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La nature est l’une des dix-sept notions du programme de philosophie de terminale (voie générale). Le programme n’assigne aucune notion à une perspective fixe, mais on l’éclaire surtout par deux des trois perspectives : « l’existence humaine et la culture » et « la connaissance ». La fiche analyse les sens du mot « nature » (essence, ordre du monde, ensemble des êtres non transformés par l’homme), interroge le rapport de l’homme à la nature (lui appartient-il ou s’en distingue-t-il ? doit-il la maîtriser ou la respecter ?) et le statut du vivant (mécanisme contre finalisme). On la travaille avec les repères du programme (en acte / en puissance, principe / cause / fin, transcendant / immanent) et la distinction nature / culture, et avec les grands auteurs (Aristote, Descartes, Kant, Jonas).
5sectionsca. 25min de lecture4compétencesNiveauBase 1 · Standard 3 · Approfondissement 1Vérifié · 06/2026
niveau de base
Maîtrisez d’abord les distinctions de base (les trois sens de « nature » ; nature / culture / artifice ; mécanisme / finalisme) et un exemple par thèse : c’est le socle exigible à l’épreuve écrite.
niveau approfondi
Pour viser l’excellence, sachez confronter Aristote, Descartes, Kant et Jonas sur un même problème (faut-il maîtriser ou respecter la nature ?) et manier finement les repères du programme (principe / cause / fin, en acte / en puissance, transcendant / immanent) au service d’une dissertation problématisée.
Lesetiefe: Approfondi
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Les trois sens du mot « nature »
« Qu’appelle-t-on “nature” ? » Dégagez et ordonnez les sens du mot, puis montrez le problème qu’ils posent.
« La nature de l’homme », « la nature du nombre » : la nature désigne ici ce qu’une chose est fondamentalement, ses caractères propres et permanents. Ce sens s’oppose à l’accidentel (ce qui pourrait ne pas être) et à l’artificiel (ce qui est ajouté du dehors).
« Les lois de la nature », « il est dans la nature des corps de tomber » : la nature est le système réglé du réel, le cours nécessaire et connaissable des choses. Ce sens s’oppose au miracle (rupture de l’ordre) et au pur hasard.
« Protéger la nature », « vivre en pleine nature » : la nature est tout ce qui existe sans intervention humaine. Ce sens s’oppose à l’artificiel et au culturel, c’est-à-dire à ce que l’homme produit et transforme.
Ces sens ne coïncident pas : l’homme a une « nature » (essence), il obéit aux « lois de la nature » (ordre), mais il transforme « la nature » (les êtres naturels) par la culture. D’où la question centrale : l’homme est-il dans la nature ou hors d’elle ?
Résultat : « Nature » a au moins trois sens — essence d’une chose, ordre légal des phénomènes, ensemble des êtres non produits par l’homme. Les distinguer est la condition d’un raisonnement rigoureux et fait surgir le vrai problème : la place de l’homme, à la fois être de nature et être de culture.
Erreurs fréquentes
Révision active
« Qu’appelle-t-on “nature” ? » Construisez le plan détaillé d’une introduction : distinguez les trois sens du mot (essence, ordre des phénomènes, ensemble des êtres non transformés par l’homme), montrez ce que chacun oppose à la nature (l’accident, le miracle, l’artifice) et dégagez le problème que pose leur articulation.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)
La frontière nature / culture
« La culture nous éloigne-t-elle de la nature ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.
La culture (technique, langage, institutions) semble nous arracher à l’état naturel : nous mangeons cuit, vivons dans des villes, suivons des règles. Mais « s’éloigner de la nature » peut signifier la quitter (impossible : nous restons des vivants) ou seulement la transformer. Tout dépend du sens de « nature ».
Par la culture, l’homme s’affranchit de l’instinct : Rousseau parle de perfectibilité, cette faculté de se transformer qui n’existe pas chez l’animal réglé par sa nature. La culture introduit de l’artifice, de la convention, là où la nature ne commandait rien.
Mais l’homme demeure un être naturel : il naît, a faim, vieillit. La culture n’abolit pas la nature, elle la travaille. L’interdit de l’inceste (Lévi-Strauss) le montre : règle universelle ET instituée, il articule les deux au lieu de les opposer.
La culture n’éloigne pas l’homme de la nature comme on quitte un lieu : elle est sa manière propre d’y vivre. S’éloigner de l’instinct, ce n’est pas sortir de la nature, c’est s’y rapporter librement.
Résultat : La culture ne nous éloigne de la nature que si l’on réduit « nature » à l’instinct ou à l’état sauvage. Comprise comme la façon humaine d’habiter la nature, la culture la prolonge et la transforme sans nous en faire sortir : l’homme est un être de nature dont le propre est la culture.
Erreurs fréquentes
Révision active
« La culture nous éloigne-t-elle de la nature ? » Élaborez un plan : montrez d’abord en quoi l’homme reste un être de nature, puis en quoi la culture le distingue de l’animal (perfectibilité, transmission), enfin pourquoi la culture n’est pas une sortie hors de la nature mais une manière humaine d’y vivre. Appuyez chaque moment sur un exemple précis.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)
Mécanisme contre finalisme sur le vivant
La finalité interne de l’organisme (Kant)
Dans une machine, les parties n’existent pas les unes pour les autres (un rouage ne fabrique pas les autres rouages). Dans un organisme, au contraire, chaque partie est réciproquement fin et moyen des autres : l’organisme se produit, s’entretient et se répare lui-même. C’est ce caractère « auto-organisé » qui, selon Kant, nous oblige à penser le vivant par la finalité, là où la simple cause efficiente ne suffit pas.
Les quatre causes d’Aristote (l’exemple de la statue / du vivant)
« Le vivant n’est-il qu’une machine ? » Confrontez le mécanisme et le finalisme, puis proposez un dépassement.
Le corps vivant peut être décrit comme une machine : un assemblage d’organes obéissant aux lois du mouvement. Descartes rejette les causes finales en physique et fait de l’animal un automate. La biologie confirme qu’on explique le vivant par des causes physico-chimiques.
Mais une machine est fabriquée du dehors et ne se reproduit pas elle-même. Un organisme, lui, se développe, se nourrit, se répare et engendre son semblable : il s’auto-organise. Aristote y voit une fin interne (le gland tend vers le chêne) ; le vivant n’est pas un simple agrégat.
Faut-il alors affirmer des fins réelles dans la nature ? Kant répond avec prudence : on ne peut pas comprendre un organisme sans l’idée de finalité (le tout y est cause et effet de ses parties), mais cette finalité est un principe régulateur de notre jugement, non une cause objectivement démontrée.
Le vivant n’est pas qu’une machine : il s’auto-produit, là où la machine est produite. Mais l’on ne peut pas davantage prouver des fins réelles dans la nature : la finalité reste une manière nécessaire, pour nous, de penser l’organisme.
Résultat : Réduire le vivant à une machine manque sa spécificité — l’auto-organisation, par laquelle un organisme est cause et effet de lui-même. Mais affirmer des fins réelles dans la nature outrepasse ce que nous pouvons connaître : avec Kant, la finalité est un principe régulateur de notre jugement, ni illusion pure, ni fait démontré.
Regardez un œil, une racine, une aile : tout semble « fait pour » quelque chose. Le vivant donne l’impression d’être ordonné en vue d’une fin. D’où la grande question : faut-il l’expliquer par des causes, comme une machine, ou par des fins ?
Descartes tranche du côté de la machine. Il rejette les causes finales : nous ne connaissons pas les desseins de Dieu. Le corps animal n’est qu’un automate, un assemblage de rouages qui obéit aux seules lois du mouvement. C’est la thèse de l’animal-machine.
Aristote, lui, comprend le vivant par sa fin. La nature est un principe interne : le gland tend de lui-même vers le chêne. Parmi les quatre causes, c’est la cause finale qui prime — car « la nature ne fait rien en vain ». Le vivant passe de la puissance à l’acte.
Kant fait la synthèse critique. Impossible de comprendre un organisme sans l’idée de fin : dans le vivant, le tout est cause et effet de ses parties. Mais cette finalité n’est pas une cause prouvée de la nature ; c’est un principe régulateur, une manière nécessaire pour notre jugement de penser le vivant.
Erreurs fréquentes
Révision active
« Le vivant n’est-il qu’une machine ? » Construisez une dissertation : opposez le modèle mécaniste (Descartes, l’animal-machine) à la spécificité du vivant (organisation interne, autoproduction), puis interrogez le statut de la finalité (réelle ? ou seulement principe pour notre jugement, selon Kant ?).
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La maîtrise de la nature : projet, présupposé, limite
« L’homme doit-il chercher à maîtriser la nature ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.
« Maîtriser » signifie connaître pour agir et transformer. Mais « doit-il » pose une question de droit, non de fait : la maîtrise est-elle légitime, jusqu’où, et à quel prix ? La nature est-elle un simple moyen, ou a-t-elle une valeur qui borne notre droit sur elle ?
Maîtriser la nature libère l’homme de la maladie, de la faim, de la peur. Descartes en fait le programme de la science : se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature » pour le bien de tous. La maîtrise est d’abord émancipation : cesser de subir.
Mais on ne maîtrise la nature qu’en lui obéissant (Bacon) : la puissance présuppose la connaissance et le respect des lois. Et la maîtrise illimitée se retourne contre l’homme — épuisement, pollution, dérèglement : la démesure menace les conditions de la vie.
L’homme doit chercher à maîtriser la nature, mais cette maîtrise doit se limiter elle-même : non plus dominer sans frein, mais administrer avec mesure et responsabilité. La vraie maîtrise est aussi maîtrise de soi.
Résultat : L’homme doit légitimement chercher à maîtriser la nature, parce que cette maîtrise l’émancipe ; mais elle suppose qu’on obéisse aux lois naturelles et qu’on en limite l’usage, sous peine de démesure. Bien comprise, la maîtrise de la nature appelle une maîtrise de soi — ce qui ouvre sur la responsabilité.
Erreurs fréquentes
Révision active
« L’homme doit-il chercher à maîtriser la nature ? » Élaborez un plan : montrez la légitimité et la portée émancipatrice du projet de maîtrise (Descartes), puis ses présupposés (obéir pour commander, Bacon), enfin ses limites et ses dangers (la démesure, la crise écologique), pour préparer la question du respect.
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Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)
Du maîtriser au respecter : le principe responsabilité (Jonas)
« Avons-nous des devoirs envers la nature ? » Construisez une réponse argumentée en trois moments.
On peut soutenir, dans une perspective classique, que le devoir suppose un sujet capable de droits : nous aurions des devoirs envers les hommes, non envers les choses. La nature ne serait qu’un moyen, dont l’usage est réglé par nos devoirs envers autrui (ne pas nuire aux autres en la détruisant).
Mais notre technique peut désormais altérer durablement la biosphère et compromettre l’avenir de l’humanité. Jonas en tire un impératif élargi : agir de façon compatible avec la permanence d’une vie authentiquement humaine. Nous sommes responsables des générations futures — donc de la nature qui les rend possibles.
Avoir des devoirs « envers » la nature ne signifie pas la diviniser ni renoncer à agir : l’homme doit transformer pour vivre. Le respect est une mesure, non une abstention. L’heuristique de la peur invite à la prudence devant l’irréversible, sans paralyser toute action.
Nous avons bien des devoirs relatifs à la nature — au moins indirectement, envers les hommes présents et futurs, et selon Jonas envers l’existence même d’un monde habitable. Cela définit une maîtrise responsable, qui se donne des limites au nom de l’avenir.
Résultat : Que nos devoirs visent directement la nature ou, à travers elle, les générations futures, la puissance technique nous rend responsables d’un monde habitable. Avec Jonas, respecter la nature n’est pas la sacraliser : c’est limiter sa propre maîtrise au nom de la permanence d’une vie humaine — une maîtrise devenue responsable.
Erreurs fréquentes
Révision active
« Avons-nous des devoirs envers la nature ? » Construisez une dissertation : examinez d’abord la thèse selon laquelle nous n’aurions de devoirs qu’envers les personnes (la nature n’étant qu’un moyen), puis montrez, avec Jonas, pourquoi la puissance technique nous rend responsables des générations futures et du vivant, et concluez sur une maîtrise responsable.
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Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)
Références et sources
Éduscol — ministère de l’Éducation nationale
Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale