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Fiches/HLP — Humanités, littérature et philosophie/Histoire et violence
Fiches · HLP — Humanités, littérature et philosophieFR · Bac

Histoire et violence

Le thème « Histoire et violence » est l'une des entrées de l'objet d'étude de terminale « L'Humanité en question » (semestre 2), étudiée dans le monde moderne et contemporain — en particulier, mais non exclusivement, lors des deux guerres mondiales. Le programme officiel invite à interroger la « nature » et les « dimensions » des destructions et massacres de l'histoire humaine, à dresser une typologie des violences (« toutes les violences sont-elles comparables ? »), à examiner les diverses formes de domination exercées sur les peuples soumis (violences coloniales), à étudier les manières de dire et de transmettre la violence (littérature de témoignage, mémoire, devoir de mémoire), enfin à penser et à répondre à la violence — sens de l'histoire et progrès, doctrines pacifistes, capacité du droit à l'encadrer, la normer voire l'éliminer, révolte, résistance et fidélité à l'humain. Ce thème est pleinement au programme de l'épreuve écrite de terminale (interprétation littéraire + essai philosophique) ; il fournit aussi une matière riche pour le Grand oral.

5 sections·~39 min de lecture·5 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·0777 / 8
Profil d’examen
Capacité attendue (terminale) — Analyser comment la littérature et la philosophie représentent et interrogent la violence de l'histoire (guerres et guerres mondiales, totalitarismes, génocides, formes de domination sur les peuples soumis, barbarie).Capacité attendue (terminale) — Dresser une typologie des violences et en interroger la comparabilité (« toutes les violences sont-elles comparables ? »), en distinguant violence individuelle, violence de guerre, violence d'État totalitaire, violence coloniale.Capacité attendue (terminale) — Questionner les notions de barbarie, de civilisation, de progrès et de sens de l'histoire à partir de textes littéraires et philosophiques.Capacité attendue (terminale) — Interroger les réponses à la violence : doctrines et inspirations pacifistes, capacité du droit à l'encadrer, la normer voire l'éliminer, révolte et résistance.Capacité attendue (terminale) — Confronter des témoignages littéraires (récits des camps, écritures de la guerre) et des réflexions philosophiques sur l'histoire et la violence, et en élaborer une interprétation littéraire et un essai philosophique problématisés.
Opérateurs :analyserinterpréter un texteinterroger une notionconfronterdistinguerproblématiserargumenterillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d'abord les couples de notions du thème — violence / barbarie / civilisation, mémoire / témoignage, progrès / sens de l'histoire — et sachez les illustrer par un repère précis (Primo Levi et Si c'est un homme, Hannah Arendt et la « banalité du mal », Camus et la révolte). Apprenez à dresser une TYPOLOGIE des violences (« toutes les violences sont-elles comparables ? ») : violence individuelle, violence de guerre, violence d'État totalitaire, violence coloniale exercée sur les peuples soumis. Distinguez nettement la violence-fait (un déchaînement de force) de la violence organisée et administrée des totalitarismes, qui est l'un des cœurs du thème.

niveau approfondi

Pour viser l'excellence, problématisez le paradoxe central : le XXe siècle a fait surgir une violence rationnelle, planifiée, mise en œuvre par des hommes ordinaires au cœur même de sociétés « civilisées » — ce qui ruine l'idée d'un progrès linéaire de l'humanité et oblige à repenser barbarie et civilisation. Élargissez aussi au-delà des seuls totalitarismes, comme le demande le programme : les diverses formes de domination sur les peuples soumis (violences coloniales), et les RÉPONSES à la violence — doctrines pacifistes et capacité du droit à l'encadrer, la normer voire l'éliminer. Confrontez la littérature de témoignage (Levi), la philosophie de l'histoire (Hegel et le « progrès », son envers tragique), la pensée d'après la catastrophe (Arendt sur le totalitarisme et la banalité du mal ; Camus sur la révolte et les limites) et la critique de la domination coloniale (Aimé Césaire), et mobilisez ce socle au Grand oral.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. Histoire et violence
    • 01La violence dans l'histoire : guerres, totalitarismes, barbarie○
    • 02Témoigner et représenter : mémoire et littérature du témoignage◐
    • 03Penser l'histoire : progrès, sens et banalité du mal●
    • 04Répondre à la violence : révolte, résistance et humanité●
    • 05Repères d'œuvres (XXe-XXIe siècle) et méthode de l'épreuve◐
§ 01

La violence dans l'histoire : guerres, totalitarismes, barbarie#

●○○BaseLPeduscol-programme-hlp

L'escalade de la violence : de l'acte de force au génocide

L'escalade de la violencepyramide, 3 niveaux, Données: Violence individuelle, Guerre, GénocideViolence individuelleun acte de forceGuerreconflit entre ÉtatsGénocideviolence totalitaireDu bas vers le sommet : une violence de plus en plus organisée et rationnelle, jusqu'à la destruction méthodique d'un groupe. Le programme ajoute la domination coloniale. « Toutes les violences sont-elles comparables ? »

Points clés

La violence est l'usage de la force pour contraindre, détruire ou anéantir autrui. Le programme invite à en dresser une TYPOLOGIE et à poser la question : « toutes les violences sont-elles comparables ? ». On distingue ainsi plusieurs formes : la violence individuelle et ponctuelle (un acte de force) ; la violence collective des conflits (la guerre, qui oppose des États, en particulier les deux guerres mondiales) ; la violence organisée, planifiée, administrée de l'État totalitaire contre des populations (déportations, camps, génocides) ; et la violence de domination exercée sur les peuples soumis (violences coloniales). La période de référence est le monde moderne et contemporain, en particulier — mais non exclusivement — les deux guerres mondiales. Le thème s'arrête longuement sur la violence totalitaire, qui fait de la violence non plus un débordement passionnel mais une entreprise rationnelle ; il n'y réduit toutefois pas la question.
La barbarie désigne, étymologiquement, ce qui est étranger à la civilisation (le grec barbaros nommait celui qui ne parlait pas grec) ; le mot a pris le sens d'une cruauté inhumaine, d'un retour à la sauvagerie. Le thème renverse ce schéma rassurant : la barbarie du XXe siècle n'est pas le fait de peuples « restés sauvages », mais a surgi au cœur même de nations hautement civilisées, lettrées, scientifiques et techniciennes. La civilisation n'immunise pas contre la barbarie — elle peut même lui fournir ses moyens (administration, science, industrie).
Les totalitarismes (Allemagne nazie, URSS stalinienne) sont la forme proprement contemporaine de la violence d'État. Hannah Arendt en a donné l'analyse de référence (Les Origines du totalitarisme, 1951) : un régime qui veut dominer l'homme TOTAL, abolit toute vie privée et toute pluralité, gouverne par la terreur et l'idéologie, et fabrique des ennemis « objectifs » qu'il faut éliminer. La violence totalitaire n'est pas un excès accidentel : elle est le principe même du système, qui vise à rendre les hommes superflus.
Le génocide est la destruction méthodique et délibérée d'un groupe humain comme tel (le terme, forgé par Raphael Lemkin en 1944, est repris par le droit international). La Shoah — l'extermination des Juifs d'Europe par le régime nazi — en est le paradigme : une violence industrialisée, bureaucratique, froide, qui transforme le meurtre en procédure. Elle constitue une rupture dans l'histoire de l'humanité, parce qu'elle vise à effacer un peuple et, avec lui, jusqu'à la mémoire de son anéantissement.
Le programme ne se limite pas aux totalitarismes : il invite à examiner aussi les « diverses formes de domination » exercées sur de « nombreux peuples soumis » — la violence coloniale, faite de conquête, d'asservissement et de déni d'humanité, que la « mission civilisatrice » prétendait justifier. Aimé Césaire, dans le Discours sur le colonialisme (1950), montre que la colonisation « ensauvage » le colonisateur lui-même et que l'Europe a d'abord appliqué hors d'elle, aux peuples colonisés, les procédés qu'elle découvrira avec horreur lorsqu'ils se retourneront contre elle. Cette violence de domination relance la question officielle du thème — « toutes les violences sont-elles comparables ? » — : comment penser ensemble, sans les confondre ni les hiérarchiser abusivement, la guerre, le génocide et la domination coloniale ?
Cette violence inédite ruine l'image d'une histoire en progrès continu vers le mieux. Au XIXe siècle dominait l'idée d'un progrès de la civilisation (technique, scientifique, moral) ; le XXe siècle a montré que ce progrès même pouvait servir l'extermination. C'est l'énigme que le thème met au cœur de « L'Humanité en question » : comment l'homme, être de culture et de raison, peut-il produire une telle violence ? La civilisation porte-t-elle en elle sa propre barbarie ?
Exemple corrigé

Interpréter le renversement de la barbarie

Le thème invite à penser que la barbarie du XXe siècle a surgi au cœur des sociétés les plus civilisées. Analysez ce renversement : en quoi remet-il en cause l'opposition rassurante entre barbarie et civilisation, et l'idée d'un progrès de l'humanité ?

  1. 01Restituer l'opposition courante

    Le sens commun oppose barbarie et civilisation comme l'ombre et la lumière : la barbarie serait la sauvagerie, la cruauté primitive, ce qui reste « avant » ou « hors » de la civilisation ; la civilisation serait le progrès des mœurs, des savoirs et du droit, qui éloigne peu à peu l'homme de la violence. Dans ce schéma, plus une société est civilisée, moins elle est barbare.

  2. 02Confronter l'opposition aux faits du XXe siècle

    Or les violences extrêmes du XXe siècle — guerres totales, totalitarismes, génocides — n'ont pas été le fait de peuples « restés sauvages », mais de nations hautement civilisées, savantes, industrielles. La Shoah a mobilisé une administration moderne, des chemins de fer, une organisation bureaucratique, une science dévoyée. La barbarie a utilisé les instruments mêmes de la civilisation : elle n'est pas venue d'en dehors, mais du dedans.

  3. 03En tirer la remise en cause

    Ce renversement ruine l'opposition rassurante : la civilisation n'immunise pas contre la barbarie, elle peut lui fournir ses moyens. Il atteint surtout l'idée d'un PROGRÈS continu de l'humanité (l'histoire irait du barbare vers le civilisé) : le progrès technique et scientifique ne s'accompagne pas mécaniquement d'un progrès moral. Le XXe siècle a montré qu'on peut être savant et bourreau.

  4. 04Nuancer pour conclure

    Il ne faut pourtant pas inverser naïvement et déclarer la civilisation coupable. La civilisation est aussi ce qui institue le droit, limite la violence, et permet de NOMMER et de JUGER le crime (le terme « génocide » et le droit international naissent de cette catastrophe). La leçon du thème n'est pas que la civilisation produit la barbarie, mais qu'elle ne suffit pas à l'empêcher : la vigilance morale et politique reste requise — le progrès n'est jamais acquis.

Résultat : Le renversement met au jour que la barbarie du XXe siècle n'est pas une régression hors de la civilisation mais une violence rationnelle, administrée et technicisée surgie en son cœur, qui a utilisé les moyens mêmes de la civilisation. Il ruine l'opposition simple barbarie / civilisation et l'idée d'un progrès moral continu : être savant et civilisé ne garantit pas d'être humain. Sans accuser la civilisation de produire la barbarie, le thème en tire une exigence de vigilance : le progrès n'est jamais acquis, et la civilisation doit rester ce qui institue le droit et limite la violence.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir distinguer et articuler les notions clés — violence / barbarie / civilisation, guerre / totalitarisme / génocide / domination coloniale — et dresser une typologie pour problématiser un sujet d'essai comme « Toutes les violences sont-elles comparables ? », « La civilisation protège-t-elle de la barbarie ? » ou « Toute violence est-elle barbare ? ».
  • Objectif Bac : interpréter un texte (littéraire ou philosophique) sur la violence de l'histoire en identifiant la CONCEPTION qu'il engage — violence-débordement passionnel ou violence rationnelle et administrée ; barbarie hors de la civilisation ou au cœur d'elle ; violence de guerre ou violence de domination —, plutôt que de paraphraser le récit des faits.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la barbarie du XXe siècle à un simple « retour à la sauvagerie », comme si elle marquait une régression hors de la civilisation. C'est l'inverse qui fait l'énigme du thème : cette violence a été planifiée, administrée, technicisée au cœur de sociétés très civilisées. Confondre barbarie et primitivité fait manquer le point décisif — la civilisation peut fournir ses moyens à la barbarie.
  • Confondre la violence passionnelle (un emportement, un excès individuel) et la violence totalitaire (un système froid, organisé, rationnel). La violence d'État du XXe siècle n'est pas un débordement de fureur : c'est une entreprise méthodique. Traiter le génocide comme une « folie » collective fait perdre ce qui le caractérise — sa rationalité bureaucratique, que le thème invite à penser.

Révision active

Sujet d'essai d'entraînement : « La civilisation protège-t-elle de la barbarie ? » Rédigez un paragraphe problématisé qui distingue la barbarie comme sauvagerie « hors » de la civilisation et la barbarie qui surgit AU CŒUR des sociétés civilisées (totalitarismes, génocides du XXe siècle). Appuyez-vous sur l'idée que la civilisation peut fournir ses moyens (administration, science, technique) à une violence organisée, et nuancez : la civilisation est aussi ce qui institue le droit et limite la violence.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question » (entrée « Histoire et violence ») (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)

§ 02

Témoigner et représenter : mémoire et littérature du témoignage#

●●○StandardLPeduscol-programme-hlp

Mémoire et histoire : distinguer pour témoigner

Mémoire et histoire : deux rapports au passéTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Mémoire · Histoire; Nature · vivante, subjective · critique, distanciée; Portée par · les témoins · les historiens; Rapport au fait · garde la trace · établit, vérifie; Conjure · l'oubli · la négation; Repère · P. Levi · l'histoire savante, cellule mise en évidence : garde la traceMÉMOIREHISTOIRENATUREvivante, subjectivecritique, distanciéePORTÉE PARles témoinsles historiensRAPPORT AU FAITgarde la traceétablit, vérifieCONJUREl'oublila négationREPÈREP. Levil'histoire savanteDeux rapports au passé, complémentaires : la mémoire gardela trace et le sens humain, l'histoire établit et vérifieles faits. Témoigner, c'est transmettre contre l'oubli et lanégation.

Points clés

Témoigner, c'est dire ce que l'on a vu et vécu pour que cela soit su et ne soit pas oublié. Le témoignage n'est pas un simple récit : il engage une responsabilité (rapporter fidèlement) et une adresse (parler au nom de ceux qui ne peuvent plus parler). Face à la violence extrême, le témoin se fait porte-parole des disparus — Primo Levi écrit pour les « engloutis », ceux qui n'ont pas survécu. La littérature de témoignage est l'un des cœurs du thème.
L'œuvre de référence est Si c'est un homme de Primo Levi (Se questo è un uomo, 1947), récit de sa déportation et de sa survie à Auschwitz. Levi y mène une enquête lucide, presque scientifique, sur ce que le camp fait à l'homme : il décrit la « démolition d'un homme », la lutte pour rester un être humain quand tout est organisé pour vous réduire à une chose. Le titre même est une question posée au lecteur : qu'est-ce qu'un homme, quand on a vu jusqu'où l'on peut le défaire ?
Représenter la violence extrême pose un problème esthétique et éthique majeur : peut-on, doit-on la mettre en mots et en images ? Trois écueils menacent. L'indicible : les survivants disent souvent que l'horreur dépasse le langage. L'esthétisation : la rendre « belle » risquerait de la trahir ou de la rendre supportable. Le voyeurisme : la donner à voir comme un spectacle. La littérature de témoignage répond par une écriture sobre, exacte, retenue — dire le vrai sans complaisance, ni surenchère.
La mémoire est la persistance du passé dans le présent ; le DEVOIR DE MÉMOIRE est l'obligation morale et collective de ne pas oublier les victimes et les crimes, pour leur rendre justice et prévenir leur répétition. Il faut distinguer la mémoire (subjective, vivante, portée par les témoins et les communautés) et l'histoire (la connaissance critique, distanciée, établie par les historiens). Les deux sont nécessaires : la mémoire garde la trace et le sens humain, l'histoire établit et vérifie les faits contre l'oubli et la négation.
Le témoignage a une fonction politique et anthropologique : il est une arme contre l'oubli et contre la négation (le négationnisme nie la réalité même du crime). Transmettre la mémoire, c'est maintenir l'humanité des victimes, refuser que le crime ait aussi effacé leur trace, et armer les générations futures contre le retour de la barbarie. « Méditez que cela fut », écrit Levi en exergue de Si c'est un homme : le témoignage transforme le lecteur en héritier d'une mémoire qui l'oblige.
Exemple corrigé

Distinguer le devoir de témoigner et les risques de la représentation

« Faut-il tout dire et tout représenter de la violence de l'histoire ? » Construisez la discussion de cette question en confrontant le devoir de témoigner et les risques de la représentation, et concluez de façon nuancée à partir de l'écriture de la littérature de témoignage.

  1. 01Affirmer le devoir de témoigner

    On doit d'abord soutenir qu'il faut dire et transmettre : se taire reviendrait à laisser l'oubli achever le crime et à laisser le champ libre à la négation. Témoigner, c'est rendre justice aux victimes, porter la voix des disparus (Levi écrit pour les « engloutis ») et armer l'avenir contre le retour de la barbarie. Le devoir de mémoire est ce premier impératif.

  2. 02Reconnaître les risques de la représentation

    Mais « tout dire et tout représenter » se heurte à des limites. L'indicible : les survivants disent que l'horreur excède le langage, et certaines réalités résistent à toute mise en mots. L'esthétisation : rendre l'horreur « belle » ou émouvante risque de la trahir, de la rendre supportable, voire de la consommer. Le voyeurisme : exhiber l'atrocité comme un spectacle déshonore les victimes. Tout montrer n'est donc pas toujours témoigner.

  3. 03Montrer la voie d'une écriture juste

    La littérature de témoignage répond à cette tension par un choix d'écriture : la sobriété, l'exactitude, la retenue. Levi écrit dans une langue précise, presque analytique, sans surenchère ni pathos, parce que la vérité du fait suffit et que l'effet recherché n'est pas l'émotion mais la connaissance et la conscience. Bien représenter, ce n'est pas tout montrer : c'est dire le vrai avec la juste distance.

  4. 04Conclure de façon nuancée

    Il ne s'agit donc pas de tout dire, mais de DIRE JUSTE : transmettre sans rien falsifier ni rien spectaculariser. Le devoir de mémoire commande de ne pas se taire ; l'éthique de la représentation commande de ne pas trahir. La réponse n'est pas dans la quantité (tout montrer) mais dans la manière (une parole exacte et responsable), telle que la pratique la littérature de témoignage.

Résultat : Il ne faut pas « tout dire et tout représenter » au sens d'un dévoilement sans limite, mais il faut témoigner — c'est-à-dire dire JUSTE. Le devoir de mémoire interdit le silence (qui laisserait triompher l'oubli et la négation) ; mais l'indicible, le risque d'esthétisation et le voyeurisme interdisent de faire de l'horreur un spectacle. La littérature de témoignage trace la voie : une écriture sobre, exacte et retenue, qui transmet la vérité sans la trahir. Bien représenter la violence, ce n'est pas tout montrer, c'est dire le vrai avec la juste distance et la responsabilité envers les victimes.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir distinguer mémoire et histoire, et caractériser la fonction du témoignage (porter la voix des disparus, lutter contre l'oubli et la négation), pour traiter un sujet comme « Pourquoi témoigner de la violence ? » ou « Faut-il tout représenter de l'horreur ? ».
  • Objectif Bac : interpréter un extrait de littérature de témoignage (Levi, par exemple) en analysant les CHOIX d'écriture — sobriété, exactitude, retenue, refus de l'esthétisation — comme une réponse au problème de la représentation de l'indicible, plutôt que de résumer l'événement raconté.

Erreurs fréquentes

  • Confondre mémoire et histoire. La mémoire est vivante, subjective, portée par les témoins ; l'histoire est la connaissance critique et distanciée établie par les historiens. Les opposer ou les fusionner fait perdre leur complémentarité : la mémoire garde le sens humain et la trace, l'histoire vérifie les faits contre l'oubli et la négation. L'essai attend qu'on tienne les deux.
  • Croire que la littérature de témoignage cherche à émouvoir par le pathétique ou le spectaculaire. C'est l'inverse : face à l'indicible, l'écriture du témoignage est sobre, exacte, retenue, précisément pour éviter l'esthétisation et le voyeurisme. Lire Levi comme un récit « bouleversant » destiné à faire pleurer fait manquer son éthique d'écriture — dire le vrai sans complaisance.

Révision active

Sujet d'essai d'entraînement : « Faut-il tout dire et tout représenter de la violence de l'histoire ? » Rédigez un paragraphe problématisé qui pèse, d'un côté, le devoir de témoigner et de transmettre (contre l'oubli et la négation) et, de l'autre, les risques de la représentation (indicible, esthétisation, voyeurisme). Appuyez-vous sur l'écriture sobre et exacte de la littérature de témoignage (Primo Levi, Si c'est un homme) comme réponse possible à cette tension.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question » (entrée « Histoire et violence ») (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)

§ 03

Penser l'histoire : progrès, sens et banalité du mal#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-hlp

L'histoire a-t-elle un sens ? Progrès, tragique et banalité du mal

L'histoire a-t-elle un sens ?Graphe, Progrès (Hegel) → Tenir le tragique, Tragique (XXe s.) → Tenir le tragique, Tenir le tragique → Penser et juger, Banalité du mal → Penser et jugerProgrès (Hegel)Tragique (XXes.)Tenir letragiqueBanalité du malPenser et juger

Points clés

La philosophie de l'histoire cherche à savoir si l'histoire humaine a un SENS — c'est-à-dire à la fois une direction (où va-t-elle ?) et une signification (que veut-elle dire ?). Deux grandes lectures s'opposent. La lecture optimiste, héritée des Lumières et de Hegel, voit dans l'histoire un PROGRÈS : malgré ses détours et ses violences, l'humanité avancerait vers plus de raison, de liberté et de civilisation. La lecture tragique voit dans l'histoire une succession de catastrophes sans direction garantie.
Pour Hegel (La Raison dans l'histoire, leçons des années 1820), l'histoire est le développement progressif de l'esprit vers la liberté ; la violence et les souffrances y ont une fonction — c'est la célèbre « ruse de la raison » : les passions et les conflits des hommes servent, à leur insu, un progrès qui les dépasse. L'histoire est ainsi décrite comme un « abattoir » où l'on a sacrifié le bonheur des peuples, mais ce tragique serait le prix d'une marche vers la liberté. Cette idée donne un sens à la violence en l'inscrivant dans un progrès.
Les violences du XXe siècle ont rendu cette confiance intenable. Comment maintenir l'idée d'un progrès de la raison après Auschwitz ? La philosophie d'après la catastrophe (Adorno, Arendt) soupçonne que la rationalité elle-même a pu se mettre au service de l'extermination, et refuse de « justifier » les victimes au nom d'un sens supérieur de l'histoire. Penser l'histoire, dès lors, c'est refuser à la fois le providentialisme du progrès (qui absout la violence) et le pur non-sens (qui désarme l'action) : c'est tenir le tragique sans renoncer à la responsabilité.
Hannah Arendt, au procès d'Adolf Eichmann (Eichmann à Jérusalem, 1963), forge l'expression « banalité du mal ». Elle constate que le grand criminel n'avait rien d'un monstre démoniaque : c'était un homme ordinaire, zélé, soucieux de sa carrière, incapable de penser par lui-même et de se mettre à la place d'autrui. Le mal totalitaire n'a pas besoin de monstres : il s'accomplit par l'obéissance, le conformisme et l'ABSENCE DE PENSÉE de fonctionnaires ordinaires. C'est ce qui le rend à la fois plus banal et plus terrifiant.
La « banalité du mal » ne signifie ni que le mal serait anodin, ni qu'il serait excusable : elle décrit son mécanisme, non sa gravité. Sa leçon est décisive pour le thème : la violence de l'histoire n'est pas réservée à des êtres d'exception, elle est à la portée d'hommes ordinaires dès qu'ils renoncent à penser et à juger. D'où une exigence : la faculté de penser — c'est-à-dire de mettre en question les ordres reçus et de se représenter autrui — est une digue contre la barbarie. Penser, juger, n'est pas un luxe : c'est une responsabilité morale et politique.
Exemple corrigé

Analyser la « banalité du mal » d'Arendt

Hannah Arendt forge, à propos du procès Eichmann, l'expression « banalité du mal ». Analysez cette thèse : que signifie-t-elle exactement, en quoi est-elle paradoxale, et quelle conséquence en tirer pour le thème « histoire et violence » ?

  1. 01Restituer le constat

    Arendt observe, au procès de Jérusalem, que l'organisateur de la déportation des Juifs n'a rien d'un monstre sanguinaire ou d'un fanatique démoniaque. Eichmann lui apparaît comme un homme ordinaire, médiocre, appliqué, soucieux d'avancement, qui ne fait que « son travail » et s'abrite derrière les ordres reçus. Le mal extrême n'a pas pris ici le visage de la monstruosité, mais celui de la banalité.

  2. 02Dégager le sens de l'expression

    « Banalité » ne qualifie pas la gravité du crime (qui est immense) mais son MÉCANISME et son agent. Le mal s'est accompli par l'obéissance, le conformisme et surtout par ce qu'Arendt nomme l'absence de pensée : l'incapacité de prendre du recul, de juger par soi-même, de se mettre à la place des victimes. Le criminel n'est pas mû par une haine exceptionnelle, mais par l'irréflexion d'un rouage administratif.

  3. 03Mesurer le paradoxe

    Le paradoxe est que cela rend le mal plus terrifiant, non moins. Si le mal extrême exigeait des monstres, il resterait rare et lointain ; mais s'il peut être commis par des hommes ordinaires devenus incapables de penser, alors il est à la portée de tous, dès que les conditions politiques (la terreur, l'idéologie, la bureaucratie totalitaire) défont la responsabilité individuelle. La banalité ne dédouane pas : elle alarme.

  4. 04Tirer la conséquence pour le thème

    Pour « histoire et violence », la leçon est centrale : la violence de l'histoire n'est pas l'affaire de quelques êtres d'exception, elle naît de l'abdication de la pensée et du jugement chez des hommes ordinaires. D'où une exigence morale et politique : penser, c'est-à-dire mettre en question les ordres reçus et se représenter autrui, est une digue contre la barbarie. La faculté de juger n'est pas un luxe intellectuel, c'est une responsabilité.

Résultat : La « banalité du mal » désigne le fait que le mal totalitaire extrême a pu être commis non par des monstres, mais par des hommes ordinaires agissant par obéissance, conformisme et ABSENCE DE PENSÉE. « Banalité » qualifie le mécanisme et l'agent du mal, jamais sa gravité, qui reste entière. La thèse est paradoxale parce qu'elle rend le mal plus terrifiant : il devient à la portée de tous dès que l'on renonce à penser et à juger. Sa conséquence pour le thème est décisive : penser et juger par soi-même, refuser l'obéissance aveugle et se mettre à la place d'autrui constituent une digue morale et politique contre la barbarie.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir confronter une philosophie optimiste de l'histoire (le progrès chez Hegel, la « ruse de la raison ») et la mise en question de l'idée de progrès après les catastrophes du XXe siècle, pour problématiser un sujet comme « L'histoire a-t-elle un sens ? » ou « Peut-on encore croire au progrès ? ».
  • Objectif Bac : analyser précisément la thèse de la « banalité du mal » d'Arendt (le mal par l'obéissance et l'absence de pensée, non par monstruosité) et en tirer la conséquence — penser et juger comme digue contre la barbarie —, sans la confondre avec une excuse des criminels.

Erreurs fréquentes

  • Comprendre la « banalité du mal » comme une minimisation ou une excuse (« le mal serait ordinaire, donc pardonnable »). Arendt décrit le MÉCANISME du mal (l'obéissance et l'absence de pensée d'hommes ordinaires), non sa gravité, qu'elle juge au contraire immense. Confondre l'analyse du fonctionnement et l'évaluation de la faute est le contresens le plus fréquent — et le plus pénalisant.
  • Plaquer l'idée hégélienne de progrès sur les violences du XXe siècle comme si tout avait un sens et servait la liberté. Inscrire Auschwitz dans une « ruse de la raison » reviendrait à justifier les victimes au nom d'un progrès supérieur — ce que la pensée d'après la catastrophe refuse précisément. L'essai doit interroger l'idée de progrès, non l'appliquer mécaniquement à l'horreur.

Révision active

Sujet d'essai d'entraînement : « L'histoire a-t-elle un sens ? » Construisez un plan dialectique en trois temps (thèse : l'histoire semble avoir un sens comme progrès de la raison et de la liberté — Lumières, Hegel et la « ruse de la raison » ; antithèse : les violences du XXe siècle, totalitarismes et génocides, ruinent cette confiance et interdisent de justifier les victimes au nom d'un progrès ; synthèse : sans providentialisme ni pur non-sens, penser l'histoire, c'est tenir le tragique tout en assumant la responsabilité — la faculté de penser et de juger, contre la « banalité du mal », est une digue contre la barbarie).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question » (entrée « Histoire et violence ») (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)

§ 04

Répondre à la violence : révolte, résistance et humanité#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-hlp

Répondre à la violence : la révolte, le « non » qui affirme un « oui »

La révolte selon CamusGraphe, Oppression → Révolte : « non », Révolte : « non » → « Oui » : dignité, « Oui » : dignité → Poser des limitesOppressionRévolte : « non»« Oui » :dignitéPoser deslimites

Points clés

Face à la violence de l'histoire, la question n'est pas seulement de la comprendre mais d'y RÉPONDRE : que peut l'homme contre la barbarie ? Le programme nomme explicitement plusieurs réponses — les doctrines et inspirations pacifistes (refuser la guerre et la violence comme moyens), le droit (sa capacité à encadrer, normer, voire éliminer la violence), la justice (substituer le procès à la vengeance), la révolte (dire non à l'inacceptable), la résistance (s'opposer activement à l'oppression) et la fidélité à l'humain (préserver la dignité au cœur même de la déshumanisation). Toutes affirment que l'homme n'est jamais entièrement réduit par la violence qu'il subit.
Deux réponses « institutionnelles » sont au programme. Le PACIFISME désigne les doctrines qui refusent la guerre et la violence comme moyens de régler les conflits ; il va de la non-violence érigée en principe d'action (refus de répondre au mal par le mal) au pacifisme juridique qui mise sur l'arbitrage international. Le DROIT, lui, prétend encadrer, normer, voire éliminer la violence : en substituant le procès à la vengeance privée, en posant des lois de la guerre (droit international humanitaire), et en nommant puis jugeant les crimes les plus graves — c'est de la catastrophe du XXe siècle que naissent le mot « génocide » (Lemkin, 1944), le procès de Nuremberg (1945-1946) et la notion de crime contre l'humanité. Mais on en mesure aussi les limites : la violence d'État se pare souvent de la légalité, et le droit n'a de force que si une communauté le fait respecter.
Albert Camus fait de la révolte la réponse première. Dans L'Homme révolté (1951), il analyse le geste du révolté : celui qui, face à l'oppression, dit « non » et trace une limite à ne pas franchir — « il y a une part de lui-même qu'il ne veut pas voir touchée ». Mais ce « non » révèle un « oui » : en se révoltant, l'individu affirme une valeur, une dignité commune à tous les hommes. « Je me révolte, donc nous sommes » : la révolte n'est pas un égoisme, elle découvre une solidarité humaine.
Camus distingue toutefois la révolte de la révolution dévoyée. Une révolte authentique pose des LIMITES : elle refuse de devenir à son tour meurtrière et de sacrifier des hommes présents à un avenir promis. Le piège est la « violence légitimée » par une fin supposée bonne (l'histoire, la révolution, le progrès) : c'est ainsi que des révoltes contre l'oppression ont reconduit la terreur. La révolte fidèle à elle-même garde la mesure et refuse que la fin justifie tous les moyens — elle conteste la logique même qui fonde les totalitarismes.
La résistance désigne l'opposition active et organisée à l'oppression et à la barbarie ; la fidélité à l'humain en est la forme la plus intime. Primo Levi montre, dans les camps, que survivre dignement, c'est résister par de petits gestes (se laver, garder la mémoire, refuser l'avilissement) pour ne pas se laisser réduire à une chose. Refuser la déshumanisation que la violence cherche à imposer est déjà une victoire morale : c'est maintenir l'homme là où tout est organisé pour le défaire.
Ces réponses dessinent une certaine idée de l'humanité, qui est l'enjeu de tout l'objet d'étude « L'Humanité en question ». La violence de l'histoire pose la question : qu'est-ce que l'homme, capable du pire ? Mais les réponses (révolte, résistance, témoignage, fidélité, justice) montrent que l'homme est aussi capable de dire non, de préserver autrui et de transmettre. L'humanité n'est pas un acquis garanti par la nature : elle est une tâche, un choix sans cesse à reprendre, surtout quand l'histoire la met en péril.
Exemple corrigé

Analyser la révolte selon Camus

Camus écrit : « Je me révolte, donc nous sommes. » Analysez cette formule : en quoi la révolte, qui semble d'abord un refus individuel, découvre-t-elle une valeur et une solidarité ? Et pourquoi doit-elle se donner des limites ?

  1. 01Partir du geste de refus

    La révolte commence par un « non » : l'homme opprimé refuse une condition jugée inacceptable. Ce refus trace une frontière — « jusqu'ici oui, au-delà non » : il y a en l'homme une part qu'il n'accepte pas de voir bafouée. La révolte naît donc d'une limite que la violence a franchie ; elle est d'abord la réaction d'un individu qui dit « ça suffit ».

  2. 02Dégager le « oui » caché dans le « non »

    Mais ce « non » suppose un « oui ». En refusant qu'on le traite ainsi, le révolté affirme implicitement une VALEUR : il y a en lui quelque chose qui mérite respect — une dignité. Or cette dignité n'est pas seulement la sienne : c'est celle de tout homme. Le révolté ne défend pas un privilège personnel, il défend une mesure commune de l'humain. C'est pourquoi son refus a une portée universelle.

  3. 03Comprendre la solidarité

    De là le glissement du « je » au « nous » : « je me révolte, donc nous sommes. » En me révoltant, je découvre que je tiens à une valeur partagée, et donc à une communauté d'hommes qui la partagent. La révolte, qui semblait un cri solitaire, fonde une solidarité : elle me lie à tous ceux dont la dignité est, comme la mienne, menacée. Le geste individuel révèle un nous.

  4. 04Justifier la nécessité des limites

    Mais si la révolte affirme la dignité de tout homme, elle doit rester fidèle à ce principe : elle ne peut, sans se renier, sacrifier des hommes au nom de sa cause. Une révolte qui devient meurtrière, qui légitime la terreur au nom d'un avenir meilleur, trahit le « oui » qui la fondait. Camus oppose donc la révolte mesurée, gardienne de limites, à la révolution dévoyée où la fin justifie tous les moyens — la logique même des totalitarismes.

Résultat : La formule « je me révolte, donc nous sommes » montre que la révolte n'est pas un égoisme. Elle naît d'un « non » individuel à l'inacceptable, mais ce refus révèle un « oui » : l'affirmation d'une dignité qui n'est pas seulement la mienne mais celle de tout homme. La révolte fonde ainsi une solidarité — du « je » au « nous ». Mais, fidèle à la dignité qu'elle proclame, elle doit se donner des limites et refuser de devenir meurtrière : une révolte qui sacrifie des hommes au nom de sa cause se renie. Répondre à la violence, ce n'est donc pas lui opposer une autre violence sans mesure, mais affirmer et préserver l'humanité commune.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir analyser la conception camusienne de la révolte (le « non » qui révèle un « oui », « je me révolte, donc nous sommes », la révolte qui pose des limites) ET la confronter aux réponses institutionnelles du programme — pacifisme, droit, justice — pour traiter un sujet comme « La révolte est-elle une réponse à la violence ? », « Le droit peut-il éliminer la violence ? » ou « Que peut l'homme contre la barbarie ? ».
  • Objectif Bac : confronter un témoignage littéraire (la résistance par la dignité chez Levi) et des réflexions philosophiques (la révolte chez Camus, le pacifisme, le rôle du droit) sur la réponse à la violence, et conclure sur l'humanité comme tâche et non comme acquis (lien avec « L'Humanité en question »).

Erreurs fréquentes

  • Confondre la révolte camusienne et la révolte aveugle ou la révolution à tout prix. Pour Camus, la révolte authentique pose des LIMITES : elle refuse de devenir meurtrière et conteste la logique qui sacrifie des hommes présents à un avenir promis. Présenter Camus comme un éloge de la violence libératrice est un contresens — sa thèse vise au contraire à mettre une borne à la violence.
  • Réduire la « réponse à la violence » à la seule lutte armée ou à l'action héroïque. Le thème valorise aussi des formes plus intimes — la fidélité à l'humain, la dignité préservée, le témoignage — ET des réponses collectives que le programme nomme explicitement : le pacifisme et le droit. Chez Levi, refuser l'avilissement par de petits gestes est déjà une résistance. Oublier ces formes fait manquer l'idée que préserver l'humanité est une victoire morale, même sans victoire militaire.
  • Croire que le droit suffit à « éliminer » la violence, ou au contraire qu'il y est étranger. Le programme demande d'interroger précisément la capacité du droit à l'encadrer, la normer, voire l'éliminer — sans naïveté : la violence d'État totalitaire s'est souvent parée de la LÉGALITÉ (lois d'exception, décrets), et le droit international n'a de force que si une communauté le fait respecter. Confondre légalité et justice, ou tenir le droit pour une garantie automatique, fait manquer la tension que l'essai doit penser.

Révision active

Sujet d'essai d'entraînement : « Que peut l'homme contre la violence de l'histoire ? » Rédigez un paragraphe problématisé qui confronte plusieurs réponses : les réponses individuelles et morales (la révolte selon Camus — le « non » qui affirme une dignité commune, « je me révolte, donc nous sommes » ; la résistance comme fidélité à l'humain — préserver la dignité, témoigner) et les réponses collectives et institutionnelles (le pacifisme ; le droit qui prétend encadrer, normer voire éliminer la violence — Nuremberg, le crime contre l'humanité). Interrogez les limites des deux : la révolte doit refuser de devenir à son tour meurtrière ; le droit ne vaut que si une communauté le fait respecter. Concluez sur l'humanité comme tâche à reprendre, et non comme acquis garanti.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question » (entrée « Histoire et violence ») (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)

§ 05

Repères d'œuvres (XXe-XXIe siècle) et méthode de l'épreuve#

●●○StandardLPeduscol-programme-hlp

Carte des repères du thème (par temps)

Les repères par temps du thèmeTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Temps du thème · Repère · Œuvre / idée; Témoigner · Primo Levi · Si c'est un homme; Penser l'histoire · Hegel · Voltaire · progrès et tragique; La domination · Aimé Césaire · violence coloniale; Penser le mal · Hannah Arendt · la banalité du mal; Répondre · Camus · le droit · révolte · Nuremberg, cellule mise en évidence : la banalité du malTEMPS DU THÈMEREPÈREŒUVRE / IDÉETÉMOIGNERPrimo LeviSi c'est un hommePENSER L'HISTOIREHegel · Voltaireprogrès et tragiqueLA DOMINATIONAimé Césaireviolence colonialePENSER LE MALHannah Arendtla banalité du malRÉPONDRECamus · le droitrévolte · NurembergAu moins un repère par temps du thème. Fil conducteur : «L'Humanité en question » — qu'est-ce que l'homme, capable dupire et de le refuser ?

Points clés

Pour traiter le thème, il faut maîtriser quelques REPÈRES précis, à mobiliser sans réciter. Littérature de témoignage et écritures de la guerre : Primo Levi, Si c'est un homme (1947) — la « démolition d'un homme » à Auschwitz et l'exigence de témoigner ; plus largement, les récits des camps et les écritures de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. La période de référence du thème est le monde moderne et contemporain, en particulier — mais non exclusivement — les deux guerres mondiales.
Philosophie de l'histoire : Hegel (La Raison dans l'histoire) et l'idée d'un progrès porté par la « ruse de la raison », arrière-plan que le XXe siècle vient ébranler ; Voltaire, déjà, contestait au XVIIIe siècle l'optimisme providentiel (le « tout est bien ») après le désastre de Lisbonne, ouvrant l'interrogation sur le sens et le mal dans l'histoire. Ces repères servent à problématiser l'idée de progrès, non à la plaquer sur l'horreur contemporaine.
Penser le totalitarisme et le mal : Hannah Arendt, Les Origines du totalitarisme (1951) et Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963) — l'analyse du système totalitaire et la « banalité du mal », c'est-à-dire le mal par l'obéissance et l'absence de pensée. Penser la domination coloniale : Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme (1950) — la colonisation comme violence qui « ensauvage » le colonisateur. Répondre à la violence : Albert Camus, L'Homme révolté (1951) — la révolte qui dit « non », affirme une dignité commune et se donne des limites ; et, du côté des réponses collectives nommées par le programme, le pacifisme et le DROIT (Nuremberg, 1945-1946, et la notion de crime contre l'humanité). Ces repères couvrent les temps du thème : représenter, témoigner, penser (l'histoire, le mal, la domination), répondre.
À l'épreuve écrite de terminale (4 heures, coefficient 16, sur le programme des deux entrées de terminale), deux exercices sont attendus, notés chacun sur 10 et portant sur un même texte relatif à l'un des objets d'étude. L'INTERPRÉTATION (littéraire ou philosophique) part de ce texte : il faut en dégager l'enjeu, analyser comment il représente ou interroge la violence, et l'interpréter — non le paraphraser. L'ESSAI (littéraire ou philosophique) répond à une question liée au texte : il faut la problématiser, construire une argumentation progressive et nuancée, et l'appuyer sur des exemples et des repères précis. Chaque exercice peut relever de l'approche littéraire ou de l'approche philosophique.
Méthode décisive pour le thème : toujours PROBLÉMATISER (transformer le sujet en problème, faire surgir une tension), puis tenir un raisonnement DIALECTIQUE qui articule les contraires au lieu de trancher naïvement (civilisation et barbarie, mémoire et histoire, progrès et tragique, révolte et limites). Chaque idée doit être ILLUSTRÉE par un repère ou un exemple précis, et l'on doit toujours revenir à l'enjeu de l'objet d'étude : « L'Humanité en question » — qu'est-ce que l'homme, capable du pire comme du refus du pire ?
Exemple corrigé

Rédiger l'introduction problématisée d'un essai

« La barbarie est-elle le contraire de la civilisation ? » Rédigez l'introduction complète de cet essai : accroche, définition des termes, problématisation et annonce du plan.

  1. 01Trouver une accroche concrète

    On part d'un fait qui fait problème : la Shoah, violence d'une ampleur inouïe, n'a pas été commise par un peuple « resté sauvage », mais organisée par une nation lettrée, savante et industrielle, au cœur de l'Europe du XXe siècle. Ce fait, mis en récit par des témoins comme Primo Levi, sert d'accroche : il met d'emblée en tension l'idée reçue selon laquelle la barbarie serait l'envers de la civilisation.

  2. 02Définir les termes

    On clarifie ensuite les notions. La barbarie désigne une violence cruelle et inhumaine, traditionnellement pensée comme ce qui reste « hors » de la civilisation. La civilisation désigne l'état d'une société avancée en savoirs, en techniques, en mœurs et en droit, censée éloigner l'homme de la violence. Le sens commun les oppose terme à terme : plus de civilisation, moins de barbarie.

  3. 03Problématiser

    On fait surgir la tension : si la barbarie était vraiment le contraire de la civilisation, les sociétés les plus civilisées devraient être les moins barbares. Or le XXe siècle montre l'inverse — la barbarie a surgi au cœur même de la civilisation et s'est servie de ses moyens (administration, science, technique). D'où le problème : la civilisation protège-t-elle de la barbarie, ou peut-elle au contraire la rendre possible ? Faut-il maintenir, ou défaire, leur opposition ?

  4. 04Annoncer un plan dialectique

    On annonce trois temps. (I) En un premier sens, la barbarie semble bien le contraire de la civilisation, qui institue le droit et limite la violence. (II) Mais le XXe siècle ruine cette opposition : la barbarie a utilisé les moyens de la civilisation et l'idée d'un progrès moral s'effondre. (III) On dépasse l'alternative : la civilisation n'est ni le rempart automatique contre la barbarie ni sa cause, mais une tâche jamais achevée — la barbarie reste possible là où l'on cesse de penser et de juger.

Résultat : Une introduction réussie enchaîne quatre moments : une accroche concrète (la Shoah, barbarie surgie au cœur d'une nation civilisée, attestée par les témoins comme Levi) ; la définition des termes (barbarie = violence inhumaine pensée « hors » de la civilisation ; civilisation = état avancé en savoirs, mœurs et droit) ; la problématisation, qui fait surgir la tension (si la barbarie était le contraire de la civilisation, les sociétés les plus civilisées seraient les moins barbares — or le XXe siècle montre l'inverse) ; enfin l'annonce d'un plan dialectique en trois temps (l'opposition apparente, sa ruine par l'histoire, son dépassement : la civilisation comme tâche jamais acquise). L'introduction transforme ainsi le sujet en problème sans y répondre d'emblée.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : disposer d'au moins un repère solide par temps du thème (témoigner : Levi ; penser : Hegel/Arendt ; répondre : Camus) et savoir l'employer pour ILLUSTRER une idée dans l'essai ou éclairer un texte dans l'interprétation, sans réciter une fiche d'auteur.
  • Objectif Bac : maîtriser la méthode des deux exercices — problématiser puis construire un plan dialectique nuancé pour l'essai ; dégager l'enjeu et interpréter (non paraphraser) pour l'interprétation littéraire — en revenant à la question « L'Humanité en question ».

Erreurs fréquentes

  • Réciter des fiches d'auteurs ou aligner les références sans les mettre au service d'un raisonnement. Un repère ne vaut, à l'épreuve, que s'il ILLUSTRE ou nuance une idée précise du devoir. Empiler Levi, Arendt et Camus sans problème conducteur produit un catalogue, pas un essai : c'est l'analyse problématisée qui est évaluée, non l'érudition.
  • Paraphraser le texte dans l'interprétation littéraire (raconter ce qu'il dit) au lieu de l'interpréter (montrer comment il le dit et quel enjeu il engage). De même, traiter l'essai comme une simple récitation de connaissances sans problématiser le sujet. Les deux exercices exigent une PENSÉE qui construit, pas une restitution.

Révision active

Exercice de méthode d'entraînement : choisissez le sujet d'essai « La barbarie est-elle le contraire de la civilisation ? » et rédigez seulement l'INTRODUCTION complète — accroche (un repère du thème : par exemple la Shoah, barbarie surgie au cœur d'une nation civilisée), définition rapide des termes (barbarie, civilisation), problématisation (faire surgir la tension : et si la civilisation pouvait fournir ses moyens à la barbarie ?) et annonce d'un plan dialectique en trois temps. Veillez à transformer le sujet en problème, non à y répondre d'emblée.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question » (entrée « Histoire et violence ») (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Épreuve de spécialité humanités, littérature et philosophie — descriptif et modalités (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01La violence dans l'histoire : guerres, totalitarismes, barbarie○
    • 02Témoigner et représenter : mémoire et littérature du témoignage◐
    • 03Penser l'histoire : progrès, sens et banalité du mal●
    • 04Répondre à la violence : révolte, résistance et humanité●
    • 05Repères d'œuvres (XXe-XXIe siècle) et méthode de l'épreuve◐

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Histoire et violence

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~39
min
5
Compétences
S'entraîner

Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l'Éducation nationale

  • Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question » (entrée « Histoire et violence »)

Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale

  • Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

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