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La nature

La nature est l’une des dix-sept notions du programme de philosophie de terminale (voie générale). Le programme n’assigne aucune notion à une perspective fixe, mais on l’éclaire surtout par deux des trois perspectives : « l’existence humaine et la culture » et « la connaissance ». La fiche analyse les sens du mot « nature » (essence, ordre du monde, ensemble des êtres non transformés par l’homme), interroge le rapport de l’homme à la nature (lui appartient-il ou s’en distingue-t-il ? doit-il la maîtriser ou la respecter ?) et le statut du vivant (mécanisme contre finalisme). On la travaille avec les repères du programme (en acte / en puissance, principe / cause / fin, transcendant / immanent) et la distinction nature / culture, et avec les grands auteurs (Aristote, Descartes, Kant, Jonas).

5 sections·~25 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 3 · Approfondissement 1·Vérifié · 06/2026

T·0888 / 13
Profil d’examen
Analyser les différents sens de la notion de nature (essence d’une chose, ordre des phénomènes, monde non transformé par l’homme) et la distinguer de la culture et de l’artifice.Problématiser le rapport de l’homme à la nature : l’homme appartient-il à la nature ou s’en distingue-t-il ? Doit-il la maîtriser ou la respecter ?Interroger la spécificité du vivant (organisation, finalité) et le débat mécanisme / finalisme.Mobiliser les repères du programme (en acte / en puissance, principe / cause / fin, transcendant / immanent) et la distinction nature / culture pour construire un raisonnement argumenté sur la nature et le vivant.
Opérateurs :analyserdistinguerdéfinirproblématiserinterrogerargumenterjustifierillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d’abord les distinctions de base (les trois sens de « nature » ; nature / culture / artifice ; mécanisme / finalisme) et un exemple par thèse : c’est le socle exigible à l’épreuve écrite.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, sachez confronter Aristote, Descartes, Kant et Jonas sur un même problème (faut-il maîtriser ou respecter la nature ?) et manier finement les repères du programme (principe / cause / fin, en acte / en puissance, transcendant / immanent) au service d’une dissertation problématisée.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. La nature
    • 01Les sens de la nature : essence, ordre du monde, monde non humanisé○
    • 02Nature et culture : l’homme appartient-il à la nature ?◐
    • 03Le vivant : mécanisme ou finalité ? (Descartes, Aristote, Kant)●
    • 04Maîtriser la nature : le projet moderne et ses limites◐
    • 05Respecter la nature : responsabilité et écologie (Jonas)◐
§ 01

Les sens de la nature : essence, ordre du monde, monde non humanisé#

●○○BaseLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Les trois sens du mot « nature »

Les trois sens du mot « nature »Arbre de probabilité, 3 chemins, Données: 1. Essence (≠ artifice); 2. Ordre du monde : lois (≠ miracle); 3. Êtres naturels (≠ artefacts)Nature (phusis / natura)1. Essence (≠ artifice)2. Ordre du monde : lois (≠ miracle)3. Êtres naturels (≠ artefacts)
Fig. 1Le mot « nature » (phusis, natura) a trois sens : l'essence d'une chose (≠ accident, ≠ artifice), l'ordre légal du monde — les lois (≠ miracle, ≠ hasard) — et l'ensemble des êtres naturels non produits par l'homme (≠ artefacts).

Points clés

Le mot « nature » est équivoque : il faut distinguer ses sens avant d’en faire usage. Premier sens, la nature comme essence : la « nature d’une chose », c’est ce qu’elle est en propre, l’ensemble de ses caractères constitutifs (la nature humaine, la nature du triangle). Ce sens vient du grec phusis et du latin natura (de nasci, « naître ») : la nature d’un être est ce qui en lui croît et se développe de soi-même.
Deuxième sens, la nature comme ordre du monde : l’ensemble réglé des phénomènes soumis à des lois (les « lois de la nature »). La nature désigne alors le cours nécessaire des choses, ce qui arrive régulièrement et peut être connu scientifiquement, par opposition au miracle, au hasard ou à la convention.
Troisième sens, la nature comme ensemble des êtres naturels : tout ce qui existe sans avoir été produit par l’homme (les montagnes, les plantes, les animaux, par opposition aux artefacts). En ce sens, « naturel » s’oppose à « artificiel » et la nature désigne un monde non encore transformé par le travail et la technique humaines.
Distinction décisive : nature / culture et nature / artifice. Est naturel ce qui n’a pas été produit par l’homme et se développe de soi ; est artificiel (ou culturel) ce qui résulte de son action, de ses conventions et de ses techniques. C’est sur cette frontière mobile que se joue toute la notion — d’où le problème : où finit la nature, où commence la culture ?
Rappel de première : la distinction phusis / nomos (nature / loi-convention) est déjà thématisée par les sophistes grecs. À ne pas confondre avec le sens scientifique de « loi de la nature » — ici « loi » signifie convention humaine variable, pas régularité physique nécessaire.
Exemple corrigé

Lever l’équivoque du mot « nature »

« Qu’appelle-t-on “nature” ? » Dégagez et ordonnez les sens du mot, puis montrez le problème qu’ils posent.

  1. 01Premier sens : l’essence

    « La nature de l’homme », « la nature du nombre » : la nature désigne ici ce qu’une chose est fondamentalement, ses caractères propres et permanents. Ce sens s’oppose à l’accidentel (ce qui pourrait ne pas être) et à l’artificiel (ce qui est ajouté du dehors).

  2. 02Deuxième sens : l’ordre des phénomènes

    « Les lois de la nature », « il est dans la nature des corps de tomber » : la nature est le système réglé du réel, le cours nécessaire et connaissable des choses. Ce sens s’oppose au miracle (rupture de l’ordre) et au pur hasard.

  3. 03Troisième sens : l’ensemble des êtres naturels

    « Protéger la nature », « vivre en pleine nature » : la nature est tout ce qui existe sans intervention humaine. Ce sens s’oppose à l’artificiel et au culturel, c’est-à-dire à ce que l’homme produit et transforme.

  4. 04Dégager le problème

    Ces sens ne coïncident pas : l’homme a une « nature » (essence), il obéit aux « lois de la nature » (ordre), mais il transforme « la nature » (les êtres naturels) par la culture. D’où la question centrale : l’homme est-il dans la nature ou hors d’elle ?

Résultat : « Nature » a au moins trois sens — essence d’une chose, ordre légal des phénomènes, ensemble des êtres non produits par l’homme. Les distinguer est la condition d’un raisonnement rigoureux et fait surgir le vrai problème : la place de l’homme, à la fois être de nature et être de culture.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : ouvrir une dissertation sur la nature en distinguant explicitement ses trois sens (essence / ordre / ensemble des êtres naturels) au lieu de prendre « nature » pour une notion évidente — cette analyse des sens est attendue dès l’introduction.
  • Objectif Bac : savoir poser et illustrer la distinction nature / culture (et nature / artifice) par des exemples précis (un fruit sauvage contre un fruit cultivé, un instinct contre une coutume), et la rendre problématique (la frontière est-elle nette ?).

Erreurs fréquentes

  • Employer « nature » dans un seul sens implicite (le plus souvent : « la campagne », les paysages) sans voir que le mot recouvre l’essence, l’ordre des lois et l’ensemble des êtres non artificiels — l’équivoque non levée ruine l’analyse.
  • Confondre « loi de la nature » au sens scientifique (régularité physique nécessaire : la gravitation) et « loi » au sens de norme ou de convention humaine (le nomos, variable selon les sociétés) : ce sont deux usages très différents du même mot.

Révision active

« Qu’appelle-t-on “nature” ? » Construisez le plan détaillé d’une introduction : distinguez les trois sens du mot (essence, ordre des phénomènes, ensemble des êtres non transformés par l’homme), montrez ce que chacun oppose à la nature (l’accident, le miracle, l’artifice) et dégagez le problème que pose leur articulation.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 02

Nature et culture : l’homme appartient-il à la nature ?#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

La frontière nature / culture

La frontière nature / cultureTableau de 2 colonnes et 4 lignes, Données: Nature (inné) · Culture (acquis); inné, donné · acquis, appris; instinct, conduite fixe · conduites libres, variées; universel, héréditaire · variable selon les sociétés; ne se transmet pas · se transmet, s'enrichitNATURE (INNÉ)CULTURE (ACQUIS)inné, donnéacquis, apprisinstinct, conduite fixeconduites libres, variéesuniversel, héréditairevariable selon les sociétésne se transmet passe transmet, s'enrichit
Fig. 2La nature (inné, instinct, universel, héréditaire) s'oppose à la culture (acquis, appris, variable, transmis). L'interdit de l'inceste est leur charnière : à la fois universel (un fait de nature) et institué (une règle de culture), il marque pour Lévi-Strauss le passage de l'une à l'autre.

Points clés

Par son corps, ses besoins et ses pulsions, l’homme est un être de nature : il naît, vit et meurt comme les autres vivants, et obéit aux lois physiques et biologiques. À ce titre, il appartient pleinement à la nature et n’en est pas exclu.
Mais l’homme se distingue par la culture : le langage, la technique, les institutions, les mœurs, l’art, la religion — tout ce qui n’est pas inné mais transmis et appris. Là où l’animal est réglé par l’instinct (un comportement fixe, hérité), l’homme invente des conduites variables, transmissibles et perfectibles. Rousseau nomme cette ouverture la perfectibilité : la faculté de se transformer indéfiniment, qui « tire l’homme de cet état primitif ».
Une difficulté classique : l’interdit de l’inceste. Lévi-Strauss montre qu’il est à la fois universel (donc apparemment naturel) et règle, donc institué (donc culturel) : il marque précisément le passage de la nature à la culture, le moment où l’homme s’impose une règle là où la nature ne commande rien. La frontière nature / culture est donc problématique, non donnée.
Deux écueils symétriques. Le naturalisme réduit l’homme à sa nature (« c’est dans sa nature ») et risque de naturaliser ce qui est en réalité culturel et historique (les rôles sociaux, les hiérarchies) — ce que dénonce Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. » Le culturalisme nie au contraire toute nature humaine. La position la plus solide tient les deux : l’homme est un être naturel dont le propre est de se rapporter à sa nature par la culture.
Distinction mobilisée : nature / culture (distinction conceptuelle de la notion — elle ne figure pas dans la liste officielle des repères, mais structure tout le débat). Il ne s’agit pas d’opposer l’homme à la nature comme deux mondes séparés, mais de penser leur articulation : la culture est la manière proprement humaine d’habiter la nature, non une sortie hors d’elle.
Exemple corrigé

La culture nous éloigne-t-elle de la nature ?

« La culture nous éloigne-t-elle de la nature ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    La culture (technique, langage, institutions) semble nous arracher à l’état naturel : nous mangeons cuit, vivons dans des villes, suivons des règles. Mais « s’éloigner de la nature » peut signifier la quitter (impossible : nous restons des vivants) ou seulement la transformer. Tout dépend du sens de « nature ».

  2. 02Thèse de l’éloignement

    Par la culture, l’homme s’affranchit de l’instinct : Rousseau parle de perfectibilité, cette faculté de se transformer qui n’existe pas chez l’animal réglé par sa nature. La culture introduit de l’artifice, de la convention, là où la nature ne commandait rien.

  3. 03Objection : la culture ne sort pas de la nature

    Mais l’homme demeure un être naturel : il naît, a faim, vieillit. La culture n’abolit pas la nature, elle la travaille. L’interdit de l’inceste (Lévi-Strauss) le montre : règle universelle ET instituée, il articule les deux au lieu de les opposer.

  4. 04Conclure

    La culture n’éloigne pas l’homme de la nature comme on quitte un lieu : elle est sa manière propre d’y vivre. S’éloigner de l’instinct, ce n’est pas sortir de la nature, c’est s’y rapporter librement.

Résultat : La culture ne nous éloigne de la nature que si l’on réduit « nature » à l’instinct ou à l’état sauvage. Comprise comme la façon humaine d’habiter la nature, la culture la prolonge et la transforme sans nous en faire sortir : l’homme est un être de nature dont le propre est la culture.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : opposer rigoureusement nature (inné, instinct, universel) et culture (acquis, appris, variable et transmissible), puis montrer que la frontière est mobile (l’exemple de l’interdit de l’inceste chez Lévi-Strauss est très valorisé).
  • Objectif Bac : repérer et critiquer le sophisme « naturaliste » qui fait passer un fait culturel ou historique pour un fait de nature (et inversement) — capacité d’analyse attendue dans une deuxième ou troisième partie.

Erreurs fréquentes

  • Opposer « l’homme » et « la nature » comme deux réalités extérieures, en oubliant que l’homme est aussi un être naturel : il ne sort pas de la nature, il s’y rapporte autrement (par la culture).
  • Prendre pour « naturel » ce qui est en réalité culturel et historique (un rôle social, une habitude, une norme), faute d’interroger l’origine du comportement — l’erreur que dénoncent Lévi-Strauss et Beauvoir.

Révision active

« La culture nous éloigne-t-elle de la nature ? » Élaborez un plan : montrez d’abord en quoi l’homme reste un être de nature, puis en quoi la culture le distingue de l’animal (perfectibilité, transmission), enfin pourquoi la culture n’est pas une sortie hors de la nature mais une manière humaine d’y vivre. Appuyez chaque moment sur un exemple précis.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 03

Le vivant : mécanisme ou finalité ? (Descartes, Aristote, Kant)#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Mécanisme contre finalisme sur le vivant

Expliquer le vivant : mécanisme / finalismeTableau de 2 colonnes et 3 lignes, Données: Mécanisme (Descartes) · Finalisme (Aristote); cause efficiente : le « comment » · cause finale : le « pourquoi »; le corps = une machine · une fin interne; l'animal-machine, sans fins · puissance → acteMÉCANISME (DESCARTES)FINALISME (ARISTOTE)cause efficiente : le «comment »cause finale : le « pourquoi»le corps = une machineune fin internel'animal-machine, sans finspuissance → acte
Fig. 3Deux modèles pour expliquer le vivant : le mécanisme (Descartes) par les causes efficientes (le corps-machine), le finalisme (Aristote) par une fin interne. Voie critique de Kant : la finalité n'est pas une cause prouvée mais un principe régulateur du jugement — une façon nécessaire de penser l'organisme.

Points clés

Le vivant pose une énigme : un organisme semble ordonné en vue d’une fin (l’œil « pour » voir, la racine « pour » puiser l’eau). Faut-il expliquer le vivant par des causes efficientes (le mécanisme) ou par des fins (la finalité, ou téléologie) ? C’est le débat central de la notion.
Aristote (finalisme) : la nature (phusis) est un principe interne de mouvement et de repos ; chaque être naturel tend vers sa fin propre (la graine vers l’arbre). Il distingue quatre causes — matérielle (ce dont la chose est faite), formelle (ce qu’elle est), efficiente (ce qui la produit) et finale (ce en vue de quoi elle existe) — et « la nature ne fait rien en vain » : la cause finale prime pour comprendre le vivant. Repère central : en acte / en puissance — le gland est un chêne en puissance, qui se réalise en acte.
Descartes (mécanisme) : il rejette les causes finales en physique (nous ne pouvons pas connaître les desseins de Dieu) et traite le vivant comme une machine — le corps animal est un automate, un assemblage de rouages obéissant aux seules lois du mouvement (théorie de l’« animal-machine »). Le finalisme apparent s’explique alors mécaniquement, sans recourir à des fins réelles.
Kant (la solution critique) : dans la Critique de la faculté de juger (1790), il montre qu’on ne peut pas se passer de l’idée de finalité pour comprendre un organisme, où « tout est réciproquement fin et moyen » (les parties se produisent et s’entretiennent l’une l’autre). Mais cette finalité n’est pas un fait démontré de la nature : c’est un principe régulateur, une façon nécessaire pour notre jugement de penser le vivant, non une cause objective. La finalité est un guide de la réflexion, pas une connaissance.
Repère décisif : principe / cause / fin — et, à l’intérieur, la distinction entre cause efficiente et cause finale. Le mécanisme explique par le « comment » (les causes antérieures, efficientes) ; le finalisme comprend par le « pourquoi » (la fin visée). La biologie moderne explique mécaniquement (causes physico-chimiques, sélection) tout en gardant un langage fonctionnel (« la fonction de… ») — héritage de la difficulté kantienne.
vivant  ⇒  le tout est cause et effet de ses parties\text{vivant} \;\Rightarrow\; \text{le tout est } \textit{cause} \text{ et } \textit{effet} \text{ de ses parties}vivant⇒le tout est cause et effet de ses parties

La finalité interne de l’organisme (Kant)

Dans une machine, les parties n’existent pas les unes pour les autres (un rouage ne fabrique pas les autres rouages). Dans un organisme, au contraire, chaque partie est réciproquement fin et moyen des autres : l’organisme se produit, s’entretient et se répare lui-même. C’est ce caractère « auto-organisé » qui, selon Kant, nous oblige à penser le vivant par la finalité, là où la simple cause efficiente ne suffit pas.

Les quatre causes d’Aristote (l’exemple de la statue / du vivant)

Les quatre causes d'Aristote (le vivant)Graphe, 1. Matérielle (le bois) → L'être (le vivant), 2. Formelle (la forme) → L'être (le vivant), 3. Efficiente (l'artisan) → L'être (le vivant), 4. Finale (la fin propre) → L'être (le vivant)1. Matérielle(le bois)2. Formelle (laforme)3. Efficiente(l'artisan)4. Finale (lafin propre)L'être (levivant)
Fig. 4Les quatre causes d'Aristote : matérielle (ce dont c'est fait), formelle (ce que c'est), efficiente (ce qui produit), finale (ce en vue de quoi). « La nature ne fait rien en vain » : pour le vivant, la cause finale commande la compréhension (le gland en puissance → le chêne en acte, sa fin).
Exemple corrigé

Le vivant n’est-il qu’une machine ?

« Le vivant n’est-il qu’une machine ? » Confrontez le mécanisme et le finalisme, puis proposez un dépassement.

  1. 01Thèse mécaniste (Descartes)

    Le corps vivant peut être décrit comme une machine : un assemblage d’organes obéissant aux lois du mouvement. Descartes rejette les causes finales en physique et fait de l’animal un automate. La biologie confirme qu’on explique le vivant par des causes physico-chimiques.

  2. 02Objection : la spécificité du vivant

    Mais une machine est fabriquée du dehors et ne se reproduit pas elle-même. Un organisme, lui, se développe, se nourrit, se répare et engendre son semblable : il s’auto-organise. Aristote y voit une fin interne (le gland tend vers le chêne) ; le vivant n’est pas un simple agrégat.

  3. 03Le statut de la finalité (Kant)

    Faut-il alors affirmer des fins réelles dans la nature ? Kant répond avec prudence : on ne peut pas comprendre un organisme sans l’idée de finalité (le tout y est cause et effet de ses parties), mais cette finalité est un principe régulateur de notre jugement, non une cause objectivement démontrée.

  4. 04Conclure

    Le vivant n’est pas qu’une machine : il s’auto-produit, là où la machine est produite. Mais l’on ne peut pas davantage prouver des fins réelles dans la nature : la finalité reste une manière nécessaire, pour nous, de penser l’organisme.

Résultat : Réduire le vivant à une machine manque sa spécificité — l’auto-organisation, par laquelle un organisme est cause et effet de lui-même. Mais affirmer des fins réelles dans la nature outrepasse ce que nous pouvons connaître : avec Kant, la finalité est un principe régulateur de notre jugement, ni illusion pure, ni fait démontré.

Schritt-für-Schritt Erklärung4 Schritte
  1. 1

    Regardez un œil, une racine, une aile : tout semble « fait pour » quelque chose. Le vivant donne l’impression d’être ordonné en vue d’une fin. D’où la grande question : faut-il l’expliquer par des causes, comme une machine, ou par des fins ?

  2. 2

    Descartes tranche du côté de la machine. Il rejette les causes finales : nous ne connaissons pas les desseins de Dieu. Le corps animal n’est qu’un automate, un assemblage de rouages qui obéit aux seules lois du mouvement. C’est la thèse de l’animal-machine.

  3. 3

    Aristote, lui, comprend le vivant par sa fin. La nature est un principe interne : le gland tend de lui-même vers le chêne. Parmi les quatre causes, c’est la cause finale qui prime — car « la nature ne fait rien en vain ». Le vivant passe de la puissance à l’acte.

  4. 4

    Kant fait la synthèse critique. Impossible de comprendre un organisme sans l’idée de fin : dans le vivant, le tout est cause et effet de ses parties. Mais cette finalité n’est pas une cause prouvée de la nature ; c’est un principe régulateur, une manière nécessaire pour notre jugement de penser le vivant.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer et confronter avec précision le mécanisme cartésien (l’animal-machine, le rejet des causes finales) et le finalisme aristotélicien (les quatre causes, la primauté de la fin), puis présenter la position kantienne comme dépassement (la finalité comme principe régulateur du jugement).
  • Objectif Bac : manier rigoureusement les repères du programme — principe / cause / fin, en acte / en puissance — pour analyser ce qui distingue un être vivant d’une machine ou d’un agrégat de matière.

Erreurs fréquentes

  • Croire que « finalité » signifie nécessairement « projet conscient » ou « dessein divin » : la finalité interne du vivant (Aristote, Kant) est une organisation orientée vers une fin, sans qu’il faille supposer une intention ni un horloger.
  • Confondre la position de Kant avec un retour au finalisme dogmatique : pour Kant, la finalité est un principe régulateur (une manière nécessaire de juger l’organisme), non une cause réellement présente et démontrée dans la nature.

Révision active

« Le vivant n’est-il qu’une machine ? » Construisez une dissertation : opposez le modèle mécaniste (Descartes, l’animal-machine) à la spécificité du vivant (organisation interne, autoproduction), puis interrogez le statut de la finalité (réelle ? ou seulement principe pour notre jugement, selon Kant ?).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 04

Maîtriser la nature : le projet moderne et ses limites#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

La maîtrise de la nature : projet, présupposé, limite

Maîtriser la nature : projet, présupposé, limiteGraphe, Projet de maîtrise (Descartes) → Présupposé : obéir pour commander, Bacon, Présupposé : obéir pour commander, Bacon → Limite : démesure, crise écologiqueProjet demaîtrise(Descartes)Présupposé :obéir pourcommander, BaconLimite :démesure, criseécologiquesupposese retourne
Fig. 5Dialectique de la maîtrise de la nature : le projet moderne (Descartes : se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ») ; son présupposé (Bacon : « on ne commande à la nature qu'en lui obéissant » — la puissance suppose la connaissance des lois) ; sa limite (la démesure, hybris : épuisement, pollution, crise écologique).

Points clés

Le projet moderne de maîtrise. Descartes formule le programme de la science moderne : grâce à la physique, les hommes peuvent se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » (Discours de la méthode, VI). Connaître les lois de la nature, c’est pouvoir agir sur elle pour le bien commun (santé, agriculture, techniques). La nature cesse d’être un ordre sacré à contempler pour devenir un objet à transformer.
Cette maîtrise suppose une désacralisation et une mathématisation de la nature : Galilée énonce que « le grand livre de la nature est écrit en langage mathématique ». La nature mécanisée devient calculable, donc manipulable. La technique prolonge la science : savoir, c’est pouvoir.
Ce projet a une portée émancipatrice : il libère l’homme de la peur, de la maladie et de la rareté ; il fait de lui un agent capable d’améliorer sa condition. Maîtriser la nature, c’est d’abord cesser de la subir.
Mais la maîtrise rencontre ses limites et ses revers. Première limite : on ne maîtrise bien la nature qu’en lui obéissant — « on ne commande à la nature qu’en lui obéissant » (Bacon) : la puissance technique présuppose la connaissance des lois, elle ne les abolit pas. Seconde limite, plus grave : la maîtrise illimitée se retourne contre l’homme (épuisement des ressources, pollution, crise écologique). La « maîtrise » risque de devenir une démesure (hybris) qui menace les conditions mêmes de la vie.
Repère mobilisé : transcendant / immanent. La nature n’est plus pensée comme un ordre transcendant (sacré, divin, intangible) que l’homme devrait seulement contempler, mais comme une réalité immanente, soumise à des lois qu’il peut connaître et exploiter. Tout le problème écologique naît de ce renversement : que reste-t-il à respecter quand la nature n’est plus qu’un matériau ?
Exemple corrigé

L’homme doit-il chercher à maîtriser la nature ?

« L’homme doit-il chercher à maîtriser la nature ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    « Maîtriser » signifie connaître pour agir et transformer. Mais « doit-il » pose une question de droit, non de fait : la maîtrise est-elle légitime, jusqu’où, et à quel prix ? La nature est-elle un simple moyen, ou a-t-elle une valeur qui borne notre droit sur elle ?

  2. 02La légitimité du projet (Descartes)

    Maîtriser la nature libère l’homme de la maladie, de la faim, de la peur. Descartes en fait le programme de la science : se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » pour le bien de tous. La maîtrise est d’abord émancipation : cesser de subir.

  3. 03Les présupposés et les limites

    Mais on ne maîtrise la nature qu’en lui obéissant (Bacon) : la puissance présuppose la connaissance et le respect des lois. Et la maîtrise illimitée se retourne contre l’homme — épuisement, pollution, dérèglement : la démesure menace les conditions de la vie.

  4. 04Conclure

    L’homme doit chercher à maîtriser la nature, mais cette maîtrise doit se limiter elle-même : non plus dominer sans frein, mais administrer avec mesure et responsabilité. La vraie maîtrise est aussi maîtrise de soi.

Résultat : L’homme doit légitimement chercher à maîtriser la nature, parce que cette maîtrise l’émancipe ; mais elle suppose qu’on obéisse aux lois naturelles et qu’on en limite l’usage, sous peine de démesure. Bien comprise, la maîtrise de la nature appelle une maîtrise de soi — ce qui ouvre sur la responsabilité.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : citer et analyser précisément la formule de Descartes (« comme maîtres et possesseurs de la nature ») en la replaçant dans le projet de la science moderne — et ne pas la prendre pour un appel à la domination brutale (il s’agit du « bien de tous les hommes »).
  • Objectif Bac : montrer la dialectique de la maîtrise — émancipatrice mais potentiellement démesurée — pour articuler la troisième partie d’une dissertation vers la responsabilité écologique (section 5).

Erreurs fréquentes

  • Lire la formule de Descartes comme une apologie de la domination destructrice de la nature : il s’agit d’une maîtrise au service du « bien commun » (santé notamment), à comprendre dans son contexte, non d’un éloge de la prédation.
  • Opposer naïvement « maîtriser » et « obéir » : la maîtrise technique repose sur la connaissance et le respect des lois naturelles — on ne commande à la nature qu’en lui obéissant (Bacon). La puissance ne supprime pas la nécessité naturelle.

Révision active

« L’homme doit-il chercher à maîtriser la nature ? » Élaborez un plan : montrez la légitimité et la portée émancipatrice du projet de maîtrise (Descartes), puis ses présupposés (obéir pour commander, Bacon), enfin ses limites et ses dangers (la démesure, la crise écologique), pour préparer la question du respect.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 05

Respecter la nature : responsabilité et écologie (Jonas)#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Du maîtriser au respecter : le principe responsabilité (Jonas)

Du maîtriser au respecter : le principe responsabilité (Jonas)Graphe, Maîtriser (Descartes) → Limites de la maîtrise, Limites de la maîtrise → Respecter : responsabilité (Jonas)Maîtriser(Descartes)Limites de lamaîtriseRespecter :responsabilité(Jonas)responsabilité
Fig. 6Du maîtriser au respecter : aux limites de la maîtrise cartésienne, Jonas oppose une maîtrise responsable. Impératif de Jonas : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur terre. » La responsabilité s'élargit aux générations futures et au vivant (heuristique de la peur).

Points clés

Le renversement écologique. La puissance technique a changé d’échelle : elle peut désormais altérer durablement la biosphère et compromettre l’avenir de l’humanité (climat, biodiversité, ressources). Ce qui n’était qu’un décor stable de l’action humaine devient lui-même vulnérable et menacé. La nature n’est plus seulement à maîtriser, mais à protéger.
Hans Jonas et le principe responsabilité. Face à cette nouvelle puissance, Jonas (Le Principe responsabilité, 1979) montre que les éthiques traditionnelles, centrées sur les rapports entre contemporains proches, sont dépassées : il faut une éthique de l’avenir, qui inclue les générations futures et la nature elle-même dans le champ de notre responsabilité.
Le nouvel impératif de Jonas : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre. » La responsabilité s’étend à ce qui est durable et fragile ; l’objet du devoir n’est plus seulement autrui présent, mais l’existence future de l’humanité et la nature qui la rend possible.
L’heuristique de la peur : dans le doute, devant des menaces irréversibles, mieux vaut accorder la priorité au pronostic le plus alarmant (le « mauvais pronostic ») afin de préserver l’avenir. Il s’agit non de paralyser l’action, mais d’introduire la prudence et la précaution là où l’irréversible est en jeu. À distinguer du respect kantien dû aux seules personnes : ici, la responsabilité vise aussi le vivant et les générations à venir.
Respecter ou maîtriser ? Le débat n’oppose pas un « tout-maîtrise » à un « tout-nature » : la position la plus solide articule maîtrise et respect — une maîtrise responsable, qui se donne à elle-même des limites au nom de la valeur de la nature et de l’avenir. Repère utile : transcendant / immanent ; et la distinction nature / culture — la nature n’est ni un sanctuaire intouchable, ni un pur matériau, mais un milieu dont l’homme est solidaire et comptable.
Exemple corrigé

Avons-nous des devoirs envers la nature ?

« Avons-nous des devoirs envers la nature ? » Construisez une réponse argumentée en trois moments.

  1. 01Thèse : nous n’avons de devoirs qu’envers les personnes

    On peut soutenir, dans une perspective classique, que le devoir suppose un sujet capable de droits : nous aurions des devoirs envers les hommes, non envers les choses. La nature ne serait qu’un moyen, dont l’usage est réglé par nos devoirs envers autrui (ne pas nuire aux autres en la détruisant).

  2. 02Objection : la puissance technique change la donne

    Mais notre technique peut désormais altérer durablement la biosphère et compromettre l’avenir de l’humanité. Jonas en tire un impératif élargi : agir de façon compatible avec la permanence d’une vie authentiquement humaine. Nous sommes responsables des générations futures — donc de la nature qui les rend possibles.

  3. 03Nuancer : respecter sans sacraliser

    Avoir des devoirs « envers » la nature ne signifie pas la diviniser ni renoncer à agir : l’homme doit transformer pour vivre. Le respect est une mesure, non une abstention. L’heuristique de la peur invite à la prudence devant l’irréversible, sans paralyser toute action.

  4. 04Conclure

    Nous avons bien des devoirs relatifs à la nature — au moins indirectement, envers les hommes présents et futurs, et selon Jonas envers l’existence même d’un monde habitable. Cela définit une maîtrise responsable, qui se donne des limites au nom de l’avenir.

Résultat : Que nos devoirs visent directement la nature ou, à travers elle, les générations futures, la puissance technique nous rend responsables d’un monde habitable. Avec Jonas, respecter la nature n’est pas la sacraliser : c’est limiter sa propre maîtrise au nom de la permanence d’une vie humaine — une maîtrise devenue responsable.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer précisément le « principe responsabilité » de Jonas (l’impératif élargi aux générations futures, l’heuristique de la peur) et expliquer pourquoi la puissance technique nouvelle exige une éthique nouvelle.
  • Objectif Bac : dépasser l’alternative simpliste « dominer la nature / la diviniser » en construisant une position nuancée — une maîtrise responsable et limitée — qui répond au problème écologique sans renoncer à l’agir humain.

Erreurs fréquentes

  • Tomber dans un naturalisme moralisateur qui « sacralise » la nature comme un absolu intangible, en oubliant que l’homme doit aussi agir et transformer pour vivre : le respect n’est pas l’abstention totale, mais la mesure.
  • Réduire la responsabilité écologique à un sentiment ou à une bonne intention, sans voir qu’elle repose, chez Jonas, sur un impératif argumenté (la permanence d’une vie humaine authentique) et sur une prudence devant l’irréversible.

Révision active

« Avons-nous des devoirs envers la nature ? » Construisez une dissertation : examinez d’abord la thèse selon laquelle nous n’aurions de devoirs qu’envers les personnes (la nature n’étant qu’un moyen), puis montrez, avec Jonas, pourquoi la puissance technique nous rend responsables des générations futures et du vivant, et concluez sur une maîtrise responsable.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Les sens de la nature : essence, ordre du monde, monde non humanisé○
    • 02Nature et culture : l’homme appartient-il à la nature ?◐
    • 03Le vivant : mécanisme ou finalité ? (Descartes, Aristote, Kant)●
    • 04Maîtriser la nature : le projet moderne et ses limites◐
    • 05Respecter la nature : responsabilité et écologie (Jonas)◐

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La nature

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Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions)

Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

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