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Le langage

Le langage est l’une des notions du programme de philosophie de terminale (voie générale), rattachée principalement à la perspective « l’existence humaine et la culture ». Il s’agit d’analyser ce qu’est parler — en distinguant le langage, la langue et la parole —, d’interroger le rapport de la parole à la pensée et à autrui, et d’examiner les pouvoirs du langage : nommer, communiquer, convaincre, persuader, mentir, créer. Notion pleinement au programme et évaluable à l’écrit comme au Grand oral.

5 sections·~24 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·0333 / 13
Profil d’examen
Analyser la notion de langage et la distinguer de la langue, de la parole et des autres systèmes de signes (la question du « propre de l’homme »).Problématiser le rapport du langage et de la pensée : peut-on penser sans langage ? Le langage exprime-t-il fidèlement la pensée ou la trahit-il ?Examiner les pouvoirs et les limites du langage : communiquer, dire le vrai et le faux, convaincre, persuader, créer.Mobiliser des distinctions conceptuelles (repères) sur le langage : persuader/convaincre, concept/image/métaphore, médiat/immédiat, objectif/subjectif/intersubjectif.
Opérateurs :analyserdistinguerdéfinirproblématiserconfronterargumenterjustifierinterpréter un texteillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d’abord les trois distinctions fondatrices — langage/langue/parole, signifiant/signifié (l’arbitraire du signe), persuader/convaincre — et sachez les illustrer par un exemple précis.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, confrontez les thèses (Aristote, Saussure, Hegel/Bergson, Platon) sur un même problème, maniez les repères médiat/immédiat et objectif/subjectif/intersubjectif, et nuancez : le langage est à la fois condition et limite de la pensée et du lien à autrui.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Le langage
    • 01Langage, langue, parole : qu’est-ce que parler ?○
    • 02Le langage est-il le propre de l’homme ?◐
    • 03Langage et pensée : peut-on penser sans mots ?●
    • 04Le signe et la signification : l’arbitraire du signe (Saussure)◐
    • 05Les pouvoirs du langage : convaincre, persuader, dire le vrai et le faux●
§ 01

Langage, langue, parole : qu’est-ce que parler ?#

●○○BaseLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Langage, langue et parole : trois niveaux à distinguer

Langage, langue, parole : trois niveaux emboîtéscercles concentriques, 3 anneaux, Données: parole, Parole · acte individuel, Langue · code social, Langage · faculté humaineLangage · faculté humaineLangue · code socialParole · acte individuelparole
Fig. 1Trois niveaux emboîtés (Saussure, 1916) : le langage — faculté universelle de signifier — rend possible la langue (code social, ex. le français), qui rend possible la parole, acte individuel du locuteur.

Points clés

Trois termes à ne jamais confondre. Le langage est la faculté générale d’user de signes pour exprimer et communiquer (capacité humaine universelle). Une langue est un système particulier et conventionnel de signes propre à une communauté (le français, l’arabe, la langue des signes). La parole est l’acte individuel par lequel un locuteur utilise la langue ici et maintenant. Formule de repère : le langage est une faculté, la langue un code social, la parole un acte singulier.
Cette tripartition vient de Ferdinand de Saussure (Cours de linguistique générale, 1916), qui oppose la langue (langue, part sociale et systématique, indépendante de l’individu) à la parole (parole, part individuelle et libre), le « langage » désignant l’ensemble du phénomène. La langue préexiste au sujet : on la reçoit, on ne l’invente pas ; la parole, elle, est l’usage créatif et contingent que chacun en fait.
Parler n’est pas un simple bruit ni un pur réflexe : c’est un acte porteur de sens, intentionnel, qui suppose un code commun et un destinataire. Émettre des sons n’est pas parler ; parler, c’est signifier. D’où la définition : le langage articule un signifiant (forme sonore ou graphique) à un signifié (concept), selon les règles d’une langue.
Le langage articulé se distingue des codes par sa double articulation (André Martinet) : un nombre fini d’unités sonores sans sens (les phonèmes) se combine pour former des unités de sens (les mots, les morphèmes), elles-mêmes recombinables en une infinité de phrases. C’est cette économie qui rend le langage humain illimité dans ses productions à partir de moyens finis.
Repère central à ce stade : médiat / immédiat. Le langage est un rapport médiat au réel et à autrui : il s’interpose comme intermédiaire (le mot « arbre » n’est pas l’arbre). Cette médiation rend possibles l’abstraction, la mémoire, le partage — mais elle introduit aussi une distance que les sections suivantes interrogeront.
Exemple corrigé

Distinguer langage, langue et parole sur un cas concret

« Quand un enfant français et un enfant japonais nomment tous deux un chien, parlent-ils la même chose ? » Analysez la situation à l’aide des distinctions langage / langue / parole.

  1. 01Identifier la faculté commune

    Les deux enfants exercent la même faculté : le langage. Tout être humain dispose de cette capacité de produire et de comprendre des signes — c’est un trait d’espèce, indépendant de toute langue particulière.

  2. 02Repérer les langues distinctes

    Ils mobilisent deux langues différentes : « chien » et « inu » sont deux signifiants pour le même signifié (le concept de chien). La langue est un code social que chacun a reçu de sa communauté, non choisi.

  3. 03Saisir l’acte de parole

    Chaque énoncé est un acte de parole singulier : un locuteur, dans une situation précise, applique le code à une intention (montrer, nommer, appeler). Le même mot peut servir à constater, à avertir ou à appeler — c’est la parole qui actualise la langue.

  4. 04Conclure sur la médiation

    Au niveau de la faculté (langage) et du concept visé, ils font « la même chose » ; au niveau de la langue et de l’acte, ils diffèrent. Le langage est donc une médiation : un même réel est rejoint par des codes distincts.

Résultat : Les deux enfants exercent une seule et même faculté (le langage) et visent un même concept, mais à travers deux langues différentes et deux actes de parole singuliers. La distinction langage / langue / parole permet de dire à la fois ce qui les unit (la faculté de signifier) et ce qui les sépare (le code et l’acte).

Objectif Bac

  • Objectif Bac : poser dès l’introduction la distinction langage / langue / parole, car beaucoup de sujets (« Parler, est-ce trahir sa pensée ? », « Une langue dit-elle une vision du monde ? ») exigent de savoir de quoi l’on parle exactement.
  • Objectif Bac : être capable de définir le signe linguistique (signifiant/signifié) et de relier la parole à l’acte d’un sujet, pour éviter une dissertation qui traiterait « le langage » comme une notion vague et indifférenciée.

Erreurs fréquentes

  • Employer « langue » et « langage » comme synonymes : le français est une langue ; la faculté de parler est le langage. Confondre les deux rend impossible toute analyse précise du sujet.
  • Réduire la parole à l’émission de sons. Un perroquet « parle » au sens où il produit des sons articulés, mais il ne parle pas au sens plein : il ne signifie rien, ne comprend pas, ne répond pas à une intention. Parler suppose le sens, pas seulement le son.

Révision active

Distinguez avec précision langage, langue et parole, puis expliquez pourquoi cette distinction est indispensable pour traiter un sujet comme « Parler, est-ce le propre de l’homme ? ». Rédigez un paragraphe d’introduction qui mobilise les trois termes.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale et technologique (arrêté du 19 juillet 2019, NOR MENE1921238A — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 02

Le langage est-il le propre de l’homme ?#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Communiquer n’est pas parler : code animal contre langage humain

Communiquer n'est pas parler : code / langageTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Critère · Code (animal) · Langage (humain); Signe · fixe, motivé · arbitraire, conventionnel; Structure · pas de grammaire · double articulation; Production · répertoire fini · énoncés illimités; Temps · ici et maintenant · passé, possible, négation; Relation · signal sans réponse · dialogue (je / tu)CRITÈRECODE (ANIMAL)LANGAGE (HUMAIN)SIGNEfixe, motivéarbitraire, conventionnelSTRUCTUREpas de grammairedouble articulationPRODUCTIONrépertoire finiénoncés illimitésTEMPSici et maintenantpassé, possible, négationRELATIONsignal sans réponsedialogue (je / tu)
Fig. 2Le langage humain se distingue du code animal par l'arbitraire du signe, la double articulation, la productivité illimitée, l'ouverture au temps (passé, possible, négation) et le dialogue.

Points clés

La thèse classique fait du langage le propre de l’homme. Aristote (Politique, I) définit l’homme comme l’animal doué de logos — terme qui signifie à la fois parole et raison. Là où l’animal n’a que la voix (phônè) pour exprimer le plaisir et la douleur, l’homme a la parole (logos) pour énoncer le juste et l’injuste, l’utile et le nuisible : c’est ce qui fonde la cité. Parler et penser sont, dans cette tradition, indissociables.
Descartes (Discours de la méthode, V ; Lettre au marquis de Newcastle) radicalise la thèse : ce qui distingue l’homme n’est pas l’organe vocal (les perroquets peuvent articuler), mais la capacité de composer librement des signes pour répondre au sens de ce qu’on lui dit, à propos de tout sujet. L’animal-machine émet des signaux fixes liés à ses états ; seul l’homme tient un discours réglé, inventif et universel.
L’objection contemporaine vient de l’éthologie et de la linguistique : les animaux communiquent (la « danse » des abeilles signalant la source de nectar, les cris d’alerte des vervets, les apprentissages de langues-signes chez certains grands singes). Mais on distingue le code (système de signaux fixes, liés à la situation, sans grammaire) du langage (signes arbitraires, articulés, productifs, détachables de l’ici-et-maintenant).
Émile Benveniste (Problèmes de linguistique générale) précise la différence : le « langage » des abeilles est un code de signaux, non un langage. Il n’y a pas de dialogue (le signal n’appelle pas de réponse signifiante), pas de décomposition en unités recombinables, pas de capacité à parler du passé, du possible ou de la négation. Le propre du langage humain est cette productivité illimitée et cette liberté à l’égard de la situation présente.
Repère mobilisable : objectif / subjectif / intersubjectif. Le langage n’est pas seulement un outil objectif d’information : il instaure de l’intersubjectivité — la possibilité de se reconnaître mutuellement comme sujets, de dire « je » et « tu », de tenir un dialogue. C’est moins l’émission d’un signal que cette relation de sujet à sujet qui caractérise le langage humain.
Exemple corrigé

La « danse des abeilles » est-elle un langage ?

L’abeille butineuse exécute, en rentrant à la ruche, une danse qui indique la direction et la distance de la source de nectar. Cette communication est-elle un langage ? Justifiez à l’aide des critères du langage humain.

  1. 01Reconnaître la communication

    Il y a bien transmission d’information : la danse renseigne efficacement les autres abeilles. Nier ce fait serait malhonnête. La question n’est donc pas « communiquent-elles ? » mais « est-ce un langage ? ».

  2. 02Tester l’arbitraire et l’articulation

    Le signal de l’abeille est motivé et fixe : la figure de la danse est mécaniquement liée à la position du soleil, non conventionnelle. Il n’y a pas de signes arbitraires recombinables, pas de grammaire : on ne peut pas former une infinité de « phrases » nouvelles.

  3. 03Tester la productivité et le dialogue

    Comme l’a noté Benveniste, l’abeille ne répond pas à la danse d’une autre par une danse : il n’y a pas de dialogue, pas de réponse signifiante. Le signal reste rivé à la situation présente : on ne peut « parler » d’une source d’hier, d’une source imaginaire ou d’une absence de source.

  4. 04Conclure

    La danse est un code de signaux remarquablement efficace, mais il lui manque l’arbitraire, l’articulation, la productivité illimitée et la dimension dialogique. Ce sont précisément les traits du langage humain.

Résultat : La danse des abeilles est une communication, non un langage : c’est un code de signaux motivés, fixes et rivés à la situation, dépourvu de grammaire, de productivité et de dialogue. La comparaison confirme, sans mépriser l’animal, en quoi le langage humain est singulier.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir construire la dialectique communication animale / langage humain — reconnaître que les animaux communiquent, puis montrer en quoi cela diffère d’un langage (arbitraire, articulation, productivité, dialogue, distance à la situation).
  • Objectif Bac : citer avec précision Aristote (l’homme « animal doué de logos »), Descartes (la réponse au sens, contre le perroquet) et Benveniste (code des abeilles ≠ langage) plutôt que d’affirmer sans preuve que « seul l’homme parle ».

Erreurs fréquentes

  • Nier en bloc toute communication animale pour « sauver » le propre de l’homme : c’est factuellement faux et fragilise la copie. La bonne stratégie est de distinguer communiquer (que les animaux font) et parler un langage (productif, articulé, dialogique).
  • Confondre la voix et la parole : un perroquet articule des sons humains sans tenir de discours. Disposer de l’organe ne suffit pas ; ce qui compte, c’est la capacité à composer librement des signes en fonction du sens (argument cartésien).

Révision active

« La communication animale est-elle un langage ? » Dressez un tableau opposant le code (signaux animaux) et le langage humain selon quatre critères (arbitraire du signe, articulation/grammaire, productivité, rapport au présent), puis tirez-en une réponse nuancée.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 03

Langage et pensée : peut-on penser sans mots ?#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Le langage face à la pensée : exprimer, former, limiter

Le langage face à la pensée : trois thèsesArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Exprimer : la pensée préexiste; Former : penser dans les mots (Hegel); Limiter : le mot fige le vécu (Bergson)Pensée / langage ?Exprimer : la pensée préexisteFormer : penser dans les mots (Hegel)Limiter : le mot fige le vécu (Bergson)
Fig. 3Trois thèses sur le rapport pensée/langage : instrumentale (exprimer), constitutive de Hegel (former), critique de Bergson (limiter). Synthèse : le langage est à la fois condition (clarté, partage) et limite (généralité) de la pensée.

Points clés

Le problème central : le langage exprime-t-il une pensée déjà constituée, ou bien la forme-t-il ? Deux thèses s’opposent. Pour la thèse « instrumentale », la pensée préexiste et le langage n’est qu’un vêtement, un outil de transmission. Pour la thèse « constitutive », il n’y a pas de pensée claire sans langage : penser, c’est déjà parler intérieurement.
Hegel défend la thèse constitutive : « C’est dans les mots que nous pensons » (Philosophie de l’esprit, Encyclopédie). La pensée n’atteint sa détermination, sa clarté, sa fixité que lorsqu’elle s’incarne dans le mot. Une « pensée » purement intérieure et sans mots resterait un sentiment confus, une virtualité indéterminée : nommer, c’est rendre la pensée objective et communicable, donc pleinement pensée.
Bergson nuance et inverse partiellement : le langage, fait de mots généraux et figés, est utile pour l’action sociale, mais il trahit la singularité et la mobilité de la vie intérieure. Les mots, communs à tous, recouvrent et nivellent les nuances de mon expérience vécue ; ils « écrasent » le sentiment individuel sous l’étiquette générale. Le langage exprime mal le singulier et le mouvant (Essai sur les données immédiates de la conscience).
Une synthèse possible : le langage est à la fois condition et limite de la pensée. Condition, car sans mots la pensée resterait confuse et incommunicable (Hegel) ; limite, car le mot général ne dit jamais entièrement le vécu singulier (Bergson). On peut soutenir que le langage rend la pensée possible tout en lui imposant ses cadres — ce que prolonge l’hypothèse (discutée) selon laquelle la langue maternelle oriente notre découpage du monde.
Repères mobilisables : concept / image / métaphore et médiat / immédiat. Le mot fonctionne comme concept (général, abstrait) ; pour dire le singulier ou l’ineffable, on recourt à l’image et à la métaphore. Le langage est un rapport médiat (par signes) à un vécu d’abord immédiat : cette médiation éclaire la pensée mais l’éloigne de l’immédiateté de l’expérience.
Exemple corrigé

Le langage trahit-il la pensée ?

« Le langage trahit-il la pensée ? » Dégagez le problème, confrontez les thèses de Hegel et de Bergson, et proposez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    « Trahir » suppose qu’une pensée intérieure, riche et fidèle à elle-même, serait déformée par le mot. Mais cela présuppose une pensée déjà constituée avant le langage — présupposé qu’il faut justement examiner. Le sujet oppose deux conceptions du rapport pensée/langage.

  2. 02Thèse : le langage exprime fidèlement (et même constitue)

    Avec Hegel, on objecte qu’une pensée « avant les mots » n’est qu’un sentiment vague, indéterminé. Le mot ne trahit pas la pensée : il la détermine, la fixe, la rend claire et partageable. Ne pas trouver ses mots, c’est souvent ne pas encore penser clairement. Le langage est l’acte même de la pensée.

  3. 03Antithèse : le langage trahit le singulier

    Avec Bergson, on reconnaît que le mot est général et commun : il range mon expérience unique sous une étiquette partagée (« joie », « tristesse ») et en écrase les nuances mouvantes. Pour le vécu singulier, l’ineffable, l’émotion fine, le langage ordinaire reste en deçà — d’où le recours de l’art à l’image et à la métaphore.

  4. 04Synthèse

    Le langage ne trahit pas la pensée conceptuelle (il la constitue), mais il peine à dire le singulier immédiat. La « trahison » n’est donc pas une déformation mais une rançon de la généralité : ce qui rend la pensée communicable lui interdit d’épouser parfaitement le vécu individuel.

Résultat : Le langage ne trahit pas la pensée au sens où il la déformerait : il la rend au contraire déterminée et partageable, et la constitue souvent (Hegel). Mais sa généralité même le rend impuissant à dire intégralement le singulier et le mouvant (Bergson). Le langage est ainsi condition de la pensée claire et limite face au vécu immédiat.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : ne pas trancher trop vite. Le meilleur traitement articule la thèse constitutive (Hegel : penser, c’est parler) et l’objection (Bergson : le mot trahit le singulier), pour aboutir à un langage « condition et limite » de la pensée.
  • Objectif Bac : distinguer rigoureusement « exprimer » (rendre manifeste une pensée préexistante) et « former / constituer » (faire exister la pensée elle-même) — c’est la charnière conceptuelle du sujet « Le langage trahit-il la pensée ? ».

Erreurs fréquentes

  • Affirmer « j’ai des pensées que les mots ne peuvent pas dire » comme une évidence qui clôt le débat : c’est précisément l’objet de la discussion. Hegel répondrait qu’une pensée totalement indicible n’est encore qu’un sentiment confus, pas une pensée déterminée.
  • Réduire le langage à un simple « outil » neutre de communication, en ignorant qu’il structure aussi ce que nous pouvons penser et percevoir. Inversement, soutenir un déterminisme linguistique absolu (« on ne peut penser que ce que sa langue permet ») est tout aussi excessif.

Révision active

« Peut-on penser sans langage ? » Construisez un plan dialectique en trois temps : (I) une pensée sans mots semble possible (intuition, image), (II) mais une pensée déterminée et communicable exige le langage (Hegel), (III) le langage est donc condition de la pensée, tout en la limitant (Bergson). Rédigez les phrases de transition.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 04

Le signe et la signification : l’arbitraire du signe (Saussure)#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Le signe linguistique selon Saussure (signifiant / signifié)

Le signe linguistique (Saussure)Graphe, Signifié → Signifiant, Signifiant → RéférentSignifiéSignifiantRéférentarbitrairehors du signe
Fig. 4Le signe unit deux faces indissociables — un signifié (le concept « arbre ») et un signifiant (l'image acoustique /arbr/) — par un lien arbitraire (d'où tree, Baum, árbol). Le référent, l'arbre réel, reste hors du signe.

Points clés

Le signe linguistique, selon Saussure, unit non une chose et un nom, mais un concept (le signifié) et une image acoustique (le signifiant). Le signifiant est la face sensible du signe (la suite de sons /a-r-b-r/), le signifié son contenu intelligible (le concept d’arbre). Les deux faces sont aussi indissociables que le recto et le verso d’une feuille : on ne peut couper l’une sans l’autre.
Premier principe : l’arbitraire du signe. Le lien entre signifiant et signifié n’est pas naturel mais conventionnel. Rien dans le concept « sœur » n’appelle la suite de sons « sœur » : preuve en est que d’autres langues nomment la même chose autrement (sister, Schwester, hermana). L’onomatopée (« cocorico », « miaou ») ne contredit pas le principe, car elle aussi varie d’une langue à l’autre et reste partiellement conventionnelle.
Conséquence majeure : la valeur d’un signe est différentielle. Un signe n’a pas de sens isolément, mais par opposition aux autres signes du système : « mouton » se définit en français parce qu’il s’oppose à d’autres mots, là où l’anglais distingue sheep (l’animal) et mutton (la viande). La langue est un système de différences : « dans la langue, il n’y a que des différences », sans termes positifs.
Second principe : le caractère linéaire du signifiant. Étant de nature auditive, le signifiant se déroule dans le temps, sur une seule dimension : on ne peut prononcer deux sons en même temps. De là découle l’ordre, la syntaxe, la combinaison successive des unités — propriété qui distingue le signe linguistique des signes visuels simultanés.
L’arbitraire du signe a une portée philosophique : il sépare le langage du monde. Puisque les mots ne sont pas attachés naturellement aux choses, le langage n’est pas un décalque du réel mais un découpage conventionnel. Cela ouvre la question : chaque langue impose-t-elle une « vision du monde » particulière (hypothèse débattue) ? Et cela rend possibles le mensonge et la fiction (section suivante), puisque le signe ne tient pas du réel.
Exemple corrigé

Tirer les conséquences de l’arbitraire du signe

« Le langage est-il un miroir du réel ? » En vous appuyant sur l’arbitraire du signe, montrez que le langage ne reflète pas le monde mais le découpe.

  1. 01Poser l’apparence

    Spontanément, on croit que les mots sont l’étiquette des choses : à chaque chose son nom, comme si le langage doublait fidèlement le réel. Cette « théorie du miroir » suppose un lien naturel entre les mots et les choses.

  2. 02Opposer l’arbitraire

    Or le signe est arbitraire : le même concept reçoit des signifiants différents selon les langues (arbre / tree / Baum). Si le lien était naturel, toutes les langues nommeraient pareillement. Le mot n’est donc pas attaché à la chose ; le langage n’est pas un décalque du réel.

  3. 03Montrer le découpage

    Les langues ne découpent pas le réel de la même façon : là où le français a « mouton », l’anglais distingue sheep et mutton. La valeur d’un mot dépend du système (différences) et non d’une réalité préexistante. Le langage organise et structure notre rapport au monde plutôt qu’il ne le reflète.

  4. 04Nuancer

    Cela ne signifie pas que le langage soit coupé du réel : il permet de parler du monde et d’agir sur lui efficacement. Mais il l’aborde toujours par un découpage conventionnel — d’où l’hypothèse, à manier avec prudence, que chaque langue porte une certaine « vision du monde ».

Résultat : L’arbitraire du signe interdit de voir dans le langage un miroir du réel : les mots ne sont pas attachés naturellement aux choses, et les langues découpent diversement le monde. Le langage est moins un reflet du réel qu’un système conventionnel qui structure notre accès aux choses.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir exposer correctement le couple signifiant / signifié (et ne pas le confondre avec « mot / chose ») et énoncer l’arbitraire du signe avec un exemple translinguistique probant.
  • Objectif Bac : tirer les conséquences philosophiques de l’arbitraire — autonomie du langage par rapport au réel, langue comme système de différences, possibilité du mensonge et de la fiction — plutôt que de réciter Saussure sans l’exploiter.

Erreurs fréquentes

  • Croire que « signifiant = le mot » et « signifié = la chose ». Le signifié est le concept, pas l’objet réel ; le référent (la chose désignée) est encore autre chose. Confondre signifié et référent ruine l’analyse.
  • Penser que l’arbitraire signifie « chacun choisit librement ses mots ». L’arbitraire porte sur l’origine du lien signifiant/signifié, pas sur l’usage : une fois la langue établie, le locuteur ne peut pas changer les mots à sa guise — la langue s’impose à lui.

Révision active

Expliquez et illustrez la formule de Saussure : « le signe linguistique est arbitraire ». Montrez ensuite en quoi ce principe a des conséquences philosophiques sur le rapport du langage au réel (le langage est-il un miroir des choses ?).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale et technologique (arrêté du 19 juillet 2019, NOR MENE1921238A — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 05

Les pouvoirs du langage : convaincre, persuader, dire le vrai et le faux#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Convaincre / persuader : deux manières d’agir par la parole

Convaincre / persuader : deux pouvoirs de la paroleTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Critère · Convaincre · Persuader; Vise… · la raison · les affects; Moyens · arguments, preuves · images, style, émotion; Rapport au vrai · au nom du vrai · indifférent au vrai; Portée · universelle · particulière; Art (Platon) · dialectique · rhétoriqueCRITÈRECONVAINCREPERSUADERVISE…la raisonles affectsMOYENSarguments, preuvesimages, style, émotionRAPPORT AU VRAIau nom du vraiindifférent au vraiPORTÉEuniverselleparticulièreART (PLATON)dialectiquerhétorique
Fig. 5Convaincre s'adresse à la raison par des arguments (visée de vérité, dialectique) ; persuader s'adresse aux affects par le style (visée d'adhésion, rhétorique). Un discours persuasif peut être faux : d'où son danger.

Points clés

Le langage n’est pas seulement un instrument neutre de description : c’est une puissance d’action. Parler, c’est souvent faire — promettre, ordonner, baptiser, déclarer la guerre. Au-delà de l’information, le langage permet d’agir sur autrui : informer, mais aussi convaincre, persuader, séduire, blesser, mentir, créer des mondes imaginaires.
Distinction-clé (repère persuader / convaincre). Convaincre, c’est s’adresser à la raison de l’interlocuteur par des arguments et des preuves : on emporte l’assentiment de quiconque raisonne, au nom du vrai, et la conviction est en droit universelle. Persuader, c’est s’adresser aux affects (émotions, désirs, imagination) pour emporter l’adhésion, indépendamment de la vérité : la persuasion peut réussir avec un discours faux.
Cette distinction structure l’opposition platonicienne entre rhétorique et dialectique (Gorgias). La rhétorique du sophiste vise l’efficacité — persuader la foule, l’emporter — sans souci du vrai ; Socrate lui oppose la dialectique, recherche commune du vrai par le dialogue et l’examen rationnel. Le danger du langage est là : un discours peut être persuasif et faux, séduisant et trompeur (la démagogie, la propagande, la publicité).
Le langage peut dire le faux et mentir. Parce que le signe est détaché du réel (arbitraire), il peut affirmer ce qui n’est pas. Le mensonge suppose deux conditions : énoncer le faux et avoir l’intention de tromper (dire une fausseté qu’on croit vraie n’est pas mentir, c’est se tromper). Cette possibilité du mensonge est l’envers d’un pouvoir : celui de ne pas être collé au présent et au réel.
Le langage a enfin un pouvoir créateur et poétique. Il peut produire des êtres de fiction (romans, mythes), donner forme à l’imaginaire, et — par la métaphore — dire l’indicible autrement que le concept (repère concept / image / métaphore). Bilan nuancé : le langage est ambivalent — pouvoir de vérité et de partage, mais aussi de manipulation et d’illusion. D’où l’exigence éthique d’un usage responsable de la parole.
Exemple corrigé

Distinguer convaincre et persuader dans un discours publicitaire

Une publicité affirme : « 9 dentistes sur 10 recommandent ce dentifrice — adoptez le sourire qui change tout. » Le discours cherche-t-il à convaincre ou à persuader ? Analysez les procédés et leur rapport à la vérité.

  1. 01Repérer la visée

    La publicité veut faire adhérer le destinataire (acheter), non lui faire reconnaître une vérité démontrée. La visée est l’adhésion et l’action, pas la connaissance : indice fort d’un discours de persuasion.

  2. 02Analyser les procédés rationnels apparents

    Le « 9 sur 10 » imite un argument (chiffre, autorité des dentistes) : il y a un vernis de conviction. Mais la donnée est invérifiable, décontextualisée (recommandé pour quoi ? sur quel échantillon ?). L’apparence d’argument sert ici la persuasion, non une preuve rigoureuse.

  3. 03Analyser les procédés affectifs

    « le sourire qui change tout » s’adresse au désir de plaire, à l’imaginaire de la réussite et de la séduction : ce sont des affects, pas des raisons. Le slogan, le rythme, la promesse de transformation relèvent du style rhétorique.

  4. 04Conclure sur le rapport au vrai

    Le discours cherche d’abord à persuader : il mobilise les affects et un argument d’autorité non vérifiable pour emporter l’adhésion, indépendamment d’une vérité établie. Convaincre exigerait des preuves contrôlables et une visée de vérité, que la publicité, par nature, ne poursuit pas.

Résultat : La publicité relève de la persuasion : sous l’apparence d’un argument (le « 9 sur 10 »), elle vise l’adhésion par les affects et l’autorité, sans souci de vérité contrôlable. L’exemple illustre la distinction platonicienne entre une rhétorique de l’efficacité et une dialectique du vrai — et le danger d’un langage persuasif détaché de la vérité.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : maîtriser parfaitement la distinction convaincre / persuader (moyens : raison vs affects ; visée : vrai vs adhésion ; portée : universelle vs particulière) et l’appliquer à des exemples actuels (publicité, débat, discours politique).
  • Objectif Bac : relier les « pouvoirs » du langage à l’arbitraire du signe (section 4) pour expliquer pourquoi le langage peut mentir et créer de la fiction, et adosser l’analyse de la rhétorique à Platon (Gorgias).

Erreurs fréquentes

  • Prendre « persuader » comme un simple synonyme de « convaincre ». En philosophie, ils s’opposent : convaincre passe par la raison et la preuve (visée de vérité), persuader par les affects (visée d’adhésion, indifférente au vrai). Confondre les deux fait manquer l’essentiel du sujet.
  • Faire du langage un pur instrument de tromperie (« le langage ment toujours ») ou, à l’inverse, un pur outil de vérité. Le langage est ambivalent : c’est le même pouvoir — dire ce qui n’est pas présent — qui rend possibles la science, la fiction et le mensonge.

Révision active

« Toute parole vise-t-elle la vérité ? » Distinguez convaincre et persuader, mobilisez l’opposition platonicienne rhétorique / dialectique, et discutez les cas où la parole vise l’efficacité (publicité, propagande) plutôt que le vrai. Proposez un plan en trois parties.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale et technologique (arrêté du 19 juillet 2019, NOR MENE1921238A — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Langage, langue, parole : qu’est-ce que parler ?○
    • 02Le langage est-il le propre de l’homme ?◐
    • 03Langage et pensée : peut-on penser sans mots ?●
    • 04Le signe et la signification : l’arbitraire du signe (Saussure)◐
    • 05Les pouvoirs du langage : convaincre, persuader, dire le vrai et le faux●

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Des fiches à l'entraînement

Le langage

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Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions)

Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale et technologique (arrêté du 19 juillet 2019, NOR MENE1921238A — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

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