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Fiches/SES — Sciences économiques et sociales/La structure de la société française actuelle
Fiches · SES — Sciences économiques et socialesFR · Bac

La structure de la société française actuelle

L'espace social français est structuré par une multiplicité de facteurs (PCS, revenu, diplôme, position dans le cycle de vie, sexe, lieu de résidence, composition du ménage) que l'INSEE synthétise dans la nomenclature des PCS. Deux grandes traditions sociologiques en proposent la lecture : l'approche en termes de classes sociales antagonistes (Karl Marx) et l'approche multidimensionnelle de la stratification (Max Weber). Les évolutions de la structure socioprofessionnelle depuis 1950 — déclin des agriculteurs et des ouvriers, essor des cadres, débat moyennisation/polarisation — invitent à s'interroger sur la pertinence actuelle d'une analyse en termes de classes. Ce thème est pleinement au programme de l'épreuve écrite de terminale.

5 sections·~21 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·0666 / 12
Profil d’examen
Socio 1.1 · Comprendre que l'identification des groupes sociaux se fait à partir de différents critères (PCS, revenu, diplôme, composition du ménage, position dans le cycle de vie, sexe, lieu de résidence)Socio 1.2 · Comprendre que la multiplicité des critères de différenciation sociale conduit à s'interroger sur la pertinence d'une approche en termes de classes socialesSocio 1.3 · Savoir distinguer les approches en termes de classes sociales (Marx) et de stratification sociale (Weber)Socio 1.4 · Comprendre les évolutions de la structure socioprofessionnelle en France depuis la seconde moitié du XXe siècle et savoir illustrer leur effet sur la pertinence d'une approche en termes de classes
Opérateurs :définirdistinguerillustrerinterpréterlire un tableau / un graphiquecalculer une proportionargumenter / discuter

niveau de base

Maîtrise d'abord les définitions clés (structure sociale, PCS, classe sociale, stratification) et sache lire un graphique d'évolution des PCS pour décrire la société française aujourd'hui.

niveau approfondi

Sache mettre en tension Marx et Weber et mobiliser le débat moyennisation/polarisation pour discuter, exemples chiffrés à l'appui, la pertinence actuelle d'une lecture en termes de classes.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. La structure de la société française actuelle
    • 01Les facteurs de structuration de l'espace social français○
    • 02Les PCS : un outil de description de la société française◐
    • 03L'approche en termes de classes sociales : la lecture marxienne◐
    • 04L'approche en termes de stratification : la lecture wébérienne●
    • 05Moyennisation, polarisation : la structure sociale aujourd'hui●
§ 01

Les facteurs de structuration de l'espace social français#

●○○BaseLPeduscol-programme-ses

L'espace social multidimensionnel

L'espace social multidimensionnelroue segmentée, 7 segments, Données: Position sociale, PCS, Revenu, Diplôme, Âge, Sexe, Lieu de résidence, MénagePCSRevenuDiplômeÂgeSexeLieu de résidenceMénagePosition sociale

Points clés

La structure sociale désigne la manière dont une société est organisée en groupes sociaux hiérarchisés et différenciés ; l'espace social est l'ensemble des positions occupées par les individus, structuré par des distances sociales.
L'identification des groupes sociaux repose sur une multiplicité de critères : la catégorie socioprofessionnelle (PCS), le revenu, le diplôme, la position dans le cycle de vie (âge), le sexe, le lieu de résidence et la composition du ménage. Aucun critère pris isolément n'épuise la description de la société.
Ces facteurs se cumulent et se recoupent partiellement : un cadre diplômé, résidant en centre-ville d'une grande métropole, ne se distingue pas seulement d'un ouvrier par sa PCS, mais aussi par son revenu, son diplôme et souvent son lieu de résidence. Les inégalités sont ainsi multiformes et parfois cumulatives.
Mais ces facteurs peuvent aussi se croiser de façon non congruente : une jeune femme diplômée mais en début de carrière peut avoir un diplôme élevé et un revenu faible. La multidimensionnalité de l'espace social explique pourquoi un seul axe (par exemple le revenu) ne suffit jamais à rendre compte des positions sociales.
Le sexe et l'âge structurent l'espace social : à PCS identique, femmes et hommes connaissent des écarts de salaire et de carrière ; la position dans le cycle de vie (étudiant, actif, retraité) modifie revenu et mode de vie. Le lieu de résidence (métropole, périurbain, rural) et la composition du ménage (personne seule, couple, famille monoparentale) sont également différenciateurs.
Exemple corrigé

Lire et croiser plusieurs critères de différenciation

Un document indique qu'en France, parmi les actifs occupés, le salaire net mensuel médian d'un cadre est d'environ 3 200 € et celui d'un ouvrier d'environ 1 700 €. Par ailleurs, 80 % des cadres sont diplômés du supérieur contre 20 % des ouvriers. À partir de ces données, montrez que l'identification des groupes sociaux mobilise plusieurs critères.

  1. 01Identifier les critères mobilisés

    Le document croise trois critères : la PCS (cadres / ouvriers), le revenu (salaire médian) et le diplôme (part de diplômés du supérieur). On ne décrit donc pas la société avec un seul axe.

  2. 02Calculer un écart pour objectiver la distance

    Rapport des salaires médians : 3 200 / 1 700 ≈ 1,88. Le salaire médian d'un cadre est donc environ 1,9 fois celui d'un ouvrier.

  3. 03Montrer la cohérence partielle des critères

    Les critères se renforcent ici : être cadre va de pair avec un revenu et un diplôme plus élevés. La distance sociale entre les deux groupes est donc cumulative (PCS + revenu + diplôme).

  4. 04Nuancer

    Les critères ne se superposent pas parfaitement : 20 % des ouvriers sont diplômés du supérieur et tous les cadres ne le sont pas. La position sociale résulte d'une combinaison de facteurs, jamais d'un seul.

Résultat : L'identification des groupes sociaux mobilise simultanément la PCS, le revenu et le diplôme : ces critères convergent largement (distance cumulative entre cadres et ouvriers) sans pour autant se confondre, ce qui justifie une lecture multidimensionnelle de l'espace social.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir citer et illustrer au moins quatre facteurs de structuration sociale à partir d'un document statistique de l'INSEE.
  • Objectif Bac : être capable de montrer, sur un exemple, que la combinaison de plusieurs critères (revenu + diplôme + PCS) décrit mieux une position sociale qu'un critère unique.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la structure sociale au seul revenu : la position sociale ne se résume pas à un montant, le diplôme, la PCS ou le mode de vie comptent tout autant.
  • Confondre « facteur de structuration » (critère qui différencie les positions) et « inégalité » : un facteur comme le lieu de résidence structure l'espace social sans être en lui-même une inégalité, même s'il en produit.

Révision active

À partir d'un tableau de l'INSEE croisant niveau de diplôme et revenu salarial médian, montrez que l'identification des groupes sociaux mobilise plusieurs critères qui ne se superposent pas parfaitement.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de SES de terminale (voie générale) — sociologie : structure et stratification sociales (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 02

Les PCS : un outil de description de la société française#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

La répartition des actifs occupés par PCS

Répartition des actifs occupés par PCSDiagramme en colonnes: part (%), Données: part des actifs occupés (%) · Agriculteurs: 2; part des actifs occupés (%) · Artisans, commerçants: 7; part des actifs occupés (%) · Cadres, prof. sup.: 21; part des actifs occupés (%) · Professions interm.: 26; part des actifs occupés (%) · Employés: 26; part des actifs occupés (%) · Ouvriers: 180510152025AgriculteursArtisans,commerçantsCadres,prof. sup.Professionsinterm.EmployésOuvriers2721262618part (%)
Fig. 2Part des grands groupes socioprofessionnels parmi les actifs occupés en France (ordres de grandeur récents) : la nomenclature des PCS comme outil de description de la structure sociale.

Points clés

La nomenclature des PCS (professions et catégories socioprofessionnelles) est construite par l'INSEE. Elle classe la population active en grands groupes à partir de critères tels que le métier, le statut (salarié/indépendant), la position hiérarchique et la qualification.
Le premier niveau distingue six grandes catégories d'actifs : (1) agriculteurs exploitants, (2) artisans, commerçants et chefs d'entreprise, (3) cadres et professions intellectuelles supérieures, (4) professions intermédiaires, (5) employés, (6) ouvriers ; deux catégories complètent la nomenclature pour l'ensemble de la population : (7) retraités et (8) autres personnes sans activité professionnelle.
Les PCS ne sont pas un simple classement professionnel : elles visent à regrouper des individus partageant des conditions d'existence et souvent des comportements proches (pratiques culturelles, opinions, modes de vie). Elles supposent une certaine homogénéité sociale interne à chaque catégorie.
Avantages : nomenclature officielle, stable dans le temps, permettant des comparaisons et la production de statistiques sociales. Limites : l'hétérogénéité interne croît (un « employé » de banque diffère d'un « employé » de commerce) ; elles décrivent mal les personnes hors emploi, les pluriactifs et les frontières entre salariat et indépendance (statuts d'autoentrepreneur, plateformes).
La PCS d'une personne se rattache à sa profession ; celle d'un ménage est souvent définie par la « personne de référence ». Lire les PCS suppose de distinguer effectif (nombre de personnes) et proportion (part, en %), et de savoir calculer une part : part = (effectif de la catégorie / effectif total) × 100.
part de la PCS i=effectif de la PCS ieffectif total×100\text{part de la PCS } i = \dfrac{\text{effectif de la PCS } i}{\text{effectif total}} \times 100part de la PCS i=effectif totaleffectif de la PCS i​×100

Part d'une catégorie (en %)

On rapporte l'effectif d'une PCS à l'effectif total des actifs occupés, multiplié par 100 pour obtenir un pourcentage.

taux de variation=Varriveˊe−VdeˊpartVdeˊpart×100\text{taux de variation} = \dfrac{V_{\text{arrivée}} - V_{\text{départ}}}{V_{\text{départ}}} \times 100taux de variation=Vdeˊpart​Varriveˊe​−Vdeˊpart​​×100

Taux de variation d'une part (en %)

Permet de mesurer l'évolution dans le temps de la part d'une PCS, par exemple entre 1982 et aujourd'hui.

Exemple corrigé

Calculer et interpréter des parts de PCS

On suppose que, parmi 26 millions d'actifs occupés, on dénombre environ 5,5 millions de cadres et professions intellectuelles supérieures et 4,7 millions d'ouvriers. Calculez la part (en %) de chaque catégorie dans l'emploi total, puis interprétez le résultat au regard de la structure de la société française.

  1. 01Calculer la part des cadres

    On rapporte l'effectif des cadres à l'effectif total et on multiplie par 100.

  2. 02Calculer la part des ouvriers

    On procède de même pour les ouvriers.

  3. 03Comparer

    Les cadres représentent environ 21 % des actifs occupés contre environ 18 % pour les ouvriers : les cadres sont désormais plus nombreux que les ouvriers, ce qui aurait été impensable dans la France industrielle des années 1950.

  4. 04Interpréter

    Cette structure reflète la tertiarisation et l'élévation des qualifications : le groupe ouvrier, longtemps dominant, recule au profit des PCS qualifiées du tertiaire (cadres, professions intermédiaires, employés).

Résultat : Les cadres représentent environ 21,2 % des actifs occupés et les ouvriers environ 18,1 % : la nomenclature des PCS révèle une société française tertiarisée où les emplois qualifiés ont supplanté l'emploi ouvrier en volume.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : connaître les grandes catégories de la nomenclature des PCS et savoir les mobiliser pour décrire la société française.
  • Objectif Bac : savoir lire et interpréter un tableau ou un graphique en effectifs et en proportions de PCS, et calculer une part ou une variation.

Erreurs fréquentes

  • Croire que les PCS sont un classement par revenu : ce sont des catégories socioprofessionnelles fondées sur le métier, le statut et la qualification, pas un barème salarial (un artisan peut gagner plus qu'un cadre).
  • Confondre « employés » et « ouvriers » : les employés occupent surtout des emplois tertiaires (commerce, administration, services), les ouvriers des emplois d'exécution industriels ou de chantier ; ce sont deux PCS distinctes.

Révision active

À l'aide d'un tableau donnant l'effectif des actifs occupés par PCS, calculez la part (en %) des cadres et celle des ouvriers, puis comparez-les et commentez ce que cela révèle de la structure de la société française.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de SES de terminale — nomenclature des PCS et description de la société (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol) · Nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS) (INSEE)

§ 03

L'approche en termes de classes sociales : la lecture marxienne#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

La structure de classes selon Marx

La structure de classes selon MarxGraphe, Bourgeoisie (moyens de production) → Prolétariat (vend sa force de travail)Bourgeoisie(moyens deproduction)Prolétariat(vend sa forcede travail)exploitation,luttes

Points clés

Pour Karl Marx, la société est structurée par les rapports de production : la place dans le système économique dépend de la propriété (ou non) des moyens de production (terre, usines, capital). Deux grandes classes antagonistes s'opposent dans la société capitaliste : la bourgeoisie (qui possède les moyens de production) et le prolétariat (qui ne possède que sa force de travail).
L'approche marxienne est unidimensionnelle (le critère décisif est économique : le rapport aux moyens de production), dichotomique (deux classes principales) et conflictuelle : les intérêts des classes sont irréductiblement opposés, ce qui fonde la « lutte des classes » comme moteur de l'histoire.
Marx distingue la « classe en soi » (les individus qui partagent objectivement la même position dans les rapports de production) et la « classe pour soi » (la classe devenue consciente d'elle-même, dotée d'une conscience de classe et d'une volonté d'action collective). Une classe n'existe pleinement, au sens fort, que lorsqu'elle se mobilise pour défendre ses intérêts.
La conscience de classe suppose des conditions favorables : conditions de vie et de travail communes, sentiment d'appartenance, organisations (syndicats, partis) et opposition à une autre classe. Sans elle, il n'y a qu'une classe « en soi », latente.
Cette approche met l'accent sur la domination et l'exploitation : la classe dominante extrait une plus-value du travail de la classe dominée. Elle reste un cadre puissant pour penser les rapports de pouvoir économiques, même si la réalité contemporaine est plus différenciée que le schéma à deux classes.
Exemple corrigé

Distinguer classe en soi et classe pour soi

Des ouvriers d'une même région partagent les mêmes conditions de travail et de salaire, mais ne se mobilisent pas collectivement et ne se reconnaissent pas comme un groupe uni. À l'aide de l'analyse marxienne, qualifiez leur situation et précisez ce qui leur manque pour constituer une classe au sens fort.

  1. 01Identifier la position objective

    Ces ouvriers occupent la même place dans les rapports de production : ils vendent leur force de travail et ne possèdent pas les moyens de production. Ils forment donc objectivement une « classe en soi ».

  2. 02Repérer ce qui fait défaut

    Il leur manque la conscience de classe : ils ne se reconnaissent pas comme un groupe partageant des intérêts communs et opposés à ceux de la classe dominante, et ne s'organisent pas pour les défendre.

  3. 03Nommer l'état visé

    Pour devenir une « classe pour soi », il faudrait qu'ils prennent conscience de leur position commune, développent un sentiment d'appartenance et se mobilisent collectivement (par exemple via un syndicat).

  4. 04Conclure sur l'enjeu théorique

    Marx montre ainsi que l'existence objective d'une classe ne suffit pas : c'est la conscience de classe qui transforme une catégorie statistique en acteur historique capable de mener la lutte des classes.

Résultat : Ces ouvriers constituent une classe en soi (position objective commune dans les rapports de production) mais pas encore une classe pour soi : il leur manque la conscience de classe et l'organisation collective qui en feraient un acteur de la lutte des classes.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir présenter les trois caractéristiques de l'approche marxienne (critère économique, antagonisme, dimension conflictuelle) et la distinction classe en soi / classe pour soi.
  • Objectif Bac : être capable d'illustrer la notion de conscience de classe et de discuter sa pertinence dans la société française actuelle.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la classe marxienne au seul niveau de revenu : pour Marx, le critère décisif n'est pas combien on gagne, mais la position dans les rapports de production (propriétaire ou non des moyens de production).
  • Croire que « classe en soi » et « classe pour soi » désignent deux classes différentes : il s'agit de deux états d'une même classe, selon qu'elle a ou non pris conscience d'elle-même.

Révision active

À l'aide de la distinction classe en soi / classe pour soi, expliquez pourquoi, pour Marx, l'existence objective d'une classe ne suffit pas à en faire un acteur historique.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de SES de terminale — approches des classes sociales (Marx) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 04

L'approche en termes de stratification : la lecture wébérienne#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

Marx vs Weber : deux lectures de la structure sociale

Marx vs Weber : deux lectures de la structure socialeTableau de 3 colonnes et 5 lignes, Données: Critère · Marx · Weber; Notion · classes sociales · stratification; Critère · économique (capital) · pluridimensionnel; Dimensions · une (rapport de production) · économique, social, politique; Structure · dichotomique · gradualiste (strates); Rapport · conflit (lutte des classes) · pas nécessairement conflictuel, cellule mise en évidence : économique, social, politiqueCRITÈREMARXWEBERNOTIONclasses socialesstratificationCRITÈREéconomique (capital)pluridimensionnelDIMENSIONSune (rapport de production)économique, social,politiqueSTRUCTUREdichotomiquegradualiste (strates)RAPPORTconflit (lutte des classes)pas nécessairementconflictuel

Points clés

Pour Max Weber, la hiérarchie sociale est multidimensionnelle : la position d'un individu se définit selon trois ordres autonomes — l'ordre économique (les classes, définies par les chances d'accès aux biens et au marché), l'ordre social (les groupes de statut, définis par le prestige, l'honneur et le mode de vie) et l'ordre politique (les partis, qui visent la conquête du pouvoir).
Les classes wébériennes ne reposent pas, comme chez Marx, sur le seul rapport aux moyens de production, mais sur les « chances de vie » offertes par la position sur le marché (revenu, patrimoine, qualifications). Un médecin et un commerçant aisé peuvent appartenir à des classes proches sans posséder de moyens de production.
Les groupes de statut (Stände) regroupent des individus partageant un même prestige et un même mode de vie, indépendamment du revenu : la noblesse, un corps de métier honoré ou un groupe défini par son style de vie en relèvent. Statut social et position économique ne coïncident pas toujours.
L'approche wébérienne est ainsi multidimensionnelle, gradualiste (la société est faite de strates qui se distinguent par degrés, et non de deux blocs opposés) et n'implique pas nécessairement le conflit : la stratification décrit des positions hiérarchisées sans postuler une lutte structurelle entre elles.
Cette lecture prolonge le débat avec Marx : là où Marx voit deux classes antagonistes définies par un critère économique unique, Weber voit une stratification continue où économie, prestige et pouvoir se combinent. Pierre Bourdieu s'inscrit dans cette tradition multidimensionnelle en structurant l'espace social par le capital économique et le capital culturel.
Exemple corrigé

Mobiliser les trois ordres de Weber sur un cas

Un enseignant du secondaire dispose d'un revenu modéré, d'un fort prestige social lié à sa fonction et adhère à un syndicat actif. À l'aide de l'analyse wébérienne, montrez en quoi sa position sociale ne peut être réduite à une seule dimension.

  1. 01Situer dans l'ordre économique

    Du point de vue de la classe (ordre économique), son revenu est modéré : sa position sur le marché et ses chances de vie le placent dans une classe moyenne, sans patrimoine considérable.

  2. 02Situer dans l'ordre social

    Du point de vue du groupe de statut (ordre social), il bénéficie d'un prestige élevé attaché à la fonction enseignante et d'un mode de vie reconnu : son statut est supérieur à ce que son seul revenu laisserait penser.

  3. 03Situer dans l'ordre politique

    Du point de vue du parti (ordre politique), son adhésion syndicale traduit une volonté de peser collectivement sur la défense d'intérêts : il s'inscrit dans l'ordre du pouvoir.

  4. 04Conclure

    Les trois ordres ne se superposent pas : revenu modéré, prestige élevé, engagement politique. La position sociale est donc multidimensionnelle, ce qui illustre l'apport de Weber par rapport au critère économique unique de Marx.

Résultat : La position de cet enseignant se lit sur les trois ordres wébériens — classe moyenne (économique), fort prestige (statut), engagement collectif (politique) — qui ne coïncident pas : sa situation illustre la nature multidimensionnelle de la stratification chez Weber.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir présenter les trois ordres wébériens (économique / social / politique) et expliquer en quoi l'approche est multidimensionnelle.
  • Objectif Bac : savoir construire un tableau comparatif Marx / Weber (critère, nombre de groupes, dimension conflictuelle ou non) et l'utiliser dans une argumentation.

Erreurs fréquentes

  • Présenter Weber comme l'opposé absolu de Marx en niant toute notion de classe chez lui : Weber conserve la notion de classe (ordre économique), mais y ajoute le statut et le parti — il enrichit, il ne supprime pas.
  • Confondre « classe » et « groupe de statut » chez Weber : la classe relève de la position économique sur le marché, le groupe de statut du prestige et du mode de vie ; les deux peuvent ne pas coïncider.

Révision active

Construisez un tableau comparant l'approche de Marx et celle de Weber selon trois critères (nombre de dimensions, nombre de groupes, place du conflit), puis rédigez un paragraphe montrant en quoi Weber complexifie l'analyse de Marx.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de SES de terminale — stratification sociale (Weber) (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol)

§ 05

Moyennisation, polarisation : la structure sociale aujourd'hui#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

Moyennisation vs polarisation : deux formes de la structure sociale

Moyennisation vs polarisationTableau de 3 colonnes et 3 lignes, Données: Moyennisation · Polarisation; Forme · société en toupie · société en sablier; Classe moyenne · large, dominante · qui se réduit; Inégalités · écarts réduits · creusement haut / bas, cellule mise en évidence : société en sablierMOYENNISATIONPOLARISATIONFORMEsociété en toupiesociété en sablierCLASSE MOYENNElarge, dominantequi se réduitINÉGALITÉSécarts réduitscreusement haut / bas

Points clés

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la structure socioprofessionnelle française s'est profondément transformée : effondrement de la part des agriculteurs exploitants, fort déclin de la part des ouvriers, et essor des cadres, des professions intermédiaires et des employés. C'est l'effet de la tertiarisation, du progrès technique et de l'élévation du niveau de qualification.
La thèse de la moyennisation (Henri Mendras, « constellation centrale ») soutient que, durant les Trente Glorieuses, le développement d'une vaste classe moyenne, l'élévation générale du niveau de vie et l'homogénéisation des modes de consommation ont réduit les distances entre les groupes : la pyramide sociale se serait « renflée » au milieu, affaiblissant la pertinence d'une lecture en classes nettement séparées.
La thèse de la polarisation soutient au contraire que les écarts se sont rouverts depuis les années 1980 : creusement des inégalités de revenu et de patrimoine, montée de la précarité, distance croissante entre les très hauts revenus et le reste. Les distances intergroupes se rétabliraient, redonnant de la force à l'analyse en termes de classes.
L'analyse fine distingue distances intergroupes (entre les PCS) et distances intragroupes (au sein d'une même PCS) : l'hétérogénéité interne croissante des catégories (les « employés » ou les « ouvriers » sont de moins en moins homogènes) brouille les frontières de classe et complique l'idée d'une « classe pour soi » unifiée.
La pertinence d'une approche en termes de classes fait donc débat : un « brouillage » des frontières (déclin de la conscience ouvrière, moyennisation des modes de vie) coexiste avec un possible « renouveau » des frontières (persistance d'inégalités fortes, reproduction sociale, sentiment d'appartenance). La réponse attendue au Bac est nuancée : ni disparition pure des classes, ni maintien inchangé.

Le recul de la part des ouvriers en France

Le recul de la part des ouvriers (France)Graphique en courbes: part (%), Données: part des ouvriers (%) · 1950: 33; part des ouvriers (%) · 1975: 35; part des ouvriers (%) · 1990: 29; part des ouvriers (%) · 2005: 23; part des ouvriers (%) · 2020: 180510152025303519501975199020052020part (%)
Fig. 6Part des ouvriers dans l'emploi (ordres de grandeur) : un recul tendanciel depuis les années 1970, indice de la déformation de la structure sociale.
Exemple corrigé

Interpréter l'évolution de la part des ouvriers

Un graphique indique que la part des ouvriers dans l'emploi en France est passée d'environ 33 % en 1950 à environ 18 % aujourd'hui. Calculez la variation en points de pourcentage, puis discutez en quoi cette évolution nourrit l'interrogation sur la pertinence d'une approche en termes de classes.

  1. 01Calculer la variation en points

    On retranche la valeur de départ de la valeur d'arrivée, toutes deux exprimées en pourcentages, ce qui donne un écart en points de pourcentage.

  2. 02Lire le résultat correctement

    La part des ouvriers a reculé de 15 points de pourcentage : c'est une baisse de la proportion d'ouvriers dans l'emploi, pas une disparition. Le groupe ouvrier reste nombreux (environ un actif occupé sur cinq).

  3. 03Relier à la moyennisation

    Ce recul, conjugué à l'essor des cadres et des professions intermédiaires, illustre la tertiarisation et l'élévation des qualifications : il alimente la thèse de la moyennisation et d'un affaiblissement de la classe ouvrière comme acteur collectif (déclin de la conscience de classe).

  4. 04Nuancer

    Toutefois, la persistance d'inégalités fortes et la rouverture des écarts (polarisation) montrent que les classes ne disparaissent pas : la réponse attendue est un brouillage des frontières qui coexiste avec leur persistance.

Résultat : La part des ouvriers a baissé de 15 points de pourcentage entre 1950 et aujourd'hui (de 33 % à 18 %) : cette transformation nourrit la thèse de la moyennisation et le débat sur la pertinence d'une approche en termes de classes, sans pour autant signifier la disparition des classes sociales.

Schritt-für-Schritt Erklärung5 Schritte
  1. 1

    Depuis 1950, la France a changé de visage social : les agriculteurs et les ouvriers, autrefois majoritaires, ont vu leur part s'effondrer.

  2. 2

    Dans le même temps, les cadres, les professions intermédiaires et les employés se sont développés : c'est l'effet de la tertiarisation et de l'élévation des qualifications.

  3. 3

    Pour Henri Mendras, cette élévation générale du niveau de vie a renflé le milieu de la pyramide : c'est la moyennisation, qui affaiblirait les frontières de classe.

  4. 4

    Mais depuis les années 1980, les écarts de revenu et de patrimoine se rouvrent : la thèse de la polarisation redonne du poids à l'analyse en classes.

  5. 5

    La réponse attendue est nuancée : un brouillage des frontières (déclin de la conscience ouvrière) coexiste avec leur persistance (inégalités durables, reproduction sociale).

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir décrire, graphique à l'appui, les grandes évolutions de la structure des PCS depuis 1950 (déclin agriculteurs/ouvriers, essor cadres/professions intermédiaires).
  • Objectif Bac : savoir discuter la pertinence d'une approche en termes de classes en mobilisant le débat moyennisation / polarisation et la distinction distances inter / intragroupes.

Erreurs fréquentes

  • Affirmer que « les classes sociales ont disparu » : le programme attend une réponse nuancée (brouillage ET persistance des frontières), pas une conclusion tranchée.
  • Confondre baisse de la part des ouvriers et disparition des ouvriers : leur part dans l'emploi a fortement reculé, mais ils restent un groupe nombreux (de l'ordre d'un actif occupé sur cinq) ; c'est la proportion, pas l'existence, qui diminue.

Révision active

À partir d'un graphique d'évolution de la part des PCS en France depuis 1950, montrez en quoi ces transformations alimentent à la fois la thèse de la moyennisation et l'interrogation sur la pertinence actuelle d'une approche en termes de classes.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de SES de terminale — évolutions de la structure socioprofessionnelle et débat sur les classes (Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol) · Données sur les catégories socioprofessionnelles et l'emploi en France (INSEE)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Les facteurs de structuration de l'espace social français○
    • 02Les PCS : un outil de description de la société française◐
    • 03L'approche en termes de classes sociales : la lecture marxienne◐
    • 04L'approche en termes de stratification : la lecture wébérienne●
    • 05Moyennisation, polarisation : la structure sociale aujourd'hui●

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

La structure de la société française actuelle

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~21
min
4
Compétences
S'entraîner

Références et sources

Sources

Ministère de l'Éducation nationale — Éduscol

  • Programme de SES de terminale (voie générale) — sociologie : structure et stratification sociales

INSEE

  • Nomenclature des professions et catégories socioprofessionnelles (PCS)
  • Données sur les catégories socioprofessionnelles et l'emploi en France

Chapitre précédent

Quelles politiques économiques dans le cadre européen ?

Chapitre suivant

Quelle est l'action de l'École sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ?

EuraStudy·Fiches T·06·MMXXVI

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