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Le temps est une notion du programme de terminale (perspectives : « l’existence humaine et la culture », « la connaissance »). On y interroge la nature même du temps — énigme augustinienne —, l’opposition du temps objectif (mesuré, spatialisé) et du temps vécu (la durée de Bergson), la temporalité de la conscience (mémoire du passé, attention au présent, attente de l’avenir), enfin le rapport du temps à l’existence : finitude, mortalité, et la question de donner sens à une vie temporelle. Cette notion est pleinement au programme et évaluable à l’écrit (dissertation et explication de texte).
5sectionsca. 32min de lecture4compétencesNiveauBase 1 · Standard 2 · Approfondissement 2Vérifié · 06/2026
niveau de base
Maîtrisez d’abord les distinctions fondamentales — temps objectif (mesuré, le « combien de temps ») / temps vécu (la durée, le « comment je le vis »), passé / présent / avenir — et sachez résumer en une phrase la thèse de chaque auteur clé (Augustin : le temps se mesure dans l’âme ; Bergson : la durée n’est pas de l’espace).
niveau approfondi
Pour viser l’excellence, articulez le niveau de la connaissance (le temps de la science est-il le vrai temps ?) et le niveau de l’existence (comment vivre une vie finie ?). Confrontez précisément Augustin (le temps comme distension de l’âme), Bergson (la durée hétérogène) et Heidegger (l’existence comme être-vers-la-mort), et tenez la tension : si le temps n’existe que pour une conscience, qu’en est-il du temps « en soi » ?
Lesetiefe: Approfondi
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Les trois présents de l’âme (Augustin)
Les trois présents d’Augustin
Pour Augustin, ni le passé ni l’avenir n’existent comme tels : seul existe un présent, mais sous trois formes tenues ensemble par l’âme. Le passé subsiste comme mémoire, l’avenir comme attente, et le présent comme attention. Le temps est ainsi une « distentio animi », une distension de l’âme entre ces trois pôles.
Le temps existe-t-il en dehors de la conscience ? Dégagez le problème à partir de l’aporie augustinienne, examinez la thèse de la mesure du temps dans l’âme, puis demandez-vous ce qu’elle laisse subsister du temps « objectif ».
Le temps semble fait de ce qui n’est pas : le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore, et le présent, s’il ne passait pas, serait l’éternité. Or je mesure pourtant des durées (cette attente fut longue). Le problème est : comment une chose qui « tend à ne pas être » peut-elle être mesurée — et donc, a-t-elle un être hors de l’esprit qui la mesure ?
Augustin répond que ce ne sont pas les choses passées ou futures que je mesure, mais l’impression qu’elles laissent en moi. Il n’existe pas trois temps, mais trois présents dans l’âme : le présent du passé (mémoire), du présent (attention), de l’avenir (attente). Le temps est une « distentio animi », une distension de l’âme : c’est en elle, non dans les corps, que je trouve l’extension du temps.
On peut objecter qu’il y a bien un temps indépendant de moi : les astres tournent, les horloges battent, les corps vieillissent même quand nul ne les regarde. Le mouvement du monde semble fournir une mesure objective du temps, antérieure à toute conscience. Augustin distingue d’ailleurs le temps du mouvement des corps : le mouvement est dans le temps, il ne se confond pas avec lui.
Il faut distinguer deux questions. Au plan de la connaissance, un temps physique se mesure par le mouvement régulier des choses (le temps objectif). Mais au plan de l’expérience vécue, ce que je saisis et que je dis « long » ou « court » est l’impression dans l’âme (le temps vécu). Augustin ne supprime pas le temps des choses ; il montre que le temps comme durée éprouvée a son lieu dans la conscience. La tension objectif / subjectif reste le cœur de la notion.
Résultat : Le temps ne se réduit pas à une chose extérieure : c’est dans l’âme, comme distension entre mémoire, attention et attente, qu’on le mesure (Augustin). Mais cette thèse subjective ne nie pas tout temps objectif — le mouvement régulier des corps fournit une mesure indépendante de moi. Il faut donc distinguer le temps physique, objet de la science, et le temps vécu, éprouvé par la conscience : c’est cette dualité que la suite du cours va creuser avec Bergson.
Erreurs fréquentes
Révision active
Le temps existe-t-il en dehors de la conscience ? En vous appuyant sur l’analyse d’Augustin (le passé n’est plus, l’avenir pas encore, la mesure du temps dans l’âme), demandez-vous si le temps est une réalité des choses ou une dimension de l’esprit.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notion « le temps ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)
Le temps spatialisé et la durée (Bergson)
Temps mesuré vs durée vécue (Bergson)
Le temps de la science est traité comme une ligne : on le découpe en instants identiques juxtaposés, on peut le parcourir dans les deux sens. La durée vécue, au contraire, est un écoulement continu et hétérogène où le passé se prolonge dans le présent ; elle est irréversible et créatrice. Spatialiser le temps, c’est en perdre l’essence : le passage.
Le temps de la conscience est-il le même que le temps des horloges ? Exposez la distinction bergsonienne du temps spatialisé et de la durée, mesurez sa portée, puis demandez-vous si la durée prive le temps mesuré de toute légitimité.
Une même heure peut sembler interminable (l’ennui, l’attente) ou s’écouler en un éclair (le plaisir, l’absorption dans une tâche). L’horloge, elle, ne fait aucune différence : soixante minutes. Il y a donc un écart entre le temps mesuré, identique pour tous, et le temps vécu, propre à chacun. Le problème : lequel est le « vrai » temps ?
Bergson montre que, pour mesurer le temps, la science le représente comme une ligne : une succession de positions sur un cadran, d’instants identiques juxtaposés. Ce temps est homogène (tous les instants se valent), divisible et même réversible (on peut parcourir la ligne dans les deux sens). Mais ce faisant, on a traité le temps comme de l’espace — on l’a « spatialisé ».
La durée réelle, telle que la conscience la vit, est tout autre : un écoulement continu et hétérogène, où le passé se prolonge dans le présent et où aucun moment ne ressemble au précédent. Elle est irréversible : on ne revient pas en arrière. L’image du sucre qui fond le montre : « je dois attendre que le sucre fonde », je ne peux pas hâter cette durée — elle coïncide avec ma vie intérieure, non avec un nombre.
Faut-il alors disqualifier le temps des horloges ? Non : il est indispensable à la science, à l’action commune, à la coordination des hommes. Bergson lui reproche seulement de se faire passer pour LE temps, alors qu’il est une reconstruction abstraite et seconde. Le « vrai » temps, au sens de la donnée immédiate, est la durée ; le temps mesuré en est une projection spatiale, utile mais appauvrie.
Résultat : Le temps de la conscience n’est pas celui des horloges : le second est un temps spatialisé (homogène, divisible, réversible), le premier une durée vécue (hétérogène, continue, irréversible). Bergson ne supprime pas le temps mesuré — il en dénonce la prétention à être le temps réel. La durée est la donnée immédiate de la conscience ; le temps de la science en est l’abstraction. Le « vrai » temps, éprouvé, est celui que l’on vit, non celui que l’on compte.
Posez-vous une question simple : une heure d’ennui et une heure de bonheur durent-elles la même chose ? Pour l’horloge, oui — soixante minutes. Pour vous qui les vivez, certainement pas. C’est de cet écart que part Bergson.
Même heure, deux durées
Comment la science mesure-t-elle le temps ? En le représentant comme une ligne : une suite d’instants identiques, posés côte à côte sur un cadran. Mais en faisant cela, dit Bergson, on traite le temps comme de l’espace : on le « spatialise ».
Le temps spatialisé
À ce temps spatialisé, Bergson oppose la durée : un écoulement continu, sans coupures, où le passé se prolonge dans le présent. Aucun instant n’y ressemble au précédent : elle est hétérogène, et surtout irréversible — on ne revient jamais en arrière.
La durée
La leçon : le temps des horloges reste utile, mais ce n’est pas le temps réel. Le temps vécu, la durée, est la donnée immédiate de la conscience. Spatialiser le temps, c’est en perdre l’essence même — le passage, la nouveauté, la vie qui s’écoule.
Erreurs fréquentes
Révision active
Le temps de la conscience est-il le même que le temps des horloges ? En vous appuyant sur la distinction bergsonienne entre temps spatialisé et durée, demandez-vous lequel des deux mérite le nom de « vrai » temps, et ce que l’un fait perdre de l’autre.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notion « le temps ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)
Le présent épais : rétention, présent, protention (Husserl)
Le présent suffit-il à définir notre rapport au temps ? Montrez que le présent vécu est toujours « épais » (Husserl), distinguez les fonctions de la mémoire et du projet, puis demandez-vous ce que serait une existence enfermée dans l’instant.
On peut soutenir que seul le présent existe vraiment : le passé n’est plus, l’avenir pas encore. Notre rapport au temps se ramènerait à une succession de « maintenant ». Le « carpe diem » semble même en faire une sagesse : ne vivre que l’instant. Mais le présent est-il vraiment un point sans épaisseur ?
Husserl montre que non : tout présent vécu est entouré d’une rétention (le proche-passé qui résonne encore) et d’une protention (le proche-avenir anticipé). C’est pourquoi j’entends une mélodie et non des sons épars : les notes passées sont retenues, les suivantes attendues. Le présent est donc toujours chargé de passé et tendu vers l’avenir : il n’est jamais isolé.
Au-delà du proche-passé, la mémoire-souvenir (Bergson) fait revivre des événements datés et fonde le sentiment de durer, d’avoir une histoire. Symétriquement, le projet ouvre l’avenir : l’homme vit « en avance sur lui-même », il anticipe, espère, redoute, agit. Sans mémoire ni projet, il n’y aurait ni identité personnelle ni action véritable.
Une existence enfermée dans le seul présent serait sans mémoire (donc sans identité) et sans avenir (donc sans projet ni espérance) : ce ne serait pas vivre dans le temps, mais en être prisonnier, comme un animal qui n’aurait que l’instant. Notre rapport au temps suppose au contraire de relier les trois dimensions. Le « carpe diem » bien compris n’est pas l’oubli du passé et de l’avenir, mais l’art d’habiter pleinement un présent qui les porte.
Résultat : Le présent ne suffit pas à définir notre rapport au temps, car le présent vécu n’est jamais un point isolé : il retient un proche-passé (rétention) et anticipe un proche-avenir (protention), tandis que la mémoire-souvenir fonde notre histoire et le projet ouvre l’action. Une existence réduite à l’instant serait sans identité ni avenir. Vivre dans le temps, c’est lier passé, présent et avenir dans l’unité d’une conscience.
Erreurs fréquentes
Révision active
Le présent suffit-il à définir notre rapport au temps ? En vous appuyant sur la rétention et la protention (Husserl) et sur les deux mémoires (Bergson), demandez-vous comment la conscience relie passé, présent et avenir, et ce que serait une existence enfermée dans le seul présent.
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Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notion « le temps ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)
Trois sagesses du temps mortel
L’argument d’Épicure sur la mort
La mort et moi ne coexistons jamais : tant que je vis, la mort est absente ; lorsqu’elle survient, je ne suis plus là pour l’éprouver. La mort n’est donc jamais un objet d’expérience pour celui qui meurt. Épicure en conclut qu’il est vain de la craindre, et que la sagesse consiste à jouir sereinement du temps présent (l’ataraxie).
Faut-il avoir peur du temps qui passe ? Analysez l’angoisse devant la finitude, opposez-lui l’argument d’Épicure et la sagesse du « carpe diem », puis demandez-vous si la conscience de la mort est un malheur ou une condition du sens.
Le temps qui passe semble un ennemi : il emporte ce que nous aimons, nous fait vieillir, nous conduit à la mort. La conscience de la finitude est source d’angoisse — c’est elle qui rend le temps « tragique ». On comprend qu’on cherche à l’oublier dans le divertissement (Pascal) ou à le fuir. Le problème : cette peur est-elle justifiée ?
Épicure objecte que la crainte de la mort repose sur une confusion. La mort n’est jamais vécue : « tant que nous sommes, la mort n’est pas ; quand la mort est là, nous ne sommes plus. » La mort n’étant pour personne un objet d’expérience, il est vain de la redouter. Libéré de cette crainte, le sage peut jouir sereinement du présent : c’est l’ataraxie.
Le « carpe diem » d’Horace et la leçon de Sénèque vont dans le même sens : puisque l’avenir ne nous appartient pas, habitons pleinement le présent. Mais attention : Sénèque ne dit pas que la vie est courte, il dit que nous la perdons (« ce n’est pas que nous ayons peu de temps, c’est que nous en perdons beaucoup »). Bien vivre le temps, c’est ne pas le gaspiller — ce qui suppose, loin de l’oublier, d’en avoir une conscience lucide.
On peut aller plus loin : la finitude n’est pas qu’une limite subie, elle est une condition du sens. Une vie infinie, indéfiniment recommençable, rendrait tout choix indifférent : rien n’étant jamais irréversible, plus rien n’aurait de prix. C’est parce que le temps est compté que nos décisions engagent et que les instants ont de la valeur. Heidegger fait même de l’assomption lucide de la mort la condition d’une existence authentique.
Résultat : Il ne faut pas tant craindre le temps qui passe que craindre de le perdre. La mort n’étant jamais vécue, sa crainte est en partie vaine (Épicure) ; la sagesse consiste à habiter pleinement le présent sans gaspiller sa vie (Sénèque, le carpe diem). Mieux : la finitude n’est pas seulement une malédiction, elle est une condition du sens — c’est parce que le temps est compté que les instants ont du prix et que l’existence a du sérieux.
Erreurs fréquentes
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Faut-il avoir peur du temps qui passe ? Examinez l’angoisse devant la finitude, opposez-lui l’argument d’Épicure sur la mort et la sagesse du « carpe diem », puis demandez-vous si la conscience de la mort est un malheur ou une condition du sens de la vie.
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Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notion « le temps ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)
Donner sens au temps : mémoire, projet, présence
Peut-on donner un sens au temps qui passe ? Montrez d’abord en quoi le temps semble subi, puis dégagez les trois manières de l’habiter (mémoire, projet, présence), et précisez ce que veut dire « maîtriser » le temps.
Le temps semble nous échapper : il est irréversible, il « passe » sans que nous puissions l’arrêter ni revenir en arrière. À ce titre, nous paraissons le subir, comme un courant qui nous emporte. « Maîtriser le temps » au sens de le commander est donc impossible : ni l’arrêter, ni le remonter. Le problème est de savoir s’il reste pourtant un sens à dire que nous pouvons en être les maîtres.
Nos manières de parler le suggèrent : on dit « perdre », « gagner », « prendre » son temps. Or on ne perd ni ne gagne du temps physique (l’horloge avance pareil pour tous) : ce qu’on perd ou gagne, c’est l’emploi du temps, sa valeur. « Maîtriser le temps » ne désigne donc pas une maîtrise physique mais morale : bien l’employer, lui donner une forme. C’est une question de liberté.
On peut donner sens au temps de trois manières complémentaires. Par la mémoire : en faisant de mon passé une histoire cohérente, je me donne une identité (identité narrative). Par le projet et l’espérance : en me donnant une fin, je rassemble mes actions présentes en une œuvre orientée vers l’avenir. Par la présence : en habitant pleinement le moment (carpe diem), sans me disperser dans le regret ou l’inquiétude. Le temps cesse alors d’être un pur écoulement subi.
« Maîtriser le temps » ne signifie donc pas l’arrêter — ce qui est impossible et n’aurait pas de sens — mais l’habiter et l’orienter : assumer son passé, projeter son avenir, être présent à son présent. Ces trois voies ne s’opposent pas : une vie sensée les relie. Loin de seulement subir le temps, l’homme peut en faire l’étoffe d’une existence libre et orientée.
Résultat : On peut donner un sens au temps qui passe, non en l’arrêtant — il reste irréversible et subi en son cours — mais en l’habitant. « Maîtriser le temps » est une affaire morale, non physique : c’est bien l’employer. Trois voies complémentaires y conduisent : la mémoire (faire de son passé une histoire et une identité), le projet et l’espérance (orienter l’avenir), la présence au présent (habiter le moment). Ainsi le temps devient l’étoffe d’une vie orientée, et non un simple écoulement subi.
Erreurs fréquentes
Révision active
Peut-on donner un sens au temps qui passe ? En distinguant la mémoire, le projet et la présence au présent, demandez-vous si nous subissons le temps ou si nous pouvons en faire l’étoffe d’une vie orientée — et ce que signifie au juste « maîtriser » son temps.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notion « le temps ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)
Références et sources
Éduscol — ministère de l’Éducation nationale