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Fiches/SES — Sciences économiques et sociales/Caractéristiques et facteurs de la mobilité sociale
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Caractéristiques et facteurs de la mobilité sociale

Ce thème de sociologie de terminale étudie la mobilité sociale intergénérationnelle : comment se déplace-t-on dans l'espace social d'une génération à l'autre, et avec quelle ampleur ? On apprend à construire et à lire les tables de mobilité issues des enquêtes de l'INSEE, à distinguer la mobilité observée de la fluidité sociale, et à identifier les déterminants de la mobilité comme de la reproduction sociale (diplôme, évolution des emplois, ressources et configurations familiales).

5 sections·~21 min de lecture·3 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·0888 / 12
Profil d’examen
Comprendre comment se construisent les tables de mobilité à partir des enquêtes et savoir les interpréter (lecture, calcul et interprétation d'un tableau à double entrée)Savoir distinguer mobilité observée et fluidité sociale, mobilité structurelle et mobilité nette, et déclassementComprendre les principaux déterminants de la mobilité sociale et de la reproduction sociale : niveau de diplôme, évolution des emplois, ressources et configurations familiales
Opérateurs :définirlire (un tableau à double entrée)calculerinterpréterdistinguerexpliquerjustifier

niveau de base

Maîtriser d'abord le vocabulaire (mobilité intergénérationnelle, verticale ascendante/descendante, structurelle, fluidité, déclassement) et savoir lire une table de destinée et une table de recrutement sans les confondre.

niveau approfondi

Aller jusqu'à l'argumentation : distinguer rigoureusement mobilité observée et fluidité sociale, décomposer la mobilité totale, et discuter les déterminants (diplôme, structure des emplois, capitaux familiaux) ainsi que le paradoxe d'Anderson dans un raisonnement nuancé.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. Caractéristiques et facteurs de la mobilité sociale
    • 01Mesurer la mobilité : intergénérationnelle, verticale, horizontale○
    • 02Construire et lire les tables de mobilité (destinée et recrutement)◐
    • 03Mobilité observée, mobilité structurelle et fluidité sociale●
    • 04Les déterminants de la mobilité et de la reproduction sociale◐
    • 05Déclassement et dévaluation des diplômes●
§ 01

Mesurer la mobilité : intergénérationnelle, verticale, horizontale#

●○○BaseLPeduscol-programme-ses

Les types de mobilité sociale

Les types de mobilité socialeTableau de 2 colonnes et 4 lignes, Données: Type · Définition; Immobilité · fils = position du père; Ascendante · fils au-dessus du père; Descendante · fils en dessous du père; Horizontale · même niveau, autre catégorie, cellule mise en évidence : AscendanteTYPEDÉFINITIONIMMOBILITÉfils = position du pèreASCENDANTEfils au-dessus du pèreDESCENDANTEfils en dessous du pèreHORIZONTALEmême niveau, autre catégorie

Points clés

La mobilité sociale désigne le changement de position sociale d'un individu ou d'un groupe dans l'espace social hiérarchisé. On la repère le plus souvent en comparant la catégorie socioprofessionnelle (PCS) d'un individu à une PCS de référence.
La mobilité intergénérationnelle compare la position sociale d'un individu (le « fils » ou la « fille ») à celle de son père (ou de ses parents) : c'est la mobilité entre générations. La mobilité intragénérationnelle décrit au contraire les changements de position au cours de la vie active d'un même individu (carrière). Le programme et les tables de mobilité portent principalement sur la mobilité intergénérationnelle.
La mobilité verticale modifie le rang dans la hiérarchie sociale : elle est ascendante (promotion sociale, ex. fils d'ouvrier devenu cadre) ou descendante (déclassement, ex. fils de cadre devenu employé). La mobilité horizontale est un changement de catégorie sans changement de niveau hiérarchique (ex. fils d'agriculteur devenu artisan).
L'immobilité sociale (ou reproduction sociale) correspond aux individus restant dans la catégorie de leurs parents. La mobilité observée est l'ensemble des individus mobiles que l'on constate effectivement dans les données (mobilité brute, telle qu'elle apparaît dans les enquêtes).
La mesure souffre de limites : choix de la nomenclature (le nombre de PCS retenues change l'ampleur mesurée — plus on agrège, moins on « voit » de mobilité), comparaison père / fils longtemps privilégiée qui a longtemps invisibilisé la mobilité des femmes, et difficulté à comparer deux moments éloignés où la signification d'une PCS a changé.
Exemple corrigé

Identifier le type de mobilité

À l'aide de vos connaissances, qualifiez précisément la mobilité dans chacun des cas suivants : (a) Léa, dont le père était ouvrier qualifié, devient professeure des écoles (PCS « profession intermédiaire ») ; (b) Karim, fils de cadre, devient employé de bureau ; (c) Inès, fille d'agricultrice exploitante, devient artisane.

  1. 01Repérer la position d'origine et la position atteinte

    Pour chaque individu, on compare la PCS des parents (origine) à sa propre PCS (destinée). C'est une comparaison intergénérationnelle.

  2. 02Cas (a) : Léa

    Origine « ouvrier » → destinée « profession intermédiaire » : on monte dans la hiérarchie. C'est une mobilité verticale ascendante (promotion sociale).

  3. 03Cas (b) : Karim

    Origine « cadre » → destinée « employé » : on descend dans la hiérarchie. C'est une mobilité verticale descendante, autrement dit un déclassement intergénérationnel.

  4. 04Cas (c) : Inès

    Origine « agriculteur exploitant » → destinée « artisan-commerçant » : ces deux PCS d'indépendants sont de niveau hiérarchique comparable. C'est une mobilité horizontale.

Résultat : (a) mobilité intergénérationnelle verticale ascendante ; (b) mobilité intergénérationnelle verticale descendante (déclassement) ; (c) mobilité intergénérationnelle horizontale. Dans les trois cas, il s'agit de mobilité observée.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir définir et illustrer chaque type de mobilité (intergénérationnelle/intragénérationnelle, verticale ascendante/descendante, horizontale) par un exemple précis en PCS.
  • Objectif Bac : être capable de justifier que la mobilité mesurée dépend de conventions (nomenclature, génération de référence) — un point d'analyse critique attendu dans une EC3 ou une dissertation.

Erreurs fréquentes

  • Confondre mobilité intergénérationnelle (entre générations) et intragénérationnelle (au cours d'une vie) : le préfixe « inter » signifie « entre » des générations différentes.
  • Croire que toute mobilité est verticale : un changement de PCS de même niveau (mobilité horizontale) n'est ni une ascension ni un déclassement.

Révision active

Pour chacune des situations suivantes, indiquez le type de mobilité : (a) une femme dont le père était ouvrier et qui devient infirmière ; (b) un homme employé qui devient cadre après quinze ans de carrière dans la même entreprise ; (c) un fils d'agriculteur qui devient artisan ; (d) une fille de cadre qui devient employée.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — Ministère de l'Éducation nationale)

§ 02

Construire et lire les tables de mobilité (destinée et recrutement)#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

Table de mobilité : destinée (ligne) vs recrutement (colonne)

Table de mobilité (effectifs illustratifs)Tableau de 4 colonnes et 3 lignes, Données: Origine ↓ / Destinée → · Fils ouvrier · Fils employé · Fils cadre; Père ouvrier · 50 · 30 · 20; Père employé · 25 · 45 · 30; Père cadre · 15 · 25 · 60, cellule mise en évidence : 60ORIGINE ↓ / DESTINÉE →FILS OUVRIERFILS EMPLOYÉFILS CADREPÈRE OUVRIER503020PÈRE EMPLOYÉ254530PÈRE CADRE152560

Points clés

Une table de mobilité est un tableau à double entrée croisant l'origine sociale (PCS du père, en lignes) et la position sociale atteinte (PCS du fils ou de la fille, en colonnes). Chaque case indique le nombre (ou la part) d'individus d'une origine donnée qui occupent une position donnée. Les marges (totaux de ligne et de colonne) donnent la structure des origines et celle des destinées.
La table de destinée lit le tableau en ligne : on rapporte chaque case au total de la ligne (origine). Elle répond à la question « Que sont devenus les fils issus de telle origine ? ». Formule : part en destinée = effectif de la case ÷ total de la ligne × 100.
La table de recrutement lit le tableau en colonne : on rapporte chaque case au total de la colonne (destinée). Elle répond à la question « D'où viennent les individus occupant telle position ? ». Formule : part en recrutement = effectif de la case ÷ total de la colonne × 100.
La diagonale du tableau (même origine et même destinée) mesure l'immobilité : les individus reproduisant la position de leurs parents. Les cases hors diagonale décrivent la mobilité observée.
Limites : les tables historiques retiennent souvent les hommes de 40-59 ans et la comparaison père/fils, ce qui sous-estime la mobilité des femmes ; le résultat dépend de la nomenclature ; enfin, une table décrit une mobilité observée mais ne dit pas, à elle seule, si l'origine sociale pèse encore : pour cela il faut passer à la fluidité (section suivante).
pdestineˊe(i→j)=nijni∙×100p_{\text{destinée}}(i \to j) = \dfrac{n_{ij}}{n_{i\bullet}} \times 100pdestineˊe​(i→j)=ni∙​nij​​×100

Part en destinée (lecture en ligne)

n_{ij} est l'effectif de la case (origine i, destinée j) et n_{i\bullet} le total de la ligne i (effectif des fils d'origine i). On lit « parmi les fils d'origine i, la part qui atteint la position j ».

precrutement(i→j)=nijn∙j×100p_{\text{recrutement}}(i \to j) = \dfrac{n_{ij}}{n_{\bullet j}} \times 100precrutement​(i→j)=n∙j​nij​​×100

Part en recrutement (lecture en colonne)

n_{\bullet j} est le total de la colonne j (effectif des individus en position j). On lit « parmi les individus en position j, la part qui est d'origine i ».

Exemple corrigé

Lire et calculer dans une table de mobilité

Le tableau ci-dessous donne, pour 100 fils (PCS du père en ligne, PCS du fils en colonne), les effectifs. Ouvrier : ligne (22 ; 8 ; 5), total 35 ; Employé : ligne (6 ; 14 ; 10), total 30 ; Cadre : ligne (4 ; 9 ; 22), total 35. Totaux de colonnes : Ouvrier 32, Employé 31, Cadre 37. (1) Calculez et interprétez la part en destinée des fils d'ouvriers devenus cadres. (2) Calculez et interprétez la part en recrutement des cadres dont le père était cadre.

  1. 01Identifier la case et le bon total (destinée)

    « Fils d'ouvriers devenus cadres » : case (origine Ouvrier, destinée Cadre) = 5. Destinée → on divise par le total de la LIGNE Ouvrier = 35.

  2. 02Calculer la part en destinée

    5 ÷ 35 = 0,1428… soit environ 14,3 %.

  3. 03Rédiger la phrase de lecture (destinée)

    « Parmi les 35 fils d'ouvriers, environ 14,3 % sont devenus cadres. » C'est une mobilité ascendante.

  4. 04Identifier la case et le bon total (recrutement)

    « Cadres dont le père était cadre » : case (origine Cadre, destinée Cadre) = 22. Recrutement → on divise par le total de la COLONNE Cadre = 37.

  5. 05Calculer la part en recrutement

    22 ÷ 37 = 0,5945… soit environ 59,5 %.

Résultat : (1) Environ 14,3 % des fils d'ouvriers sont devenus cadres (lecture en destinée). (2) Environ 59,5 % des cadres ont un père lui-même cadre (lecture en recrutement) : le recrutement des cadres est marqué par une forte autoreproduction.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : lire correctement une donnée selon qu'elle est en pourcentage de ligne (destinée) ou de colonne (recrutement) — la phrase de lecture doit nommer le bon dénominateur.
  • Objectif Bac : calculer une part de destinée ou de recrutement à partir d'un tableau d'effectifs et l'interpréter en une phrase rigoureuse (« Sur 100 fils d'ouvriers, X sont devenus… »).

Erreurs fréquentes

  • Confondre destinée (lecture en ligne, « que deviennent-ils ? ») et recrutement (lecture en colonne, « d'où viennent-ils ? ») : une même case d'effectif donne deux pourcentages différents selon le total choisi.
  • Oublier de préciser le champ et le dénominateur dans la lecture (« 14 % » ne veut rien dire ; il faut « 14 % des fils d'ouvriers sont devenus cadres »).

Révision active

À partir du tableau d'effectifs ci-dessous (100 fils, PCS du père en ligne, PCS du fils en colonne — Ouvrier, Employé, Cadre), calculez : (1) la part en destinée des fils d'ouvriers devenus cadres ; (2) la part en recrutement des cadres issus d'un père cadre. Rédigez à chaque fois la phrase de lecture.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — Ministère de l'Éducation nationale) · L'enquête Formation et qualification professionnelle (FQP) — source des tables de mobilité (INSEE)

§ 03

Mobilité observée, mobilité structurelle et fluidité sociale#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

Décomposition : mobilité observée = structurelle + nette (fluidité)

Mobilité observée = structurelle + fluiditéDiagramme en barres: part (%, illustratif), Données: Structurelle · Mobilité observée: 60; Nette (fluidité) · Mobilité observée: 40020406080100Mobilité observéepart (%, illustratif)StructurelleNette (fluidité)

Points clés

La mobilité observée (ou mobilité brute / totale) est l'ensemble des individus dont la destinée diffère de l'origine, telle qu'on la lit directement dans la table. C'est le complément à 100 de l'immobilité (taux d'immobilité = part de la diagonale).
La mobilité structurelle (ou « forcée ») est la part de mobilité imposée par la transformation de la structure des emplois entre les deux générations : la baisse du nombre d'agriculteurs et d'ouvriers et la hausse des cadres et professions intermédiaires obligent mécaniquement une partie des enfants à occuper une position différente de celle de leurs parents, indépendamment de toute ouverture de la société.
La fluidité sociale (ou mobilité nette) mesure ce qui reste de la mobilité une fois neutralisé l'effet de structure : elle traduit le degré d'égalité des chances, c'est-à-dire l'indépendance entre origine sociale et position atteinte. Une société est d'autant plus fluide que l'origine sociale pèse peu sur la destinée.
Décomposition : mobilité observée = mobilité structurelle + mobilité nette (fluidité). Deux pays ou deux époques peuvent avoir la même mobilité observée tout en ayant des fluidités très différentes ; à l'inverse, la fluidité sociale peut stagner alors même que la mobilité observée augmente (parce que la structure des emplois s'est ouverte vers le haut).
Outil de la fluidité : les odds ratios (rapports de chances relatives) comparent, pour deux origines, leurs chances relatives d'atteindre une position plutôt qu'une autre ; un odds ratio proche de 1 signale une forte fluidité (l'origine ne change pas les chances relatives). En France, la mobilité observée a progressé au XXᵉ siècle surtout grâce à la mobilité structurelle, tandis que la fluidité sociale a peu évolué : l'origine sociale continue de peser fortement.
Mobiliteˊ observeˊe=100−taux d’immobiliteˊ\text{Mobilité observée} = 100 - \text{taux d'immobilité}Mobiliteˊ observeˊe=100−taux d’immobiliteˊ

Mobilité observée (en %)

Le taux d'immobilité est la part des individus sur la diagonale (origine = destinée). La mobilité observée en est le complément à 100.

Mobiliteˊ observeˊe⏟brute=Mobiliteˊ structurelle⏟lieˊe aˋ la structure des emplois+Mobiliteˊ nette⏟fluiditeˊ / eˊgaliteˊ des chances\underbrace{\text{Mobilité observée}}_{\text{brute}} = \underbrace{\text{Mobilité structurelle}}_{\text{liée à la structure des emplois}} + \underbrace{\text{Mobilité nette}}_{\text{fluidité / égalité des chances}}bruteMobiliteˊ observeˊe​​=lieˊe aˋ la structure des emploisMobiliteˊ structurelle​​+fluiditeˊ / eˊgaliteˊ des chancesMobiliteˊ nette​​

Décomposition de la mobilité

La mobilité nette (fluidité sociale) est obtenue en retranchant de la mobilité observée la part imposée par l'évolution de la structure des emplois.

Exemple corrigé

Décomposer la mobilité observée

Dans une table de mobilité portant sur 100 individus, 58 occupent la même position que leur père. Les sociologues estiment que la mobilité structurelle (imposée par l'évolution des emplois) représente 18 individus sur 100. (1) Calculez le taux de mobilité observée. (2) En déduisez la mobilité nette (fluidité). (3) Interprétez : que se passerait-il pour la fluidité si, à structure inchangée, la mobilité observée passait à 50 % surtout par hausse de la mobilité structurelle ?

  1. 01Taux de mobilité observée

    C'est le complément à 100 du taux d'immobilité. Immobiles = 58, donc mobiles = 100 − 58 = 42.

  2. 02Mobilité nette (fluidité)

    On retranche la part structurelle de la mobilité observée : 42 − 18 = 24.

  3. 03Interprétation de la décomposition

    Sur 100 individus, 42 sont mobiles, mais 18 le sont seulement parce que la structure des emplois a changé (moins d'ouvriers, plus de cadres). Seuls 24 relèvent de la fluidité sociale, c'est-à-dire d'une réelle ouverture (indépendance origine/destinée).

  4. 04Effet d'une hausse de structure

    Si la mobilité observée monte à 50 % uniquement parce que la mobilité structurelle augmente (par exemple de 18 à 26), la fluidité reste à 24 (50 − 26). On observe « plus de mobilité » sans aucune amélioration de l'égalité des chances : c'est tout l'enjeu de la distinction.

Résultat : Mobilité observée = 42 % ; mobilité nette (fluidité) = 24 %. La hausse de la mobilité observée peut provenir entièrement de la transformation des emplois (mobilité structurelle) sans que l'origine sociale pèse moins : la fluidité, qui mesure l'égalité des chances, peut rester inchangée.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : distinguer rigoureusement mobilité observée, mobilité structurelle et fluidité sociale, et savoir que « plus de mobilité observée » ne signifie pas « plus d'égalité des chances ».
  • Objectif Bac : mobiliser la décomposition pour nuancer un constat (« la mobilité observée augmente mais la fluidité stagne ») dans une dissertation sur l'évolution de la mobilité.

Erreurs fréquentes

  • Assimiler mobilité observée et fluidité sociale : une forte mobilité observée peut n'être qu'un effet de la transformation des emplois (mobilité structurelle), sans réelle ouverture de la société.
  • Croire que la mobilité structurelle « mesure l'injustice » : elle ne dit rien de l'égalité des chances ; c'est la fluidité (mobilité nette) qui renseigne sur le poids de l'origine sociale.

Révision active

Dans une table de mobilité, 58 fils sur 100 occupent la même position que leur père. Sachant que les sociologues estiment, pour ce même tableau, que la mobilité structurelle représente 18 individus sur 100, calculez le taux de mobilité observée, puis la mobilité nette (fluidité). Interprétez l'écart.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — Ministère de l'Éducation nationale)

§ 04

Les déterminants de la mobilité et de la reproduction sociale#

●●○StandardLPeduscol-programme-ses

Les déterminants de la mobilité et de la reproduction sociale

Les déterminants de la mobilité et de la reproductionGraphe, Niveau de diplôme → Position sociale atteinte, Évolution des emplois (structurel) → Position sociale atteinte, Ressources familiales (capitaux) → Position sociale atteinte, Position sociale atteinte → Ressources familiales (capitaux)Niveau dediplômeÉvolution desemplois(structurel)Ressourcesfamiliales(capitaux)Position socialeatteintereproduction

Points clés

Le niveau de diplôme est le principal vecteur de mobilité contemporaine : l'allongement des études et la démocratisation scolaire ont nourri la mobilité ascendante. Mais le diplôme est aussi un canal de reproduction, car la réussite scolaire reste fortement liée à l'origine sociale (transmission du capital culturel).
L'évolution des emplois (mobilité structurelle) : le recul des agriculteurs et des ouvriers et l'essor des emplois qualifiés (cadres, professions intermédiaires) ont « tiré vers le haut » une partie des enfants d'origine populaire. La tertiarisation et la salarisation expliquent une large part de la mobilité observée du XXᵉ siècle.
Les ressources et configurations familiales : la famille transmet trois types de capitaux au sens de Pierre Bourdieu — le capital économique (revenus, patrimoine, soutien financier aux études), le capital culturel (savoirs, diplômes, familiarité avec la culture scolaire) et le capital social (réseau de relations utiles à l'insertion). Leur accumulation favorise la reproduction des positions favorisées ; leur absence freine la mobilité ascendante. La configuration familiale (taille de la fratrie, présence des deux parents, stratégies éducatives) module ces effets.
La reproduction sociale (Bourdieu) désigne le maintien des positions d'une génération à l'autre via la transmission des capitaux et l'institution scolaire qui légitime les héritages culturels. À l'inverse, école et déclassement peuvent enclencher de la mobilité descendante.
Ces déterminants se combinent : un même individu cumule (ou non) diplôme, capitaux familiaux et opportunités liées à la structure des emplois. La mobilité d'une société résulte de l'interaction entre ces facteurs individuels (ressources, choix) et ces facteurs structurels (emplois, école).
Exemple corrigé

Expliquer la reproduction par les capitaux et la structure

À l'aide de vos connaissances, montrez pourquoi un enfant de cadre a, aujourd'hui, de fortes chances d'occuper lui-même une position favorisée, alors qu'un enfant d'ouvrier connaît moins souvent une mobilité ascendante.

  1. 01Mobiliser le capital culturel

    L'enfant de cadre hérite d'un capital culturel élevé (familiarité avec la langue et les codes scolaires, livres, aide parentale aux devoirs). Or l'école valorise ce capital : il réussit donc plus souvent et accède aux diplômes les plus rentables.

  2. 02Mobiliser le capital économique

    Le capital économique familial permet de financer des études longues, de soutenir l'enfant pendant son insertion et d'absorber les risques (réorientation, mobilité géographique). L'enfant d'ouvrier dispose plus rarement de ce filet.

  3. 03Mobiliser le capital social

    Le réseau de relations des parents cadres facilite stages, informations sur les filières et premières insertions. Ce capital social manque davantage aux familles populaires.

  4. 04Ajouter l'effet de structure

    La mobilité structurelle a ralenti : aux Trente Glorieuses, l'essor des emplois de cadres « tirait vers le haut » les enfants d'ouvriers ; aujourd'hui la création d'emplois très qualifiés est moins forte et la concurrence pour les bonnes positions plus vive, ce qui limite les ascensions et expose au déclassement.

Résultat : La position favorisée se transmet par le cumul des trois capitaux (culturel, économique, social) que l'école convertit en diplômes, dans un contexte où la mobilité structurelle moins porteuse n'« ouvre » plus autant les positions élevées : la reproduction sociale l'emporte donc souvent sur la mobilité ascendante pour les enfants d'origine populaire.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : présenter et illustrer les trois grands déterminants attendus par le programme — niveau de diplôme, évolution des emplois, ressources et configurations familiales — sans en oublier.
  • Objectif Bac : mobiliser les trois capitaux de Bourdieu (économique, culturel, social) pour expliquer la reproduction sociale, en distinguant ce qui favorise la mobilité de ce qui la freine.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la mobilité au seul diplôme : le programme attend aussi l'évolution des emplois et les ressources/configurations familiales.
  • Confondre les capitaux : le capital culturel (savoirs, diplômes, rapport à la culture légitime) n'est pas le capital social (réseau de relations) ni le capital économique (revenus, patrimoine).

Révision active

À l'aide des trois capitaux de Bourdieu et de la notion de mobilité structurelle, expliquez pourquoi un enfant d'origine populaire avait, dans la France des Trente Glorieuses, davantage de chances de connaître une mobilité ascendante qu'un enfant né dans les années 2000.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — Ministère de l'Éducation nationale)

§ 05

Déclassement et dévaluation des diplômes#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-ses

Le paradoxe d'Anderson

Le paradoxe d'AndersonTableau de 3 colonnes et 3 lignes, Données: Père · Fils; Diplôme · CAP / BEP · Baccalauréat; Diplôme requis (époque) · faible · élevé (dévaluation); Position sociale · intermédiaire · intermédiaire (pas d’ascension), cellule mise en évidence : intermédiaire (pas d’ascension)PÈREFILSDIPLÔMECAP / BEPBaccalauréatDIPLÔME REQUIS(ÉPOQUE)faibleélevé (dévaluation)POSITION SOCIALEintermédiaireintermédiaire (pasd’ascension)

Points clés

Le déclassement est une mobilité descendante : on distingue le déclassement intergénérationnel (occuper une position inférieure à celle de ses parents, ex. fils de cadre devenu employé) et le déclassement « scolaire » ou intragénérationnel (occuper un emploi inférieur à celui auquel son diplôme devrait donner accès).
La dévaluation (ou inflation) des diplômes : quand le nombre de diplômés augmente plus vite que le nombre de positions qualifiées disponibles, un diplôme donné « vaut » moins sur le marché du travail qu'auparavant. Un même titre n'ouvre plus les mêmes débouchés d'une génération à l'autre.
Le paradoxe d'Anderson (Charles Arnold Anderson) : l'élévation du niveau de diplôme d'un individu par rapport à ses parents ne garantit pas une position sociale supérieure. Être plus diplômé que son père ne suffit plus pour s'élever, car le niveau requis pour chaque position a lui aussi augmenté. Le diplôme reste nécessaire mais devient moins suffisant.
Conséquences sociales : sentiment de déclassement et de « promesse non tenue » de l'école, notamment dans les classes moyennes, qui investissent dans les études sans toujours obtenir la position espérée. Le déclassement peut être objectif (poste réellement inférieur) ou ressenti (décalage entre aspirations et réalité).
Nuance attendue : malgré la dévaluation, le diplôme reste un bouclier relatif contre le chômage et le déclassement — les non-diplômés restent les plus exposés. La dévaluation est donc relative, pas une dévalorisation totale ; le diplôme demeure un atout, mais moins discriminant qu'avant.
Exemple corrigé

Mobiliser le paradoxe d'Anderson

Antoine est titulaire d'une licence (bac + 3) ; son père, titulaire d'un baccalauréat, était technicien (profession intermédiaire). Antoine occupe lui aussi un poste de profession intermédiaire. À l'aide du paradoxe d'Anderson et de la dévaluation des diplômes, analysez cette trajectoire, puis nuancez.

  1. 01Comparer les diplômes

    Antoine (bac + 3) est plus diplômé que son père (bac). En termes de capital scolaire, il y a bien une ascension : la « génération » a élevé son niveau de diplôme.

  2. 02Comparer les positions sociales

    Pourtant, Antoine occupe la même PCS que son père (profession intermédiaire) : il n'y a pas de mobilité sociale ascendante intergénérationnelle. C'est une immobilité de position malgré une hausse du diplôme.

  3. 03Expliquer par le paradoxe d'Anderson

    Le niveau de diplôme requis pour accéder à une position donnée a augmenté entre les deux générations : ce qui se faisait avec un bac demande désormais un bac + 3. Monter en diplôme par rapport à son père ne suffit donc plus pour s'élever — c'est le paradoxe d'Anderson, lié à la dévaluation des diplômes.

  4. 04Nuancer

    Pour autant, la licence d'Antoine n'est pas inutile : sans elle, il aurait probablement accédé à une position inférieure ou serait davantage exposé au chômage. Le diplôme reste un bouclier relatif ; il est moins discriminant qu'avant, mais demeure nécessaire.

Résultat : Antoine est plus diplômé que son père sans connaître d'ascension sociale : c'est le paradoxe d'Anderson, expliqué par la dévaluation des diplômes (le niveau requis par position a monté). La nuance s'impose : le diplôme protège toujours du déclassement et du chômage, même s'il ne garantit plus la promotion.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : définir et illustrer le déclassement (intergénérationnel et scolaire) ainsi que la dévaluation des diplômes, et exposer correctement le paradoxe d'Anderson.
  • Objectif Bac : nuancer — montrer que la dévaluation n'annule pas la valeur protectrice du diplôme (les non-diplômés restent les plus exposés).

Erreurs fréquentes

  • Présenter le paradoxe d'Anderson comme « le diplôme ne sert plus à rien » : il dit que monter en diplôme par rapport à ses parents ne suffit plus à s'élever, pas que le diplôme est inutile.
  • Confondre déclassement intergénérationnel (par rapport aux parents) et déclassement scolaire / intragénérationnel (par rapport à ce que le diplôme « promettait »).

Révision active

À l'aide du paradoxe d'Anderson et de la notion de dévaluation des diplômes, expliquez pourquoi un individu plus diplômé que son père peut malgré tout connaître une mobilité sociale descendante. Nuancez en rappelant la valeur protectrice du diplôme.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Éduscol — Ministère de l'Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Mesurer la mobilité : intergénérationnelle, verticale, horizontale○
    • 02Construire et lire les tables de mobilité (destinée et recrutement)◐
    • 03Mobilité observée, mobilité structurelle et fluidité sociale●
    • 04Les déterminants de la mobilité et de la reproduction sociale◐
    • 05Déclassement et dévaluation des diplômes●

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

Caractéristiques et facteurs de la mobilité sociale

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

~21
min
3
Compétences
S'entraîner

Références et sources

Sources

Éduscol — Ministère de l'Éducation nationale

  • Programme de spécialité SES — classe terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

INSEE

  • L'enquête Formation et qualification professionnelle (FQP) — source des tables de mobilité

Chapitre précédent

Quelle est l'action de l'École sur les destins individuels et sur l'évolution de la société ?

Chapitre suivant

Quelles mutations du travail et de l'emploi ?

EuraStudy·Fiches T·08·MMXXVI

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