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Fiches/HLP — Humanités, littérature et philosophie/L'humain et ses limites
Fiches · HLP — Humanités, littérature et philosophieFR · Bac

L'humain et ses limites

Le thème « L'humain et ses limites » (intitulé officiel exact ; on rencontre aussi la variante « Les limites de l'humain ») est la troisième entrée de l'objet d'étude de terminale « L'Humanité en question » (semestre 2). Sa période de référence officielle est la période contemporaine (XXe-XXIe siècles) : le thème s'articule aux avancées scientifiques et techniques récentes qui modifient le rapport des hommes à l'environnement, à la société et à eux-mêmes (la question « jusqu'où peut-on aller ? »). Il interroge ce qui définit l'humain et trace ses frontières (homme / animal, homme / machine), la manière dont la technique et le savoir déplacent ou franchissent ces limites (maîtrise de la nature, biotechnologies, homme « réparé » ou « augmenté », posthumain, enjeux écologiques), et la tension entre finitude et démesure (mortalité, hybris, bornes éthiques). Les mythes plus anciens (Prométhée, Icare) restent mobilisables, mais à titre de comparaison avec la période contemporaine. Ce thème est pleinement au programme de l'épreuve écrite de terminale (interprétation d'un texte littéraire ou philosophique + essai) ; il nourrit aussi le Grand oral.

5 sections·~38 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·0888 / 8
Profil d’examen
Interroger les limites de l'humain et leur déplacement par la technique et le savoir (maîtrise de la nature, du vivant et du corps), de l'âge moderne au XXIe siècle.Analyser les notions de nature humaine, de finitude et de démesure (hybris) à partir de textes littéraires et philosophiques de la période contemporaine.Confronter des représentations littéraires (mythe, science-fiction, dystopie) et des réflexions philosophiques sur l'humain, l'inhumain et le posthumain.Construire une interprétation d'un texte littéraire ou philosophique et un essai problématisés sur l'humain et ses limites (les deux exercices de l'épreuve écrite de la spécialité).
Opérateurs :analyserinterpréter un texteinterroger une notionconfronterdistinguerproblématiserargumenterillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d'abord les couples de notions du thème — nature / artifice, humain / animal / machine, finitude / démesure (hybris), humain / inhumain / posthumain — et sachez les illustrer par un repère précis (Prométhée et Icare pour la démesure punie ; Descartes « comme maîtres et possesseurs de la nature » pour le projet technique ; Frankenstein de Mary Shelley pour le créateur dépassé par sa créature ; Hans Jonas pour la responsabilité). Distinguez nettement la limite-frontière (ce qui sépare l'humain de l'animal et de la machine) et la limite-borne (la finitude, la mort, les bornes éthiques à ne pas franchir).

niveau approfondi

Pour viser l'excellence, problématisez le double sens du mot « limite ». La technique a déplacé sans cesse les frontières de l'humain et nourri le rêve d'abolir ses bornes (maladie, vieillissement, mort) jusqu'au projet posthumaniste d'« augmenter » l'homme. Mais ce franchissement pose la question de la démesure (hybris) : toute limite repoussable doit-elle l'être ? Confrontez le mythe (Prométhée, Icare, Frankenstein), la philosophie de la technique (Descartes et la maîtrise de la nature, Bergson sur l'« homo faber », Hans Jonas et le principe responsabilité), et les interrogations contemporaines sur le posthumain pour montrer que la finitude n'est pas seulement une privation : elle est peut-être la condition même du sens et de l'humanité. Mobilisez ce socle au Grand oral.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. L'humain et ses limites
    • 01Définir l'humain : nature humaine et frontières○
    • 02La technique et le franchissement des limites◐
    • 03Finitude, démesure et hybris●
    • 04Vers le posthumain : enjeux éthiques contemporains●
    • 05Repères d'œuvres (période contemporaine, XXe-XXIe siècles) et méthode◐
§ 01

Définir l'humain : nature humaine et frontières#

●○○BaseLPeduscol-programme-hlp

Les frontières de l'humain et le double sens de « limite »

Les frontières de l'humainroue segmentée, 3 segments, Données: HUMAIN, ANIMAL, MACHINE, NATURE / CULTUREANIMALnature, instinctMACHINEcalcul, simulationNATURE / CULTUREdonné / acquisHUMAINL'humain se définit à ses frontières (animal, machine) et par le partage nature / culture. Double sens de « limite » : la frontière (ce qui le sépare) et la borne (finitude, mort) — la technique déplace l'une et prétend reculer l'autre.

Points clés

Définir l'humain, c'est d'abord chercher ce qui le distingue : la tradition philosophique a proposé de nombreux « propres de l'homme » — la raison et le langage (l'homme est « animal doué de logos » chez Aristote), la conscience de soi, le rire, la liberté, la culture, la conscience de la mort. Aucun de ces traits ne fait à lui seul une définition close : l'humain se laisse moins enfermer dans une essence fixe que saisir dans un ENSEMBLE de capacités et dans un rapport au monde, à autrui et au temps.
La frontière homme / animal est la première limite à interroger. Le sens commun et une longue tradition opposent l'homme (être de raison, de langage et de culture) à l'animal (être de nature, guidé par l'instinct). Descartes radicalise l'écart avec la thèse de l'« animal-machine » (Discours de la méthode, 1637) : les bêtes seraient des automates sans pensée ni langage véritable. Mais les savoirs contemporains (éthologie, théorie de l'évolution) rapprochent l'homme de l'animal et brouillent une frontière qu'on croyait nette : la limite est moins un mur qu'une zone à penser.
La frontière homme / machine est la seconde limite, devenue cruciale à l'âge des automates puis de l'intelligence artificielle. La machine imite, calcule, parfois « apprend » ; mais simule-t-elle ou possède-t-elle une pensée ? Le thème invite à se demander ce qui resterait proprement humain si la machine venait à parler, raisonner, créer : la conscience, l'intériorité, le sens, l'émotion vécue ? La question des frontières n'est pas seulement descriptive, elle est éthique : à mesure qu'on rapproche l'homme de l'animal et de la machine, on se demande ce qui fait sa dignité propre.
Il faut distinguer NATURE et CULTURE pour penser l'humain. Est dit « naturel » ce qui est donné, inné, universel (le corps, les besoins, la naissance et la mort) ; est dit « culturel » ce qui est acquis, transmis, variable selon les sociétés (langues, techniques, mœurs, institutions). Le propre de l'humain est peut-être de n'être jamais purement « naturel » : il transforme sa nature par la culture et la technique. Cela ouvre tout le thème — car repousser les limites de l'humain par la technique, c'est agir sur sa propre nature.
Définir l'humain engage donc d'emblée la question des LIMITES, au double sens du mot. La limite-FRONTIÈRE sépare l'humain de ce qui n'est pas lui (l'animal, la machine, le divin) ; la limite-BORNE désigne ce qui le borne en propre — sa finitude, sa mortalité, sa dépendance, son ignorance. Tout le thème joue sur ces deux sens : la technique déplace les frontières (homme / machine) et prétend reculer les bornes (la maladie, la mort) — d'où la question : jusqu'où l'humain peut-il, et doit-il, repousser ses limites sans cesser d'être humain ?
Exemple corrigé

Interpréter l'« animal-machine » de Descartes

Descartes soutient que les animaux sont des automates dépourvus de pensée et de langage véritable (l'« animal-machine »). Analysez la frontière qu'il trace ainsi entre l'homme et l'animal : sur quel critère repose-t-elle, et en quoi les savoirs contemporains la rendent-ils discutable ?

  1. 01Restituer la thèse

    Pour Descartes, l'animal est une machine très perfectionnée : ses comportements s'expliquent mécaniquement, sans qu'il faille lui supposer une âme pensante. Le critère décisif de l'humain est le langage rationnel — non pas l'émission de sons (les perroquets en émettent), mais la capacité d'agencer des signes pour répondre « à propos » à toute situation, signe d'une pensée. L'homme, doté d'une âme (la res cogitans), pense ; l'animal, pure mécanique (res extensa), ne pense pas.

  2. 02Dégager l'enjeu de la frontière

    Cette frontière n'est pas un simple constat zoologique : elle fonde la DIGNITÉ propre de l'homme et justifie qu'il se considère comme « maître et possesseur de la nature ». En refusant à l'animal la pensée, Descartes assure à l'humain une place à part dans l'ordre du vivant. La limite homme / animal soutient ici toute une conception de l'humain comme sujet rationnel et libre, détaché du règne de la nature.

  3. 03Confronter aux savoirs contemporains

    L'éthologie et la théorie de l'évolution brouillent cette frontière nette. On observe chez de nombreux animaux des formes de communication, d'apprentissage, de résolution de problèmes, voire de sensibilité morale ; et l'évolution inscrit l'homme dans une continuité du vivant plutôt que dans une rupture absolue. La limite devient une zone graduée, faite de différences de degré autant que de nature.

  4. 04En tirer la portée pour le thème

    L'interprétation ne consiste pas à « réfuter » Descartes mais à voir ce que sa frontière met en jeu : définir l'humain en le séparant radicalement de l'animal, c'est lui donner une essence (la pensée) et une mission (maîtriser la nature). Que cette frontière soit aujourd'hui discutée montre que les limites de l'humain ne sont pas des données fixes mais des constructions, sans cesse déplacées par le savoir — ce qui ouvre tout le thème.

Résultat : Descartes trace entre l'homme et l'animal une frontière fondée sur le langage rationnel, signe d'une pensée que l'animal-machine ne possède pas ; cette limite fonde la dignité de l'homme et son projet de maîtrise de la nature. Les savoirs contemporains (éthologie, évolution) la rendent discutable en révélant des continuités entre l'humain et le vivant. Interpréter ce texte, ce n'est donc pas seulement constater une différence : c'est comprendre que définir l'humain en le séparant de l'animal engage une conception de sa nature et de sa place — et que les limites de l'humain sont des frontières construites, susceptibles d'être déplacées par le savoir.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir mobiliser et articuler les couples de notions — nature / culture, homme / animal, homme / machine, et le double sens de « limite » (frontière / borne) — pour problématiser un sujet d'essai comme « Qu'est-ce qui définit l'humain ? » ou « La technique nous éloigne-t-elle de notre nature ? ».
  • Objectif Bac : interpréter un texte (littéraire ou philosophique) qui trace une frontière de l'humain en identifiant la CONCEPTION qu'il engage — l'homme défini par la raison, par la liberté, par la conscience de la mort ? l'animal-machine de Descartes ou la continuité du vivant ? —, plutôt que d'énumérer des « différences » sans les penser.

Erreurs fréquentes

  • Croire qu'il existe une définition simple et close de l'humain (« un seul critère ») et plaquer ce critère partout. L'essai n'attend pas une formule toute faite mais une réflexion sur la difficulté même de définir l'humain : aucun « propre de l'homme » isolé (langage, raison, rire) ne suffit, et l'humain se pense mieux dans un rapport (au monde, à autrui, au temps) que dans une essence figée.
  • Confondre les deux sens du mot « limite ». La limite-frontière (ce qui sépare l'humain de l'animal et de la machine) n'est pas la limite-borne (la finitude, la mort, les bornes éthiques). Mélanger les deux fait perdre l'articulation centrale du thème : la technique DÉPLACE des frontières et prétend RECULER des bornes — ce sont deux gestes distincts qu'un bon devoir distingue.

Révision active

Sujet d'essai d'entraînement : « Qu'est-ce qui définit l'humain ? » Rédigez un paragraphe problématisé qui examine les « propres de l'homme » classiques (raison et langage, conscience de soi, conscience de la mort, culture) et montre qu'aucun ne fournit à lui seul une définition close. Distinguez la frontière homme / animal (Descartes et l'« animal-machine » ; la continuité du vivant) et la frontière homme / machine (la simulation contre la conscience), puis dégagez ce que cette difficulté révèle : l'humain se définit moins par une essence fixe que par un rapport au monde, à autrui et au temps.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question », semestre 2, période de référence contemporaine (XXe-XXIe siècles) — entrée « L'humain et ses limites » (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)

§ 02

La technique et le franchissement des limites#

●●○StandardLPeduscol-programme-hlp

Technique, maîtrise de la nature et responsabilité

Maîtriser ou se limiter ? Descartes et JonasTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Descartes (1637) · Hans Jonas (1979); Projet · maîtriser la nature · se donner des bornes; Devise · connaître = pouvoir · pouvoir n'oblige pas; La limite · subie, à reculer · voulue, à instituer; Guide · la puissance · la prudence, cellule mise en évidence : voulue, à instituerDESCARTES (1637)HANS JONAS (1979)PROJETmaîtriser la naturese donner des bornesDEVISEconnaître = pouvoirpouvoir n'oblige pasLA LIMITEsubie, à reculervoulue, à instituerGUIDEla puissancela prudenceL'homo faber (Bergson) déplace les frontières et recule leslimites subies ; la puissance inédite de la techniqueappelle une limite voulue — l'autolimitation éthique. Toutce qui est possible n'est pas souhaitable.

Points clés

La technique est l'ensemble des procédés par lesquels l'homme transforme la nature pour répondre à ses besoins et étendre son pouvoir. Loin d'être un simple outillage, elle est constitutive de l'humain : Bergson nomme l'espèce « homo faber » plutôt que « homo sapiens » (L'Évolution créatrice, 1907), car la fabrication d'outils précède et accompagne l'intelligence. Par la technique, l'homme compense sa faiblesse naturelle (il n'a ni griffes, ni fourrure, ni vitesse) et se rend, selon le mot de Descartes, « comme maîtres et possesseurs de la nature ».
La formule de Descartes (Discours de la méthode, 1637) condense le PROJET technicien de la modernité : mettre la connaissance de la nature au service de la puissance humaine, pour « jouir sans aucune peine des fruits de la terre », soulager les maux, prolonger la vie. La science devient opératoire : connaître pour pouvoir. Ce projet est ambivalent — il libère l'homme de bien des servitudes (faim, maladie, distance), mais il transforme aussi la nature en pur matériau à exploiter, et l'homme en agent d'une maîtrise sans cesse accrue. C'est l'ENVERS que souligne le programme officiel : les nouveaux pouvoirs techniques engendrent de nouvelles dépendances, les moyens de destruction changent d'échelle, et la crise écologique laisse entrevoir le spectre d'un « monde inhabitable » — d'où la question, devenue centrale au XXe-XXIe siècle, de l'équilibre entre exploitation et conservation de la nature.
La technique ne cesse de DÉPLACER les frontières de l'humain. Elle augmente le corps (prothèses, lunettes, implants), étend les sens (microscope, téléphone), repousse la maladie et la mort (médecine, vaccins, greffes), et s'attaque désormais au vivant lui-même (biotechnologies, génie génétique). Chaque progrès recule une limite jusque-là tenue pour « naturelle » : ce qui était subi (la cécité, la stérilité, certaines maladies) devient corrigible. Le thème interroge ce mouvement : les limites de l'humain sont-elles des données à respecter ou des obstacles à surmonter ?
Mais ce pouvoir grandissant pose un problème inédit de RESPONSABILITÉ. Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité (Das Prinzip Verantwortung, 1979), montre que la technique moderne a une puissance sans précédent — elle peut affecter la biosphère entière et les générations futures, voire modifier l'espèce humaine. L'éthique traditionnelle, faite pour des actes aux conséquences proches, ne suffit plus. Jonas formule un impératif nouveau : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre. »
Jonas y ajoute une « heuristique de la peur » : devant l'incertitude des effets d'une technique très puissante, il faut donner la priorité au pronostic alarmant sur le pronostic optimiste, et préférer la prudence. La technique, qui était un moyen de franchir les limites, appelle ainsi le retour d'une LIMITE volontaire : non plus la limite subie (que la technique recule), mais une limite voulue et instituée — l'autolimitation éthique. Le thème noue ici technique, nature et responsabilité : pouvoir n'est pas devoir, et tout ce qui est techniquement possible n'est pas pour autant souhaitable.
Exemple corrigé

Confronter Descartes et Jonas sur les limites de la technique

Descartes invite l'homme à se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » ; Hans Jonas formule, trois siècles plus tard, un « principe responsabilité ». Confrontez ces deux positions : faut-il faire tout ce que la technique permet ?

  1. 01Exposer le projet cartésien de maîtrise

    Descartes fait de la science un savoir opératoire : connaître les lois de la nature, c'est pouvoir agir sur elle. La maîtrise n'est pas une démesure orgueilleuse mais une promesse de bienfaits — soulager les peines, guérir les maladies, prolonger la vie. La technique apparaît comme l'instrument de l'émancipation humaine : reculer les limites naturelles (faim, maladie, distance), c'est libérer l'homme de servitudes subies.

  2. 02Faire valoir l'ambivalence et le saut de puissance

    Mais ce projet a changé d'échelle. La technique moderne n'agit plus localement : elle peut affecter la biosphère, les générations futures, l'espèce humaine elle-même. Son pouvoir est devenu DÉMESURÉ au sens propre — sans commune mesure avec celui qu'envisageait Descartes. Or une puissance illimitée appliquée à une nature traitée comme simple matériau peut détruire les conditions mêmes de la vie humaine.

  3. 03Opposer le principe responsabilité de Jonas

    Jonas en tire un impératif nouveau : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre. » Devant l'incertitude des effets, il prescrit une « heuristique de la peur » : privilégier le pronostic alarmant et la prudence. Le devoir ne se mesure plus à nos intentions proches, mais à la vulnérabilité de ce que notre pouvoir peut atteindre. Pouvoir n'est donc pas devoir.

  4. 04Conclure en distinguant deux limites

    La réponse n'oppose pas naïvement Descartes (maîtriser) et Jonas (s'abstenir). Elle distingue deux sens de la limite : la limite SUBIE (maladie, mort prématurée), qu'il est légitime de reculer ; et la limite VOULUE, qu'une éthique de la responsabilité doit instituer là où le pouvoir technique met en péril la dignité et l'avenir de l'humain. Faire tout ce que la technique permet, ce serait confondre le possible et le souhaitable : la grandeur de l'homo faber est aussi de savoir se donner des bornes.

Résultat : Il ne faut pas faire tout ce que la technique permet. Le projet cartésien de maîtrise de la nature est légitime tant qu'il libère l'homme de limites subies (maladie, peine, mort prématurée) ; mais le saut de puissance de la technique moderne, qui peut affecter la biosphère, les générations futures et l'espèce elle-même, creuse un écart entre pouvoir et devoir. Le principe responsabilité de Jonas y répond en instituant une limite VOULUE — une autolimitation éthique guidée par l'« heuristique de la peur ». La conclusion distingue la limite subie, qu'on peut reculer, et la limite voulue, qu'il faut poser : tout ce qui est techniquement possible n'est pas moralement souhaitable.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir analyser le PROJET technicien moderne (Descartes : se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ») et son ambivalence (libération / exploitation), pour problématiser un sujet comme « La technique a-t-elle des limites ? » ou « Faut-il tout ce que l'on peut faire ? ».
  • Objectif Bac : confronter l'idéal de maîtrise de la nature (Descartes) et l'exigence de responsabilité face à une puissance technique inédite (Hans Jonas, l'impératif de responsabilité, l'« heuristique de la peur »), pour montrer que repousser les limites appelle d'instituer des limites éthiques — y compris écologiques (l'équilibre entre exploitation et conservation de la nature, la menace d'un « monde inhabitable », thème explicite du programme contemporain).

Erreurs fréquentes

  • Réduire la technique à un simple outil « neutre » qui ne ferait qu'exécuter nos fins, ou au contraire la diaboliser comme une fatalité aliénante. Le thème attend une analyse nuancée : la technique est constitutive de l'humain (homo faber) et profondément ambivalente — elle libère ET transforme le rapport au monde et à la nature. Trancher d'un côté ou de l'autre fait manquer cette ambivalence, qui est précisément l'objet de la réflexion.
  • Confondre le possible technique et le légitime moral (« puisqu'on peut le faire, on peut bien le faire »). Hans Jonas montre justement que la puissance inédite de la technique CREUSE l'écart entre pouvoir et devoir : tout ce qui est techniquement possible n'est pas souhaitable. Tirer du pouvoir une autorisation morale est le contresens que l'idée de responsabilité vient corriger.

Révision active

Sujet d'essai d'entraînement : « Faut-il faire tout ce que la technique permet ? » Rédigez un développement problématisé qui pèse, d'un côté, la légitimité du projet de maîtrise de la nature (Descartes : « comme maîtres et possesseurs de la nature » ; la technique libère l'homme de la maladie, de la peine, de la mort prématurée) et, de l'autre, l'exigence d'une autolimitation éthique face à une puissance inédite (Hans Jonas, le principe responsabilité, l'« heuristique de la peur » : pouvoir n'est pas devoir). Concluez en distinguant la limite subie, que la technique recule, et la limite voulue, qu'une éthique de la responsabilité doit instituer.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question », semestre 2, période de référence contemporaine (XXe-XXIe siècles) — entrée « L'humain et ses limites » (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)

§ 03

Finitude, démesure et hybris#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-hlp

Finitude, démesure et juste mesure

La juste mesure : ni renoncement, ni démesureGraphe, Renoncement → Juste mesure, Juste mesure → Hybris · démesureRenoncementJuste mesureHybris ·démesure

Points clés

La FINITUDE est le caractère borné, fini, de la condition humaine : l'homme est mortel, vulnérable, dépendant, ignorant ; il naît, vieillit et meurt. Loin d'être seulement une privation, la finitude est peut-être ce qui donne sens à l'existence : c'est parce que le temps est compté que les choix, l'amour, l'œuvre, l'engagement ont un prix. La conscience de la mort, en particulier, est souvent tenue pour un trait proprement humain — l'homme est l'être qui sait qu'il va mourir et qui doit donner sens à une vie limitée.
L'HYBRIS (la démesure) est, dans la pensée grecque, la faute par excellence : c'est l'orgueil de l'homme qui veut franchir les bornes assignées à sa condition, rivaliser avec les dieux ou avec l'ordre du monde. À l'hybris s'oppose la mesure, le « rien de trop » (mêden agan) inscrit au fronton de Delphes, et la connaissance de soi (« connais-toi toi-même »). La démesure appelle, dans la tragédie, le châtiment (la némésis) : vouloir dépasser sa mesure d'homme, c'est s'exposer à la chute.
Les MYTHES de la démesure mettent en scène ce franchissement et sa sanction. Prométhée dérobe le feu aux dieux pour le donner aux hommes — il les dote de la technique, mais il est puni d'avoir transgressé l'ordre divin (Eschyle, Prométhée enchaîné) : il incarne le geste technicien et son ambivalence, bienfaiteur et coupable. Icare, ayant reçu de son père Dédale des ailes de cire, néglige la juste mesure, monte trop près du soleil, et chute dans la mer : l'image même de la démesure qui se perd à vouloir franchir ses limites.
Le mythe moderne de la démesure est Frankenstein de Mary Shelley (1818), au sous-titre éloquent : « le Prométhée moderne ». Victor Frankenstein, savant, crée artificiellement un être vivant — il franchit la limite de la vie et de la mort, se fait créateur. Mais il abandonne sa créature, qui, rejetée et solitaire, devient un « monstre » par la faute de son auteur. Le mythe interroge la responsabilité du créateur, l'hybris de la science qui se croit toute-puissante, et le risque de produire un être qu'on ne maîtrise plus — thème majeur à l'âge des biotechnologies.
Le thème noue ainsi finitude et démesure en une question éthique : repousser indéfiniment les limites de l'humain est-il une grandeur ou une démesure ? D'un côté, refuser toute limite (vouloir l'immortalité, la toute-puissance) relève de l'hybris et peut conduire à l'inhumain. De l'autre, accepter sa finitude n'est pas se résigner : c'est reconnaître que certaines limites font partie de l'humain et lui donnent sa mesure. La sagesse n'est ni l'orgueil prométhéen sans bornes, ni le renoncement, mais la juste mesure — savoir ce qu'il faut, et ce qu'il ne faut pas, franchir.
Exemple corrigé

Interpréter Frankenstein comme « le Prométhée moderne »

Mary Shelley sous-titre Frankenstein « le Prométhée moderne ». Interprétez ce rapprochement : en quoi le savant qui crée artificiellement un être vivant reprend-il et déplace-t-il le geste de Prométhée, et que dit ce mythe des limites de l'humain ?

  1. 01Rappeler la figure de Prométhée

    Prométhée, dans le mythe grec, dérobe le feu aux dieux pour le donner aux hommes : il leur transmet la technique, les arrache à leur dénuement, mais il transgresse l'ordre divin et en est puni. Il incarne l'ambivalence du geste technicien — bienfaiteur de l'humanité ET coupable d'avoir franchi une limite réservée aux dieux. Sa figure noue progrès et démesure.

  2. 02Montrer le déplacement opéré par Shelley

    Victor Frankenstein est un Prométhée MODERNE parce que sa transgression n'est plus le vol d'un feu divin, mais l'usage de la science pour créer la vie à partir de la matière inerte. Il franchit la limite la plus fondamentale — celle de la vie et de la mort — et se fait lui-même créateur. La démesure n'est plus celle d'un héros face aux dieux, mais celle du savant moderne qui, par la connaissance, se croit autorisé à tout.

  3. 03Dégager la faute et la leçon

    La faute de Frankenstein n'est pas seulement d'avoir créé : c'est d'avoir abandonné sa créature, de l'avoir laissée sans amour ni place parmi les hommes. Le « monstre » n'est pas monstrueux par nature ; il le devient par le rejet et la solitude où le laisse son auteur. Le mythe déplace ainsi la question : le problème n'est pas tant la prouesse technique que la RESPONSABILITÉ du créateur envers ce qu'il fait advenir.

  4. 04Conclure sur les limites de l'humain

    Frankenstein « Prométhée moderne » dit que la science peut franchir les limites de la vie sans franchir celles de la sagesse : elle peut créer sans savoir assumer, produire sans maîtriser. Le mythe avertit l'âge des biotechnologies — pouvoir donner ou transformer la vie engage une responsabilité à la mesure de ce pouvoir. La leçon n'est pas l'interdiction de tout franchissement, mais l'exigence d'une mesure et d'une responsabilité, faute de quoi la grandeur prométhéenne se renverse en désastre.

Résultat : En sous-titrant Frankenstein « le Prométhée moderne », Mary Shelley reprend l'ambivalence du geste prométhéen — bienfaiteur et transgresseur — et la déplace : le savant ne vole plus un feu divin, il use de la science pour créer la vie et franchit la limite de la vie et de la mort. La faute décisive n'est pourtant pas la création elle-même mais l'abandon de la créature : le « monstre » est produit par l'irresponsabilité du créateur. Le mythe dit alors des limites de l'humain qu'une science capable de tout n'est pas pour autant sage : franchir une limite engage une responsabilité à la mesure du pouvoir acquis. C'est un avertissement directement adressé à l'âge des biotechnologies.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir mobiliser et interpréter les mythes de la démesure (Prométhée, Icare, Frankenstein « le Prométhée moderne ») comme des FIGURES de pensée — l'ambivalence du geste technicien, l'hybris punie, la responsabilité du créateur —, et non comme de simples récits, pour problématiser un sujet comme « Y a-t-il des limites que l'homme ne devrait pas franchir ? ».
  • Objectif Bac : savoir penser la finitude autrement que comme une pure privation (la mort comme ce qui donne sens et prix à l'existence) afin de discuter un sujet comme « La mort donne-t-elle un sens à la vie ? » ou « Accepter ses limites, est-ce renoncer ? ».

Erreurs fréquentes

  • Traiter les mythes (Prométhée, Icare, Frankenstein) comme de simples illustrations décoratives ou des « histoires » à résumer. Dans l'essai et l'interprétation, le mythe est un OUTIL de pensée : Prométhée dit l'ambivalence de la technique, Icare la chute de la démesure, Frankenstein la responsabilité du créateur. Les raconter sans les interpréter fait perdre tout leur intérêt argumentatif.
  • Comprendre la finitude comme une pure négativité, un manque à supprimer (« la mort est un mal, donc la vaincre serait un bien sans réserve »). Le thème invite à penser que la finitude peut être la CONDITION du sens : c'est parce que la vie est limitée qu'elle a un prix. Réduire la finitude à un obstacle technique à franchir manque la question éthique — toute limite repoussable doit-elle l'être ?

Révision active

Sujet d'essai d'entraînement : « Y a-t-il des limites que l'homme ne devrait pas franchir ? » Construisez un plan dialectique en trois temps (thèse : l'homme est l'être qui franchit ses limites — c'est sa grandeur d'homo faber, Prométhée donne le feu et la technique ; antithèse : certaines limites franchies relèvent de l'hybris et appellent la chute ou l'inhumain — Icare, Frankenstein « le Prométhée moderne », la démesure punie ; synthèse : la sagesse n'est ni l'orgueil sans bornes ni le renoncement, mais la juste mesure — distinguer la limite subie qu'il est légitime de reculer et la borne éthique qu'il faut respecter, la finitude pouvant être la condition même du sens).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question », semestre 2, période de référence contemporaine (XXe-XXIe siècles) — entrée « L'humain et ses limites » (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)

§ 04

Vers le posthumain : enjeux éthiques contemporains#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-hlp

Soigner ou augmenter ? Les enjeux éthiques du posthumain

Soigner ou augmenter ? Le seuil du posthumainTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Soigner / réparer · Augmenter; Geste · guérir, compenser · optimiser l'homme; La limite · recule une subie · transforme la nature; Reste humain ? · oui · un « après » ?; Enjeu · la médecine · identité · dignité, cellule mise en évidence : transforme la natureSOIGNER / RÉPARERAUGMENTERGESTEguérir, compenseroptimiser l'hommeLA LIMITErecule une subietransforme la natureRESTE HUMAIN ?ouiun « après » ?ENJEUla médecineidentité · dignitéReculer une limite subie (soin) prolonge l'humain ;augmenter transforme la nature humaine. Enjeux : identité,justice, dignité, responsabilité (Jonas). La finitude est-elle un défaut, ou la condition du sens et de la dignité ?

Points clés

Le projet POSTHUMAIN (ou transhumaniste) rêve d'« augmenter » l'homme par la technique au-delà de ses limites naturelles : prolonger indéfiniment la vie, voire vaincre la mort, augmenter les capacités physiques et intellectuelles, fusionner l'organisme avec la machine. Il prolonge à l'extrême le projet cartésien de maîtrise — mais en l'appliquant désormais à l'homme LUI-MÊME, qui devient son propre objet technique. La frontière n'est plus seulement déplacée entre l'homme et la nature : c'est la nature humaine qui devient modifiable.
Ce projet pose d'abord une question d'IDENTITÉ : un être dont on aurait aboli la mortalité, augmenté la mémoire, fusionné le cerveau avec la machine serait-il encore « humain » ? Le préfixe « post- » dit bien l'enjeu : on viserait un APRÈS de l'humain. Mais beaucoup d'éléments tenus pour des limites (la vulnérabilité, la finitude, la dépendance à autrui) sont peut-être constitutifs de ce que nous appelons « humanité » : les supprimer pourrait être moins augmenter l'homme que le dénaturer — produire de l'inhumain plutôt que du surhumain.
Le posthumain pose ensuite une question de JUSTICE et de DIGNITÉ. Si l'augmentation est coûteuse, elle risque de creuser des inégalités inédites entre des « augmentés » et des « non-augmentés », et de transformer l'humain en produit à optimiser selon des normes (de performance, de longévité). La dignité humaine — l'idée que tout homme vaut indépendamment de ses performances — entre en tension avec une logique d'optimisation où l'homme serait jugé à ses capacités. La science-fiction (récits d'hommes augmentés, d'androïdes, de clones) explore depuis longtemps ces interrogations.
Le posthumain rejoue, à l'échelle de l'espèce, la question de l'HYBRIS et de la responsabilité. Vouloir abolir toute limite de la condition humaine, est-ce une émancipation ou la démesure prométhéenne portée à son comble ? Hans Jonas vaut ici pleinement : modifier durablement l'espèce humaine engage les générations futures qui n'ont pas consenti, et touche à ce qu'il appelle la « permanence d'une vie authentiquement humaine ». L'« heuristique de la peur » invite à la prudence devant l'irréversible — on ne refait pas l'humanité comme on corrige un prototype.
Le thème ne tranche pas en bloc, mais demande de DISTINGUER. Soigner, réparer, compenser un handicap (rendre la vue, remplacer un membre) prolonge légitimement la médecine et recule une limite subie. AUGMENTER au-delà du soin, vers un homme « amélioré » ou immortel, change de nature : ce n'est plus guérir mais transformer l'humain. La question éthique centrale n'est donc pas « peut-on ? » mais « jusqu'où devons-nous, et que voulons-nous préserver de l'humain ? » — la finitude, loin d'être un simple défaut à corriger, pourrait être la condition de la dignité, du sens et de la solidarité entre les hommes.
Exemple corrigé

Distinguer soigner et augmenter face au projet posthumain

« Faut-il vouloir dépasser la condition humaine ? » Construisez la discussion de ce sujet en distinguant le soin et l'augmentation, et concluez de façon nuancée sur le statut de la finitude.

  1. 01Reconnaître la légitimité du dépassement

    On peut d'abord soutenir qu'il est légitime, et même proprement humain, de dépasser certaines limites. La médecine recule la maladie et la mort prématurée ; les prothèses compensent les handicaps ; toute l'histoire de la technique est un dépassement des limites naturelles qui a libéré l'homme de servitudes subies. Vouloir guérir, réparer, soulager n'est pas une démesure : c'est l'exercice même de la raison au service de la condition humaine.

  2. 02Marquer le seuil entre soigner et augmenter

    Mais le projet posthumaniste va plus loin : il ne s'agit plus de soigner mais d'AUGMENTER — abolir le vieillissement et la mort, optimiser les capacités, fusionner l'homme et la machine. On franchit un seuil : on ne corrige plus un manque, on transforme la nature humaine elle-même. La question change : non plus « rétablir l'humain dans son intégrité » mais « refaire l'humain selon des normes de performance ».

  3. 03Faire jouer les enjeux éthiques

    Ce franchissement soulève quatre objections. L'IDENTITÉ : un être sans mort, sans vulnérabilité, serait-il encore humain, ou un autre type d'être ? La JUSTICE : l'augmentation creuserait des inégalités inédites entre augmentés et non-augmentés. La DIGNITÉ : juger l'homme à ses performances contredit l'idée que tout homme vaut inconditionnellement. La RESPONSABILITÉ (Jonas) : modifier l'espèce engage des générations qui n'ont pas consenti et touche à l'irréversible — l'« heuristique de la peur » commande la prudence.

  4. 04Conclure sur le statut de la finitude

    La réponse n'est donc ni un refus du progrès ni un oui sans réserve à l'augmentation : c'est une distinction. Reculer les limites subies (soigner) prolonge l'humain ; abolir les limites constitutives (vouloir l'immortalité, la toute-puissance) risque de le dénaturer. Car la finitude — la mortalité, la vulnérabilité, la dépendance à autrui — n'est peut-être pas un simple défaut à corriger : elle est ce qui donne à l'existence son prix, fonde la solidarité et la dignité. Dépasser la condition humaine, oui pour la soigner, non pour la nier.

Résultat : Il faut distinguer plutôt que trancher en bloc. Dépasser certaines limites — soigner, réparer, compenser — est légitime et proprement humain : c'est reculer des limites subies. Mais le projet posthumaniste franchit un seuil en visant non plus le soin mais l'augmentation, qui transforme la nature humaine elle-même ; il soulève alors les questions de l'identité, de la justice, de la dignité et de la responsabilité (Jonas, l'irréversible). La conclusion porte sur le statut de la finitude : la mortalité et la vulnérabilité ne sont peut-être pas de simples défauts à corriger, mais des conditions du sens, de la dignité et de la solidarité. Il est sage de dépasser la condition humaine pour la soigner, non pour la nier.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir caractériser le projet posthumaniste / transhumaniste (augmenter l'homme au-delà de ses limites, vaincre la maladie, le vieillissement, la mort) et le situer comme prolongement extrême du projet de maîtrise, pour problématiser un sujet comme « Faut-il vouloir dépasser la condition humaine ? » ou « La finitude est-elle un défaut de l'humain ? ».
  • Objectif Bac : savoir DISTINGUER soigner / réparer (reculer une limite subie) et augmenter / transformer (modifier la nature humaine), et mobiliser la responsabilité (Jonas) et la dignité face à l'irréversible, plutôt que de plaider en bloc « pour » ou « contre » le progrès technique.

Erreurs fréquentes

  • Confondre le SOIN (réparer, compenser un handicap, reculer une limite subie comme la maladie) et l'AUGMENTATION (transformer l'humain vers un être « amélioré » ou immortel). Le thème attend précisément cette distinction : prolonger la médecine n'est pas refaire l'espèce. Mettre tout sur le même plan empêche de poser la vraie question éthique du posthumain.
  • Traiter le sujet en termes purement futuristes ou technophobes (« les robots vont nous remplacer ») au lieu de l'aborder philosophiquement. L'enjeu n'est pas de prédire l'avenir mais d'interroger ce qui fait l'humain : la finitude, la vulnérabilité et la dépendance sont-elles de simples défauts à corriger, ou des conditions de la dignité et du sens ? Sans cette question, le devoir reste anecdotique.

Révision active

Sujet d'essai d'entraînement : « Faut-il vouloir dépasser la condition humaine ? » Construisez un développement problématisé qui distingue soigner / réparer (reculer une limite subie : guérir, compenser un handicap, prolonger la médecine — légitime) et augmenter / transformer (le projet posthumaniste : abolir la mort, optimiser l'homme — qui modifie la nature humaine elle-même). Mobilisez la question de l'identité (un homme augmenté serait-il encore humain ?), de la justice (le risque d'inégalités entre augmentés et non-augmentés), de la dignité et de la responsabilité (Hans Jonas, l'irréversible). Concluez en discutant l'idée que la finitude, loin d'être un simple défaut, pourrait être la condition du sens et de la dignité.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question », semestre 2, période de référence contemporaine (XXe-XXIe siècles) — entrée « L'humain et ses limites » (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)

§ 05

Repères d'œuvres (période contemporaine, XXe-XXIe siècles) et méthode#

●●○StandardLPeduscol-programme-hlp

Les repères du thème dans le temps (de Descartes à Jonas)

Les repères du thème dans le tempsFrise chronologique de 1600 à 2000, 1637: Descartes · maîtrise, 1818: Shelley · Frankenstein, 1907: Bergson · homo faber, 1979: Jonas · responsabilité, 1900–2000: réf. contemporaine2000annéeréf. contemporaine1637Descartes ·maîtrise1818Shelley ·Frankenstein1907Bergson · homofaber1979Jonas ·responsabilité

Points clés

Repères MYTHIQUES et littéraires de la démesure et des limites : Prométhée (Eschyle, Prométhée enchaîné — le don du feu / de la technique et son châtiment), Icare (la chute de la démesure), Frankenstein de Mary Shelley (1818, « le Prométhée moderne » — le savant créateur dépassé par sa créature). La science-fiction contemporaine (récits d'hommes augmentés, d'androïdes, de clones) prolonge ces interrogations sur l'humain, l'inhumain et le posthumain. Ces œuvres sont des FIGURES de pensée, à interpréter, non de simples illustrations.
Repères PHILOSOPHIQUES sur la technique et la nature : Descartes (Discours de la méthode, 1637 — l'« animal-machine » ; se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ») ; Bergson (L'Évolution créatrice, 1907 — l'« homo faber », la technique constitutive de l'intelligence) ; Hans Jonas (Le Principe responsabilité, 1979 — l'impératif de responsabilité, l'« heuristique de la peur » face à la puissance technique). Ces auteurs permettent de penser le projet technicien moderne, son ambivalence et l'exigence de responsabilité qu'il appelle.
Notions-clés à maîtriser et à articuler : nature / artifice, nature / culture, humain / animal / machine, finitude / démesure (hybris), mesure / démesure, humain / inhumain / posthumain, pouvoir / devoir, soigner / augmenter. Un bon devoir ne plaque pas ces couples : il les met en tension à partir d'un problème précis. Période de référence officielle du thème : la période contemporaine (XXe-XXIe siècles) — mais les mythes anciens (Prométhée, Icare) restent des références fondatrices, mobilisables comme repères de culture et comme termes de comparaison avec les problématiques contemporaines.
MÉTHODE — l'interprétation littéraire et philosophique d'un texte : il s'agit d'expliquer un texte (souvent un extrait littéraire ou philosophique sur l'humain, la technique, la finitude) en dégageant son problème, sa thèse, sa structure et ses procédés, puis de l'interpréter — c'est-à-dire d'en faire apparaître le sens et les enjeux. On évite la paraphrase (redire le texte) et le placage de cours (réciter des connaissances sans les rapporter au texte) : on PART du texte et on y revient sans cesse.
MÉTHODE — l'essai philosophique : c'est une réflexion personnelle, problématisée et argumentée, sur une question liée au thème (par exemple « Faut-il faire tout ce que la technique permet ? »). On problématise (on montre pourquoi la question fait difficulté), on construit un plan progressif (souvent thèse / antithèse / dépassement), on argumente avec rigueur et on illustre par des repères précis (mythes, œuvres, philosophes). L'essai n'est pas une dissertation de philosophie pure : il croise réflexion philosophique et culture littéraire, conformément à l'esprit de la spécialité HLP.
Exemple corrigé

Bâtir l'introduction et le plan d'un essai sur les limites de la technique

Sujet d'essai : « La technique a-t-elle des limites ? » Rédigez l'introduction (problématisation + annonce du plan) et proposez un plan détaillé en trois temps, en indiquant pour chaque partie un repère mobilisé.

  1. 01Analyser et problématiser le sujet

    « La technique a-t-elle des limites ? » joue sur deux sens. Au sens de fait : la technique semble repousser sans cesse ses limites — ce qui était impossible hier (voler, greffer un organe, séquencer un génome) devient possible ; en ce sens, elle paraît n'avoir pas de limites assignables. Mais au sens de droit : faut-il qu'elle ait des limites, des bornes éthiques qu'elle ne devrait pas franchir ? Le problème naît de l'écart entre ce que la technique PEUT et ce qu'elle DOIT : une puissance sans limite de fait appelle-t-elle des limites de droit ?

  2. 02Construire la première partie (thèse)

    I. La technique semble sans limites de fait. Elle est constitutive de l'humain (Bergson, l'homo faber) et anime le projet moderne de maîtrise de la nature (Descartes, se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature »). Son histoire est celle d'un dépassement continu des limites naturelles : chaque progrès recule une frontière jugée infranchissable. Repère mobilisé : Descartes / Bergson.

  3. 03Construire la deuxième partie (antithèse)

    II. Mais ce pouvoir illimité appelle des limites de droit. Une technique sans bornes risque la démesure (hybris) : les mythes de Prométhée et de Frankenstein avertissent que franchir certaines limites sans mesure ni responsabilité conduit au désastre. Surtout, la puissance technique moderne peut affecter l'espèce et l'avenir : il faut donc lui poser des limites éthiques. Repère mobilisé : Prométhée / Frankenstein.

  4. 04Construire la troisième partie (dépassement)

    III. La vraie question n'est donc pas « la technique a-t-elle des limites ? » mais « quelles limites devons-nous lui donner ? ». À la limite subie que la technique recule légitimement (la maladie), il faut opposer la limite voulue, instituée par une éthique de la responsabilité (Hans Jonas, le principe responsabilité, l'« heuristique de la peur ») : tout ce qui est possible n'est pas souhaitable. La technique n'a pas de limites qu'elle se donnerait à elle-même ; c'est à l'homme de lui en assigner. Repère mobilisé : Hans Jonas.

Résultat : Introduction problématisée : le sujet oppose les limites de FAIT (que la technique repousse sans cesse, au point de paraître sans bornes) et les limites de DROIT (les bornes éthiques qu'il faudrait lui poser), l'écart entre pouvoir et devoir faisant tout le problème. Plan en trois temps : I. La technique semble sans limites de fait (Descartes, Bergson : maîtrise de la nature, homo faber). II. Mais sa puissance appelle des limites de droit (Prométhée, Frankenstein : la démesure et ses dangers). III. La vraie question est celle des limites à lui DONNER — la limite voulue de la responsabilité (Hans Jonas, l'« heuristique de la peur ») : tout ce qui est possible n'est pas souhaitable. La technique n'a pas de limites internes : c'est à l'homme de lui en assigner.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : disposer d'un répertoire de repères SÛRS et bien situés (Prométhée et Icare ; Descartes pour la maîtrise de la nature et l'animal-machine ; Bergson pour l'homo faber ; Mary Shelley pour Frankenstein ; Hans Jonas pour la responsabilité) et savoir les mobiliser à bon escient pour étayer une interprétation ou un essai.
  • Objectif Bac : maîtriser la double épreuve écrite de la spécialité — l'interprétation d'un texte littéraire ou philosophique ET l'essai problématisé —, en évitant les deux écueils symétriques : la paraphrase (pour l'interprétation) et le catalogue de connaissances non problématisé (pour l'essai).

Erreurs fréquentes

  • Citer les repères « en vrac », comme une liste de noms et de titres, sans les rattacher à un problème ni les interpréter. Un repère ne vaut que par l'usage qu'on en fait : nommer Frankenstein ne suffit pas, il faut montrer ce que ce mythe FAIT penser (la responsabilité du créateur, l'hybris de la science). Le name-dropping est lourdement pénalisé.
  • Confondre l'essai de HLP avec une dissertation de philosophie pure ou avec un commentaire littéraire isolé. La spécialité demande de CROISER les deux approches — réflexion philosophique et culture littéraire. Traiter un sujet uniquement par des concepts abstraits, sans œuvre ni figure, ou inversement raconter des œuvres sans réfléchir, manque l'esprit même de la discipline.

Révision active

Exercice d'entraînement méthodologique : choisissez le sujet d'essai « La technique a-t-elle des limites ? » et rédigez SEULEMENT l'introduction et le plan détaillé (titres des parties + un repère mobilisé par partie). Veillez à problématiser (montrer en quoi la question fait difficulté : limites de fait que la technique recule sans cesse, mais limites de droit, éthiques, qu'il faudrait lui poser), à annoncer un plan progressif, et à répartir vos repères (Descartes / Bergson pour la maîtrise ; Prométhée, Frankenstein pour la démesure ; Hans Jonas pour la responsabilité) de façon à ce que chacun serve un moment précis de l'argumentation.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question » (entrée « L'humain et ses limites ») et épreuve de la spécialité (interprétation d'un texte + essai) (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Définir l'humain : nature humaine et frontières○
    • 02La technique et le franchissement des limites◐
    • 03Finitude, démesure et hybris●
    • 04Vers le posthumain : enjeux éthiques contemporains●
    • 05Repères d'œuvres (période contemporaine, XXe-XXIe siècles) et méthode◐

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

L'humain et ses limites

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~38
min
4
Compétences
S'entraîner

Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l'Éducation nationale

  • Programme de spécialité HLP — terminale, objet d'étude « L'Humanité en question », semestre 2, période de référence contemporaine (XXe-XXIe siècles) — entrée « L'humain et ses limites »

Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale

  • Programme d'humanités, littérature et philosophie de première et de terminale (arrêté du 19 juillet 2019 — BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

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