EuraStudy
Fiches/SES — Sciences économiques et sociales/Comment lutter contre le chômage ?
Fiches · SES — Sciences économiques et socialesFR · Bac

Comment lutter contre le chômage ?

Ce thème de science économique articule la mesure du chômage (indicateurs du BIT, taux de chômage et d'emploi, halo, sous-emploi), ses causes — conjoncturelles (insuffisance de la demande globale, analyse keynésienne) et structurelles (frictions d'appariement, asymétries d'information, salaire d'efficience, institutions du marché du travail) — puis les politiques de l'emploi. Deux grandes familles d'action sont attendues : les politiques de soutien de la demande globale et les politiques structurelles (allègement du coût du travail, formation, flexibilisation). L'ensemble est intégralement au programme de l'épreuve écrite de terminale.

5 sections·~28 min de lecture·3 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·0333 / 12
Profil d’examen
Connaître les principaux indicateurs (taux de chômage, taux d'emploi, halo du chômage) et savoir distinguer le chômage du sous-emploi.Comprendre que les difficultés d'appariement (frictions, salaire minimum, asymétries d'information, salaire d'efficience) et les fluctuations de l'activité économique sont des sources de chômage.Comprendre les politiques mises en œuvre pour lutter contre le chômage : les politiques de soutien de la demande globale ; les politiques d'allègement du coût du travail, de formation et de flexibilisation pour lutter contre les rigidités du marché du travail et faciliter l'appariement.
Opérateurs :définirdistinguermesurercalculerinterpréterexpliquerjustifierillustrer

niveau de base

Verrouiller d'abord les définitions et la mesure (chômeur au sens du BIT, taux de chômage = chômeurs / population active, distinction chômage / halo / sous-emploi), puis la grande opposition conjoncturel (déficit de demande) / structurel (fonctionnement du marché du travail) et les deux familles de politiques (soutien de la demande globale ; politiques structurelles).

niveau approfondi

Approfondir les mécanismes : modèle offre / demande de travail avec salaire-plancher au-dessus de l'équilibre, théorie du salaire d'efficience (Shapiro-Stiglitz, Akerlof), modèle d'appariement et courbe de Beveridge (Diamond-Mortensen-Pissarides), NAIRU, ainsi que la nuance des politiques (effets, limites, effets pervers, flexicurité) pour nourrir une dissertation argumentée et nuancée.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. Comment lutter contre le chômage ?
    • 01Mesurer le chômage : indicateurs, halo et sous-emploi○
    • 02Les causes conjoncturelles : l'insuffisance de la demande globale◐
    • 03Les causes structurelles : frictions, asymétries d'information et institutions●
    • 04Les politiques de soutien de la demande globale◐
    • 05Les politiques structurelles : coût du travail, formation et flexibilité●
§ 01

Mesurer le chômage : indicateurs, halo et sous-emploi#

●○○BaseLPeduscol-programme-ses

De la population totale aux chômeurs : emboîtement des catégories

De la population active aux chômeurs (BIT)Arbre de probabilité, 3 chemins, Données: Population active → Actifs occupés → dont sous-emploi; Population active → Chômeurs (BIT); Inactifs → dont halo du chômageActifs occupésPopulation activeInactifsPopulation en âge de travaillerdont sous-emploiChômeurs (BIT)dont halo du chômage
Fig. 1La population active = actifs occupés + chômeurs au sens du BIT. Le halo (inactifs souhaitant travailler) borde les chômeurs sans en faire partie ; le sous-emploi concerne, lui, certains actifs OCCUPÉS.

Points clés

Un chômeur au sens du Bureau international du travail (BIT) est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) qui réunit SIMULTANÉMENT trois conditions : être sans emploi (n'avoir pas travaillé, même une heure, durant la semaine de référence), être DISPONIBLE pour prendre un emploi dans les quinze jours, et avoir effectué une RECHERCHE active au cours des quatre dernières semaines. Cette définition harmonisée est mesurée en France par l'enquête Emploi de l'INSEE ; elle se distingue des catégories administratives de demandeurs d'emploi inscrits (catégories A, B, C…), dont le périmètre est différent.
La population active regroupe les actifs occupés (personnes ayant un emploi) et les chômeurs (au sens du BIT) ; elle EXCLUT les inactifs (étudiants, retraités, personnes au foyer ne recherchant pas d'emploi). Le taux de chômage est la part des chômeurs dans la population active : taux de choˆmage=choˆmeurspopulation active\text{taux de chômage} = \dfrac{\text{chômeurs}}{\text{population active}}taux de choˆmage=population activechoˆmeurs​. Le taux d'emploi, lui, rapporte les actifs occupés à la population en âge de travailler (souvent les 15–64 ans) : c'est un indicateur complémentaire qui ne dépend pas du découpage actif / inactif.
Le HALO du chômage (ou « halo autour du chômage ») désigne les personnes inactives au sens du BIT mais proches du marché du travail : elles souhaitent travailler mais ne sont pas comptées comme chômeurs car il leur manque l'un des trois critères (par exemple elles souhaitent un emploi mais ne le recherchent pas activement, ou ne sont pas immédiatement disponibles). Le halo révèle que la frontière chômage / inactivité est poreuse et que le taux de chômage sous-estime le « sous-emploi » potentiel de la main-d'œuvre.
Le SOUS-EMPLOI concerne, lui, des personnes qui ONT un emploi mais involontairement à temps partiel (elles souhaiteraient travailler davantage et sont disponibles pour cela) ou en chômage technique / partiel. Le sous-emploi n'est donc PAS du chômage : la personne est active occupée. Mesurer le « volume » réel de sous-utilisation de la main-d'œuvre suppose d'additionner chômage, halo et sous-emploi — d'où l'intérêt de croiser plusieurs indicateurs plutôt que de s'en tenir au seul taux de chômage.
Population active=actifs occupeˊs+choˆmeurs (BIT)\text{Population active} = \text{actifs occupés} + \text{chômeurs (BIT)}Population active=actifs occupeˊs+choˆmeurs (BIT)

Population active

Seuls les actifs (occupés ou au chômage) entrent dans la population active ; les inactifs (étudiants, retraités, etc.) en sont exclus.

Taux de choˆmage=nombre de choˆmeurspopulation active×100\text{Taux de chômage} = \frac{\text{nombre de chômeurs}}{\text{population active}} \times 100Taux de choˆmage=population activenombre de choˆmeurs​×100

Taux de chômage

Le dénominateur est la population ACTIVE (et non la population totale ni la population en âge de travailler) : c'est l'erreur la plus fréquente.

Taux d’emploi=actifs occupeˊspopulation en aˆge de travailler×100\text{Taux d'emploi} = \frac{\text{actifs occupés}}{\text{population en âge de travailler}} \times 100Taux d’emploi=population en aˆge de travailleractifs occupeˊs​×100

Taux d'emploi

Indicateur complémentaire : il rapporte les personnes en emploi à l'ensemble des 15–64 ans, indépendamment du fait d'être actif ou inactif.

Exemple corrigé

Calculer et interpréter le taux de chômage et le taux d'emploi

Dans une économie fictive, on relève 27 millions d'actifs occupés et 3 millions de chômeurs au sens du BIT ; la population des 15–64 ans s'élève à 40 millions de personnes. 1) Déterminer la population active. 2) Calculer le taux de chômage. 3) Calculer le taux d'emploi des 15–64 ans. 4) Préciser où se situent, dans cette comptabilité, 1,5 million d'inactifs souhaitant travailler mais ne recherchant pas activement un emploi.

  1. 01Calculer la population active

    La population active additionne les actifs occupés et les chômeurs au sens du BIT.

    population active=27+3=30 millions\text{population active} = 27 + 3 = 30 \text{ millions}population active=27+3=30 millions
  2. 02Calculer le taux de chômage

    On rapporte le nombre de chômeurs à la population active (et non à la population totale).

    taux de choˆmage=330×100=10 %\text{taux de chômage} = \frac{3}{30} \times 100 = 10\,\%taux de choˆmage=303​×100=10%
  3. 03Calculer le taux d'emploi

    Le taux d'emploi rapporte les actifs OCCUPÉS à la population en âge de travailler (les 40 millions de 15–64 ans).

    taux d’emploi=2740×100=67,5 %\text{taux d'emploi} = \frac{27}{40} \times 100 = 67{,}5\,\%taux d’emploi=4027​×100=67,5%
  4. 04Situer les 1,5 million d'inactifs souhaitant travailler

    Ces personnes sont INACTIVES au sens du BIT (il leur manque la recherche active), mais proches de l'emploi : elles relèvent du HALO du chômage. Elles ne sont donc PAS comptées parmi les 3 millions de chômeurs, et n'affectent pas le taux de chômage de 10 %. Leur prise en compte montrerait une sous-utilisation de la main-d'œuvre plus élevée que ce que suggère le seul taux de chômage.

Résultat : Population active = 30 millions ; taux de chômage = 10 % ; taux d'emploi des 15–64 ans = 67,5 %. Les 1,5 million d'inactifs désirant travailler appartiennent au halo du chômage et ne figurent pas dans le taux de chômage, qui sous-estime donc la sous-utilisation réelle de la main-d'œuvre.

Objectif Bac

  • Objectif Bac (épreuve composée, partie 2 « Étude d'un document ») : lire un tableau ou un graphique de l'emploi, calculer un taux de chômage ou un taux d'emploi à partir des effectifs, et interpréter correctement l'évolution (sans confondre les deux taux, ni variation en points et variation en pourcentage).
  • Objectif Bac : restituer avec précision la définition du chômeur au sens du BIT (les trois critères : sans emploi, disponible, en recherche active) et savoir distinguer rigoureusement chômage, halo du chômage et sous-emploi — distinction très régulièrement attendue dans la partie « mobilisation des connaissances ».

Erreurs fréquentes

  • Calculer le taux de chômage en divisant les chômeurs par la population TOTALE (ou par la population en âge de travailler) au lieu de la population ACTIVE : le dénominateur correct est « actifs occupés + chômeurs ».
  • Confondre halo du chômage et sous-emploi : le halo regroupe des INACTIFS proches de l'emploi (donc pas des chômeurs), tandis que le sous-emploi concerne des actifs OCCUPÉS (à temps partiel subi). Ni l'un ni l'autre n'entre dans le décompte des chômeurs au sens du BIT.

Révision active

Dans une économie fictive, on dénombre 27 millions d'actifs occupés, 3 millions de chômeurs au sens du BIT, et une population des 15–64 ans de 40 millions de personnes. 1) Calculer la population active. 2) Calculer le taux de chômage. 3) Calculer le taux d'emploi des 15–64 ans. 4) On apprend que 1,5 million de personnes inactives souhaitent travailler sans rechercher activement un emploi : à quelle catégorie statistique appartiennent-elles, et le taux de chômage les comptabilise-t-il ?

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019), question « Comment lutter contre le chômage ? » (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 02

Les causes conjoncturelles : l'insuffisance de la demande globale#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

Le cercle vicieux du chômage conjoncturel

Le cercle vicieux du chômage conjoncturelGraphe, ↓ Demande globale → ↓ Production, ↓ Production → ↓ Emploi (↑ chômage), ↓ Emploi (↑ chômage) → ↓ Revenus et consommation, ↓ Revenus et consommation → ↓ Demande globale↓ Demandeglobale↓ Production↓ Emploi (↑chômage)↓ Revenus etconsommation
Fig. 2Une baisse de la demande globale enclenche une spirale récessive : moins de production, moins d'emploi, moins de revenus, donc moins de consommation — ce qui déprime à nouveau la demande.

Points clés

Le chômage CONJONCTUREL résulte des fluctuations de l'activité économique : il apparaît lors des phases de ralentissement ou de récession, quand la DEMANDE GLOBALE (consommation des ménages + investissement des entreprises + dépenses publiques + exportations nettes) est insuffisante. Les entreprises, faute de débouchés, réduisent leur production, donc leurs embauches, et licencient : le chômage augmente faute de demande adressée à l'économie. Ce chômage est lié au cycle économique et, en principe, transitoire.
L'analyse keynésienne fonde cette lecture : pour J. M. Keynes, le niveau de production et d'emploi est déterminé par la DEMANDE EFFECTIVE anticipée par les entreprises. Si les agents anticipent une demande faible, l'économie peut se stabiliser durablement à un niveau d'activité inférieur au plein-emploi (équilibre de sous-emploi). Le chômage conjoncturel est alors INVOLONTAIRE : il ne vient pas d'un salaire « trop élevé » que les chômeurs refuseraient de baisser, mais d'un manque global de débouchés.
Mécanisme cumulatif : une baisse de la demande réduit la production et l'emploi ; le recul de l'emploi diminue les revenus distribués, donc la consommation, ce qui réduit encore la demande — c'est un cercle vicieux récessif. Symétriquement, un soutien de la demande peut enclencher un cercle vertueux via le MULTIPLICATEUR : une dépense supplémentaire génère des revenus qui sont en partie reconsommés, amplifiant l'effet initial sur le PIB et l'emploi.
Conséquence de politique économique : si le chômage est d'origine conjoncturelle (déficit de demande), la réponse adaptée est une politique de SOUTIEN DE LA DEMANDE GLOBALE (relance budgétaire et/ou monétaire). À l'inverse, ce diagnostic conjoncturel ne convient pas pour un chômage d'origine structurelle (lié au fonctionnement même du marché du travail) : poser le bon diagnostic — conjoncturel ou structurel — est le préalable au choix de la politique.
Demande globale=C+I+G+(X−M)\text{Demande globale} = C + I + G + (X - M)Demande globale=C+I+G+(X−M)

Composantes de la demande globale

Consommation des ménages (CCC), investissement (III), dépenses publiques (GGG) et solde extérieur (exportations XXX moins importations MMM) : leur insuffisance déprime la production et l'emploi.

k=11−ck = \frac{1}{1 - c}k=1−c1​

Multiplicateur keynésien (cas simple)

Avec ccc la propension marginale à consommer, une dépense autonome supplémentaire accroît le PIB de kkk fois son montant : plus ccc est élevé, plus l'effet d'entraînement est fort.

Exemple corrigé

Le multiplicateur keynésien : effet d'une relance sur le PIB et l'emploi

Dans une économie en bas de cycle, l'État engage une dépense publique supplémentaire de 10 milliards d'euros. La propension marginale à consommer des ménages est c=0,6c = 0{,}6c=0,6 (ils dépensent 60 % de tout revenu supplémentaire et en épargnent 40 %). 1) Calculer le multiplicateur keynésien. 2) En déduire la variation totale du PIB. 3) Expliquer en quoi cela peut réduire le chômage conjoncturel, puis citer une limite.

  1. 01Calculer le multiplicateur

    Le multiplicateur simple s'écrit k=11−ck = \dfrac{1}{1 - c}k=1−c1​, où ccc est la propension marginale à consommer.

    k=11−0,6=10,4=2,5k = \frac{1}{1 - 0{,}6} = \frac{1}{0{,}4} = 2{,}5k=1−0,61​=0,41​=2,5
  2. 02Calculer la variation du PIB

    L'effet final sur le PIB est le produit de la dépense initiale par le multiplicateur : la dépense crée des revenus, partiellement reconsommés, qui créent à leur tour des revenus.

    ΔPIB=k×ΔG=2,5×10=25 milliards d’euros\Delta \text{PIB} = k \times \Delta G = 2{,}5 \times 10 = 25 \text{ milliards d'euros}ΔPIB=k×ΔG=2,5×10=25 milliards d’euros
  3. 03Relier à l'emploi

    La hausse de la demande globale (ici +25 milliards de PIB pour 10 milliards dépensés) augmente la production des entreprises ; pour produire davantage, elles embauchent ou réduisent le chômage partiel. Le chômage conjoncturel, qui venait d'un déficit de demande, recule donc à mesure que la demande effective se redresse.

  4. 04Citer une limite

    Plusieurs limites sont possibles : une partie de la relance peut « fuir » vers les importations (la demande supplémentaire profite à des producteurs étrangers, ce qui réduit le multiplicateur effectif et dégrade le solde extérieur) ; la relance creuse le déficit et la dette publics ; enfin, si le chômage est en réalité STRUCTUREL (et non conjoncturel), soutenir la demande échoue à le résorber et risque surtout d'alimenter l'inflation.

Résultat : Le multiplicateur vaut k=2,5k = 2{,}5k=2,5 ; une dépense publique de 10 milliards accroît le PIB de 25 milliards d'euros, soutient la production et fait reculer le chômage conjoncturel. Limite principale : les fuites (notamment par les importations) et l'endettement réduisent l'efficacité de la relance, qui reste par ailleurs inadaptée à un chômage d'origine structurelle.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : caractériser le chômage conjoncturel comme un chômage de DEMANDE (insuffisance de la demande globale, lecture keynésienne, chômage involontaire) et l'opposer clairement au chômage structurel — opposition centrale dès qu'un sujet porte sur les causes du chômage.
  • Objectif Bac : relier ce diagnostic à la politique adaptée (soutien de la demande globale) et savoir illustrer le mécanisme du multiplicateur, par exemple en calculant l'effet d'une dépense publique supplémentaire sur le PIB pour une propension marginale à consommer donnée.

Erreurs fréquentes

  • Attribuer TOUT le chômage à un déficit de demande : le chômage conjoncturel n'explique que la composante liée au cycle. Une part du chômage est structurelle (frictions, institutions, inadéquations) et ne disparaît pas par la seule relance de la demande.
  • Présenter le chômage keynésien comme « volontaire » (les chômeurs refuseraient un salaire plus bas) : dans l'analyse keynésienne, il est précisément INVOLONTAIRE, car la contrainte vient du manque de débouchés et non du niveau du salaire réel.

Révision active

À l'aide du mécanisme du multiplicateur keynésien, expliquez pourquoi une politique de relance budgétaire peut faire reculer le chômage conjoncturel. Vous illustrerez votre raisonnement en calculant l'effet sur le PIB d'une hausse des dépenses publiques de 10 milliards d'euros, dans une économie où la propension marginale à consommer vaut 0,6, et vous préciserez une limite de ce raisonnement.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019), question « Comment lutter contre le chômage ? » (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 03

Les causes structurelles : frictions, asymétries d'information et institutions#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

Marché du travail : un salaire-plancher au-dessus de l'équilibre engendre du chômage

Salaire-plancher et chômage sur le marché du travailCourbe de demande Ld, racines en x = 10, ordonnée à l’origine y = 20, décroissante, sur l’intervalle x de 0 à 10, Courbe de offre Ls, racines en x = 0, ordonnée à l’origine y = 0, croissante, sur l’intervalle x de 0 à 824681012246810121416équilibreoffre = 14demande = 6wmin = 7w· = 5demande Ldoffre Lsquantité de travail Lsalaire réel w
Fig. 3Pour un salaire imposé wmin⁡=7w_{\min} = 7wmin​=7 supérieur au salaire d'équilibre w∗=5w^* = 5w∗=5, l'offre de travail (14) dépasse la demande (6) : l'écart horizontal entre les deux courbes au niveau du salaire-plancher mesure le chômage involontaire (8 unités).

Points clés

Le chômage STRUCTUREL tient au fonctionnement même du marché du travail, indépendamment du cycle : il subsiste même en haut de conjoncture. Il regroupe plusieurs sources : les FRICTIONS et difficultés d'APPARIEMENT entre offre et demande de travail, les ASYMÉTRIES D'INFORMATION, et l'effet de certaines INSTITUTIONS (salaire minimum, conventions collectives, coût du travail). On le rattache à la notion de chômage d'équilibre, ou NAIRU (taux de chômage n'accélérant pas l'inflation).
Le chômage FRICTIONNEL et l'appariement : même sans aucun déséquilibre global, il faut du TEMPS pour que les chercheurs d'emploi et les emplois vacants se rencontrent (recherche, sélection, déménagement, mobilité). Le modèle d'appariement (Diamond-Mortensen-Pissarides) modélise cette « rencontre » coûteuse en temps : tant que la recherche dure, il coexiste des chômeurs ET des emplois non pourvus. Une inadéquation géographique ou de qualification (les compétences disponibles ne correspondent pas aux postes offerts) accentue ce chômage structurel.
Les ASYMÉTRIES D'INFORMATION et le salaire d'efficience : l'employeur observe mal l'effort réel du salarié (information cachée). Selon la THÉORIE DU SALAIRE D'EFFICIENCE (Shapiro-Stiglitz, Akerlof), il peut alors choisir de verser un salaire SUPÉRIEUR au salaire d'équilibre pour inciter à l'effort, fidéliser et limiter la rotation : le salarié, craignant de perdre un emploi bien rémunéré s'il est pris à « tirer au flanc », travaille davantage. Mais ce salaire volontairement élevé, payé par toutes les entreprises, maintient l'offre de travail au-dessus de la demande : un chômage involontaire peut SUBSISTER durablement comme « discipline » du marché.
Le rôle des INSTITUTIONS : un salaire minimum (ou des minima conventionnels) fixé AU-DESSUS du salaire d'équilibre élève le coût du travail des moins qualifiés et peut réduire la demande de travail qui leur est adressée, créant un chômage des travailleurs les moins productifs (effet ambigu et débattu). Plus largement, le COÛT DU TRAVAIL (salaire brut + cotisations sociales) et les rigidités (protection de l'emploi, indemnisation) influent sur les décisions d'embauche. Ces institutions ne sont pas seulement des « rigidités » : elles protègent aussi le pouvoir d'achat et la stabilité — d'où un débat permanent entre fluidité du marché et sécurité des salariés.
Ld(w)=20−2w ,Ls(w)=2wL^d(w) = 20 - 2w \,,\qquad L^s(w) = 2wLd(w)=20−2w,Ls(w)=2w

Demande et offre de travail (illustration)

La demande de travail LdL^dLd (des entreprises) décroît avec le salaire réel www ; l'offre de travail LsL^sLs (des ménages) croît avec www. L'équilibre concurrentiel se situe à leur intersection.

Ld(w)=Ls(w)  ⟺  20−2w=2w  ⟺  w∗=5 , L∗=10L^d(w) = L^s(w) \iff 20 - 2w = 2w \iff w^* = 5 \,,\ L^* = 10Ld(w)=Ls(w)⟺20−2w=2w⟺w∗=5, L∗=10

Salaire et emploi d'équilibre

À l'équilibre, offre et demande de travail s'égalisent : tous ceux qui veulent travailler à ce salaire trouvent un emploi (pas de chômage involontaire d'origine institutionnelle).

wmin⁡=7>w∗=5  ⇒  choˆmage=Ls(7)−Ld(7)=14−6=8w_{\min} = 7 > w^* = 5 \;\Rightarrow\; \text{chômage} = L^s(7) - L^d(7) = 14 - 6 = 8wmin​=7>w∗=5⇒choˆmage=Ls(7)−Ld(7)=14−6=8

Salaire-plancher au-dessus de l'équilibre

Un salaire minimum (ou un salaire d'efficience) fixé au-dessus de l'équilibre fait que l'offre de travail (14) dépasse la demande (6) : il apparaît un chômage involontaire de 8 unités.

Exemple corrigé

Lire le marché du travail : salaire-plancher et chômage involontaire

On modélise un marché du travail par une demande de travail Ld(w)=20−2wL^d(w) = 20 - 2wLd(w)=20−2w et une offre de travail Ls(w)=2wL^s(w) = 2wLs(w)=2w, où www est le salaire réel. 1) Déterminer le salaire et l'emploi d'équilibre. 2) Les pouvoirs publics instaurent un salaire minimum wmin⁡=7w_{\min} = 7wmin​=7. Déterminer l'offre et la demande de travail à ce salaire, puis le niveau de chômage. 3) Interpréter ce chômage et indiquer s'il est volontaire ou involontaire.

  1. 01Trouver l'équilibre concurrentiel

    À l'équilibre, l'offre égale la demande de travail : on résout Ld(w)=Ls(w)L^d(w) = L^s(w)Ld(w)=Ls(w).

    20−2w=2w  ⟺  20=4w  ⟺  w∗=5 ,L∗=2×5=1020 - 2w = 2w \iff 20 = 4w \iff w^* = 5 \,,\quad L^* = 2 \times 5 = 1020−2w=2w⟺20=4w⟺w∗=5,L∗=2×5=10
  2. 02Calculer offre et demande au salaire minimum

    On remplace www par 7 dans chaque fonction. Le salaire-plancher (7) est supérieur au salaire d'équilibre (5).

    Ls(7)=2×7=14 ,Ld(7)=20−2×7=6L^s(7) = 2 \times 7 = 14 \,,\qquad L^d(7) = 20 - 2 \times 7 = 6Ls(7)=2×7=14,Ld(7)=20−2×7=6
  3. 03Mesurer le chômage

    Au salaire imposé, 14 personnes souhaitent travailler mais les entreprises n'offrent que 6 emplois. Le chômage est l'écart entre offre et demande de travail.

    choˆmage=Ls(7)−Ld(7)=14−6=8\text{chômage} = L^s(7) - L^d(7) = 14 - 6 = 8choˆmage=Ls(7)−Ld(7)=14−6=8
  4. 04Interpréter

    Ce chômage est INVOLONTAIRE : 8 personnes sont prêtes à travailler au salaire en vigueur (7) mais ne trouvent pas d'emploi, faute de demande de travail suffisante à ce niveau de salaire. Il illustre comment une institution (salaire minimum) — ou un salaire d'efficience fixé volontairement au-dessus de l'équilibre — peut maintenir l'offre de travail au-dessus de la demande, et donc un chômage structurel.

Résultat : Équilibre : w∗=5w^* = 5w∗=5, L∗=10L^* = 10L∗=10 (pas de chômage involontaire). Au salaire minimum wmin⁡=7w_{\min} = 7wmin​=7, l'offre de travail (14) excède la demande (6) : il apparaît un chômage involontaire de 8 unités, illustration d'un chômage structurel d'origine institutionnelle (ou de salaire d'efficience).

Objectif Bac

  • Objectif Bac : expliquer au moins DEUX sources de chômage structurel parmi les difficultés d'appariement (frictions, inadéquations), les asymétries d'information / salaire d'efficience, et les institutions (salaire minimum, coût du travail) — le programme demande de comprendre que ces difficultés d'appariement sont des sources de chômage.
  • Objectif Bac : savoir lire et commenter le graphique offre / demande de travail avec un salaire fixé au-dessus de l'équilibre, en identifiant l'écart entre offre et demande comme le chômage, et présenter la théorie du salaire d'efficience comme une explication des rigidités salariales.

Erreurs fréquentes

  • Présenter le salaire d'efficience comme une simple « générosité » de l'employeur : c'est une réponse RATIONNELLE à une asymétrie d'information (l'effort est mal observé). Le salaire élevé sert à inciter à l'effort et à réduire la rotation, au prix d'un chômage qui peut subsister.
  • Affirmer sans nuance que le salaire minimum « cause le chômage » : l'effet est ambigu et débattu. Au-dessus de l'équilibre, il peut réduire la demande de travail peu qualifié, mais il soutient aussi le pouvoir d'achat et la demande globale — un sujet de Bac attend une réponse argumentée, pas un verdict tranché.

Révision active

À l'aide d'un schéma du marché du travail, montrez comment un salaire fixé au-dessus du salaire d'équilibre peut engendrer un chômage involontaire. Vous expliquerez ensuite, à partir de la théorie du salaire d'efficience, pourquoi une entreprise peut CHOISIR délibérément de verser un tel salaire malgré l'existence de chômeurs prêts à travailler pour moins.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019), question « Comment lutter contre le chômage ? » (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 04

Les politiques de soutien de la demande globale#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

Le cercle vertueux d'une relance de la demande

Le cercle vertueux d'une relance (multiplicateur)Graphe, ↑ Demande globale → ↑ Production, ↑ Production → ↑ Emploi, ↑ Emploi → ↑ Revenus et consommation, ↑ Revenus et consommation → ↑ Demande globale↑ Demandeglobale↑ Production↑ Emploi↑ Revenus etconsommation
Fig. 4Une impulsion de demande (dépense publique ou baisse des taux) accroît les débouchés, donc la production et l'emploi ; les revenus distribués soutiennent à leur tour la consommation, amplifiant l'effet via le multiplicateur.

Points clés

Face à un chômage CONJONCTUREL (déficit de demande), les pouvoirs publics peuvent soutenir la demande globale par des politiques de relance, dans la tradition keynésienne. Deux leviers existent : la politique BUDGÉTAIRE (hausse des dépenses publiques, baisse des impôts, transferts vers les ménages) et la politique MONÉTAIRE (baisse des taux directeurs de la banque centrale, qui abaisse le coût du crédit et stimule consommation et investissement). L'objectif est de relancer la production, donc l'emploi.
Le canal de transmission : un surcroît de demande (publique ou privée) augmente les débouchés des entreprises ; pour y répondre, elles produisent davantage et embauchent. L'effet est amplifié par le MULTIPLICATEUR (les revenus distribués sont en partie reconsommés). La relance vise donc à enclencher un cercle vertueux production → revenus → consommation → production, inverse du cercle vicieux récessif.
Les politiques de l'emploi ciblées peuvent compléter le soutien de la demande : EMPLOIS AIDÉS dans le secteur non marchand, soutien à l'activité partielle (chômage technique indemnisé) pour éviter les licenciements lors d'un choc temporaire, ou grands programmes d'investissement public. Ces dispositifs cherchent à préserver l'emploi et à soutenir le revenu en bas de cycle.
Limites et contraintes du soutien de la demande : (1) les FUITES, notamment par les importations, réduisent le multiplicateur en économie ouverte ; (2) la relance budgétaire creuse le DÉFICIT et la DETTE publics, d'autant plus contraignants dans un cadre européen encadré ; (3) un EFFET D'ÉVICTION peut jouer (l'emprunt public pousse les taux d'intérêt à la hausse et évince l'investissement privé) ; (4) si le chômage est STRUCTUREL, le soutien de la demande est inefficace pour le résorber et peut surtout nourrir l'inflation. D'où la nécessité d'un bon diagnostic préalable.
Exemple corrigé

Raisonner sur l'efficacité d'une relance de la demande

Un gouvernement, constatant une montée du chômage en période de récession, décide une relance budgétaire (hausse des dépenses publiques et baisse de l'impôt sur le revenu). 1) Expliquer par quel mécanisme cette politique peut faire reculer le chômage. 2) Préciser le rôle du multiplicateur. 3) Présenter deux limites possibles de cette relance.

  1. 01Identifier le diagnostic

    En récession, le chômage est en grande partie conjoncturel : il provient d'une insuffisance de la demande globale. La politique adaptée est donc le soutien de cette demande.

  2. 02Décrire le canal de transmission

    La hausse des dépenses publiques et la baisse de l'impôt augmentent la demande adressée aux entreprises (directement par la commande publique, indirectement par le surcroît de revenu disponible des ménages). Pour répondre à cette demande, les entreprises produisent davantage et embauchent : le chômage conjoncturel recule.

  3. 03Préciser le rôle du multiplicateur

    Les revenus distribués lors de la relance sont en partie reconsommés, ce qui crée de nouveaux revenus, eux-mêmes partiellement reconsommés : l'effet final sur le PIB dépasse l'impulsion initiale. Plus la propension marginale à consommer est élevée, plus le multiplicateur k=11−ck = \frac{1}{1-c}k=1−c1​ est grand et plus l'effet sur l'emploi est fort.

    ΔPIB=11−c Δ(deˊpense autonome)\Delta \text{PIB} = \frac{1}{1 - c}\,\Delta \text{(dépense autonome)}ΔPIB=1−c1​Δ(deˊpense autonome)
  4. 04Présenter deux limites

    Limite 1 — les FUITES : en économie ouverte, une partie de la demande supplémentaire se porte sur des produits importés, ce qui réduit le multiplicateur effectif et dégrade le solde extérieur. Limite 2 — l'ENDETTEMENT et le cadre : la relance creuse le déficit et la dette publics, contraints notamment par les règles européennes ; un effet d'éviction (hausse des taux pénalisant l'investissement privé) peut aussi atténuer l'effet attendu. Enfin, si le chômage était surtout structurel, la relance serait inefficace et inflationniste.

Résultat : La relance budgétaire soutient la demande globale, ce qui relance la production et l'emploi, avec un effet amplifié par le multiplicateur. Ses principales limites sont les fuites (importations), l'aggravation du déficit et de la dette publics (et un possible effet d'éviction), ainsi que son inefficacité si le chômage est en réalité structurel.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : présenter les politiques de soutien de la demande globale (relance budgétaire et monétaire) comme la réponse au chômage conjoncturel, en décrivant le canal demande → production → emploi et le rôle du multiplicateur.
  • Objectif Bac : discuter les LIMITES de ces politiques (fuites par les importations, déficit et dette, effet d'éviction, inefficacité face à un chômage structurel) — la nuance est attendue, notamment dans un raisonnement ou une dissertation.

Erreurs fréquentes

  • Confondre politique budgétaire et politique monétaire : la première relève de l'État (dépenses, impôts) et joue sur le budget ; la seconde relève de la banque centrale (taux directeurs, liquidité) et joue sur les conditions du crédit.
  • Oublier que le soutien de la demande s'adresse au chômage CONJONCTUREL : l'appliquer à un chômage structurel revient à se tromper de remède, avec un risque d'inflation plutôt qu'une baisse durable du chômage.

Révision active

Vous montrerez que les politiques de soutien de la demande globale peuvent contribuer à réduire le chômage conjoncturel, puis vous en présenterez deux limites. Appuyez-vous sur le canal de transmission (demande → production → emploi) et sur la distinction entre chômage conjoncturel et chômage structurel.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019), question « Comment lutter contre le chômage ? » (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 05

Les politiques structurelles : coût du travail, formation et flexibilité#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

Typologie des politiques de l'emploi : conjoncturelles vs structurelles

Deux familles de politiques de l'emploiTableau de 3 colonnes et 3 lignes, Données: Famille · Conjoncturelles · Structurelles; Diagnostic · chômage conjoncturel · chômage structurel; Levier · soutien de la demande · marché du travail; Exemples · relance, emplois aidés · coût du travail, formation, flexicurité, cellule mise en évidence : chômage structurelFAMILLECONJONCTURELLESSTRUCTURELLESDIAGNOSTICchômage conjoncturelchômage structurelLEVIERsoutien de la demandemarché du travailEXEMPLESrelance, emplois aidéscoût du travail, formation,flexicurité
Fig. 5Deux grandes familles selon le diagnostic du chômage : à gauche, le soutien de la demande globale (chômage conjoncturel) ; à droite, l'action sur le marché du travail (chômage structurel) — coût du travail, formation, flexibilité / flexicurité.

Points clés

Face à un chômage STRUCTUREL (frictions d'appariement, asymétries, rigidités institutionnelles), les politiques de soutien de la demande sont insuffisantes : il faut agir sur le FONCTIONNEMENT du marché du travail. Le programme distingue trois grandes orientations : l'ALLÈGEMENT DU COÛT DU TRAVAIL, la FORMATION, et la FLEXIBILISATION — auxquelles s'ajoute l'accompagnement des chômeurs. Ces politiques sont dites structurelles car elles modifient durablement l'offre, la demande et l'appariement sur le marché du travail.
ALLÈGEMENT DU COÛT DU TRAVAIL : en réduisant les cotisations sociales (notamment au voisinage du salaire minimum), on abaisse le coût d'embauche des travailleurs les moins qualifiés, ce qui peut accroître la demande de travail qui leur est adressée. Le coût du travail comprend le salaire net, les cotisations salariales et patronales : agir sur le « coin socio-fiscal » vise à rapprocher le coût du travail de la productivité des moins qualifiés. Limites : coût budgétaire des exonérations, effets d'aubaine (embauches qui auraient eu lieu de toute façon), et risque de trappes à bas salaires.
FORMATION et accompagnement : la formation initiale et continue élève le CAPITAL HUMAIN et réduit les inadéquations de qualification ; l'accompagnement des chômeurs (conseil, aide à la recherche, formations ciblées) raccourcit la durée du chômage et améliore l'appariement. On parle de politiques ACTIVES de l'emploi (favoriser le retour à l'emploi) par opposition aux politiques PASSIVES (indemnisation). Bien calibrer l'indemnisation est délicat : trop faible, elle fragilise ; trop généreuse ou trop longue, elle peut allonger la durée de recherche (effet sur les incitations).
FLEXIBILISATION et FLEXICURITÉ : assouplir les règles d'embauche et de licenciement vise à fluidifier les ajustements et à lever les freins à l'embauche (les entreprises hésitent moins à embaucher si elles peuvent ajuster l'emploi). Mais la flexibilité « sèche » accroît la précarité. Le modèle de la FLEXICURITÉ (souvent illustré par le Danemark) combine flexibilité du marché du travail ET sécurité des parcours (indemnisation de qualité + formation + accompagnement intensif) : on sécurise les TRANSITIONS plutôt que les postes. C'est une réponse aux frictions d'appariement qui cherche à concilier efficacité et protection.
Exemple corrigé

Choisir la politique adaptée au diagnostic du chômage

Un pays connaît un taux de chômage élevé qui ne baisse pas, même lorsque la croissance repart : de nombreux emplois restent non pourvus alors que beaucoup de chômeurs sont peu qualifiés ou mal localisés. 1) De quel type de chômage s'agit-il principalement ? Justifier. 2) Une relance de la demande globale est-elle la réponse adaptée ? 3) Proposer deux politiques structurelles pertinentes et préciser pour chacune l'effet attendu et une limite.

  1. 01Identifier le type de chômage

    Le chômage persiste malgré la reprise de la croissance, et des emplois restent vacants pendant que des chômeurs peu qualifiés ou mal localisés ne trouvent pas de poste : c'est la signature d'un chômage STRUCTUREL (inadéquations de qualification et géographiques, difficultés d'appariement), et non d'un simple déficit de demande conjoncturel.

  2. 02Écarter la relance de la demande

    Comme le chômage est structurel et non conjoncturel, soutenir la demande globale ne résorberait pas le problème : les emplois vacants ne manquent pas de demande, mais de candidats appariables. Une relance risquerait surtout d'alimenter l'inflation sans faire baisser durablement ce chômage.

  3. 03Proposer la formation / l'accompagnement

    Levier 1 — FORMATION et accompagnement : élever le capital humain des chômeurs peu qualifiés et les orienter vers les métiers en tension réduit les inadéquations et améliore l'appariement. Effet attendu : baisse du chômage structurel et des emplois vacants. Limite : effet différé (la formation prend du temps) et coût budgétaire ; tous les chômeurs ne sont pas reconvertibles vers les postes offerts.

  4. 04Proposer l'allègement du coût du travail ou la flexicurité

    Levier 2 — ALLÈGEMENT DU COÛT DU TRAVAIL pour les bas salaires : en réduisant les cotisations près du salaire minimum, on rend l'embauche des moins qualifiés plus rentable, ce qui peut accroître la demande de travail qui leur est adressée. Limite : coût budgétaire et effets d'aubaine. (Alternative : la FLEXICURITÉ, qui combine assouplissement du marché et sécurisation des transitions par l'indemnisation et la formation, pour fluidifier l'appariement sans accroître la précarité.)

Résultat : Le chômage décrit est structurel (inadéquations, frictions d'appariement) : une relance de la demande globale serait inadaptée. Les réponses pertinentes sont des politiques structurelles — formation / accompagnement et allègement du coût du travail des bas salaires (ou flexicurité) — dont les effets attendus (meilleur appariement, hausse de la demande de travail peu qualifié) doivent être pondérés par leurs limites (délais, coût budgétaire, effets d'aubaine, risque de précarité).

Objectif Bac

  • Objectif Bac : présenter les TROIS leviers des politiques structurelles attendus par le programme — allègement du coût du travail, formation, flexibilisation — en reliant chacun à la cause structurelle qu'il vise (coût du travail, inadéquations de qualification, frictions / rigidités).
  • Objectif Bac : savoir illustrer et nuancer (effets attendus / limites de chaque levier) et présenter la flexicurité comme une articulation flexibilité + sécurité, en distinguant politiques actives et passives de l'emploi.

Erreurs fréquentes

  • Opposer politiques conjoncturelles et structurelles comme si l'une était « bonne » et l'autre « mauvaise » : elles répondent à des causes DIFFÉRENTES du chômage (déficit de demande vs fonctionnement du marché du travail) et sont souvent combinées. Le sujet attend de relier la politique à la cause.
  • Réduire la flexibilité à la seule précarité, ou la flexicurité à de la seule flexibilité : la flexicurité combine flexibilité ET sécurité (indemnisation de qualité, formation, accompagnement) — sécuriser les transitions, pas seulement faciliter les licenciements.

Révision active

Après avoir distingué chômage conjoncturel et chômage structurel, montrez que la lutte contre le chômage structurel passe par des politiques agissant sur le marché du travail. Vous présenterez au moins deux leviers parmi l'allègement du coût du travail, la formation et la flexibilisation, en précisant pour chacun un effet attendu et une limite.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019), question « Comment lutter contre le chômage ? » (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Mesurer le chômage : indicateurs, halo et sous-emploi○
    • 02Les causes conjoncturelles : l'insuffisance de la demande globale◐
    • 03Les causes structurelles : frictions, asymétries d'information et institutions●
    • 04Les politiques de soutien de la demande globale◐
    • 05Les politiques structurelles : coût du travail, formation et flexibilité●

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Comment lutter contre le chômage ?

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~28
min
3
Compétences
S'entraîner

Références et sources

Sources

Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019), question « Comment lutter contre le chômage ? »

Chapitre précédent

Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?

Chapitre suivant

Crises financières et régulation du système financier

EuraStudy·Fiches T·03·MMXXVI

Continuez avec le chapitre suivant — le parcours est conservé.