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Une crise financière naît le plus souvent de l'emballement d'un marché d'actifs : portés par le crédit facile, le mimétisme et des prophéties auto-réalisatrices, les prix s'écartent durablement de leur valeur fondamentale jusqu'à former une bulle spéculative qui finit par éclater. Le retournement déclenche alors des phénomènes cumulatifs — effets de richesse négatifs, ventes forcées, contraction du crédit, panique bancaire — qui propagent la crise à l'économie réelle (investissement, emploi). Les asymétries d'information (aléa moral, antisélection) amplifient cette instabilité, en particulier lorsque des banques jugées « trop grandes pour faire faillite » prennent des risques excessifs. Pour réduire ce risque systémique, la régulation publique repose sur la supervision des banques et sur des ratios prudentiels de solvabilité (accords de Bâle), complétés par le rôle de prêteur en dernier ressort de la banque centrale. Périmètre (à savoir) : ce thème reste au programme de terminale, mais il a été retiré des chapitres évaluables à l'épreuve écrite à partir de la session 2025 (note de service de juin 2024) ; il demeure mobilisable au Grand oral et utile à la culture économique. Les « objectifs » signalés ci-dessous visent donc la maîtrise de ces capacités au programme, et non une question d'écrit.
5sectionsca. 29min de lecture3compétencesNiveauBase 1 · Standard 3 · Approfondissement 1Vérifié · 06/2026
niveau de base
Fixez d'abord le scénario-type d'une crise : bulle (mimétisme + prophéties auto-réalisatrices) → éclatement → spirale cumulative (effets de richesse, ventes forcées, credit crunch, panique bancaire) → récession et chômage → régulation (supervision + ratios de solvabilité). Savoir définir aléa moral, antisélection, bulle, panique bancaire et risque systémique suffit à traiter l'essentiel des questions de mobilisation des connaissances.
niveau approfondi
Visez l'analyse fine : articuler les asymétries d'information (antisélection ex ante / aléa moral ex post) à l'instabilité financière endogène (Minsky), chaîner rigoureusement les mécanismes cumulatifs (deleveraging, paradoxe de la tranquillité, prophéties auto-réalisatrices d'une panique bancaire) et discuter la régulation prudentielle de manière critique (efficacité des ratios de Bâle, dilemme « too big to fail » entre prêteur en dernier ressort et aléa moral).
Lesetiefe: Approfondi
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Boucle auto-entretenue de la formation d'une bulle spéculative
Le profil stylisé d'une bulle spéculative
Le prix d'un actif passe d'un indice 100 (période 0) à un sommet de 240 (période 6), avant de retomber à 90 (période 10). Calculez la variation en pourcentage lors de la phase d'envolée (de 100 à 240), puis lors du krach (de 240 à 90). Que révèle la comparaison de ces deux variations sur la nature d'une bulle ?
Taux de variation = (valeur d'arrivée − valeur de départ) / valeur de départ × 100. De 100 à 240 : (240 − 100)/100 × 100 = +140 %. Le prix est multiplié par 2,4 (coefficient multiplicateur 240/100 = 2,4).
Du sommet 240 au creux 90 : (90 − 240)/240 × 100 = −150/240 × 100 ≈ −62,5 %. Le prix perd près des deux tiers de sa valeur.
L'indice retombe à 90, sous le niveau initial de 100 : le krach efface non seulement la hausse spéculative mais ramène le prix en deçà de la valeur fondamentale de départ (sur-réaction à la baisse, typique de la panique).
L'asymétrie du profil — hausse progressive sur six périodes, effondrement brutal sur quatre — illustre la dynamique d'une bulle : l'euphorie mimétique gonfle lentement le prix, tandis que la prophétie auto-réalisatrice de baisse provoque un krach rapide. La hausse de +140 % n'était pas justifiée par les fondamentaux, ce que révèle a posteriori la chute.
Résultat : Envolée : +140 % ; krach : ≈ −62,5 %. Le profil asymétrique (hausse lente, chute brutale, retour sous le niveau initial) signale une bulle spéculative déconnectée de la valeur fondamentale.
Erreurs fréquentes
Révision active
À l'aide d'un exemple de votre choix (krach de 1929, bulle immobilière des années 2000…), montrez comment les comportements mimétiques et les prophéties auto-réalisatrices contribuent à la formation puis à l'éclatement d'une bulle spéculative.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité SES (sciences économiques et sociales) — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)
Antisélection (ex ante) et aléa moral (ex post) : deux effets d'une même asymétrie d'information
Pour chacune des situations suivantes, indiquez s'il s'agit d'antisélection ou d'aléa moral, en justifiant : a) une banque, certaine d'être renflouée par l'État en cas de faillite, accorde des prêts de plus en plus risqués ; b) un prêteur, incapable de distinguer les emprunteurs solides des emprunteurs fragiles, relève son taux d'intérêt, ce qui fait fuir les emprunteurs les plus sûrs.
Le changement de comportement (prêter de façon plus risquée) intervient APRÈS la mise en place de la garantie implicite de sauvetage. C'est une action cachée postérieure : il s'agit d'un aléa moral.
C'est l'aléa moral des banques « too big to fail » : protégée, la banque internalise les gains mais pas les pertes, ce qui l'incite à un excès de risque. C'est précisément ce que la régulation prudentielle cherche à corriger.
Le problème se pose AVANT la signature : le prêteur ne connaît pas la qualité (cachée) des emprunteurs. La hausse du taux moyen écarte les bons risques et ne retient que les mauvais. C'est une antisélection.
a) Aléa moral (ex post, action cachée, cas « too big to fail ») ; b) Antisélection (ex ante, qualité cachée, mécanisme des « lemons » d'Akerlof). La distinction tient au moment (avant/après le contrat) et à la nature de l'information (qualité cachée / action cachée).
Résultat : a) Aléa moral (ex post) ; b) Antisélection (ex ante). Le critère décisif : l'antisélection porte sur une qualité cachée avant le contrat, l'aléa moral sur un comportement caché après le contrat.
Erreurs fréquentes
Révision active
Distinguez l'antisélection de l'aléa moral. Montrez ensuite, à l'aide de l'exemple des banques « trop grandes pour faire faillite », comment l'aléa moral peut favoriser une prise de risque excessive et donc une crise financière.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité SES (sciences économiques et sociales) — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)
La spirale cumulative de désendettement après l'éclatement d'une bulle
Un ménage a acheté à crédit un logement valant 300 000 € avec un apport de 30 000 € (il a donc emprunté 270 000 €). À la suite de l'éclatement d'une bulle immobilière, le prix de son logement chute de 25 %. Calculez la nouvelle valeur du bien et la situation du ménage par rapport à sa dette, puis expliquez comment cette situation alimente la spirale cumulative de la crise.
Une baisse de 25 % conduit à multiplier la valeur par (1 − 0,25) = 0,75. Nouvelle valeur = 300 000 × 0,75 = 225 000 €.
Le ménage doit encore (au moins) 270 000 € de capital emprunté, alors que son bien ne vaut plus que 225 000 €. La dette excède la valeur du bien de 270 000 − 225 000 = 45 000 € : la valeur nette de son patrimoine immobilier est devenue négative (« negative equity »).
Se sentant appauvri (son patrimoine net a fondu de 30 000 € positifs à −45 000 €), le ménage réduit sa consommation. Multiplié par des millions de ménages, cet effet de richesse négatif déprime la demande globale.
Si le ménage est contraint de vendre (perte d'emploi, appel de garantie), il vend à perte ; ces ventes forcées font encore baisser les prix immobiliers, dégradent les garanties des banques qui resserrent le crédit (credit crunch), ce qui déprime davantage l'activité et les prix : la prophétie auto-réalisatrice de baisse et le paradoxe de la composition entretiennent le cercle vicieux.
Résultat : Le bien ne vaut plus que 225 000 € pour une dette de 270 000 € : patrimoine net négatif de 45 000 €. L'effet de richesse négatif, les éventuelles ventes forcées et la contraction du crédit s'enchaînent en spirale cumulative qui propage et amplifie la crise.
Erreurs fréquentes
Révision active
Après l'éclatement d'une bulle immobilière, montrez par quels mécanismes cumulatifs (effet de richesse, ventes forcées, contraction du crédit) la chute des prix d'actifs se transforme en crise financière auto-entretenue.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité SES (sciences économiques et sociales) — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)
De la panique bancaire au chômage : contagion et transmission à l'économie réelle
Une banque a collecté 1 000 millions d'euros de dépôts. Elle conserve 10 % de réserves liquides et a prêté ou investi le reste à plus long terme. À la suite d'une rumeur, des déposants exigent en urgence le retrait de 200 millions d'euros. Montrez que la banque, bien que solvable, peut se trouver en situation d'illiquidité, et reliez ce résultat à la prophétie auto-réalisatrice de la panique.
Avec un taux de réserve de 10 %, la banque détient immédiatement disponible : 1 000 × 0,10 = 100 millions d'euros. Les 900 millions restants sont immobilisés dans des prêts et placements de long terme, non mobilisables instantanément.
Les déposants réclament 200 millions, mais la banque ne dispose que de 100 millions liquides. Le déficit de liquidité est de 200 − 100 = 100 millions d'euros : la banque ne peut honorer tous les retraits immédiatement.
La banque reste solvable : ses actifs (prêts, placements) valent à terme plus que ses dettes. Mais elle est illiquide : elle ne peut transformer assez vite ses actifs en liquidités. Pour faire face, elle doit brader ses actifs (ventes forcées) ou emprunter d'urgence — sinon elle fait défaut.
Anticipant que la banque manquera de liquidités, chaque déposant a intérêt à retirer le premier ; ces retraits provoquent précisément la pénurie crainte. La panique se réalise du seul fait qu'elle est anticipée (modèle Diamond-Dybvig). C'est pourquoi un prêteur en dernier ressort, en fournissant les liquidités manquantes, peut éteindre la panique avant qu'elle ne devienne faillite.
Résultat : La banque dispose de 100 M€ liquides pour 200 M€ de retraits : déficit de 100 M€. Solvable mais illiquide, elle peut faire faillite si la panique se généralise — une dynamique auto-réalisatrice qu'un prêteur en dernier ressort peut interrompre.
Une banque ne garde qu'une fraction des dépôts sous forme liquide : c'est le système de réserves fractionnaires. Le reste est prêté ou investi à plus long terme.
Si beaucoup de déposants veulent retirer leur argent en même temps, la banque ne peut pas tous les rembourser : une banque pourtant solvable devient illiquide. C'est la panique bancaire.
La panique est une prophétie auto-réalisatrice : chacun retire parce qu'il croit que les autres vont retirer, ce qui provoque la pénurie de liquidités redoutée.
Par le marché interbancaire, la défaillance se propage aux autres banques : c'est la contagion, qui nourrit le risque systémique. Le crédit se contracte, l'investissement et la consommation chutent.
La production recule, les entreprises licencient : la crise financière est devenue une crise économique, avec une hausse du chômage. C'est tout l'enjeu de la régulation, qui cherche à briser cette chaîne en amont.
Erreurs fréquentes
Révision active
Montrez comment une panique bancaire peut faire chuter une banque solvable, puis comment, par contagion et risque systémique, la crise financière se transmet à l'économie réelle et provoque une hausse du chômage.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité SES (sciences économiques et sociales) — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)
Le ratio de solvabilité : un coussin de fonds propres pour absorber les pertes
Principe d'un ratio prudentiel de solvabilité
La banque doit détenir au minimum une certaine proportion de fonds propres rapportés à ses actifs pondérés selon leur risque. Plus elle prend de risques (dénominateur élevé), plus elle doit détenir de fonds propres (numérateur) pour respecter le seuil.
Le dilemme du prêteur en dernier ressort : éteindre la panique sans nourrir l'aléa moral
Une banque détient 50 millions d'euros de fonds propres et 800 millions d'euros d'actifs pondérés par les risques. a) Calculez son ratio de solvabilité. Respecte-t-elle un seuil minimal de 8 % ? b) Une crise lui inflige une perte de 40 millions d'euros sur ses actifs. Montrez que les fonds propres permettent d'absorber cette perte sans faillite, et recalculez le ratio après la perte (les actifs pondérés restant supposés à 800 M€).
Ratio = fonds propres / actifs pondérés par les risques = 50 / 800 = 0,0625, soit 6,25 %.
6,25 % est inférieur au seuil minimal de 8 % : la banque ne respecte PAS l'exigence prudentielle. Le superviseur lui demanderait de renforcer ses fonds propres (augmentation de capital, mise en réserve des bénéfices) ou de réduire ses actifs risqués.
La perte de 40 M€ vient diminuer les fonds propres : 50 − 40 = 10 M€ de fonds propres restants. Comme ce montant est positif, la banque reste solvable : ce sont les actionnaires (via les fonds propres) qui supportent la perte, pas les déposants ni l'État.
Nouveau ratio = 10 / 800 = 1,25 %. La banque survit mais est très fragilisée et largement sous le seuil : elle devra impérativement se recapitaliser. Le coussin de fonds propres a joué son rôle (éviter la faillite immédiate), ce qui illustre l'objectif du ratio ; et le fait que l'actionnaire perde d'abord son capital réduit son incitation à la prise de risque excessive (aléa moral).
Résultat : a) Ratio initial 6,25 %, sous le seuil de 8 % : non conforme. b) La perte de 40 M€ ramène les fonds propres à 10 M€ (banque solvable mais fragilisée), et le ratio à 1,25 % : le coussin a évité la faillite et fait porter la perte aux actionnaires, ce qui limite l'aléa moral.
Erreurs fréquentes
Révision active
Présentez deux instruments de régulation du système financier (supervision des banques et ratios de solvabilité) et montrez comment ils contribuent à réduire l'aléa moral des banques et le risque de crise.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité SES (sciences économiques et sociales) — classe terminale, voie générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)
Références et sources
Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol