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Fiches/SES — Sciences économiques et sociales/Sources et défis de la croissance économique
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Sources et défis de la croissance économique

La croissance économique — augmentation soutenue du PIB en volume — a deux sources : l'accumulation des facteurs travail et capital (croissance extensive) et les gains d'efficacité mesurés par la productivité globale des facteurs (croissance intensive), résidu attribué au progrès technique. Pour expliquer ce progrès, les théories de la croissance endogène montrent qu'innovation, capital humain, capital public, recherche, institutions et droits de propriété l'entretiennent de l'intérieur, au prix d'un processus schumpetérien de destruction créatrice qui peut engendrer des inégalités. Cette croissance se heurte enfin à des limites écologiques (épuisement des ressources, pollution), d'où le débat entre soutenabilité faible et soutenabilité forte.

5 sections·~28 min de lecture·5 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·0111 / 12
Profil d’examen
C1 · Comprendre le processus de croissance économique et ses sources : accumulation des facteurs de production (travail, capital) et accroissement de la productivité globale des facteurs (PGF).C2 · Comprendre le lien entre progrès technique et croissance économique et savoir l'illustrer : rôle de l'innovation, des institutions, des droits de propriété, du capital humain et du progrès technique endogène.C3 · Comprendre que l'innovation s'accompagne d'un processus de destruction créatrice (Schumpeter).C4 · Comprendre comment le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus.C5 · Comprendre qu'une croissance économique soutenable se heurte à des limites écologiques (notamment l'épuisement des ressources, la pollution et le réchauffement climatique) ; distinguer soutenabilité faible et soutenabilité forte.
Opérateurs :définirmesurercalculerinterpréterexpliquerillustrerdistinguerjustifier

niveau de base

Fixez d'abord le socle quantitatif : savoir lire et calculer un taux de croissance du PIB, distinguer accumulation des facteurs et gains de PGF, et illustrer le progrès technique par un mécanisme (innovation, capital humain) — cela suffit à répondre aux questions de mobilisation des connaissances et à l'étude de document.

niveau approfondi

Visez le raisonnement argumenté complet : articuler PGF (résidu de Solow), croissance endogène (externalités, institutions, droits de propriété), destruction créatrice et inégalités, puis discuter la soutenabilité (capital naturel, soutenabilité faible vs forte) — c'est l'ossature d'une dissertation « la croissance est-elle soutenable ? » ou « quelles sont les sources de la croissance ? ».

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Sources et défis de la croissance économique
    • 01Mesurer la croissance : PIB, taux de croissance et accumulation des facteurs○
    • 02La productivité globale des facteurs : le résidu de Solow comme mesure du progrès technique◐
    • 03Innovation, destruction créatrice et croissance endogène◐
    • 04Progrès technique et inégalités de revenus●
    • 05Les défis : limites écologiques et soutenabilité de la croissance●
§ 01

Mesurer la croissance : PIB, taux de croissance et accumulation des facteurs#

●○○BaseLPeduscol-programme-ses

Les deux sources de la croissance : accumulation des facteurs et PGF

Les deux sources de la croissance du PIBGraphe, Accumulation des facteurs travail et capital → Croissance du PIB, Gains de PGF (efficacité, progrès tech.) → Croissance du PIBAccumulation desfacteurs travailet capitalGains de PGF(efficacité,progrès tech.)Croissance duPIBcroissanceextensivecroissanceintensive
Fig. 1La croissance du PIB a deux sources : accroître la QUANTITÉ de facteurs (croissance extensive) et mieux les COMBINER, c'est-à-dire gagner en efficacité (croissance intensive, mesurée par la PGF).

Points clés

La croissance économique est l'augmentation soutenue, sur une longue période, de la production de biens et services d'un pays, mesurée par la variation du produit intérieur brut (PIB) en volume (c'est-à-dire à prix constants, corrigé de l'inflation). On distingue le PIB nominal (en valeur, aux prix courants) du PIB réel (en volume) : seul ce dernier mesure une croissance « réelle » de la richesse produite.
Le taux de croissance du PIB se calcule comme un taux de variation : t = (PIB_arrivée − PIB_départ)/PIB_départ × 100. Sur plusieurs années, on raisonne avec le taux de croissance annuel moyen (TCAM), qui « lisse » l'évolution ; un coefficient multiplicateur élevé sur longue période correspond à un TCAM modeste, en raison du caractère cumulatif (intérêts composés) de la croissance.
La production combine deux facteurs : le facteur travail (quantité de travail : nombre d'actifs occupés, volume d'heures travaillées) et le facteur capital (capital fixe : machines, bâtiments, équipements productifs). La fonction de production relie la quantité produite à la quantité de facteurs employés.
L'accumulation des facteurs est la première source de croissance : augmenter la quantité de travail (hausse de la population active, de la durée du travail) ou de capital (investissement, formation brute de capital fixe) accroît la production. On parle de croissance extensive lorsque la croissance provient surtout de cet accroissement des quantités de facteurs.
L'investissement est le moteur de l'accumulation du capital : il remplace le capital usé (amortissement) et accroît le stock de capital productif (investissement net). Mais l'accumulation d'un seul facteur se heurte à la loi des rendements décroissants : à travail constant, ajouter toujours plus de capital fait croître la production de moins en moins vite — l'accumulation seule ne peut donc pas, à elle seule, entretenir indéfiniment la croissance.
Rappel de première — le PIB et ses limites : le PIB ne mesure que la production marchande et non marchande comptabilisée ; il ignore le travail domestique, le bénévolat, les externalités négatives (pollution) et la répartition des revenus. Ces limites (déjà vues en classe de première) seront réinvesties au chapitre sur la soutenabilité.
t=PIBarriveˊe−PIBdeˊpartPIBdeˊpart×100t = \dfrac{\text{PIB}_{\text{arrivée}} - \text{PIB}_{\text{départ}}}{\text{PIB}_{\text{départ}}} \times 100t=PIBdeˊpart​PIBarriveˊe​−PIBdeˊpart​​×100

Taux de croissance du PIB (taux de variation)

Variation relative du PIB en volume entre deux dates, exprimée en pourcentage. C'est la mesure de base de la croissance économique.

TCAM=(PIBarriveˊePIBdeˊpart)1n−1\text{TCAM} = \left(\dfrac{\text{PIB}_{\text{arrivée}}}{\text{PIB}_{\text{départ}}}\right)^{\frac{1}{n}} - 1TCAM=(PIBdeˊpart​PIBarriveˊe​​)n1​−1

Taux de croissance annuel moyen sur n années

Taux constant qui, appliqué chaque année pendant n années, conduit du PIB de départ au PIB d'arrivée. Il traduit le caractère cumulatif de la croissance.

Y=f(L,K)Y = f(L, K)Y=f(L,K)

Fonction de production : la production dépend du travail L et du capital K

La quantité produite Y est fonction des quantités de facteurs travail (L) et capital (K) employées ; accroître ces quantités est la source « extensive » de la croissance.

Exemple corrigé

Calculer un taux de croissance global et un taux annuel moyen

Le PIB en volume d'un pays passe de l'indice 100 (année 0) à l'indice 134 (année 10). a) Calculer le taux de croissance global sur la période et le coefficient multiplicateur. b) En déduire le taux de croissance annuel moyen (TCAM). c) Interpréter l'écart avec une simple division de 34 % par 10.

  1. 01a) Taux global et coefficient multiplicateur

    Le taux de variation global vaut (134 − 100)/100 × 100 = 34 %. Le coefficient multiplicateur (CM) est le rapport des deux valeurs : CM = 134/100 = 1,34. Le PIB a donc été multiplié par 1,34 en dix ans.

    t=134−100100×100=34 %CM=134100=1,34t = \dfrac{134 - 100}{100} \times 100 = 34\,\% \qquad \text{CM} = \dfrac{134}{100} = 1{,}34t=100134−100​×100=34%CM=100134​=1,34
  2. 02b) Taux de croissance annuel moyen

    Le TCAM est le taux constant t tel que (1+t)^10 = 1,34. On élève le coefficient multiplicateur à la puissance 1/10 : TCAM = 1,34^(1/10) − 1 ≈ 1,0297 − 1 ≈ 0,0297, soit environ 2,97 %.

    TCAM=1,34110−1≈0,0297=2,97 %\text{TCAM} = 1{,}34^{\frac{1}{10}} - 1 \approx 0{,}0297 = 2{,}97\,\%TCAM=1,34101​−1≈0,0297=2,97%
  3. 03c) Pourquoi pas 3,4 % ?

    Diviser 34 % par 10 donnerait 3,4 % : c'est faux car la croissance est cumulative. Chaque année, la croissance s'applique à un PIB déjà augmenté l'année précédente (effet des « intérêts composés »). Le taux annuel constant qui reproduit la hausse totale est donc inférieur à la moyenne arithmétique : environ 2,97 %.

  4. 04Phrase d'interprétation

    On rédige : « Entre l'année 0 et l'année 10, le PIB en volume de ce pays a augmenté de 34 %, soit une croissance annuelle moyenne d'environ 3 % par an. »

Résultat : a) +34 % au total, CM = 1,34 ; b) TCAM ≈ 2,97 % par an ; c) ce taux est inférieur à 3,4 % car la croissance est cumulative (multiplicative), et non additive.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (étude de document) : lire un tableau ou un graphique d'évolution du PIB, calculer un taux de variation ou un coefficient multiplicateur et interpréter le résultat en phrase complète (« le PIB en volume a augmenté de X % entre … et … »).
  • Objectif Bac (mobilisation des connaissances) : distinguer croissance extensive (accumulation de facteurs) et croissance intensive (gains de productivité) et identifier les deux facteurs de production.
  • Objectif Bac : justifier pourquoi l'accumulation d'un seul facteur ne suffit pas à expliquer la croissance de long terme (rendements décroissants).

Erreurs fréquentes

  • Confondre PIB nominal (en valeur) et PIB réel (en volume) : une hausse du PIB en valeur peut n'être que de l'inflation, sans aucune croissance réelle de la production.
  • Confondre niveau et taux de croissance : un PIB élevé n'implique pas une croissance forte, et une croissance forte peut partir d'un PIB faible (effet de rattrapage).
  • Additionner des taux de croissance annuels pour obtenir un taux sur plusieurs années : la croissance est cumulative (multiplicative), il faut multiplier les coefficients (1+t), pas additionner les pourcentages.

Révision active

Le PIB en volume d'un pays passe de l'indice 100 à l'indice 134 entre l'année 0 et l'année 10. a) Calculer le taux de croissance global sur la période et le coefficient multiplicateur. b) En déduire le taux de croissance annuel moyen (TCAM) et l'interpréter. c) Expliquer pourquoi ce TCAM est très inférieur à 3,4 % alors que la hausse totale est de 34 %.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES de terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) — « Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? » (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 02

La productivité globale des facteurs : le résidu de Solow comme mesure du progrès technique#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

Décomposition de la croissance : capital, travail et PGF (résidu de Solow)

Décomposition de la croissance : le résidu de SolowDiagramme en colonnes: contribution (points de %), Données: Capital · Croissance : +3 %: 1.2; Travail · Croissance : +3 %: 0.7; PGF (résidu) · Croissance : +3 %: 1.100.511.522.53Croissance :+3 %contribution (points de %)CapitalTravailPGF (résidu)
Fig. 2Comptabilité de la croissance : une croissance de 3 % se décompose ici en 1,2 point (capital) + 0,7 point (travail) + 1,1 point de PGF. Le résidu de PGF (mis en évidence) mesure le progrès technique.

Points clés

La productivité est le rapport entre une production et la quantité de facteurs utilisés pour l'obtenir. La productivité du travail rapporte la production au facteur travail (par tête ou par heure travaillée) ; la productivité du capital rapporte la production au capital. Des gains de productivité signifient que l'on produit davantage avec la même quantité de facteurs.
La productivité globale des facteurs (PGF) mesure l'efficacité de la combinaison de TOUS les facteurs ensemble : c'est la part de la croissance qui ne s'explique NI par l'augmentation du travail NI par celle du capital. Elle reflète la manière dont les facteurs sont combinés et utilisés — donc l'efficacité productive globale.
Le résidu de Solow : en décomposant la croissance, l'économiste Robert Solow a montré qu'une large part de la croissance du PIB ne provient pas de l'accumulation des facteurs ; cette part « inexpliquée » est le résidu, identifié à la croissance de la PGF et attribué au progrès technique. La PGF est ainsi la mesure indirecte (« résiduelle ») du progrès technique, car celui-ci n'est pas directement observable.
La décomposition comptable de la croissance s'écrit, en taux de croissance : taux de croissance du PIB = contribution du travail + contribution du capital + croissance de la PGF. La PGF se calcule par solde : on retire de la croissance du PIB ce qui est imputable à l'accumulation des facteurs, et le reste mesure les gains d'efficacité.
Les gains de PGF correspondent à la croissance intensive : on produit plus à quantité de facteurs inchangée. Ils proviennent du progrès technique (nouvelles machines plus performantes, meilleure organisation du travail, qualification accrue de la main-d'œuvre, innovations). C'est cette source qui permet d'échapper aux rendements décroissants et d'entretenir la croissance de long terme.
Limite de mesure : la PGF étant un résidu, elle agrège tout ce qui n'est pas mesuré par les facteurs (progrès technique, mais aussi qualité des institutions, effets de qualité mal mesurés, erreurs statistiques). Elle est donc une mesure imparfaite et indirecte du progrès technique, et non une grandeur directement observée.
Productiviteˊ du travail=Production (volume)Quantiteˊ de travail (heures ou actifs)\text{Productivité du travail} = \dfrac{\text{Production (volume)}}{\text{Quantité de travail (heures ou actifs)}}Productiviteˊ du travail=Quantiteˊ de travail (heures ou actifs)Production (volume)​

Productivité (du travail)

Rapport entre la production obtenue et la quantité de facteur utilisée ; une hausse de ce rapport, à facteur constant, traduit un gain de productivité.

gPIB=α gK⏟contrib. capital+(1−α) gL⏟contrib. travail+gPGF⏟progreˋs techniqueg_{\text{PIB}} = \underbrace{\alpha\, g_{K}}_{\text{contrib. capital}} + \underbrace{(1-\alpha)\, g_{L}}_{\text{contrib. travail}} + \underbrace{g_{\text{PGF}}}_{\text{progrès technique}}gPIB​=contrib. capitalαgK​​​+contrib. travail(1−α)gL​​​+progreˋs techniquegPGF​​​

Décomposition de la croissance (comptabilité de la croissance)

La croissance du PIB se répartit entre la contribution du capital, celle du travail et le résidu de PGF. La PGF se déduit par solde : g_PGF = g_PIB − contributions des facteurs.

gPGF=gPIB−[α gK+(1−α) gL]g_{\text{PGF}} = g_{\text{PIB}} - \big[\alpha\, g_{K} + (1-\alpha)\, g_{L}\big]gPGF​=gPIB​−[αgK​+(1−α)gL​]

La PGF (résidu de Solow) calculée par solde

On retire de la croissance du PIB la part imputable à l'accumulation des facteurs ; ce qui reste est le résidu, mesure indirecte du progrès technique.

Exemple corrigé

Décomposer la croissance et isoler le résidu de PGF

Le PIB en volume croît de 3 % sur une année. Le capital augmente de 4 %, le travail de 1 %. La contribution du capital correspond à 0,3 fois son taux de croissance, celle du travail à 0,7 fois le sien. a) Calculer la contribution du capital et celle du travail. b) En déduire la croissance de la PGF. c) Identifier et interpréter la source dominante.

  1. 01a) Contribution du capital

    On multiplie le coefficient (0,3) par le taux de croissance du capital (4 %) : contribution du capital = 0,3 × 4 = 1,2 point de pourcentage.

    α gK=0,3×4=1,2 point\alpha\, g_K = 0{,}3 \times 4 = 1{,}2 \text{ point}αgK​=0,3×4=1,2 point
  2. 02a) Contribution du travail

    De même, contribution du travail = 0,7 × 1 = 0,7 point de pourcentage.

    (1−α) gL=0,7×1=0,7 point(1-\alpha)\, g_L = 0{,}7 \times 1 = 0{,}7 \text{ point}(1−α)gL​=0,7×1=0,7 point
  3. 03b) Croissance de la PGF (par solde)

    Le résidu de Solow se déduit en retirant les contributions des facteurs de la croissance totale : g_PGF = 3 − (1,2 + 0,7) = 3 − 1,9 = 1,1 point.

    gPGF=3−(1,2+0,7)=1,1 pointg_{\text{PGF}} = 3 - (1{,}2 + 0{,}7) = 1{,}1 \text{ point}gPGF​=3−(1,2+0,7)=1,1 point
  4. 04c) Source dominante et interprétation

    La PGF apporte 1,1 point sur 3, soit environ 37 % de la croissance — devant le capital (1,2 point ≈ 40 %) et le travail (0,7 point). La croissance n'est donc pas seulement extensive : une part majeure provient des gains d'efficacité, c'est-à-dire du progrès technique (croissance intensive). On rédige : « Plus d'un tiers de la croissance s'explique par l'amélioration de l'efficacité productive, indépendamment de la hausse des facteurs. »

Résultat : a) Capital : 1,2 point ; travail : 0,7 point. b) PGF = 1,1 point (résidu). c) Le progrès technique (PGF) explique ≈ 37 % de la croissance : une part déterminante est intensive, et non extensive.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (étude de document) : calculer un indice ou un taux de croissance de la productivité du travail à partir d'un tableau (production / quantité de travail) et l'interpréter.
  • Objectif Bac (mobilisation des connaissances) : définir la PGF, expliquer pourquoi elle mesure le progrès technique et la relier à la croissance intensive.
  • Objectif Bac : à partir d'une décomposition de la croissance, identifier la contribution respective du travail, du capital et de la PGF, et en déduire la source dominante de la croissance.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la PGF à la seule productivité du travail : la PGF concerne la combinaison de TOUS les facteurs, pas un seul.
  • Présenter la PGF comme une mesure directe du progrès technique : c'est un résidu, une mesure indirecte de ce qui n'est pas expliqué par l'accumulation des facteurs.
  • Oublier que des gains de productivité correspondent à « produire plus avec autant de facteurs » (croissance intensive), et non à « employer plus de facteurs » (croissance extensive).

Révision active

Dans un pays, le PIB en volume croît de 3 % sur une année. La quantité de capital augmente de 4 % et celle de travail de 1 %. On admet que la contribution du capital à la croissance correspond à 0,3 fois son taux de croissance, et celle du travail à 0,7 fois le sien. a) Calculer la contribution du capital et celle du travail. b) En déduire, par solde, la croissance de la PGF. c) Quelle est la source dominante de la croissance, et comment l'interpréter ?

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES de terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) — sources de la croissance et productivité globale des facteurs (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 03

Innovation, destruction créatrice et croissance endogène#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

Le processus de destruction créatrice (Schumpeter)

La destruction créatrice (Schumpeter)Graphe, Innovation → Destructions : secteurs et emplois anciens, Innovation → Créations : produits et emplois nouveaux, Destructions : secteurs et emplois anciens → Croissance (solde net > 0), Créations : produits et emplois nouveaux → Croissance (solde net > 0)InnovationDestructions :secteurs etemplois anciensCréations :produits etemplois nouveauxCroissance(solde net > 0)détruitcrée
Fig. 3Pour Schumpeter, l'innovation détruit les activités anciennes tout en créant de nouvelles : c'est la destruction créatrice. Le solde net (créations − destructions), positif, nourrit la croissance — au prix d'un coût social de transition.

Points clés

L'innovation est l'application économique d'une invention : c'est la mise sur le marché d'un produit, d'un procédé ou d'une organisation nouvelle. Joseph Schumpeter distingue cinq types d'innovations : nouveaux produits, nouvelles méthodes de production, nouveaux débouchés (marchés), nouvelles sources de matières premières et nouvelles formes d'organisation. L'entrepreneur-innovateur est, chez Schumpeter, le moteur de la dynamique capitaliste.
La destruction créatrice (Schumpeter) : l'innovation est un processus par lequel les activités, entreprises et emplois nouveaux remplacent les anciens devenus obsolètes. La croissance s'accompagne donc simultanément de DESTRUCTIONS (secteurs et emplois qui disparaissent) et de CRÉATIONS (secteurs et emplois nouveaux). Exemple : la photographie numérique a détruit l'argentique tout en créant des activités nouvelles. Le solde net est positif et tire la croissance, mais la transition a un coût social.
Le progrès technique est endogène : contrairement à une vision où il « tomberait du ciel » (exogène), les théories de la croissance endogène (Paul Romer, Robert Lucas) montrent qu'il est PRODUIT par l'activité économique elle-même — par les décisions d'investissement en recherche, en éducation et en équipements. La croissance s'auto-entretient : elle génère les ressources et les connaissances qui nourrissent la croissance future.
Les sources de la croissance endogène reposent sur l'accumulation de différents capitaux porteurs d'externalités positives (des effets bénéfiques non rémunérés par le marché) : le capital humain (Lucas) — connaissances et compétences accumulées par l'éducation et la formation ; le capital technologique / la recherche-développement (Romer) — les connaissances sont en partie un bien non rival qui profite à tous ; le capital public — infrastructures (transports, réseaux) financées par l'État.
Le rôle des institutions et des droits de propriété : un cadre institutionnel sécurisé (État de droit, respect des contrats) et, en particulier, la protection de la propriété intellectuelle (brevets) incitent à innover, car l'innovateur peut s'approprier temporairement les gains de son innovation. Sans cette protection, l'innovation insuffisamment rémunérée serait sous-produite (les connaissances étant facilement imitables).
Le cercle vertueux : innovation et investissement en capital humain/technologique → hausse de la productivité (PGF) → croissance → ressources supplémentaires réinvesties dans la recherche et l'éducation → nouvelles innovations. Ce mécanisme cumulatif explique pourquoi la croissance peut se maintenir durablement, sans buter sur les rendements décroissants de l'accumulation d'un seul facteur.

Le cercle vertueux de la croissance endogène

Le cercle vertueux de la croissance endogèneGraphe, Investissement : capital humain, R&D, public → Innovation / progrès technique, Innovation / progrès technique → Hausse de la PGF, donc croissance, Hausse de la PGF, donc croissance → Ressources réinvesties, Ressources réinvesties → Investissement : capital humain, R&D, publicInvestissement :capital humain,R&D, publicInnovation /progrèstechniqueHausse de laPGF, donccroissanceRessourcesréinvesties
Fig. 4La croissance endogène est un processus cumulatif auto-entretenu : investir dans le capital humain, la recherche et les infrastructures nourrit l'innovation, qui élève la PGF, donc la croissance, qui finance à son tour de nouveaux investissements. Institutions et droits de propriété sécurisent la boucle.
Exemple corrigé

Illustrer la destruction créatrice par un exemple raisonné

À partir de l'essor du commerce en ligne, montrez en quoi cette innovation illustre le processus de destruction créatrice, puis expliquez le rôle du capital humain et des droits de propriété.

  1. 01Identifier l'innovation

    Le commerce en ligne est une innovation de procédé et d'organisation (au sens de Schumpeter) : il transforme la manière de vendre (plateformes numériques, logistique automatisée) et crée de nouveaux débouchés.

  2. 02Repérer les destructions

    Des activités anciennes déclinent : fermetures de commerces physiques sur certains segments, recul de l'emploi dans la distribution traditionnelle, disparition de certains intermédiaires. C'est la face « destruction » du processus.

  3. 03Repérer les créations

    Simultanément naissent des emplois et secteurs nouveaux : développeurs, métiers de la logistique et de la livraison, data analysts, services numériques. Le solde net d'emplois/valeur peut être positif et soutenir la croissance, même si la transition impose des reconversions coûteuses pour les salariés concernés.

  4. 04Rôle du capital humain

    Ces innovations exigent une main-d'œuvre qualifiée (informatique, gestion de données). L'accumulation de capital humain (Lucas) — formation, compétences — conditionne la capacité à innover et à occuper les emplois créés ; c'est une source de croissance endogène.

  5. 05Rôle des droits de propriété

    La protection de la propriété intellectuelle (brevets sur les technologies, protection des logiciels) et un cadre institutionnel sécurisé incitent les entreprises à investir dans l'innovation, car elles peuvent s'approprier temporairement les gains. Sans cette protection, l'innovation — facilement imitable — serait sous-produite.

Résultat : Le commerce en ligne illustre la destruction créatrice : il détruit des emplois de la distribution traditionnelle tout en créant des emplois numériques et logistiques (solde net soutenant la croissance). Capital humain (qualification) et droits de propriété (brevets, incitations à innover) en sont des moteurs de croissance endogène.

Schritt-für-Schritt Erklärung4 Schritte
  1. 1

    Partons de Schumpeter. Pour lui, le moteur du capitalisme est l'entrepreneur-innovateur, qui introduit de nouveaux produits, procédés, marchés, matières premières ou formes d'organisation.

  2. 2

    Cette innovation est un processus à double face : elle détruit les activités anciennes devenues obsolètes tout en créant des activités nouvelles. C'est la destruction créatrice.

  3. 3

    Mais d'où vient le progrès technique ? Les théories de la croissance endogène répondent : il est produit de l'intérieur, par l'investissement en capital humain, en recherche et en infrastructures.

  4. 4

    Le tout s'auto-entretient : la croissance finance de nouveaux investissements, qui nourrissent de nouvelles innovations. Institutions et droits de propriété sécurisent ce cercle vertueux.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (mobilisation des connaissances) : définir la destruction créatrice et l'illustrer par un exemple précis (créations et destructions d'emplois/secteurs liées à une innovation).
  • Objectif Bac : expliquer en quoi le progrès technique est endogène et identifier au moins deux sources de la croissance endogène (capital humain, recherche-développement, capital public, institutions).
  • Objectif Bac : montrer le rôle des droits de propriété (brevets) et des institutions dans l'incitation à innover, en lien avec les externalités positives de la connaissance.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la destruction créatrice aux seules destructions : c'est un processus à DOUBLE face (créations ET destructions), dont le solde net est positif et soutient la croissance.
  • Présenter le progrès technique comme exogène (donné de l'extérieur) : les théories de la croissance endogène montrent au contraire qu'il est produit par les choix d'investissement (recherche, éducation).
  • Confondre invention (découverte technique) et innovation (application économique d'une invention sur le marché) ; seule l'innovation crée de la valeur économique.

Révision active

À l'aide d'un exemple récent (téléphonie mobile, commerce en ligne, énergies renouvelables…), montrez comment une innovation illustre le processus de destruction créatrice. Identifiez précisément les emplois/secteurs détruits et ceux créés, puis expliquez en quoi les droits de propriété (brevets) et le capital humain ont pu favoriser cette innovation.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES de terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) — innovation, destruction créatrice et croissance endogène (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 04

Progrès technique et inégalités de revenus#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

Progrès technique biaisé : effet sur la demande de travail selon la qualification

Progrès technique biaisé et inégalitésGraphe, Progrès technique biaisé → Complément du qualifié : ↑ salaires, Progrès technique biaisé → Substitut du peu qualifié : ↓ salaires, Complément du qualifié : ↑ salaires → Creusement des inégalités de revenus, Substitut du peu qualifié : ↓ salaires → Creusement des inégalités de revenusProgrèstechnique biaiséComplément duqualifié : ↑salairesSubstitut du peuqualifié : ↓salairesCreusement desinégalités derevenus
Fig. 5Le progrès technique « biaisé » est complémentaire du travail qualifié (↑ demande, ↑ salaires) mais substituable au travail peu qualifié routinier (↓ demande, ↓ salaires) : l'écart de revenus se creuse selon la qualification.

Points clés

Le progrès technique, s'il accroît la richesse globale, ne profite pas également à tous : il peut engendrer des inégalités de revenus. Le programme demande explicitement de comprendre ce mécanisme. La croissance n'est donc pas neutre socialement.
Le progrès technique biaisé en faveur du travail qualifié : les technologies récentes (numérique, automatisation) sont surtout complémentaires des compétences élevées et substituables au travail peu qualifié. La demande de travailleurs qualifiés (et leurs salaires) augmente, tandis que celle de travailleurs peu qualifiés — dont les tâches sont automatisables — stagne ou recule. L'écart de revenus se creuse selon le niveau de qualification.
La polarisation des emplois : l'automatisation touche surtout les emplois intermédiaires (tâches routinières, automatisables), tandis que les emplois très qualifiés (non routiniers, cognitifs) et certains emplois peu qualifiés de services (non automatisables) résistent. Le marché du travail se « creuse » en son milieu, ce qui alimente les inégalités.
Le mécanisme schumpetérien et les rentes d'innovation : l'innovateur qui réussit bénéficie d'une situation de quasi-monopole temporaire (protégé par les brevets) et capte des profits élevés (rentes d'innovation). Les « gagnants » de la destruction créatrice s'enrichissent fortement, tandis que les « perdants » (salariés des secteurs détruits, en reconversion) subissent chômage et pertes de revenu : le processus redistribue les revenus.
Le rôle ambivalent des institutions et des politiques publiques : si les droits de propriété intellectuelle incitent à innover (donc à croître), ils confèrent aussi un pouvoir de marché qui peut accroître les inégalités. Les pouvoirs publics arbitrent : protéger l'innovation tout en accompagnant les perdants (formation, redistribution, protection sociale) pour rendre la croissance socialement soutenable.
À nuancer : le progrès technique peut aussi réduire certaines inégalités (baisse du prix de biens autrefois réservés à une élite, accès élargi à l'information et aux services). L'effet net sur les inégalités dépend du type d'innovation, des qualifications de la population et des politiques d'accompagnement — il n'est pas mécaniquement inégalitaire.
Exemple corrigé

Expliquer le creusement des inégalités par le progrès technique biaisé

Expliquez comment l'automatisation peut creuser les écarts de revenus entre travailleurs qualifiés et peu qualifiés, puis discutez le rôle des politiques publiques.

  1. 01Poser le mécanisme

    Le progrès technique récent est dit « biaisé » en faveur du travail qualifié : les nouvelles technologies (logiciels, robots) augmentent la productivité des travailleurs qualifiés (elles les complètent) mais remplacent les tâches routinières des travailleurs peu qualifiés (elles s'y substituent).

  2. 02En déduire l'effet sur la demande de travail

    La demande de travail qualifié s'accroît (compétences recherchées pour concevoir et piloter les technologies), ce qui pousse leurs salaires à la hausse. À l'inverse, la demande de travail peu qualifié sur les tâches automatisables recule, pesant sur l'emploi et les salaires de ces travailleurs.

  3. 03Conclure sur les inégalités

    L'écart de revenus entre qualifiés et peu qualifiés se creuse. La destruction créatrice fait par ailleurs des gagnants (innovateurs, qualifiés) et des perdants (salariés des secteurs détruits), ce qui accentue le mouvement.

  4. 04Discuter le rôle des politiques publiques

    Les pouvoirs publics peuvent atténuer ces inégalités : formation et requalification (élever le capital humain des moins qualifiés), accompagnement des reconversions, redistribution (fiscalité, prestations) et protection sociale. La croissance reste alors socialement soutenable. On nuance enfin : selon les politiques menées et le type d'innovation, le progrès technique peut aussi réduire certaines inégalités (baisse de prix, accès élargi).

Résultat : L'automatisation, complémentaire des qualifiés et substituable aux peu qualifiés, creuse les écarts de salaires selon la qualification ; les politiques publiques (formation, redistribution, protection sociale) peuvent en limiter les effets et rendre la croissance socialement soutenable.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (mobilisation des connaissances) : expliquer par quel mécanisme le progrès technique peut creuser les inégalités de revenus (progrès biaisé en faveur du travail qualifié, polarisation des emplois).
  • Objectif Bac (raisonnement) : montrer que la destruction créatrice produit des gagnants et des perdants, et discuter le rôle des politiques publiques pour accompagner la transition.
  • Objectif Bac : nuancer en montrant que le lien progrès technique / inégalités n'est pas univoque (effets potentiellement réducteurs d'inégalités, rôle de la formation et de la redistribution).

Erreurs fréquentes

  • Affirmer que le progrès technique réduit toujours les inégalités (« il enrichit tout le monde ») : le programme demande au contraire de comprendre comment il PEUT les engendrer, notamment via le biais en faveur des qualifiés.
  • Oublier la dimension « perdants » de la destruction créatrice (salariés des secteurs détruits) en ne retenant que les créations d'emplois.
  • Présenter le lien progrès technique / inégalités comme mécanique et inévitable, sans nuancer ni mentionner le rôle des politiques publiques (formation, redistribution).

Révision active

À l'aide du mécanisme du progrès technique biaisé en faveur du travail qualifié, expliquez comment l'automatisation peut creuser les écarts de revenus entre travailleurs qualifiés et peu qualifiés. Discutez ensuite le rôle des politiques publiques pour limiter ces inégalités.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES de terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) — progrès technique et inégalités de revenus (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 05

Les défis : limites écologiques et soutenabilité de la croissance#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

Soutenabilité faible vs soutenabilité forte : substituabilité des capitaux

Soutenabilité faible vs soutenabilité forteTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Critère · Soutenabilité faible · Soutenabilité forte; Hypothèse · capitaux substituables · capital naturel non substituable; À préserver · le stock total de capital · un stock de capital naturel critique; Progrès technique · compense le naturel détruit · ne peut pas tout compenser; Auteurs · Solow, Hartwick · économie écologique; Politiques · innovation, taxe, recyclage · réglementation, sobriété, cellule mise en évidence : capital naturel non substituableCRITÈRESOUTENABILITÉ FAIBLESOUTENABILITÉ FORTEHYPOTHÈSEcapitaux substituablescapital naturel nonsubstituableÀ PRÉSERVERle stock total de capitalun stock de capital naturelcritiquePROGRÈS TECHNIQUEcompense le naturel détruitne peut pas tout compenserAUTEURSSolow, Hartwickéconomie écologiquePOLITIQUESinnovation, taxe, recyclageréglementation, sobriété
Fig. 6La distinction repose sur la substituabilité : soutenabilité FAIBLE (capitaux substituables, seul le stock total compte, le progrès technique compense) vs soutenabilité FORTE (capital naturel en partie non substituable, à préserver pour lui-même).

Points clés

La croissance se heurte à des limites écologiques. Le programme en nomme explicitement trois : l'épuisement des ressources naturelles non renouvelables (énergies fossiles, minerais), la pollution (dégradation de l'air, de l'eau, des sols, perte de biodiversité) et le réchauffement climatique (lié aux émissions de gaz à effet de serre). La production et la consommation prélèvent et dégradent le capital naturel, qui n'est pas illimité.
Le capital naturel et les externalités négatives : l'activité économique génère des externalités négatives (coûts non payés par le pollueur, supportés par la collectivité ou les générations futures). Le capital naturel — stock de ressources et de services écosystémiques — est une condition de la production future ; sa dégradation menace la croissance de long terme.
Une croissance est dite soutenable (durable) lorsqu'elle « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (définition du rapport Brundtland, 1987). La soutenabilité suppose de préserver pour l'avenir un stock de capital suffisant.
Le patrimoine d'une société se compose de plusieurs types de capitaux : le capital physique (machines, infrastructures), le capital humain (compétences, santé), le capital naturel (ressources, écosystèmes) et le capital institutionnel et social (institutions, confiance, liens sociaux). La soutenabilité se pense en termes de transmission de ce patrimoine global aux générations futures.
Soutenabilité FAIBLE (Solow, Hartwick) : les différents capitaux sont supposés SUBSTITUABLES. Le capital naturel détruit peut être compensé par du capital physique, humain ou technologique (le progrès technique trouve des substituts aux ressources épuisées, recycle, améliore l'efficacité). Ce qui doit être préservé, c'est le stock TOTAL de capital, peu importe sa composition. La croissance reste compatible avec la soutenabilité grâce à l'innovation.
Soutenabilité FORTE : le capital naturel est en partie NON substituable — certaines ressources et fonctions écologiques (climat stable, biodiversité, couche d'ozone) sont irremplaçables et leur destruction est parfois irréversible. Il faut alors préserver spécifiquement un stock minimal de capital naturel (« capital critique »), même au prix d'un ralentissement de la croissance matérielle. Le progrès technique ne peut pas tout compenser.
Ktotal=Kphysique+Khumain+Knaturel+Kinstit./socialK_{\text{total}} = K_{\text{physique}} + K_{\text{humain}} + K_{\text{naturel}} + K_{\text{instit./social}}Ktotal​=Kphysique​+Khumain​+Knaturel​+Kinstit./social​

Le patrimoine global transmis aux générations futures

La soutenabilité se pense comme la préservation d'un stock de capital transmis. La soutenabilité faible vise à maintenir le TOTAL (capitaux substituables) ; la forte exige de préserver spécifiquement K_naturel critique.

Externalité négative : coût privé, coût social et surproduction du marché

Externalité négative : le marché surproduit (q marché > q optimum social)Courbe de Cm social, ordonnée à l’origine y = 2, croissante, sur l’intervalle x de 0 à 10, Courbe de Cm privé, ordonnée à l’origine y = 1, croissante, sur l’intervalle x de 0 à 10, Courbe de bénéfice, ordonnée à l’origine y = 11, décroissante, sur l’intervalle x de 0 à 1024681024681012optimum q≈5,6marché q≈7,7Cm socialCm privébénéficecoût / bénéficequantité produite
Fig. 7Le coût social marginal (qui inclut la pollution) est au-dessus du coût privé : l'écart est l'externalité négative. Le marché égalise bénéfice et coût privé et produit q≈7,7, au-delà de l'optimum social q≈5,6 (bénéfice = coût social) : il surproduit, d'où la pollution et la justification d'une intervention publique.
Exemple corrigé

Distinguer soutenabilité faible et soutenabilité forte

Après avoir présenté deux limites écologiques de la croissance, distinguez soutenabilité faible et soutenabilité forte en explicitant l'hypothèse sur laquelle repose cette distinction, et les politiques que chacune privilégie.

  1. 01Présenter deux limites écologiques

    Première limite : l'épuisement des ressources naturelles non renouvelables (énergies fossiles, minerais) — la production puise dans un stock fini. Seconde limite : la pollution et la dégradation de l'environnement (émissions de gaz à effet de serre, perte de biodiversité), externalités négatives qui détériorent le capital naturel.

  2. 02Définir la soutenabilité

    Une croissance soutenable répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs (rapport Brundtland, 1987) : il s'agit de transmettre un patrimoine — physique, humain, naturel, institutionnel/social — suffisant.

  3. 03Soutenabilité faible

    Hypothèse : les capitaux sont SUBSTITUABLES. Le capital naturel détruit peut être compensé par du capital physique, humain ou technologique. Ce qui importe est le maintien du stock TOTAL de capital. Le progrès technique (recyclage, efficacité énergétique, substituts) rend la croissance compatible avec la soutenabilité. Politiques privilégiées : innovation, prix incitatifs (taxe carbone), efficacité, économie circulaire.

  4. 04Soutenabilité forte

    Hypothèse : le capital naturel est en partie NON substituable. Certaines fonctions écologiques (climat stable, biodiversité) sont irremplaçables et leur perte est irréversible (effets de seuil). Il faut préserver un stock minimal spécifique de capital naturel « critique », même au prix d'un ralentissement de la croissance matérielle. Politiques privilégiées : réglementation, interdictions, normes, sobriété, protection de la nature.

  5. 05Conclure sur la distinction

    Tout repose sur la substituabilité du capital naturel. Faible : substituable → préserver le total → confiance dans le progrès technique. Forte : non substituable → préserver le naturel critique pour lui-même → contraindre la croissance. C'est un débat normatif sur le degré de confiance accordé à l'innovation pour compenser la dégradation de l'environnement.

Résultat : Limites : épuisement des ressources et pollution. Soutenabilité FAIBLE = capitaux substituables, on préserve le stock total, le progrès technique compense (innovation, taxe carbone) ; soutenabilité FORTE = capital naturel non substituable, on préserve un stock minimal critique (réglementation, sobriété). La distinction tient à l'hypothèse de substituabilité du capital naturel.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (mobilisation des connaissances) : montrer que la croissance se heurte à des limites écologiques (épuisement des ressources, pollution, réchauffement climatique) et définir la soutenabilité.
  • Objectif Bac (raisonnement) : distinguer soutenabilité faible et soutenabilité forte à partir de l'hypothèse de substituabilité (ou non) entre capital naturel et autres capitaux, et en tirer des implications pour les politiques.
  • Objectif Bac : identifier les différents types de capitaux (physique, humain, naturel, institutionnel/social) et expliquer en quoi la soutenabilité concerne la transmission de ce patrimoine aux générations futures.

Erreurs fréquentes

  • Confondre soutenabilité faible et forte : la faible suppose les capitaux SUBSTITUABLES (le total compte) ; la forte suppose le capital naturel en partie NON substituable (il faut préserver un stock minimal spécifique).
  • Réduire la soutenabilité à la seule dimension environnementale : elle englobe aussi les capitaux humain, physique et institutionnel/social transmis aux générations futures.
  • Croire que la soutenabilité forte interdit toute croissance : elle impose surtout de préserver le capital naturel critique, ce qui contraint la forme et le rythme de la croissance, sans nécessairement l'annuler.

Révision active

Après avoir présenté deux limites écologiques de la croissance, distinguez la soutenabilité faible de la soutenabilité forte. Vous montrerez en quoi cette distinction repose sur l'hypothèse de substituabilité entre le capital naturel et les autres capitaux, et quelles politiques chaque conception privilégie.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES de terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) — limites écologiques et soutenabilité de la croissance (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Mesurer la croissance : PIB, taux de croissance et accumulation des facteurs○
    • 02La productivité globale des facteurs : le résidu de Solow comme mesure du progrès technique◐
    • 03Innovation, destruction créatrice et croissance endogène◐
    • 04Progrès technique et inégalités de revenus●
    • 05Les défis : limites écologiques et soutenabilité de la croissance●

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Sources et défis de la croissance économique

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~28
min
5
Compétences
S'entraîner

Références et sources

Sources

Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de spécialité SES de terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) — « Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? »

Chapitre suivant

Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?

EuraStudy·Fiches T·01·MMXXVI

Continuez avec le chapitre suivant — le parcours est conservé.