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Le bonheur

Le bonheur est l’une des notions au programme de philosophie de terminale (voie générale), abordée dans la perspective de « l’existence humaine et la culture ». Il s’agit d’analyser le bonheur comme fin de l’existence, de le distinguer du plaisir et de la simple satisfaction des désirs, et de confronter les grandes conceptions antiques et modernes (eudémonisme aristotélicien, hédonisme épicurien, ataraxie, sagesse stoïcienne, critique kantienne). Cette notion est pleinement évaluable à l’épreuve écrite de terminale, en dissertation comme en explication de texte.

5 sections·~25 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 3 · Approfondissement 1·Vérifié · 06/2026

T·0666 / 13
Profil d’examen
Analyser la notion de bonheur et la distinguer de notions voisines : le plaisir, la joie, le contentement et la simple satisfaction des désirs.Problématiser le bonheur comme fin de l’existence : est-il un but réellement accessible, un idéal régulateur ou une illusion de l’imagination ?Confronter les grandes conceptions du bonheur (eudémonisme aristotélicien, hédonisme épicurien et ataraxie, sagesse stoïcienne, critique kantienne) et examiner le rapport entre bonheur et morale.Mobiliser des distinctions conceptuelles — repères (idéal / réel, en acte / en puissance, contingent / nécessaire, absolu / relatif) — pour construire un raisonnement argumenté sur un sujet relatif au bonheur.
Opérateurs :analyserdistinguerdéfinirproblématiserconfronterargumenterjustifierinterpréter un texteillustrer par un exemple

niveau de base

Commencez par maîtriser les distinctions de base (bonheur / plaisir / joie / désir) et une thèse claire par auteur (Aristote, Épicure, les stoïciens, Kant), avec un exemple précis pour chacune.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, sachez articuler les conceptions entre elles (où s’opposent hédonisme et eudémonisme ? où Kant rompt-il avec toute l’Antiquité ?) et discuter la thèse du bonheur comme illusion sans la transformer en pessimisme facile.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. Le bonheur
    • 01Définir le bonheur : plaisir, désir et fin de l’existence○
    • 02L’eudémonisme antique : Aristote et le bonheur comme activité vertueuse◐
    • 03Hédonisme épicurien et ataraxie : maîtriser le désir◐
    • 04La sagesse stoïcienne : le bonheur et ce qui dépend de nous◐
    • 05Bonheur et morale : le bonheur peut-il être un devoir ? (Kant) ; le bonheur est-il une illusion ?●
§ 01

Définir le bonheur : plaisir, désir et fin de l’existence#

●○○BaseLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Bonheur, plaisir, joie, désir : la carte des distinctions

Le champ de la notion de bonheurGraphe, Bonheur → Plaisir, Bonheur → Joie, Bonheur → Satisfaction, Bonheur → DésirBonheurPlaisirJoieSatisfactionDésirponctuelpassagèrecomblementmanque
Fig. 1Le bonheur — état durable, complet, stable, fin que l'on veut pour elle-même — se distingue du plaisir (ponctuel, lié au besoin), de la joie (émotion vive et passagère), du désir (manque tendu vers un objet) et de la satisfaction (comblement d'un désir).

Points clés

Le bonheur (du latin populaire « bon eür », bon augure, bonne fortune) désigne un état de satisfaction durable, complet et stable, et non un simple instant agréable. On le distingue donc soigneusement du plaisir, qui est ponctuel, lié à un besoin et fugace, et de la joie, qui est une émotion vive mais passagère. Le bonheur est l’horizon de toute une vie, non un épisode.
Le bonheur a un statut de fin dernière (telos) : on désire la richesse, la santé ou les honneurs en vue d’autre chose, mais on désire le bonheur pour lui-même et jamais en vue d’autre chose. Comme l’écrit Aristote au livre I de l’« Éthique à Nicomaque », le bonheur est « ce que nous recherchons toujours pour lui-même et jamais en vue d’autre chose » : c’est le « souverain bien » qui clôt la série des fins.
Le rapport au désir est décisif. Le bonheur est-il la satisfaction de tous nos désirs ? Le « tonneau percé » du Calliclès platonicien (« Gorgias ») montre l’aporie : une vie consacrée à toujours remplir des désirs sans fin est une vie de manque perpétuel, jamais comblée. D’où une question directrice : faut-il satisfaire ses désirs ou les réduire pour être heureux ?
Le bonheur pose un problème de critère. Est-il subjectif (chacun a son idée du bonheur, donc « à chacun son bonheur ») ou bien existe-t-il une vie objectivement bonne ? Kant tranchera : le bonheur est un « idéal de l’imagination » indéterminé, parce que nul ne peut dire avec précision et constance ce qui le rendrait durablement heureux.
Repères à mobiliser : « idéal / réel » (le bonheur est-il un état réel ou un idéal jamais pleinement atteint ?), « contingent / nécessaire » (le bonheur dépend-il de la chance — la « fortune » — ou peut-il être assuré par notre seule conduite ?), « absolu / relatif » (un bonheur valable pour tous ou relatif à chacun ?).
Exemple corrigé

Le bonheur est-il la satisfaction de tous nos désirs ?

Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous ses désirs ? Dégagez le problème, examinez la thèse de la satisfaction maximale, puis sa limite.

  1. 01Dégager le problème

    Spontanément, on croit que plus on satisfait de désirs, plus on est heureux. Mais le désir est défini comme un manque qui renaît : satisfaire un désir en éveille un autre. Le problème est donc : la satisfaction des désirs conduit-elle au bonheur, ou bien le suppose-t-elle déjà ?

  2. 02Examiner la thèse de la satisfaction maximale

    C’est la position d’un Calliclès dans le « Gorgias » de Platon : être heureux, c’est avoir des désirs aussi grands que possible et le pouvoir de les assouvir. Le bonheur serait l’intensité et l’abondance des satisfactions.

  3. 03Opposer l’image du tonneau percé

    Socrate répond par une image : l’homme aux désirs insatiables est comme un homme qui veut remplir des tonneaux percés ; il doit sans cesse y verser, sous peine des pires tourments. Une vie de désirs sans limite est une vie de manque perpétuel, donc une vie malheureuse, et non heureuse.

  4. 04Conclure par une distinction

    Il faut distinguer satisfaction et bonheur. Le bonheur n’est pas la quantité de désirs assouvis, mais un certain rapport au désir : un désir réglé, sélectionné (Épicure), ou maîtrisé (les stoïciens). Satisfaire tous ses désirs n’est ni possible ni souhaitable.

Résultat : On peut soutenir que le bonheur ne consiste pas à satisfaire tous ses désirs, car le désir illimité se renouvelle indéfiniment (le tonneau percé) et condamne à un manque sans fin. Le bonheur suppose au contraire un rapport réglé au désir : non pas tout assouvir, mais désirer ce qu’il faut, comme y inviteront Épicure puis les stoïciens.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir poser et défendre la distinction bonheur / plaisir / joie / satisfaction des désirs, et justifier que le bonheur a le statut particulier de fin dernière (on le veut pour lui-même).
  • Objectif Bac : transformer le sujet en problème. Un bon devoir ne décrit pas « ce qu’est le bonheur » mais interroge une tension (par ex. : « le bonheur est-il affaire de chance ou de sagesse ? », « faut-il satisfaire tous ses désirs ? »).

Erreurs fréquentes

  • Confondre bonheur et plaisir : on réduit alors le bonheur à une accumulation de moments agréables, ce qui ignore son caractère durable, global et réfléchi (le plaisir peut même nuire au bonheur).
  • Réciter une définition de dictionnaire sans problématiser : énoncer « le bonheur est un état de satisfaction complète » et s’arrêter là, sans dégager la tension (la satisfaction de quels désirs ? à quel prix ? pour combien de temps ?).

Révision active

Le bonheur consiste-t-il à satisfaire tous ses désirs ? Dégagez le problème (l’image platonicienne du tonneau percé est un point d’appui utile), puis construisez une réponse nuancée distinguant satisfaction des désirs et bonheur.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions, dont « le bonheur ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 02

L’eudémonisme antique : Aristote et le bonheur comme activité vertueuse#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

L’argument aristotélicien : de la fonction propre au bonheur

L'argument de la fonction propre (Aristote)Graphe, Toute chose a une fonction (ergon) → Le propre de l'homme = la raison, Le propre de l'homme = la raison → Bonheur = activité de l'âme vertueuseToute chose aune fonction(ergon)Le propre del'homme = laraisonBonheur = activité del'âme vertueuseordonc
Fig. 2Argument de la fonction propre (Aristote) : toute chose a une fonction (ergon) et son bien est de bien la remplir ; le propre de l'homme est la raison (logos) ; donc le bonheur (eudaimonia) est l'activité de l'âme conforme à la vertu, sur une vie complète.

Points clés

L’eudémonisme (du grec « eudaimonia », le bonheur, littéralement « avoir un bon démon », un bon sort) est la doctrine selon laquelle le bonheur est le souverain bien, fin ultime de toutes nos actions. Aristote l’expose au livre I de l’« Éthique à Nicomaque » : toutes nos fins sont subordonnées à une fin dernière que nous voulons pour elle-même, et cette fin, tous s’accordent à la nommer « bonheur ».
Pour déterminer en quoi consiste ce bonheur, Aristote recourt à l’argument de la « fonction propre » (ergon) : le bonheur de l’homme réside dans l’activité qui lui est propre et qu’aucun autre être n’accomplit. Or le propre de l’homme est la raison (le logos). Le bonheur est donc défini comme « une activité de l’âme conforme à la vertu », et, si les vertus sont plusieurs, conforme à la plus haute d’entre elles.
Le bonheur est une activité (energeia), non un état passif ni une simple disposition. On n’est pas heureux en dormant ou en possédant des qualités qu’on n’exerce pas : il faut les mettre en acte. D’où la formule célèbre : « une seule hirondelle ne fait pas le printemps », ni un seul jour ; le bonheur engage une vie entière, accomplie dans la durée.
Aristote ne méprise pas les biens extérieurs : le bonheur a aussi besoin d’un minimum de biens (santé, amis, ressources), car « il est impossible ou difficile d’accomplir de belles actions quand on est dépourvu de ressources ». Le bonheur n’est donc pas entièrement à l’abri de la fortune, même s’il repose principalement sur la vertu et l’exercice de la raison.
Repère « en acte / en puissance » : la vertu en puissance (une disposition que l’on possède sans l’exercer) ne suffit pas ; c’est la vertu en acte (l’activité effective) qui fait le bonheur. Repère « contingent / nécessaire » : la part des biens extérieurs introduit une contingence (la fortune) que la vertu cherche à réduire sans pouvoir l’annuler totalement.
Exemple corrigé

Expliquer la définition aristotélicienne du bonheur

« Le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu » (Aristote, Éthique à Nicomaque, I). Expliquez : pourquoi une activité, pourquoi la vertu, et quel rôle pour les biens extérieurs ?

  1. 01Situer la thèse

    Aristote cherche le souverain bien, la fin que l’on veut pour elle-même : c’est le bonheur. Reste à le déterminer, car « bonheur » est un mot que tous emploient sans s’accorder sur son contenu.

  2. 02Pourquoi une activité ?

    Le bonheur ne peut être une simple possession ni un état passif : un homme endormi ou inactif n’est pas dit heureux. Le bonheur est une « energeia », la mise en acte de nos meilleures dispositions, et non leur seule possession en puissance.

  3. 03Pourquoi la vertu (et non le plaisir) ?

    Par l’argument de la fonction propre : le bien de chaque être est de bien accomplir sa fonction. Le propre de l’homme étant la raison, son bien est l’activité rationnelle excellente, c’est-à-dire conforme à la vertu. Le plaisir n’est pas le but : il accompagne et couronne l’activité réussie.

  4. 04Le rôle des biens extérieurs

    Aristote n’est pas un idéaliste pur : accomplir de belles actions demande un minimum de ressources (santé, amis, moyens). Le bonheur reste donc partiellement exposé à la fortune, sans que celle-ci en soit le principe : c’est la vertu qui demeure le cœur du bonheur.

Résultat : La définition signifie que le bonheur est l’exercice effectif et durable de l’excellence proprement humaine — l’activité rationnelle conforme à la vertu — et non une jouissance passive. Le plaisir l’accompagne, les biens extérieurs le facilitent, mais c’est la vertu en acte, sur une vie entière, qui en constitue l’essence.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir restituer et utiliser la définition aristotélicienne (« le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu, sur une vie complète ») et l’argument de la fonction propre qui la fonde.
  • Objectif Bac : montrer en quoi l’eudémonisme lie indissociablement bonheur et vertu — être heureux, ce n’est pas jouir passivement mais exceller dans l’activité humaine la plus haute (la raison).

Erreurs fréquentes

  • Traduire « eudaimonia » par « plaisir » : Aristote ne fait pas du bonheur une accumulation de plaisirs, mais l’exercice accompli de la vertu ; le plaisir accompagne l’activité réussie sans en être le but.
  • Oublier la dimension d’activité et de durée : présenter le bonheur aristotélicien comme un état acquis une fois pour toutes, alors qu’il est une activité à exercer tout au long d’une vie (« une seule hirondelle ne fait pas le printemps »).

Révision active

« Le bonheur est une activité de l’âme conforme à la vertu » (Aristote). Expliquez cette définition : pourquoi le bonheur est-il une activité, et pourquoi la vertu plutôt que le plaisir ?

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notion « le bonheur ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019 — programme de philosophie de terminale générale (Ministère de l’Éducation nationale — Bulletin officiel)

§ 03

Hédonisme épicurien et ataraxie : maîtriser le désir#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

La classification épicurienne des désirs

La classification épicurienne des désirsArbre de probabilité, 3 chemins, Données: Naturels → Nécessaires (à satisfaire); Naturels → Non nécessaires (à modérer); Vains (à écarter)NaturelsLes désirsNécessaires (à satisfaire)Non nécessaires (à modérer)Vains (à écarter)
Fig. 3Classification épicurienne des désirs : naturels nécessaires (à satisfaire, faciles à combler) ; naturels non nécessaires (à modérer) ; vains (illimités, source de trouble, à écarter). Fin visée : l'ataraxie, tranquillité de l'âme.

Points clés

L’hédonisme épicurien (du grec « hêdonê », plaisir) pose le plaisir comme « principe et fin de la vie heureuse » : il est le « premier bien », ce vers quoi tout être tend naturellement. Mais ce plaisir n’est pas la débauche : Épicure, dans la « Lettre à Ménécée », précise que par plaisir il entend d’abord « l’absence de douleur dans le corps et de trouble dans l’âme ». C’est un hédonisme raisonné, et non la recherche effrénée des jouissances.
Épicure distingue le plaisir en mouvement (la satisfaction d’un manque, par ex. manger quand on a faim) et le plaisir stable, dit catastématique (l’état d’équilibre une fois le manque comblé). Le souverain bien est ce plaisir stable : l’aponie (absence de douleur du corps) et surtout l’ataraxie (absence de trouble de l’âme), tranquillité durable bien supérieure aux plaisirs agités.
Le moyen d’y parvenir est une classification des désirs, véritable outil de tri. Les désirs sont : (1) naturels et nécessaires (manger, boire, s’abriter, être en sécurité) — à satisfaire car faciles à combler et indispensables ; (2) naturels mais non nécessaires (mets raffinés, plaisirs variés) — à modérer ; (3) vains (ni naturels ni nécessaires : richesse illimitée, gloire, pouvoir, immortalité) — à écarter, car ils sont sans limite et sources de trouble.
Le « tétrapharmakos » (le quadruple remède) résume la thérapeutique épicurienne contre les peurs qui détruisent la tranquillité : les dieux ne sont pas à craindre (ils ne se mêlent pas de nos affaires) ; la mort n’est rien pour nous (« quand nous sommes, la mort n’est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus ») ; le plaisir (le bien) est facile à atteindre ; la douleur (le mal) est facile à supporter, car brève si elle est intense, et supportable si elle dure.
Repère « naturel / artificiel » et « nécessaire / contingent » : le bonheur épicurien consiste à se limiter aux désirs naturels et nécessaires, faciles à satisfaire et indépendants de la fortune ; les désirs vains, illimités, nous rendent esclaves de ce qui ne dépend pas de nous. La sagesse (« phronêsis ») est ici l’art de bien calculer plaisirs et peines.
Exemple corrigé

Faut-il limiter ses désirs pour être heureux ? (lecture épicurienne)

Pour être heureux, faut-il limiter ses désirs ? Présentez la solution épicurienne, puis discutez-la.

  1. 01Poser le paradoxe

    On croit le bonheur dans la satisfaction du plus grand nombre de désirs. Or, plus on désire, plus on s’expose au manque et à la frustration. Limiter ses désirs : est-ce s’appauvrir, ou se libérer ?

  2. 02Exposer le tri épicurien

    Épicure répond par sa classification : il faut satisfaire les désirs naturels et nécessaires (faciles à combler, indispensables), modérer les naturels non nécessaires, et surtout écarter les désirs vains (richesse, gloire, pouvoir) qui sont sans limite et donc sources de trouble.

  3. 03Montrer le gain : l’ataraxie

    En se contentant du nécessaire — qui est à la portée de tous et indépendant de la fortune —, le sage atteint l’absence de douleur et le calme de l’âme (ataraxie). Limiter le désir n’est pas se priver : c’est cesser d’être l’esclave de l’illimité.

  4. 04Discuter

    On peut objecter qu’une vie de désirs réduits risque la tiédeur et que certains grands désirs (créer, connaître, aimer) élèvent l’existence. La réponse épicurienne distingue : il s’agit d’écarter les désirs vains, non tout désir ; le calcul des plaisirs vise une vie riche, mais affranchie de l’inquiétude.

Résultat : Pour Épicure, le bonheur exige non d’assouvir tous ses désirs, mais de les trier : satisfaire le naturel nécessaire, écarter le vain et l’illimité. Limiter ses désirs n’appauvrit pas la vie : cela libère l’âme du trouble et la rend maîtresse de son bonheur (ataraxie). La discussion peut nuancer en distinguant désirs vains et désirs élevés.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : restituer avec exactitude la classification des désirs et la définition épicurienne du plaisir (absence de douleur du corps et de trouble de l’âme), pour éviter le contresens « hédonisme = débauche ».
  • Objectif Bac : montrer que, chez Épicure, c’est en réglant et en limitant le désir — non en l’assouvissant sans frein — que l’on atteint le bonheur (l’ataraxie).

Erreurs fréquentes

  • Réduire l’épicurisme à la jouissance et à la « bonne chère » (sens courant et déformé du mot « épicurien ») : c’est l’exact contraire de la doctrine, qui prône la mesure, la frugalité et la maîtrise du désir.
  • Confondre absence de douleur et simple anesthésie : l’ataraxie n’est pas l’indifférence ou le néant, mais un état positif de tranquillité et de plénitude stable de l’âme délivrée de ses troubles.

Révision active

Pour être heureux, faut-il limiter ses désirs ? Appuyez-vous sur la classification épicurienne des désirs pour examiner cette thèse, et discutez-la (limiter ses désirs, est-ce s’appauvrir ou se libérer ?).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notion « le bonheur ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 04

La sagesse stoïcienne : le bonheur et ce qui dépend de nous#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

La dichotomie stoïcienne : ce qui dépend de nous

La dichotomie stoïcienne (Épictète)Tableau de 2 colonnes et 3 lignes, Données: Dépend de nous (liberté) · N'en dépend pas (fortune); nos jugements · le corps, la santé; nos désirs et aversions · la richesse, les biens; nos actions · la réputation, les chargesDÉPEND DE NOUS(LIBERTÉ)N'EN DÉPEND PAS(FORTUNE)nos jugementsle corps, la santénos désirs et aversionsla richesse, les biensnos actionsla réputation, les charges
Fig. 4Dichotomie stoïcienne (Épictète) : ne placer désir et aversion que dans ce qui dépend de nous (jugements, désirs, actions) ; accueillir le reste « comme il advient ». « Ce qui trouble les hommes, ce sont leurs jugements sur les choses. »

Points clés

Le stoïcisme (Épictète, Sénèque, Marc Aurèle) fonde le bonheur sur une distinction décisive, ouverture du « Manuel » d’Épictète : « Parmi les choses qui existent, les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous. » Dépendent de nous nos jugements, nos désirs, nos aversions, bref tout ce qui relève de notre activité propre ; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, la réputation, les charges — tout ce que la fortune peut nous ôter.
La règle de vie en découle : ne placer son désir et son aversion que dans ce qui dépend de nous, et accueillir le reste comme il advient. Vouloir maîtriser ce qui ne dépend pas de nous (être riche, être aimé de tous, ne jamais tomber malade) condamne au trouble et à la servitude ; concentrer son effort sur ses jugements rend libre et heureux, quoi qu’il arrive.
Le bonheur stoïcien repose donc sur une transformation intérieure : ce n’est pas le monde qu’il faut changer, mais le rapport que nous entretenons avec lui par nos représentations. « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses » (Épictète). La sagesse consiste à corriger ses jugements pour vivre conformément à la nature et à la raison.
Cette maîtrise vise l’apatheia (l’absence de passions destructrices, et non l’insensibilité) et une forme de liberté intérieure inconditionnelle : même privé de tout, le sage reste maître de son assentiment. Le stoïcisme partage ainsi avec l’épicurisme l’idée que le bonheur doit dépendre de nous seuls — mais il l’obtient par la fermeté du jugement plutôt que par le tri des plaisirs.
Repère « dépend de nous / ne dépend pas de nous » (autonomie / hétéronomie du bonheur) et repère « contingent / nécessaire » : le sage soustrait son bonheur à la contingence de la fortune en le faisant reposer sur ce qui est en son pouvoir. Limite à discuter : peut-on vraiment se rendre totalement indépendant des événements (deuil, douleur, injustice) ?
Exemple corrigé

Expliquer et discuter la formule d’Épictète sur le jugement

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses » (Épictète, Manuel). Expliquez puis discutez : suffit-il de changer ses jugements pour être heureux ?

  1. 01Expliquer la thèse

    Pour Épictète, un même événement (la mort, la pauvreté, l’exil) n’est pas en lui-même un mal : c’est le jugement que nous portons sur lui (« c’est insupportable ») qui crée le trouble. La cause de notre malheur n’est donc pas dans les choses, hors de notre pouvoir, mais dans nos opinions, qui dépendent de nous.

  2. 02Tirer la conséquence pratique

    Si le trouble vient du jugement, alors le remède est en nous : corriger nos représentations, ne désirer que ce qui dépend de nous. Le bonheur devient une affaire de discipline intérieure, indépendante de la fortune. C’est la liberté du sage.

  3. 03Objecter

    Peut-on toujours changer son jugement à volonté ? Face à un deuil ou à une douleur physique intense, la souffrance semble première, et la dire « affaire de jugement » risque de paraître inhumain. Certaines situations (oppression, injustice) appellent une action sur les choses, pas seulement un changement d’opinion.

  4. 04Nuancer

    La thèse garde une force réelle : une large part de notre détresse vient de nos interprétations (anticipations anxieuses, comparaisons, attentes démesurées) que nous pouvons travailler. Mais la sagesse du jugement a une limite : elle apaise le rapport au réel sans dispenser, parfois, d’agir sur le réel lui-même.

Résultat : La formule signifie que la source de nos troubles réside dans nos jugements, qui dépendent de nous, et non dans les choses, qui n’en dépendent pas : d’où la possibilité d’un bonheur par la maîtrise intérieure. La discussion en reconnaît la portée (beaucoup de souffrances naissent de nos représentations) tout en marquant sa limite (certaines réalités exigent d’être affrontées, pas seulement réinterprétées).

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer avec rigueur la dichotomie « ce qui dépend de nous / ce qui ne dépend pas de nous » et en tirer la conception stoïcienne du bonheur comme liberté du jugement.
  • Objectif Bac : comparer stoïcisme et épicurisme — deux sagesses de l’autonomie du bonheur — en montrant ce qui les rapproche (rendre le bonheur indépendant de la fortune) et ce qui les sépare (maîtrise du jugement contre tri des désirs et plaisirs).

Erreurs fréquentes

  • Comprendre l’apatheia comme de l’indifférence froide ou de la résignation passive : le sage stoïcien n’est pas insensible, il agit et s’engage ; il cesse seulement d’être troublé par ce qui échappe à son pouvoir.
  • Croire que « tout dépend de nous » : c’est l’inverse. Beaucoup de choses (le corps, les biens, l’opinion d’autrui) ne dépendent pas de nous ; la sagesse consiste précisément à reconnaître cette limite, non à la nier.

Révision active

« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur les choses » (Épictète). Expliquez cette affirmation et discutez-la : suffit-il de changer ses jugements pour être heureux ?

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notion « le bonheur ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale)

§ 05

Bonheur et morale : le bonheur peut-il être un devoir ? (Kant) ; le bonheur est-il une illusion ?#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Tableau comparatif : quatre conceptions du bonheur

Quatre conceptions du bonheurTableau de 3 colonnes et 4 lignes, Données: Auteur · Bonheur / moyen · Rapport à la vertu; Aristote · activité vertueuse de l'âme · bonheur et vertu liés; Épicure · plaisir stable (ataraxie) · sagesse = tri des désirs; Stoïciens · liberté du jugement · la vertu suffit; Kant · idéal indéterminé · le devoir est premierAUTEURBONHEUR / MOYENRAPPORT À LA VERTUARISTOTEactivité vertueuse de l'âmebonheur et vertu liésÉPICUREplaisir stable (ataraxie)sagesse = tri des désirsSTOÏCIENSliberté du jugementla vertu suffitKANTidéal indéterminéle devoir est premier
Fig. 5Quatre conceptions du bonheur : Aristote (activité vertueuse, bonheur et vertu liés), Épicure (plaisir stable par le tri des désirs), les Stoïciens (liberté du jugement, la vertu suffit), Kant (idéal indéterminé qui ne fonde pas la morale — le devoir est premier).

Points clés

Avec Kant s’opère une rupture majeure : le bonheur n’est plus le fondement de la morale. Dans les « Fondements de la métaphysique des mœurs », Kant définit le bonheur comme « un idéal non de la raison, mais de l’imagination » : c’est un concept si indéterminé que, bien que tout homme désire l’atteindre, nul ne peut dire de façon précise et constante ce qu’il veut et désire réellement pour être heureux.
Cette indétermination a une conséquence morale : on ne peut faire du bonheur le principe du devoir. La richesse peut apporter des soucis, la connaissance révéler des maux, une longue vie n’est pas forcément une vie heureuse. Le bonheur ne fournit donc pas de loi universelle ; la moralité, elle, doit reposer sur un principe a priori (le devoir, la loi morale), et non sur la recherche, toujours variable, du bonheur.
Kant ne condamne pas le bonheur : il refuse seulement d’en faire le fondement de la morale. Mieux, « assurer son propre bonheur est un devoir (au moins indirect) », car le malheur et le besoin peuvent devenir une tentation de transgresser ses devoirs. Et la vertu rend digne d’être heureux, sans garantir qu’on le sera : le bonheur n’est pas la récompense automatique de la moralité.
Demeure enfin la question du bonheur comme illusion. Si le bonheur est cet idéal indéterminé et toujours fuyant, n’est-il pas un horizon qu’on n’atteint jamais ? Rousseau note que « la félicité de l’homme ici-bas n’est donc qu’un état négatif » (« Julie ou La Nouvelle Héloïse »), plus fait d’absence de souffrance que de jouissance pleine. On peut alors soutenir que le bonheur fonctionne moins comme un état acquis que comme un idéal régulateur qui oriente l’existence sans jamais se laisser pleinement saisir.
Repère « idéal / réel » : le bonheur est-il un état réel à atteindre ou un idéal de l’imagination jamais réalisé ? Repère « moralité / bonheur » : la fin de l’existence est-elle d’être heureux ou d’être digne de l’être ? Synthèse : les antiques font du bonheur la fin et la vertu le moyen ; Kant inverse — la vertu (le devoir) est première, le bonheur n’en est que l’objet espéré, non le fondement.
Exemple corrigé

Le bonheur est-il la fin de la morale ? (confrontation Aristote / Kant)

Le bonheur est-il la fin de la morale, ou la morale est-elle indépendante de la recherche du bonheur ? Confrontez l’eudémonisme antique et la position kantienne.

  1. 01Poser le problème

    Spontanément, on agit bien pour être heureux : la morale semble au service du bonheur. Mais si une action est bonne seulement parce qu’elle me rend heureux, est-elle vraiment morale ? Le problème est le rapport de fondation entre bonheur et morale.

  2. 02Thèse 1 — l’eudémonisme antique

    Pour Aristote et toute l’Antiquité, le bonheur est la fin dernière, et la vertu en est le moyen ou la composante : être heureux, c’est exercer la vertu. Bonheur et morale sont alors unis — agir bien et bien vivre coïncident.

  3. 03Thèse 2 — la rupture kantienne

    Kant objecte que le bonheur est un idéal indéterminé de l’imagination : nul ne sait sûrement ce qui le rendra durablement heureux. Fonder la morale sur un tel principe variable la rendrait incertaine et intéressée. La morale doit donc reposer sur le devoir (un principe a priori), indépendamment du bonheur.

  4. 04Synthèse

    On distingue deux questions. Comme fondement de la morale, Kant a raison : on ne peut tirer la loi morale de la recherche du bonheur. Comme fin de l’existence, le bonheur garde toute sa valeur : Kant lui-même fait de la vertu ce qui rend « digne d’être heureux » et d’assurer son bonheur un devoir indirect. La morale n’est pas faite pour le bonheur, mais elle n’est pas non plus indifférente à lui.

Résultat : Le bonheur n’est pas le fondement de la morale : avec Kant, on tient que le devoir, principe a priori, ne peut dériver d’un idéal aussi indéterminé que le bonheur. Mais la morale n’est pas pour autant ennemie du bonheur : la vertu rend digne d’être heureux et y dispose. La fin de l’existence peut donc être moins « être heureux » que « se rendre digne de l’être ».

Schritt-für-Schritt Erklärung4 Schritte
  1. 1

    Toute l’Antiquité s’accorde sur un point : la fin de l’existence, c’est le bonheur. Aristote en fait le souverain bien, ce qu’on veut pour soi-même et jamais en vue d’autre chose.

  2. 2

    Comment l’atteindre ? Trois sagesses antiques répondent en rendant le bonheur indépendant de la fortune : Aristote par la vertu en acte, Épicure par le tri des désirs, les stoïciens par la maîtrise du jugement.

  3. 3

    Kant opère alors un renversement. Le bonheur, dit-il, est un idéal de l’imagination : si indéterminé que nul ne sait avec certitude ce qui le rendrait durablement heureux.

  4. 4

    Conséquence : le bonheur ne peut fonder la morale. C’est le devoir qui est premier. La vertu ne rend pas forcément heureux, mais elle rend digne de l’être — voilà le déplacement décisif de la question.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer la thèse kantienne du bonheur comme « idéal de l’imagination » indéterminé et en tirer l’argument qui l’empêche de fonder la morale.
  • Objectif Bac : savoir construire la grande opposition du sujet — eudémonisme antique (bonheur = fin, vertu = moyen) contre Kant (devoir = fondement, bonheur = objet espéré mais non fondateur) — et trancher la question « bonheur : but accessible, idéal régulateur ou illusion ? ».

Erreurs fréquentes

  • Faire dire à Kant que « le bonheur n’a aucune valeur » ou qu’il faut être malheureux : Kant tient seulement que le bonheur ne peut fonder la morale ; il reconnaît même qu’assurer son bonheur est un devoir indirect.
  • Trancher la question « le bonheur est-il une illusion ? » par un pessimisme rapide (« on n’est jamais heureux ») sans distinguer le bonheur comme état acquis et le bonheur comme idéal régulateur qui oriente l’action.

Révision active

Le bonheur est-il la fin de la morale, ou la morale est-elle indépendante du bonheur ? Confrontez la position eudémoniste antique et la position kantienne, et défendez une thèse argumentée.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notion « le bonheur ») (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019 — épreuves et programme de philosophie de terminale générale (Ministère de l’Éducation nationale — Bulletin officiel)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Définir le bonheur : plaisir, désir et fin de l’existence○
    • 02L’eudémonisme antique : Aristote et le bonheur comme activité vertueuse◐
    • 03Hédonisme épicurien et ataraxie : maîtriser le désir◐
    • 04La sagesse stoïcienne : le bonheur et ce qui dépend de nous◐
    • 05Bonheur et morale : le bonheur peut-il être un devoir ? (Kant) ; le bonheur est-il une illusion ?●

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Des fiches à l'entraînement

Le bonheur

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Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions, dont « le bonheur »)

Ministère de l’Éducation nationale — Bulletin officiel

  • Bulletin officiel spécial n° 8 du 25 juillet 2019 — programme de philosophie de terminale générale

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