphe, Introduction · problématique → I · thèse (réponse spontanée), I · thèse (réponse spontanée) → II · antithèse (objection), II · antithèse (objection) → III · dépassement (distinction), III · dépassement (distinction) → Conclusion · réponseIntroduction ·problématiqueI · thèse(réponsespontanée)II · antithèse(objection)III ·dépassement(distinction)Conclusion ·réponse
Fig. 3Le plan dialectique I–II–III est un modèle, non une obligation : un plan progressif convient aussi. L'introduction annonce le chemin, jamais le résultat.

Points clés

L’introduction en quatre temps. Elle part d’une amorce concrète (un fait, un paradoxe, un exemple) qui amène le sujet ; elle analyse les termes essentiels ; elle pose la problématique (la tension) ; elle annonce le plan, c’est-à-dire le chemin par lequel on va traiter le problème — pas la conclusion. L’introduction se rédige souvent en dernier au brouillon, une fois le plan stabilisé.
Le développement progressif. Le développement avance par moments argumentés (deux, trois, parfois quatre). Chaque moment soutient une réponse, l’appuie d’arguments et d’exemples, puis rencontre une limite qui appelle le moment suivant. Le plan dialectique classique — thèse (I), antithèse (II), synthèse ou dépassement (III) — est un modèle utile, mais un plan progressif (qui approfondit la même question par étapes) est tout aussi recevable.
Argumenter, illustrer, citer à bon escient. Un paragraphe-type énonce une idée, la justifie par un raisonnement, l’illustre par un exemple précis (tiré de la culture, de l’histoire, de la science, de la vie) et, le cas échéant, l’étaye par un auteur. L’exemple ne remplace pas l’argument : il l’incarne. Les références d’auteurs servent la démonstration ; on ne les empile pas pour « faire savant ».
Les transitions, colonne vertébrale du devoir. Entre deux moments, une transition fait le bilan de ce qui précède et montre pourquoi il faut aller plus loin (« Si la liberté se réduisait à faire ce qu’on veut, comment expliquer qu’on puisse regretter d’avoir cédé à un désir ? »). Ce sont les transitions qui donnent au devoir sa progression et son unité.
La conclusion qui répond. La conclusion récapitule brièvement le chemin parcouru, puis répond nettement au problème posé en introduction — sans timidité ni « peut-être ». Une ouverture (vers une notion ou une question voisine) est possible mais facultative ; elle ne doit jamais remplacer la réponse.
Exemple corrigé

Bâtir le plan détaillé de « La liberté a-t-elle des limites ? »

Pour le sujet « La liberté a-t-elle des limites ? », proposez l’introduction (problématique et annonce) puis le squelette argumenté des trois moments du développement.

  1. 01Poser la problématique

    Après analyse (« liberté » = pouvoir de faire ce qu’on veut ? autonomie ? ; « limites » = obstacles subis ou règles reconnues ?), on formule la tension : « Les limites sont-elles une atteinte à la liberté, ou bien sa condition même ? » On annonce un parcours en trois moments.

  2. 02Moment I — la liberté semble exclure toute limite

    Argument : être libre, c’est ne dépendre de rien ; toute limite (loi, autrui, devoir) apparaît d’abord comme une entrave. Exemple : l’enfant qui veut « tout faire ». Limite de ce moment : une liberté sans aucune borne se retourne contre elle-même (la liberté de chacun heurte celle des autres).

  3. 03Moment II — certaines limites rendent la liberté possible

    Argument : la loi qui me limite me protège aussi de l’arbitraire d’autrui (Rousseau, Kant). Le repère légal / légitime distingue la contrainte subie de la règle reconnue. Exemple : le code de la route limite et garantit à la fois la circulation. Mais une limite seulement extérieure ne suffit pas à fonder la liberté intérieure.

  4. 04Moment III — la vraie limite est intérieure et choisie

    Dépassement : être libre, ce n’est pas l’absence de limites, mais se donner à soi-même sa loi (autonomie kantienne) ; la limite que je reconnais comme mienne n’aliène pas, elle libère. La distinction décisive : limite subie / limite voulue.

  5. 05Conclure

    Réponse au problème : oui, la liberté a des limites, mais les limites qui la nient sont celles qu’on subit, tandis que celles qu’on se donne la constituent. Ouverture possible vers le devoir.

Résultat : On obtient un plan où chaque moment déplace le problème (limite-entrave → limite-condition → limite-choisie), porté par des transitions, et où la conclusion répond exactement à la question posée.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : la cohérence entre l’introduction et la conclusion est notée — la conclusion doit répondre exactement au problème annoncé ; un devoir qui « oublie » sa problématique en route est pénalisé.
  • Objectif Bac : chaque grande partie doit faire progresser le traitement du problème (et non juxtaposer des idées) ; les correcteurs valorisent un développement où l’on sent une pensée qui avance, portée par des transitions.

Erreurs fréquentes

  • Annoncer la réponse dès l’introduction (« nous verrons que la liberté n’est pas l’absence de limites ») : on tue le suspense argumentatif et on transforme le développement en illustration d’une thèse posée d’avance, au lieu d’une recherche.
  • Enchaîner les parties sans transition, ou faire un « III » de synthèse qui ne fait que répéter I et II : la troisième partie doit apporter une distinction ou un déplacement décisif, pas un résumé.

Révision active

Rédigez l’introduction complète (amorce, analyse des termes, problématique, annonce du plan) d’une dissertation sur « La liberté a-t-elle des limites ? », puis proposez en une phrase chacune les trois moments de votre développement.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale) · Programmes et ressources en philosophie — voie générale et technologique (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 04

L’explication de texte : dégager le problème, suivre l’argumentation, expliciter les concepts#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Expliquer un texte : les quatre gestes

Expliquer un texte : les quatre gestesGraphe, 1 · Dégager thèse et problème → 2 · Suivre la structure, 2 · Suivre la structure → 3 · Expliciter les concepts, 3 · Expliciter les concepts → 4 · Évaluer et discuter1 · Dégagerthèse etproblème2 · Suivre lastructure3 · Expliciterles concepts4 · Évaluer etdiscuter
Fig. 4Tout part du texte : aucune érudition préalable n'est exigée. Expliquer n'est ni paraphraser (redire le texte) ni juger (plaquer un avis), mais éclairer sa lettre.

Points clés

Tout part du texte — aucune érudition préalable n’est exigée. L’explication porte sur un passage d’un auteur du programme. On n’a pas besoin de connaître la biographie de l’auteur ni l’ensemble de son œuvre : tout ce dont on a besoin est dans le texte. La consigne officielle est claire — la connaissance de l’œuvre n’est pas requise. On éclaire le texte par lui-même, en s’appuyant éventuellement sur ses propres connaissances, mais sans jamais les plaquer.
Dégager la thèse et le problème du texte. Première tâche : repérer ce que l’auteur veut établir (sa thèse) et la question à laquelle il répond (le problème auquel le texte fait face, souvent une objection implicite). On reformule la thèse en une phrase, dans ses propres mots, avant toute explication détaillée.
Suivre l’organisation raisonnée de l’argumentation. On découpe le texte en moments (un argument, un exemple, une objection, une conclusion) en s’appuyant sur les connecteurs logiques (« or », « mais », « donc », « car », « en effet », « ainsi »). Expliquer, c’est rendre compte du mouvement de la pensée : pourquoi l’auteur passe-t-il de telle idée à telle autre ? L’explication suit la lettre du texte, dans l’ordre.
Expliciter les concepts et les exemples. Pour chaque terme important, on demande : que veut dire précisément l’auteur ? On définit, on distingue (en s’aidant des repères), on montre la fonction de chaque exemple dans l’argument. Un exemple du texte n’est pas une illustration décorative : il prouve, infirme ou nuance quelque chose — il faut dire quoi.
Discuter avec mesure, sans plaquer un cours. Après avoir expliqué fidèlement, on peut évaluer la portée et les limites de la thèse (intérêt philosophique, objection possible). Cette discussion reste au service du texte : elle prolonge la pensée de l’auteur, elle ne la noie pas sous des connaissances extérieures. Expliquer n’est ni paraphraser (redire sans éclairer), ni juger d’emblée (approuver ou condamner avant d’avoir compris).
Exemple corrigé

Conduire l’explication d’un court texte d’auteur

Soit un court texte où l’auteur soutient que « obéir aux lois que l’on s’est prescrites est liberté ». Montrez comment vous en construisez l’explication, de la thèse à la discussion.

  1. 01Dégager la thèse et le problème

    Thèse : la liberté n’est pas l’absence de toute loi, mais l’obéissance à une loi qu’on se donne soi-même. Problème auquel le texte répond : la loi semble s’opposer à la liberté (objection implicite : obéir, n’est-ce pas perdre sa liberté ?). Le texte répond non, à condition de distinguer deux sortes d’obéissance.

  2. 02Suivre la structure

    On repère les moments grâce aux connecteurs : d’abord l’auteur écarte une définition (la liberté ≠ faire tout ce qu’on veut) ; puis (« car ») il avance que suivre ses seules impulsions, c’est être esclave de ses désirs ; enfin (« donc ») il conclut que la liberté est obéissance à la loi qu’on s’est prescrite.

  3. 03Expliciter les concepts

    « Se prescrire » : se donner à soi-même une règle (autonomie, par opposition à hétéronomie où la règle vient d’ailleurs). On mobilise le repère liberté subie / liberté voulue. L’exemple éventuel (céder à une impulsion qu’on regrette) montre que l’absence de loi n’est pas la liberté mais la servitude des désirs.

  4. 04Évaluer les enjeux

    Intérêt : le texte renverse l’opposition commune entre loi et liberté ; il fonde une liberté comme maîtrise de soi. Limite possible à discuter : toute loi « qu’on s’est prescrite » est-elle vraiment libératrice, ou faut-il un critère de la bonne loi ? La discussion prolonge le texte sans le quitter.

Résultat : L’explication a dégagé la thèse, suivi l’argumentation pas à pas en éclairant les concepts, puis discuté les enjeux — sans paraphraser ni plaquer un cours : tout est resté arrimé au mouvement du texte.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : montrer qu’on a compris le mouvement d’ensemble du texte (sa thèse et sa structure) avant d’entrer dans le détail ; une explication qui avance ligne à ligne sans vue d’ensemble vire à la paraphrase.
  • Objectif Bac : expliciter réellement les concepts et les transitions de l’auteur (« pourquoi écrit-il “or” ici ? ») — c’est cette élucidation du raisonnement, et non le résumé, qui est évaluée.

Erreurs fréquentes

  • Paraphraser : redire le texte dans d’autres mots sans l’expliquer (« l’auteur dit que… puis il dit que… »). Expliquer, c’est dire pourquoi l’auteur le dit, ce que le terme signifie, à quoi sert l’exemple — pas répéter.
  • Plaquer un cours sur la notion ou juger l’auteur d’emblée (« Descartes a tort car… ») : on doit d’abord comprendre et restituer fidèlement la thèse ; la discussion vient après, et reste arrimée au texte, sans dissertation déguisée.

Révision active

Sur un court texte d’auteur de votre choix (programme), rédigez l’introduction de l’explication : présentez le thème, dégagez la thèse en une phrase, formulez le problème auquel le texte répond, et annoncez les moments que vous distinguez dans son argumentation.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale) · Programmes et ressources en philosophie — voie générale et technologique (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 05

Outils transversaux : notions, repères, auteurs — et les erreurs à éviter#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Dissertation et explication : tableau comparatif

Dissertation et explication : comparatifTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Critère · Dissertation · Explication de texte; Point de départ · une question · un texte d'auteur; Geste central · construire un problème · suivre l'argumentation; Matière · notions, auteurs, repères · le texte d'abord; Piège majeur · réciter, hors-sujet · paraphraser le texte; Posture · discours personnel · rester près du texteCRITÈREDISSERTATIONEXPLICATION DE TEXTEPOINT DE DÉPARTune questionun texte d'auteurGESTE CENTRALconstruire un problèmesuivre l'argumentationMATIÈREnotions, auteurs, repèresle texte d'abordPIÈGE MAJEURréciter, hors-sujetparaphraser le textePOSTUREdiscours personnelrester près du texte
Fig. 5Exigence commune aux deux exercices : analyser, problématiser et argumenter dans un discours continu et personnel (4 h, coefficient 8, sujets au choix).

Points clés

Les notions du programme, matière de la réflexion. Les dix-sept notions (l’art, le bonheur, la conscience, l’inconscient, le devoir, l’État, la justice, le langage, la liberté, la nature, la raison, la religion, la science, la technique, le temps, le travail, la vérité) ne sont pas des chapitres à réciter : ce sont des concepts à mobiliser pour analyser un sujet ou un texte. On ne « place » pas une notion, on s’en sert pour penser.
Les repères, outils transversaux d’analyse. Les repères sont des distinctions conceptuelles (par exemple : en fait / en droit, légal / légitime, objectif / subjectif, croire / savoir, persuader / convaincre, cause / fin, contingent / nécessaire / possible). Ils permettent de trancher des ambiguïtés et de gagner en précision. Bien employé, un seul repère peut débloquer tout un sujet.
Les auteurs, au service de la démonstration. Le texte de l’explication est choisi dans la liste des auteurs du programme (Antiquité et Moyen Âge ; période moderne ; période contemporaine). Dans la dissertation, on convoque des auteurs pour appuyer ou contester une thèse — jamais pour faire nombre. Une référence comprise et utilisée vaut mieux que dix citations plaquées.
Les exemples, incarnation de l’argument. Un bon exemple est précis et fonctionnel : il rend sensible une idée, montre un cas, sert de contre-exemple. Il vient de partout (histoire, sciences, arts, expérience commune), mais il doit toujours être analysé : on dit ce qu’il prouve, on ne le laisse pas « parler tout seul ».
Les quatre grandes fautes à éviter. La paraphrase (en explication : redire sans éclairer) ; la récitation de cours (plaquer un savoir sans répondre au sujet) ; le hors-sujet (traiter une autre question que celle posée) ; l’absence de problème (juxtaposer des avis sans tension). Toutes ont la même racine : ne pas s’être assuré, au brouillon, qu’on répond précisément à ce qui est demandé.
Exemple corrigé

Mobiliser un repère pour débloquer un sujet

Montrez comment le repère légal / légitime permet d’analyser le sujet « Faut-il toujours obéir aux lois ? » et d’en construire le problème.

  1. 01Énoncer la distinction

    Est légal ce qui est conforme à la loi en vigueur ; est légitime ce qui est conforme à la justice, à ce qui devrait être le droit. Une loi peut être légale sans être légitime (une loi injuste), et une exigence légitime peut n’être pas encore légale.

  2. 02Appliquer au sujet

    « Faut-il toujours obéir aux lois ? » devient analysable : si « la loi » désigne le légal, le sujet demande si la conformité au droit positif s’impose toujours, même quand le légal n’est pas légitime.

  3. 03Construire le problème

    Tension : ou bien obéir au légal est un devoir inconditionnel (sans quoi c’est le retour à la force et au désordre), ou bien une loi gravement injuste (illégitime) peut délier de l’obéissance (désobéissance civile). Le repère fait apparaître les deux réponses.

  4. 04Formuler la problématique

    « L’obéissance aux lois est-elle un devoir absolu parce qu’elles sont légales, ou bien la légitimité peut-elle parfois autoriser à leur désobéir ? » Le repère a transformé une question vague en problème précis.

Résultat : Un seul repère, correctement défini et appliqué, a suffi à dégager la tension du sujet et à formuler une problématique nette : c’est l’usage attendu des repères du programme.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : démontrer la maîtrise d’au moins quelques repères (et savoir les appliquer à un sujet précis) ; c’est un marqueur fort de niveau philosophique aux yeux des correcteurs.
  • Objectif Bac : prouver que la copie répond au sujet et progresse — un devoir riche en connaissances mais hors-sujet ou sans problème est moins bien noté qu’un devoir plus modeste mais juste et problématisé.

Erreurs fréquentes

  • Empiler les citations et les noms d’auteurs pour « faire savant » sans les expliquer ni les relier à l’argument : le correcteur y voit un décor, pas une pensée.
  • Multiplier les exemples non analysés (« par exemple… par exemple… ») : un exemple non exploité ne prouve rien ; mieux vaut un exemple bien travaillé que cinq exemples cités au passage.

Révision active

Choisissez deux repères du programme (par exemple légal / légitime et persuader / convaincre) ; pour chacun, énoncez la distinction en une phrase, puis donnez un sujet de dissertation que ce repère permet d’éclairer et expliquez comment.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale) · Programmes et ressources en philosophie — voie générale et technologique (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01L’épreuve écrite : trois sujets au choix, quatre heures○
    • 02La dissertation : de la question au problème◐
    • 03Construire et rédiger la dissertation : introduction, développement, conclusion◐
    • 04L’explication de texte : dégager le problème, suivre l’argumentation, expliciter les concepts●
    • 05Outils transversaux : notions, repères, auteurs — et les erreurs à éviter◐

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Des fiches à l'entraînement

Méthodes de l’épreuve : dissertation et explication de texte

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

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min
4
Compétences
S'entraîner

Références et sources

Sources

Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programmes et ressources en philosophie — voie générale et technologique

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La conscience et l’inconscient

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