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Justice sociale et inégalités

Ce « Regards croisés » articule l'économie et la sociologie autour d'une question : « Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? » On apprend à mesurer les inégalités (courbe de Lorenz, coefficient de Gini, rapports interdéciles), à distinguer les formes d'égalité (droits, chances, situations) et les grandes conceptions de la justice (utilitarisme, libertarisme, égalitarisme libéral de Rawls, égalitarisme strict), puis à évaluer l'action des pouvoirs publics et ses débats (efficacité / légitimité). Thème au programme de terminale, pleinement évaluable à l'épreuve écrite.

5 sections·~21 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·111111 / 12
Profil d’examen
Savoir interpréter les principaux outils de mesure statique des inégalités (rapport interdécile, courbe de Lorenz et coefficient de Gini, top 1 %) et dynamique (corrélation des revenus entre parents et enfants).Comprendre que le caractère multiforme et cumulatif des inégalités peut remettre en cause la cohésion sociale et nourrir des débats sur la justice sociale.Connaître les différentes formes d'égalité (des droits, des chances, des situations) et les conceptions de la justice sociale qui les fondent (utilitarisme, libertarisme, égalitarisme libéral, égalitarisme strict).Comprendre que l'action des pouvoirs publics (fiscalité, redistribution et protection sociale, services collectifs, lutte contre les discriminations) agit sur la justice sociale, et qu'elle a des effets ambivalents (débats efficacité / légitimité).
Opérateurs :DéfinirMesurerCalculerLire (un graphique)InterpréterDistinguerComparerJustifierÉvaluer / nuancer

niveau de base

Maîtrise d'abord le vocabulaire (égalité des droits / des chances / des situations) et la lecture commentée d'une courbe de Lorenz et d'un rapport interdécile : ce sont les acquis incontournables, mobilisables en EC1 comme en mobilisation de connaissances.

niveau approfondi

Vise la mise en relation : sache rattacher chaque mesure à une conception de la justice (par exemple, Gini élevé → débat égalitariste vs libertarien) et discuter l'arbitrage efficacité / légitimité de la redistribution, attendu dans la dissertation et l'EC3.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

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Sommaire · 5 sections▾
  1. Justice sociale et inégalités
    • 01Les inégalités : des écarts multiformes et cumulatifs○
    • 02Mesurer les inégalités : Lorenz, Gini, rapports interdéciles◐
    • 03Égalité des droits, des chances, des situations : les conceptions de la justice◐
    • 04L'action des pouvoirs publics pour la justice sociale●
    • 05Effets ambivalents et débats : efficacité et légitimité●
§ 01

Les inégalités : des écarts multiformes et cumulatifs#

●○○BaseLPeduscol-programme-ses

Le cumul des inégalités

Le cumul des inégalitésGraphe, Inégalité économique (revenu) → Inégalités sociales (santé, école), Inégalités sociales (santé, école) → Génération suivante désavantagée, Génération suivante désavantagée → Inégalité économique (revenu)Inégalitééconomique(revenu)Inégalitéssociales (santé,école)Générationsuivantedésavantagée

Points clés

Une inégalité est une différence d'accès à des ressources socialement valorisées (revenu, patrimoine, diplôme, santé, logement, pouvoir) qui se traduit par un avantage ou un désavantage et qui est hiérarchisée. Toute différence n'est pas une inégalité : c'en est une lorsqu'elle classe les individus selon une échelle de valeur sociale.
Les inégalités sont multiformes : on distingue les inégalités économiques (de revenu et de patrimoine) et les inégalités sociales (d'accès à l'éducation, à la santé, à la culture, à l'emploi, exposition aux discriminations). Une même personne est située sur plusieurs de ces dimensions à la fois.
Les inégalités sont cumulatives : un désavantage en appelle d'autres. Un faible capital économique limite l'accès à un logement de qualité et à des soins, ce qui pèse sur la réussite scolaire des enfants, donc sur leur futur revenu — un cercle de reproduction. C'est ce cumul qui peut menacer la cohésion sociale.
Rappel de première : on distingue les inégalités de situation (écarts constatés de positions, par exemple d'un revenu à l'autre) et les inégalités des chances (écarts dans la probabilité d'accéder à une position selon l'origine sociale, le sexe ou le territoire). Cette distinction, réactivée ici, structure tout le débat sur la justice sociale.
Les inégalités ne sont pas figées : elles évoluent dans le temps (les inégalités de revenu se sont resserrées en France des années 1950 aux années 1980, puis le haut de la distribution a connu un certain décrochage) et elles se cumulent différemment selon les groupes (genre, origine, territoire).
Exemple corrigé

Montrer le caractère cumulatif des inégalités

À l'aide d'un exemple, montrez que les inégalités peuvent présenter un caractère cumulatif. (Mobilisation de connaissances, type EC1)

  1. 01Définir

    Une inégalité est une différence hiérarchisée d'accès à des ressources socialement valorisées. Le caractère cumulatif signifie qu'un désavantage sur une dimension en entraîne d'autres.

  2. 02Choisir un point de départ

    Partons d'une inégalité économique : un ménage à faible revenu et faible patrimoine.

  3. 03Enchaîner les dimensions

    Ce faible revenu réduit l'accès à un logement sain et à des soins (inégalité de santé), pèse sur l'environnement d'étude des enfants (inégalité scolaire), donc à terme sur leur diplôme et leur revenu d'adulte.

  4. 04Conclure

    Les inégalités ne s'additionnent pas seulement : elles se renforcent et se transmettent entre générations, ce qui peut fragiliser la cohésion sociale.

Résultat : L'exemple montre qu'une inégalité économique initiale se prolonge en inégalités sociales (santé, école) qui reproduisent l'inégalité économique à la génération suivante : c'est le caractère cumulatif des inégalités.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : illustrer le caractère multiforme ET cumulatif des inégalités à partir d'un exemple précis (par exemple, comment une inégalité économique se prolonge en inégalité scolaire puis professionnelle).
  • Objectif Bac : distinguer rigoureusement une inégalité (hiérarchisée, porteuse d'avantage) d'une simple différence ou diversité — confusion très fréquemment sanctionnée.

Erreurs fréquentes

  • Réduire « les inégalités » aux seules inégalités de revenu : oublier les dimensions sociales (santé, éducation, accès aux loisirs) et patrimoniales.
  • Confondre « inégalité » et « différence » : une différence de couleur des yeux n'est pas une inégalité ; une inégalité suppose une hiérarchie d'accès à des ressources valorisées.

Révision active

À l'aide de deux exemples concrets, montrez que les inégalités présentent un caractère à la fois multiforme et cumulatif.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES, classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 02

Mesurer les inégalités : Lorenz, Gini, rapports interdéciles#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

Courbe de Lorenz et aire de concentration (Gini)

Lecture d'une courbe de LorenzCourbe de Égalité parfaite, racines en x = 0, ordonnée à l’origine y = 0, croissante, sur l’intervalle x de 0 à 1, Courbe de Courbe de Lorenz, racines en x = 0, ordonnée à l’origine y = 0, croissante, sur l’intervalle x de 0 à 10.20.40.60.810.20.40.60.8150 % → 18 % revenuÉgalité parfaiteCourbe de LorenzPart cumulée du revenuPart cumulée population
Fig. 2En abscisse, la part cumulée de la population classée du plus pauvre au plus riche ; en ordonnée, la part cumulée du revenu. La diagonale figure l'égalité parfaite. Le point lu signifie que les 50 % les plus modestes détiennent 18 % du revenu. L'aire entre la diagonale et la courbe est l'aire de concentration, dont le double donne le coefficient de Gini.

Points clés

Les rapports interquantiles comparent les extrêmes de la distribution. Le rapport interdécile D9/D1 est le rapport entre le revenu plancher des 10 % les plus aisés (D9) et le revenu plafond des 10 % les plus modestes (D1) : s'il vaut 3, le seuil d'entrée des 10 % les plus riches est 3 fois plus élevé que le seuil de sortie des 10 % les plus pauvres.
La courbe de Lorenz représente la part cumulée du revenu (axe vertical) détenue par une part cumulée de la population (axe horizontal), classée du plus pauvre au plus riche. La diagonale (la bissectrice) figure l'égalité parfaite : x % de la population détiennent alors exactement x % du revenu. Plus la courbe s'éloigne de la diagonale (vers le bas), plus la répartition est inégalitaire.
Le coefficient de Gini résume la concentration en un seul nombre compris entre 0 et 1 : c'est le double de l'aire comprise entre la diagonale et la courbe de Lorenz. Gini = 0 correspond à l'égalité parfaite (courbe confondue avec la diagonale) ; Gini = 1 à l'inégalité maximale (une seule personne détient tout le revenu). Plus le Gini est proche de 1, plus la concentration est forte.
On distingue mesure statique et mesure dynamique. Les outils précédents (rapports interdéciles, Lorenz, Gini, part du top 1 %) décrivent les inégalités à un instant donné (statique). La corrélation entre les revenus des parents et ceux des enfants mesure, elle, la persistance des inégalités dans le temps (dynamique) : plus cette corrélation est forte, moins la société est mobile.
La part détenue par le top 1 % (ou les 10 % les plus riches) éclaire la concentration au sommet, là où la courbe de Lorenz est moins lisible. Deux distributions peuvent avoir un Gini voisin mais une concentration au sommet très différente : aucun indicateur n'est suffisant seul.
G=2×Aavec 0≤G≤1G = 2 \times \mathcal{A} \quad \text{avec}\ 0 \le G \le 1G=2×Aavec 0≤G≤1

Coefficient de Gini

Le coefficient de Gini G est le double de l'aire de concentration \mathcal{A} (aire entre la diagonale d'égalité parfaite et la courbe de Lorenz). G = 0 : égalité parfaite ; G se rapproche de 1 quand la concentration augmente.

Rapport interdeˊcile=D9D1\text{Rapport interdécile} = \dfrac{D_9}{D_1}Rapport interdeˊcile=D1​D9​​

Rapport interdécile D9/D1

D_9 est le revenu au-dessus duquel se situent les 10 % les plus aisés ; D_1 le revenu en dessous duquel se situent les 10 % les plus modestes. Un rapport de 3{,}4 signifie que D_9 vaut 3{,}4 fois D_1.

La concentration du revenu par décile

La concentration du revenu par décileDiagramme en colonnes: part (%), Données: part du revenu (%) · D1: 3; part du revenu (%) · D2: 5; part du revenu (%) · D3: 6; part du revenu (%) · D4: 7; part du revenu (%) · D5: 8; part du revenu (%) · D6: 9; part du revenu (%) · D7: 11; part du revenu (%) · D8: 13; part du revenu (%) · D9: 15; part du revenu (%) · D10: 2305101520D1D2D3D4D5D6D7D8D9D1035678911131523part (%)
Fig. 3Part du revenu total détenue par chaque dixième de la population, du plus modeste (D1) au plus aisé (D10) — illustration du rapport interdécile.
Exemple corrigé

Lire une courbe de Lorenz et interpréter un Gini

Le document présente une courbe de Lorenz pour laquelle 50 % de la population la plus modeste détient 18 % du revenu total, et le coefficient de Gini vaut 0,42. Rédigez une phrase de lecture du point indiqué, puis interprétez la valeur du Gini.

  1. 01Phrase de lecture

    On lit sur la courbe que les 50 % de la population aux revenus les plus faibles ne perçoivent que 18 % du revenu total. En situation d'égalité parfaite, ces 50 % en percevraient 50 % : l'écart de 32 points de pourcentage mesure l'inégalité.

  2. 02Rappeler les bornes du Gini

    Le coefficient de Gini est compris entre 0 et 1 : 0 = égalité parfaite (courbe confondue avec la diagonale), 1 = inégalité maximale (une personne détient tout).

  3. 03Interpréter la valeur

    Un Gini de 0,42 traduit une inégalité notable de la répartition du revenu : la courbe de Lorenz s'écarte sensiblement de la diagonale. Il faut le comparer (à un autre pays, à une autre date) pour le qualifier, mais on est nettement au-dessus de 0.

  4. 04Conclure prudemment

    Le Gini résume la concentration en un seul nombre, mais ne dit rien de la forme précise des inégalités : on le complète par la part du top 1 % et par le rapport interdécile.

Résultat : Les 50 % les plus modestes ne détiennent que 18 % du revenu (contre 50 % attendus en égalité parfaite), et un Gini de 0,42 confirme une inégalité importante, à compléter par d'autres indicateurs.

Schritt-für-Schritt Erklärung4 Schritte
  1. 1

    On classe d'abord la population du plus pauvre au plus riche, en abscisse, et on porte en ordonnée la part cumulée du revenu qu'elle détient.

  2. 2

    La diagonale figure l'égalité parfaite : à chaque part de population correspond une part égale du revenu.

  3. 3

    La vraie courbe passe en dessous : les premiers déciles détiennent peu de revenu, l'écart à la diagonale grandit.

  4. 4

    Le coefficient de Gini est le double de l'aire entre la diagonale et la courbe : plus cette aire est grande, plus le Gini est proche de 1 et plus la société est inégalitaire.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : lire et interpréter une courbe de Lorenz (faire une phrase de lecture pour un point, comparer deux courbes, relier l'écart à la diagonale au niveau d'inégalité).
  • Objectif Bac : interpréter une valeur de Gini ou un rapport interdécile dans une phrase complète, et savoir que Gini ∈ [0 ; 1] (0 = égalité parfaite, 1 = inégalité maximale).

Erreurs fréquentes

  • Croire qu'un Gini de 0 signifie « pas de données » ou « inégalité maximale » : c'est l'inverse, 0 = égalité parfaite. De même, écrire un Gini supérieur à 1 est impossible.
  • Inverser la lecture de la courbe de Lorenz : c'est la part cumulée de la population (du plus pauvre au plus riche) en abscisse et la part cumulée du revenu en ordonnée ; une courbe PLUS éloignée de la diagonale = PLUS d'inégalité (et non l'inverse).

Révision active

À partir d'une courbe de Lorenz fournie et d'un Gini de 0,30 puis 0,45, rédigez une phrase de lecture et comparez les deux situations en termes d'inégalité.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES, classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 03

Égalité des droits, des chances, des situations : les conceptions de la justice#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

Trois formes d'égalité, plusieurs conceptions de la justice

Conceptions de la justice et formes d'égalitéTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Conception · Forme d'égalité · Principe; Libertarisme · égalité des droits · libertés, marché; Utilitarisme · bien-être agrégé · maximiser le bien-être total; Rawls (libéral) · égalité des chances · favoriser les plus défavorisés; Égalitarisme strict · égalité des situations · réduire les écarts réels, cellule mise en évidence : égalité des chancesCONCEPTIONFORME D'ÉGALITÉPRINCIPELIBERTARISMEégalité des droitslibertés, marchéUTILITARISMEbien-être agrégémaximiser le bien-être totalRAWLS (LIBÉRAL)égalité des chancesfavoriser les plusdéfavorisésÉGALITARISMESTRICTégalité des situationsréduire les écarts réels

Points clés

Trois formes d'égalité structurent le débat. L'égalité des droits (ou formelle) : les mêmes règles s'appliquent à tous, sans privilège ni discrimination juridique. L'égalité des chances : tous ont la même probabilité d'accéder aux positions sociales, quelles que soient leur origine, leur sexe ou leur territoire. L'égalité des situations (ou des positions, F. Dubet) : on cherche à rapprocher les conditions de vie réelles, en réduisant l'écart entre les positions elles-mêmes.
L'utilitarisme (tradition de Bentham) juge une situation à l'aune du bien-être collectif : est juste ce qui maximise la somme des utilités. Une inégalité est acceptable si elle augmente le bien-être total ; mais une redistribution se justifie aussi par l'utilité marginale décroissante du revenu (un euro apporte plus de bien-être à un pauvre qu'à un riche).
Le libertarisme (Robert Nozick) place la liberté individuelle et le respect des droits de propriété au-dessus de tout. Toute redistribution imposée par l'État est vue comme une atteinte à la liberté : est juste ce qui résulte de transactions librement consenties. Les inégalités issues du marché et du mérite sont légitimes ; l'égalité visée est avant tout celle des droits.
L'égalitarisme libéral de John Rawls (Théorie de la justice, 1971) propose deux principes choisis derrière un « voile d'ignorance » (on ignore la place qu'on occupera). Premier principe : égale liberté pour tous. Second principe : égalité équitable des chances ET principe de différence — les inégalités ne sont justes que si elles bénéficient aux plus défavorisés. Rawls justifie ainsi des inégalités, mais encadrées.
L'égalitarisme strict vise l'égalité des situations : il considère que la justice exige de réduire fortement les écarts de positions eux-mêmes, et non seulement d'égaliser les chances au départ. À l'opposé du libertarisme, il privilégie l'égalité des résultats. Amartya Sen déplace le débat vers les « capabilités » : l'égalité réelle est celle des libertés effectives d'accomplir ce à quoi on a raison d'aspirer.
Exemple corrigé

Les deux principes de justice de Rawls

Présentez les deux principes de justice de John Rawls et montrez en quoi le principe de différence rend certaines inégalités acceptables.

  1. 01Le cadre : le voile d'ignorance

    Rawls imagine des individus choisissant les règles de la société sans savoir quelle place ils y occuperont (riche ou pauvre, doué ou non) : le « voile d'ignorance » garantit l'impartialité du choix.

  2. 02Premier principe

    Le principe d'égale liberté : chacun doit disposer du système le plus étendu de libertés de base compatible avec une liberté identique pour tous. Il est prioritaire.

  3. 03Second principe

    Il comporte deux volets : l'égalité équitable des chances (les positions sont ouvertes à tous à compétences égales) ET le principe de différence — les inégalités socio-économiques ne sont justes que si elles profitent le plus aux membres les plus défavorisés de la société.

  4. 04Pourquoi des inégalités sont acceptables

    Derrière le voile d'ignorance, un individu prudent accepte des inégalités si, en améliorant le sort des plus défavorisés (par exemple en stimulant l'effort et la production), elles élèvent la situation de ceux qui sont au plus bas. Une inégalité qui n'améliore pas le sort des plus défavorisés est, elle, injuste.

Résultat : Rawls n'exige pas l'égalité absolue : il justifie les inégalités à condition qu'elles respectent l'égale liberté, l'égalité des chances, et qu'elles bénéficient aux plus défavorisés (principe de différence).

Objectif Bac

  • Objectif Bac : distinguer clairement égalité des droits / des chances / des situations, et savoir que chaque conception de la justice privilégie l'une d'elles.
  • Objectif Bac : présenter les quatre conceptions au programme (utilitarisme, libertarisme, égalitarisme libéral de Rawls, égalitarisme strict) et énoncer correctement les deux principes de Rawls, dont le principe de différence.

Erreurs fréquentes

  • Confondre égalité des chances et égalité des situations : la première égalise les points de départ (la « ligne de départ »), la seconde rapproche les arrivées (les conditions de vie effectives).
  • Présenter Rawls comme un partisan de l'égalité absolue : au contraire, il justifie des inégalités, à la condition stricte qu'elles profitent aux plus défavorisés (principe de différence).

Révision active

Présentez les deux principes de justice de John Rawls et montrez en quoi le principe de différence rend certaines inégalités acceptables.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES, classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 04

L'action des pouvoirs publics pour la justice sociale#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

Du prélèvement à la réduction des inégalités

Du prélèvement à la réduction des inégalitésGraphe, Prélèvements : impôts, cotisations → Prestations et services collectifs, Prestations et services collectifs → Réduction des écarts de revenu, Réduction des écarts de revenu → Plus d'égalité des chancesPrélèvements :impôts,cotisationsPrestations etservicescollectifsRéduction desécarts de revenuPlus d'égalitédes chances

Points clés

La fiscalité agit sur les inégalités selon sa structure. Un impôt est progressif quand son taux moyen augmente avec le revenu (cas de l'impôt sur le revenu) : il réduit les écarts. Il est proportionnel quand le taux est constant (cotisations à taux fixe), et régressif quand il pèse relativement plus sur les bas revenus (cas de la TVA, payée à taux égal mais sur une plus grande part du revenu des modestes).
La redistribution combine prélèvements et prestations. La redistribution verticale (logique de solidarité) transfère des plus aisés vers les plus modestes pour réduire les écarts de revenu. La redistribution horizontale (logique d'assurance) couvre des risques sociaux (maladie, chômage, vieillesse) indépendamment du revenu, en mutualisant les cotisations.
La protection sociale (Sécurité sociale, prestations familiales, minima sociaux) assure un revenu de remplacement et réduit la pauvreté. Les services collectifs (école et santé gratuites ou quasi gratuites, transports) constituent une redistribution « en nature » : ils égalisent l'accès à des biens essentiels et soutiennent l'égalité des chances.
La lutte contre les discriminations (à l'embauche, au logement) et certaines politiques de discrimination positive (par exemple l'éducation prioritaire) visent directement l'égalité des chances, en agissant sur les inégalités de traitement liées à l'origine, au sexe ou au territoire.
Ces instruments correspondent à des conceptions différentes : l'égalitarisme strict justifie une redistribution forte (égalité des situations) ; l'égalitarisme libéral légitime surtout les dépenses qui élèvent le sort des plus défavorisés et l'égalité des chances (école) ; le libertarisme conteste la légitimité même de la redistribution imposée.
Taux moyen d’imposition=Impoˆt verseˊRevenu\text{Taux moyen d'imposition} = \dfrac{\text{Impôt versé}}{\text{Revenu}}Taux moyen d’imposition=RevenuImpoˆt verseˊ​

Progressivité de l'impôt

L'impôt est progressif lorsque ce taux moyen croît avec le revenu, proportionnel s'il reste constant, régressif s'il diminue quand le revenu augmente. La progressivité est l'instrument fiscal qui réduit le plus les inégalités.

Exemple corrigé

Montrer la variété des instruments d'action publique

À l'aide d'exemples, montrez que les pouvoirs publics disposent d'instruments variés pour agir sur les inégalités et la justice sociale.

  1. 01La fiscalité

    L'impôt progressif sur le revenu prélève une part croissante du revenu quand celui-ci augmente : il resserre directement l'éventail des revenus disponibles.

  2. 02La redistribution monétaire

    Les prestations (RSA, allocations familiales, minima sociaux) versent des revenus de transfert qui élèvent le niveau de vie des ménages modestes : c'est la redistribution verticale, de solidarité.

  3. 03La protection sociale et les services collectifs

    L'assurance maladie et les retraites couvrent les risques sociaux (logique horizontale, d'assurance) ; l'école et la santé quasi gratuites égalisent l'accès aux savoirs et aux soins (redistribution en nature, au service de l'égalité des chances).

  4. 04La lutte contre les discriminations

    Les politiques contre les discriminations à l'embauche et la discrimination positive (éducation prioritaire) corrigent des inégalités de traitement et favorisent l'égalité des chances.

Résultat : Fiscalité progressive, prestations, protection sociale, services collectifs et lutte contre les discriminations forment une palette d'instruments qui agissent sur les inégalités de situation comme sur l'égalité des chances.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : présenter les quatre grands leviers de l'action publique (fiscalité, protection sociale/redistribution, services collectifs, lutte contre les discriminations) et l'illustrer par des exemples précis.
  • Objectif Bac : distinguer progressivité / proportionnalité / régressivité d'un impôt, et redistribution verticale (solidarité) / horizontale (assurance).

Erreurs fréquentes

  • Croire que tous les impôts réduisent les inégalités : la TVA, proportionnelle sur la consommation, est en réalité régressive au regard du revenu (elle pèse plus, en proportion, sur les ménages modestes).
  • Confondre redistribution verticale (des riches vers les pauvres, solidarité) et redistribution horizontale (couverture d'un risque, assurance) : les retraites et l'assurance maladie relèvent surtout de la seconde.

Révision active

À l'aide d'exemples, montrez que les pouvoirs publics disposent d'instruments variés pour agir sur les inégalités et la justice sociale.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES, classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 05

Effets ambivalents et débats : efficacité et légitimité#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

L'arbitrage efficacité / équité

L'arbitrage efficacité / équitéGraphe, Efficacité (incitations, richesses) → Équité (réduction des inégalités)Efficacité(incitations,richesses)Équité(réduction desinégalités)arbitrage oucomplément

Points clés

L'action publique a des effets réels : en France, prélèvements et prestations réduisent nettement les inégalités de niveau de vie, et les services collectifs (école, santé) abaissent encore les écarts mesurés. La redistribution n'est donc pas neutre — c'est un acquis empirique majeur du chapitre.
Mais ses effets sont ambivalents. Le débat sur l'EFFICACITÉ porte sur les désincitations possibles : un taux d'imposition élevé ou des prestations mal calibrées pourraient décourager le travail, l'effort ou l'épargne (effet de « trappe à inactivité » si le retour à l'emploi rapporte peu). Ces effets sont discutés et de portée variable, jamais automatiques.
Le débat sur la LÉGITIMITÉ oppose les conceptions de la justice : pour le libertarisme, la redistribution imposée porte atteinte à la liberté et aux droits de propriété ; pour l'égalitarisme strict, elle est insuffisante tant que subsistent de fortes inégalités de situation. La « bonne » dose de redistribution dépend donc de la conception de la justice retenue.
L'arbitrage entre efficacité et équité résume la tension : trop peu de redistribution laisse perdurer des inégalités jugées injustes ; trop de redistribution pourrait nuire à l'incitation et à la création de richesses. Ce n'est pas un calcul objectif mais un choix politique et normatif, ce qui explique la permanence du débat.
Amartya Sen enrichit le débat : au-delà des revenus, ce qui compte est l'égalité des « capabilités », c'est-à-dire des libertés réelles de mener la vie que l'on a raison de valoriser. Deux personnes au même revenu n'ont pas les mêmes possibilités effectives (handicap, accès aux services) : l'action publique doit viser ces libertés réelles, pas seulement les transferts monétaires.
Exemple corrigé

Discuter les limites et débats de la redistribution

Vous montrerez que l'action des pouvoirs publics réduit les inégalités, puis vous discuterez les limites et les débats qu'elle suscite. (Raisonnement, type EC3)

  1. 01Thèse : la redistribution réduit les inégalités

    Prélèvements progressifs et prestations resserrent l'écart entre les revenus disponibles ; les services collectifs (école, santé) réduisent encore les inégalités mesurées et soutiennent l'égalité des chances.

  2. 02Première limite : l'efficacité

    Certains économistes soulignent des désincitations possibles : prélèvements élevés et prestations mal calibrées pourraient décourager le travail ou l'effort (trappe à inactivité). Ces effets sont discutés et d'ampleur incertaine, à présenter comme un débat.

  3. 03Seconde limite : la légitimité

    Le débat est aussi normatif : pour les libertariens, la redistribution imposée porte atteinte à la liberté et aux droits de propriété ; pour les égalitaristes stricts, elle reste insuffisante face aux inégalités de situation.

  4. 04Synthèse : l'arbitrage efficacité / équité

    La « bonne » dose de redistribution résulte d'un arbitrage entre efficacité et équité, qui n'est pas un calcul objectif mais un choix politique dépendant de la conception de la justice retenue. D'où la permanence du débat.

Résultat : La redistribution réduit réellement les inégalités, mais ses effets sont ambivalents : son ampleur fait l'objet d'un arbitrage entre efficacité et légitimité, qui dépend de la conception de la justice sociale que l'on défend.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : montrer que la redistribution réduit effectivement les inégalités, tout en discutant ses limites (débats efficacité / légitimité) — la nuance est exigée en dissertation.
  • Objectif Bac : relier l'arbitrage efficacité / équité aux conceptions de la justice (libertarisme contestant la légitimité, égalitarisme strict jugeant la redistribution insuffisante).

Erreurs fréquentes

  • Affirmer sans preuve que « la redistribution détruit la croissance » : les désincitations sont un débat, pas un fait établi ; une copie de qualité présente l'argument comme discuté, pas comme une certitude.
  • Présenter l'arbitrage efficacité / équité comme une vérité technique objective : c'est d'abord un choix normatif, qui dépend de la conception de la justice retenue.

Révision active

Vous montrerez que l'action des pouvoirs publics réduit les inégalités, puis vous discuterez les limites et débats qu'elle suscite (efficacité, légitimité).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES, classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Les inégalités : des écarts multiformes et cumulatifs○
    • 02Mesurer les inégalités : Lorenz, Gini, rapports interdéciles◐
    • 03Égalité des droits, des chances, des situations : les conceptions de la justice◐
    • 04L'action des pouvoirs publics pour la justice sociale●
    • 05Effets ambivalents et débats : efficacité et légitimité●

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Des fiches à l'entraînement

Justice sociale et inégalités

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

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Compétences
S'entraîner

Références et sources

Sources

Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de spécialité SES, classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

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Comment expliquer l'engagement politique dans les sociétés démocratiques ?

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Quelle action publique pour l'environnement ?

EuraStudy·Fiches T·11·MMXXVI

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