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La science

La science est l’une des dix-sept notions du programme de philosophie de terminale (voie générale) ; elle est rattachée à la perspective dominante de « la connaissance ». La fiche analyse ce qui distingue la science de l’opinion, de la croyance et de la pseudo-science, reconstruit la démarche expérimentale (observation, hypothèse, expérimentation, théorie — Claude Bernard), interroge le rôle des mathématiques et le rapport de la théorie à l’expérience, puis examine les critères d’objectivité et de démarcation (rupture épistémologique de Bachelard, falsifiabilité de Popper) avant de questionner les limites de la connaissance scientifique. On la travaille avec les repères du programme (expliquer / comprendre, théorie / pratique, hypothèse / conséquence / conclusion, formel / matériel, en fait / en droit).

5 sections·~31 min de lecture·4 compétences·Niveau Base 1 · Standard 2 · Approfondissement 2·Vérifié · 06/2026

T·131313 / 13
Profil d’examen
Analyser la notion de science et la distinguer de l’opinion, de la croyance et de la pseudo-science, en mobilisant le repère hypothèse / conséquence / conclusion.Problématiser la démarche scientifique : qu’est-ce qui fait la rigueur et l’objectivité d’une science ? Comment une théorie se construit-elle, se vérifie-t-elle et se valide-t-elle ?Examiner les rapports de l’expérience et de la théorie, ainsi que les limites de la connaissance scientifique : la science dit-elle toute la vérité ?Mobiliser des distinctions conceptuelles — repères du programme (expliquer / comprendre, théorie / pratique, hypothèse / conséquence / conclusion, formel / matériel, en fait / en droit) — pour construire un raisonnement argumenté sur la science.
Opérateurs :analyserdéfinirdistinguerproblématiserexpliquerargumenterobjecterjustifierillustrer par un exemple

niveau de base

Maîtrisez d’abord les distinctions de base (opinion / science ; croyance / savoir ; les quatre temps de la méthode expérimentale de Claude Bernard) et un exemple précis par thèse : c’est le socle exigible à l’épreuve écrite.

niveau approfondi

Pour viser l’excellence, sachez confronter Bachelard (la rupture épistémologique, l’obstacle) et Popper (la falsifiabilité comme ligne de démarcation), articuler théorie et expérience (le rôle des mathématiques, l’idée de loi), et manier finement les repères (expliquer / comprendre, en fait / en droit, formel / matériel) au service d’une dissertation problématisée sur les limites du savoir scientifique.

Profondeur

Profondeur de lecture : Approfondi

Texte

Taille du texte : Standard

Sommaire · 5 sections▾
  1. La science
    • 01Qu’est-ce que la science ? Science, opinion et croyance○
    • 02La démarche expérimentale : observation, hypothèse, expérimentation (Claude Bernard)◐
    • 03Théorie, expérience et mathématisation de la nature◐
    • 04Objectivité, rupture épistémologique et démarcation (Bachelard, Popper)●
    • 05Les limites de la connaissance scientifique : la science dit-elle toute la vérité ?●
§ 01

Qu’est-ce que la science ? Science, opinion et croyance#

●○○BaseLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Opinion, croyance, science : quatre régimes du « tenir-pour-vrai »

Tenir pour vrai : quatre régimesGraphe, Science → Opinion (doxa), Science → Croyance, Science → Pseudo-scienceScienceOpinion(doxa)CroyancePseudo-sciencesans examensans preuverefuse ledémenti
Fig. 1Quatre régimes du « tenir-pour-vrai » : la science se distingue de l'opinion (doxa — affirme sans examen), de la croyance (adhère sans preuve) et de la pseudo-science (imite la science mais refuse tout démenti). Savoir, c'est rendre raison et accepter le contrôle.

Points clés

Le mot « science » a deux sens à distinguer. Au sens large (du latin scientia, « savoir »), c’est toute connaissance certaine et fondée. Au sens strict et moderne, une science est un savoir méthodique, rationnel et universel, organisé en théories, qui établit ses énoncés par démonstration (sciences formelles : mathématiques, logique) ou par confrontation réglée à l’expérience (sciences empiriques : physique, biologie). Ce qui fait la science n’est donc pas seulement son objet, mais sa méthode.
La science se distingue d’abord de l’opinion (doxa). L’opinion est une croyance non examinée, reçue, variable selon les individus et fondée sur l’apparence ou l’habitude. Le savant, lui, ne se contente pas d’affirmer : il justifie, démontre, ou met à l’épreuve. Platon opposait déjà la doxa (l’opinion) à l’épistémè (la connaissance vraie et justifiée). La science exige des raisons, là où l’opinion se contente de convictions.
Elle se distingue aussi de la croyance (au sens religieux ou subjectif) : croire, c’est tenir pour vrai sans preuve suffisante, par adhésion ou par foi ; savoir, c’est tenir pour vrai parce qu’on peut en rendre raison. Une proposition scientifique n’est pas affaire de conviction personnelle : elle vaut pour tout esprit rationnel, indépendamment de qui l’énonce — elle est universelle et objective. C’est le repère en fait / en droit : un énoncé scientifique prétend valoir en droit, pour tous, et pas seulement « pour moi, en fait ».
Elle se distingue enfin de la pseudo-science (astrologie, voyance) : la pseudo-science imite les apparences de la science (un vocabulaire technique, des « confirmations ») mais ne se soumet pas à la critique ni au risque de l’erreur ; elle confirme toujours ses énoncés, jamais ne les expose à un démenti. La rigueur scientifique tient précisément à cette exposition au contrôle (cf. section 4 : Popper).
Repère décisif : hypothèse / conséquence / conclusion. Le raisonnement scientifique ne part pas du vrai déjà connu : il pose une hypothèse (une supposition à éprouver), en tire des conséquences observables, puis conclut selon que l’expérience les confirme ou les infirme. Contrairement à l’opinion qui affirme d’emblée, la science avance par hypothèses contrôlées.
opinion:je tiens pour vrai⟶science:je tiens pour vrai parce que… (raison, preuve, eˊpreuve)\text{opinion} : \text{je tiens pour vrai} \quad \longrightarrow \quad \text{science} : \text{je tiens pour vrai } \textit{parce que}\text{… (raison, preuve, épreuve)}opinion:je tiens pour vrai⟶science:je tiens pour vrai parce que… (raison, preuve, eˊpreuve)

Le passage de l’opinion au savoir

Ce schéma résume la différence de RÉGIME, et non de degré : l’opinion s’arrête à l’affirmation, le savoir y ajoute le « parce que » — une justification (démonstration ou épreuve expérimentale) qui vaut pour tout esprit rationnel. C’est ce « parce que » contrôlable qui fait passer de la doxa à l’épistémè.

Exemple corrigé

Distinguer opinion, croyance et science

« En quoi la connaissance scientifique se distingue-t-elle de l’opinion ? » Dégagez la distinction et illustrez-la.

  1. 01Caractériser l’opinion

    L’opinion (doxa) est une croyance reçue, non examinée : on l’adopte par habitude, autorité ou apparence (« le Soleil tourne autour de la Terre, je le vois bien »). Elle varie d’un individu à l’autre et ne se justifie pas — elle affirme.

  2. 02Caractériser la science

    La connaissance scientifique, elle, ne tient un énoncé pour vrai qu’en rendant raison de sa vérité : par démonstration (en mathématiques) ou par mise à l’épreuve réglée (dans les sciences expérimentales). L’héliocentrisme s’impose non parce qu’il est « évident » — il ne l’est pas — mais parce qu’il rend compte des phénomènes de façon contrôlable et universelle.

  3. 03Le repère hypothèse / conséquence / conclusion

    Là où l’opinion conclut d’emblée, la science avance par hypothèses : elle suppose, en tire des conséquences observables, puis conclut selon l’épreuve. C’est cette exposition au démenti qui sépare l’épistémè de la doxa — et qui manque à la pseudo-science, qui ne confirme jamais que ses succès.

  4. 04Conclure

    La science ne se distingue donc pas de l’opinion par son sujet, ni par une certitude supérieure, mais par son régime : elle justifie, expose ses énoncés au contrôle et les rend universels. L’opinion croit ; la science sait, parce qu’elle peut en rendre raison.

Résultat : La connaissance scientifique se distingue de l’opinion non par degré (plus de certitude) mais par nature : elle substitue à l’affirmation reçue une justification contrôlable et universelle. Savoir, ce n’est pas croire plus fort, c’est pouvoir rendre raison et accepter d’être démenti.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : savoir construire et illustrer l’opposition opinion / science (doxa / épistémè) — non pas en répétant un slogan, mais en montrant la différence de RÉGIME (l’opinion affirme sans preuve, la science justifie et s’expose au contrôle). C’est un point de départ attendu dans une dissertation sur la vérité scientifique.
  • Objectif Bac : distinguer croire et savoir, et caractériser la pseudo-science par son refus du démenti (et non par son sujet « bizarre ») — capacité d’analyse conceptuelle valorisée pour problématiser « qu’est-ce qui fait d’un discours une science ? ».

Erreurs fréquentes

  • Confondre « science » et « certitude définitive » : la science n’est pas un ensemble de vérités absolues et figées, mais une connaissance méthodique, révisable et toujours exposée au contrôle. Croire qu’« être scientifique » signifie « ne jamais se tromper » fait manquer ce qui la définit vraiment (la méthode, pas l’infaillibilité).
  • Disqualifier la pseudo-science par son seul objet (« l’astrologie parle des astres, donc c’est du n’importe quoi ») au lieu de la critiquer par sa méthode : ce n’est pas le thème mais l’absence de mise à l’épreuve réelle (le refus de tout démenti) qui la sépare de la science.

Révision active

« Toute connaissance est-elle scientifique ? » Construisez le plan détaillé d’une introduction : distinguez d’abord les sens du mot « science » (savoir certain / savoir méthodique), puis opposez la connaissance scientifique à l’opinion et à la croyance, et dégagez le problème (y a-t-il des connaissances vraies mais non scientifiques ?).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 02

La démarche expérimentale : observation, hypothèse, expérimentation (Claude Bernard)#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Le cycle de la méthode expérimentale (Claude Bernard)

Le cycle de la méthode expérimentale (Claude Bernard)Graphe, 1. Observation (un fait) → 2. Hypothèse (idée directrice), 2. Hypothèse (idée directrice) → 3. Expérimentation, 3. Expérimentation → 4. Conclusion (confirme / infirme), 4. Conclusion (confirme / infirme) → 1. Observation (un fait)1. Observation(un fait)2. Hypothèse(idéedirectrice)3.Expérimentation4. Conclusion(confirme /infirme)
Fig. 2Le cycle de la méthode expérimentale (Claude Bernard) : observation (constater un fait) → hypothèse (l'idée directrice, moteur de la démarche) → expérimentation (provoquer le phénomène et comparer) → conclusion (qui confirme ou infirme). Le fait corrige l'idée : la conclusion relance une nouvelle observation.

Points clés

La méthode expérimentale, théorisée par Claude Bernard dans l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865), articule quatre moments. (1) L’observation : le savant constate un fait, recueille les données du réel sans les forcer. (2) L’hypothèse : une « idée » naît pour expliquer le fait, une supposition sur sa cause. (3) L’expérimentation : on construit un dispositif pour mettre l’hypothèse à l’épreuve, dans des conditions maîtrisées. (4) La conclusion : selon que l’expérience confirme ou infirme la conséquence attendue, l’hypothèse est retenue, corrigée ou abandonnée.
Distinction capitale chez Claude Bernard : l’observation et l’expérimentation. L’observateur constate un fait qui se produit de lui-même (« l’observateur écoute la nature ») ; l’expérimentateur, lui, provoque le fait, fait varier les conditions pour interroger la nature (« l’expérimentateur interroge et force la nature à se dévoiler »). L’expérience n’est pas la simple expérience vécue : c’est une question posée à la nature dans un dispositif réglé.
Le rôle de l’hypothèse est décisif et souvent mésestimé. Pour Claude Bernard, « l’idée expérimentale » précède et guide l’expérience : on n’expérimente jamais « au hasard », mais toujours pour vérifier une idée. L’hypothèse n’est pas un défaut de la méthode, c’est son ressort : sans idée directrice, l’observation reste muette. C’est exactement le repère hypothèse / conséquence / conclusion : de l’hypothèse on déduit une conséquence observable, et l’on conclut d’après le résultat de l’expérience.
L’expérimentation suppose le contrôle des variables : pour savoir si un facteur est la cause d’un effet, on compare une situation où ce facteur agit à une situation témoin où il est absent, toutes choses égales par ailleurs. C’est le principe de la comparaison réglée (le « contre-épreuve » bernardienne) : sans terme de comparaison, un résultat ne prouve rien. C’est aussi ce qui distingue l’expérimentation de la simple observation accumulée.
Exigence méthodologique : le « doute » et la liberté d’esprit. Le bon expérimentateur ne doit pas s’attacher à son hypothèse au point de ne plus voir le fait qui la contredit. Claude Bernard exige que l’on garde « la liberté d’esprit » : recevoir le démenti de l’expérience comme un enseignement, et non comme un échec. Le fait, en dernière instance, commande à l’idée — c’est ce primat du contrôle expérimental qui fonde l’objectivité.
observation⏟le fait  →  hypotheˋse⏟l’ideˊe  →  expeˊrimentation⏟l’eˊpreuve  →  conclusion⏟le fait juge l’ideˊe\underbrace{\text{observation}}_{\text{le fait}} \;\rightarrow\; \underbrace{\text{hypothèse}}_{\text{l'idée}} \;\rightarrow\; \underbrace{\text{expérimentation}}_{\text{l'épreuve}} \;\rightarrow\; \underbrace{\text{conclusion}}_{\text{le fait juge l'idée}}le faitobservation​​→l’ideˊehypotheˋse​​→l’eˊpreuveexpeˊrimentation​​→le fait juge l’ideˊeconclusion​​

Les quatre temps de la méthode expérimentale (Claude Bernard)

Le schéma met en évidence le primat du fait : l’hypothèse (l’idée) ouvre et guide la démarche, mais c’est l’expérience (le fait provoqué et contrôlé) qui, en dernière instance, juge l’idée. La boucle peut recommencer : une conclusion ouvre sur de nouvelles observations. C’est le repère hypothèse / conséquence / conclusion appliqué aux sciences empiriques.

Exemple corrigé

Appliquer la méthode expérimentale à un cas

« L’expérience suffit-elle à fonder une connaissance scientifique ? » Montrez, sur un exemple, le rôle respectif de l’observation, de l’hypothèse et de l’expérimentation.

  1. 01Observation : un fait donné

    On observe un fait : certains malades atteints d’une carence présentent les mêmes symptômes. L’observation recueille le fait, sans encore l’expliquer. À ce stade, on ne sait rien de la cause : le fait, seul, ne « parle » pas.

  2. 02Hypothèse : une idée directrice

    Une idée s’impose pour expliquer le fait : et si le manque d’une certaine substance dans l’alimentation était la cause des symptômes ? C’est l’hypothèse — une supposition à éprouver. Elle ne sort pas des faits eux-mêmes : elle est inventée par l’esprit pour les interroger (Claude Bernard : l’idée précède l’expérience).

  3. 03Expérimentation : provoquer et comparer

    On construit alors un dispositif : un groupe reçoit la substance, un groupe témoin n’en reçoit pas, toutes choses égales par ailleurs. On ne se contente plus d’observer : on provoque la variation et on compare. La conséquence attendue (« le groupe traité guérit, pas le témoin ») est mise à l’épreuve.

  4. 04Conclusion : le fait juge l’idée

    Si seul le groupe traité guérit, l’hypothèse est confirmée (la carence était bien la cause) ; sinon, elle est corrigée ou abandonnée. Ainsi l’expérience ne fonde rien toute seule : elle ne devient probante qu’à l’intérieur d’une démarche guidée par une hypothèse et réglée par la comparaison.

Résultat : L’expérience seule ne suffit pas : sans hypothèse, l’observation reste muette, et sans dispositif comparatif, aucun fait ne prouve une cause. La connaissance scientifique naît de l’articulation des trois — une idée (hypothèse) éprouvée par une expérience réglée (comparaison), où c’est finalement le fait qui juge l’idée.

Schritt-für-Schritt Erklärung4 Schritte
  1. 1

    Comment passe-t-on d’un fait observé à une loi scientifique ? Claude Bernard, dans son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, décrit une méthode en quatre temps. Tout commence par un fait : on observe quelque chose, sans encore l’expliquer.

  2. 2

    Mais un fait, seul, reste muet. L’esprit doit inventer une idée pour l’expliquer : c’est l’hypothèse. Attention, elle ne sort pas des faits eux-mêmes — elle les précède et les guide. Sans idée directrice, on ne sait même pas quoi observer.

  3. 3

    Pour juger l’hypothèse, on ne se contente plus d’observer : on expérimente. On provoque le fait, on fait varier les conditions, et surtout on compare — un cas où le facteur agit, un cas témoin où il est absent. C’est la comparaison réglée qui rend l’expérience probante.

  4. 4

    Enfin, le fait juge l’idée. Si l’expérience confirme la conséquence attendue, l’hypothèse est retenue ; sinon, elle est corrigée ou abandonnée. Et c’est là l’exigence morale de Claude Bernard : garder la liberté d’esprit, accepter le démenti de l’expérience. Le fait commande à l’idée.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : restituer avec précision et dans l’ordre les quatre temps de la méthode expérimentale (observation → hypothèse → expérimentation → conclusion) et savoir les illustrer par un exemple concret bien construit — c’est le cœur attendu de toute copie sur « la démarche scientifique ».
  • Objectif Bac : maîtriser la distinction observer / expérimenter (constater un fait donné vs provoquer et faire varier le fait) et le rôle directeur de l’hypothèse (on n’expérimente pas sans idée) — distinctions très valorisées pour analyser ce qui fait la rigueur d’une science empirique.

Erreurs fréquentes

  • Réduire la méthode expérimentale à un pur empirisme (« d’abord on observe sans idée, puis la loi sort des faits ») : c’est oublier le rôle directeur de l’hypothèse. Pour Claude Bernard, l’idée précède l’expérience et la guide — l’observation sans hypothèse reste aveugle.
  • Confondre l’expérience (au sens d’expérimentation : un dispositif construit pour éprouver une idée) et l’expérience (au sens d’expérience vécue, accumulée passivement). L’expérimentation scientifique n’est pas le vécu : c’est une question délibérément posée à la nature, dans des conditions contrôlées.

Révision active

« L’expérience suffit-elle à fonder une connaissance scientifique ? » Construisez un plan : montrez d’abord le rôle de l’observation et de l’expérimentation (Claude Bernard), puis le rôle directeur et indispensable de l’hypothèse (on n’observe pas sans idée), enfin pourquoi l’expérience ne fonde le savoir qu’adossée à une théorie qui la rend lisible.

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 03

Théorie, expérience et mathématisation de la nature#

●●○StandardLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Sciences formelles et sciences empiriques

Sciences formelles et sciences empiriquesTableau de 2 colonnes et 4 lignes, Données: Sciences formelles · Sciences empiriques; maths, logique · physique, biologie; par démonstration · par expérimentation; vérité a priori · vérité a posteriori; critère : cohérence · critère : accord au réelSCIENCES FORMELLESSCIENCES EMPIRIQUESmaths, logiquephysique, biologiepar démonstrationpar expérimentationvérité a priorivérité a posterioricritère : cohérencecritère : accord au réel
Fig. 3Deux types de sciences : les sciences formelles (maths, logique) procèdent par démonstration, visent une vérité a priori et ont pour critère la cohérence interne ; les sciences empiriques (physique, biologie) procèdent par expérimentation, visent une vérité a posteriori et ont pour critère l'accord avec le réel. La physique moderne unit les deux : une loi mathématique éprouvée par la mesure.

Points clés

Il n’y a pas de fait scientifique « brut » : tout fait observé est déjà construit par une théorie qui dit ce qu’il faut regarder et comment l’interpréter. Le repère théorie / pratique éclaire ici la science : la théorie (ensemble organisé d’hypothèses et de lois) n’est pas le contraire de l’expérience, elle en est la condition. C’est pourquoi « expérience » et « théorie » sont solidaires : l’expérience valide ou réfute une théorie, mais c’est la théorie qui rend l’expérience lisible.
La science moderne (à partir de Galilée, XVIIe siècle) repose sur la mathématisation de la nature : Galilée affirme que « le grand livre de la nature est écrit en langage mathématique ». Mesurer, c’est traduire les phénomènes dans le langage exact du nombre et de la figure. La loi physique (par exemple la chute des corps) prend la forme d’une relation mathématique entre grandeurs mesurables. Le repère formel / matériel est ici essentiel : la science empirique unit une forme mathématique (la loi, formelle) à un contenu d’expérience (les mesures, matériel).
Cette mathématisation a un prix et une force. Sa force : elle rend la nature calculable, donc prévisible et maniable (savoir, c’est pouvoir prévoir). Son prix : elle ne retient des phénomènes que ce qui est mesurable et quantifiable (les « qualités premières » : étendue, mouvement, nombre), et laisse de côté le vécu qualitatif (les couleurs, les saveurs, les fins). La science gagne en exactitude ce qu’elle abandonne en richesse concrète.
Distinction des types de sciences. Les sciences formelles (mathématiques, logique) démontrent : leurs énoncés sont vrais a priori, indépendamment de l’expérience, par déduction à partir d’axiomes (vérité formelle, cohérence interne). Les sciences empiriques (physique, biologie) établissent : leurs énoncés sont vrais a posteriori, validés par la confrontation à l’expérience (vérité matérielle, accord avec le réel). Une démonstration mathématique ne se réfute pas par l’expérience ; une loi physique, si.
L’idée de loi scientifique. Une loi exprime une relation nécessaire et universelle entre des phénomènes (« tous les corps tombent selon la même loi »). Elle permet l’explication (rendre raison par des causes ou des lois) et la prédiction. Mais une loi reste une construction théorique : elle vaut tant qu’aucune expérience ne la dément (cf. section 4, Popper). Repère expliquer / comprendre : les sciences de la nature expliquent (par des lois et des causes) ; les sciences humaines visent aussi à comprendre (saisir un sens) — distinction qui prépare la question des limites de l’explication scientifique.
loi scientifique=forme matheˊmatique⏟formel  (a priori)  ⋈  contenu de mesure⏟mateˊriel  (a posteriori)\text{loi scientifique} = \underbrace{\text{forme mathématique}}_{\text{formel} \;(a\ priori)} \;\bowtie\; \underbrace{\text{contenu de mesure}}_{\text{matériel} \;(a\ posteriori)}loi scientifique=formel(a priori)forme matheˊmatique​​⋈mateˊriel(a posteriori)contenu de mesure​​

Le repère formel / matériel appliqué à la loi physique

Une loi de la physique n’est ni une pure construction de l’esprit (comme un théorème, vrai a priori), ni une simple description de faits : elle noue une forme mathématique (la relation entre grandeurs) à un contenu d’expérience (les mesures qui la confirment). C’est ce nouage du formel et du matériel qui caractérise la science empirique moderne depuis Galilée.

La mathématisation galiléenne : ce que la mesure retient et laisse de côté

La mathématisation galiléenneGraphe, Phénomène (concret, vécu) → La mesure (filtre du quantifiable), La mesure (filtre du quantifiable) → Loi mathématique (calculable)Phénomène(concret, vécu)La mesure(filtre duquantifiable)Loi mathématique(calculable)quantifierformaliser
Fig. 4« Le livre de la nature est écrit en langage mathématique » (Galilée) : un phénomène concret passe par le filtre de la mesure, qui ne retient que les grandeurs quantifiables (étendue, mouvement, nombre) et laisse de côté les qualités vécues (couleurs, saveurs, fins, sens) pour produire une loi calculable. La science gagne en exactitude ce qu'elle perd en richesse concrète.
Exemple corrigé

La science n’est-elle qu’une description des faits ?

« La science n’est-elle qu’une description des faits ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    Décrire, c’est rapporter fidèlement ce qui est. La science semble bien décrire le réel (les faits, les phénomènes). Mais « décrire » suppose qu’il y aurait des faits tout faits qu’il suffirait d’enregistrer. Le problème est là : la science se contente-t-elle de relever des faits, ou les construit-elle ?

  2. 02Thèse : la science décrit

    L’empirisme spontané pense que la science part des faits : elle observe, mesure, puis généralise. La loi ne ferait que résumer des observations répétées. La science serait un miroir fidèle du réel, et son objectivité tiendrait à cette fidélité descriptive.

  3. 03Objection : il n’y a pas de fait brut

    Mais tout fait scientifique est déjà construit par une théorie : c’est elle qui dit quoi mesurer et comment l’interpréter. La mathématisation galiléenne sélectionne le quantifiable (étendue, mouvement) et laisse le vécu qualitatif. La science ne décrit pas le réel tel qu’il se donne : elle le reconstruit dans le langage de la mesure.

  4. 04Conclure

    La science n’est donc pas une simple description : elle est une construction théorique du réel, qui choisit ses objets, ses grandeurs et son langage. Cette construction n’est pas un défaut — c’est sa force : elle rend la nature calculable, donc explicable et prévisible. Mais elle a un prix : elle ne retient du réel que ce qui est mesurable.

Résultat : La science n’est pas un pur miroir des faits : il n’y a pas de fait brut, tout fait scientifique étant construit par une théorie et un langage mathématique qui sélectionnent le mesurable. La science ne décrit donc pas le réel, elle le reconstruit pour le rendre calculable — gain d’exactitude et de pouvoir prédictif, au prix de l’abandon du qualitatif.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : montrer la solidarité de la théorie et de l’expérience (il n’y a pas de fait brut : la théorie construit ce qu’on observe) et analyser le sens de la mathématisation galiléenne — un point fort pour traiter « la science est-elle une simple description des faits ? ».
  • Objectif Bac : manier les repères formel / matériel (forme mathématique / contenu d’expérience) et expliquer / comprendre (sciences de la nature / sciences humaines) pour distinguer sciences formelles et sciences empiriques — distinctions très valorisées en deuxième partie.

Erreurs fréquentes

  • Croire que la science « part des faits bruts » pour en « tirer » des lois par simple généralisation : c’est ignorer que tout fait scientifique est déjà construit par une théorie qui dit quoi mesurer et comment l’interpréter. La théorie précède et rend possible l’observation pertinente.
  • Confondre vérité formelle (cohérence d’une démonstration mathématique, indépendante de l’expérience) et vérité matérielle (accord d’un énoncé empirique avec le réel) : une formule mathématique vraie ne se vérifie pas « dans la nature », et une loi physique ne se démontre pas comme un théorème.

Révision active

« La science n’est-elle qu’une description des faits ? » Élaborez un plan : montrez d’abord l’apparente évidence (la science observe et décrit le réel), puis le rôle constructeur de la théorie (il n’y a pas de fait brut ; la mathématisation sélectionne le mesurable), enfin ce que cette construction permet (expliquer et prévoir) et ce qu’elle laisse de côté (le qualitatif).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 04

Objectivité, rupture épistémologique et démarcation (Bachelard, Popper)#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

La ligne de démarcation : réfutable / irréfutable (Popper)

La ligne de démarcation (Popper)Tableau de 2 colonnes et 3 lignes, Données: Scientifique · Non scientifique; réfutable · irréfutable; interdit certains faits · « explique tout »; risque le démenti · se confirme toujoursSCIENTIFIQUENON SCIENTIFIQUEréfutableirréfutableinterdit certains faits« explique tout »risque le démentise confirme toujours
Fig. 5Le critère de démarcation de Popper : une théorie est scientifique si elle est réfutable — elle interdit certains faits et prend le risque du démenti ; non scientifique si elle est irréfutable — elle « explique tout » et se confirme quoi qu'il arrive. Asymétrie : aucune confirmation ne prouve une loi universelle, mais un seul contre-exemple la réfute (le « cygne noir »).

Points clés

L’objectivité scientifique n’est pas un point de départ : elle est une conquête, contre les illusions de la perception immédiate et de l’opinion. Bachelard (La Formation de l’esprit scientifique, 1938) montre que l’esprit n’est jamais vierge devant le réel : il est encombré d’obstacles épistémologiques — des habitudes de pensée, des images, des évidences premières qui font écran à la connaissance (par exemple croire « naturel » que les corps lourds tombent plus vite). Connaître, c’est d’abord se déprendre de ces obstacles.
D’où la thèse de la rupture épistémologique : la science ne prolonge pas l’opinion, elle rompt avec elle. « L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances » (Bachelard). Il ne suffit pas de corriger l’opinion : il faut la détruire. La science se construit CONTRE le donné sensible et le sens commun, par un effort de rectification permanente. C’est l’exact opposé de l’empirisme naïf (la connaissance qui « sortirait » des faits).
L’objectivité est donc moins l’affaire d’un sujet isolé que d’une communauté : un résultat n’est scientifique que parce qu’il est public, reproductible et soumis à la critique d’autrui. L’objectivité se construit par la méthode et le contrôle intersubjectif (chacun peut refaire l’expérience), non par une prétendue neutralité du regard. Repère en fait / en droit : l’expérience particulière n’est qu’un fait ; elle ne vaut en droit que parce qu’elle est contrôlable par tous.
Comment distinguer une science d’une pseudo-science ? Popper (La Logique de la découverte scientifique, 1934) propose un critère de démarcation : la falsifiabilité (ou réfutabilité). Une théorie est scientifique non pas si elle peut être confirmée, mais si elle peut être réfutée — si elle interdit certains faits, si elle prend le risque du démenti. Une théorie qui « explique tout », qui se confirme quoi qu’il arrive (l’astrologie, la voyance), n’est précisément pas scientifique : son irréfutabilité est sa faiblesse, non sa force.
Conséquence majeure : on ne prouve jamais définitivement une théorie, on peut seulement la réfuter. Aucune accumulation de confirmations ne démontre une loi universelle (le problème de l’induction : « tous les cygnes observés sont blancs » ne prouve pas que tous le sont) ; mais un seul contre-exemple la réfute (un cygne noir). La science progresse par conjectures hardies et réfutations : ses théories ne sont jamais vraies une fois pour toutes, seulement « corroborées » tant qu’elles résistent aux tentatives de réfutation.
tous les cygnes observeˊs sont blancs  ⇏  loi universelle vraiemaisun cygne noir  ⇒  loi reˊfuteˊe\text{tous les cygnes observés sont blancs} \;\not\Rightarrow\; \text{loi universelle vraie} \qquad \text{mais} \quad \text{un cygne noir} \;\Rightarrow\; \text{loi réfutée}tous les cygnes observeˊs sont blancs⇒loi universelle vraiemaisun cygne noir⇒loi reˊfuteˊe

L’asymétrie confirmation / réfutation (le problème de l’induction)

Aucune quantité de cas favorables ne démontre une loi universelle : c’est le problème de l’induction. La logique de la réfutation est asymétrique — une loi universelle ne peut jamais être vérifiée définitivement, mais elle peut être réfutée par un seul contre-exemple. C’est pourquoi, pour Popper, la science procède par conjectures et réfutations : ses théories sont « corroborées » tant qu’elles résistent, jamais prouvées une fois pour toutes.

Exemple corrigé

Réfutabilité et scientificité

« Une théorie qui explique tout est-elle pour autant scientifique ? » Dégagez le problème et argumentez.

  1. 01Dégager le problème

    Spontanément, on juge une théorie d’autant plus solide qu’elle explique davantage de faits. Une théorie qui « explique tout » paraît donc la plus puissante. Mais « expliquer tout » signifie aussi : n’être jamais en défaut, ne jamais pouvoir être contredite. Est-ce une force ou un défaut ?

  2. 02L’attrait trompeur de la puissance explicative

    Certaines doctrines (astrologie, certaines pseudo-sciences) semblent confirmées partout : tout événement « s’explique » après coup. Mais justement, elles ne prévoient rien qu’on puisse démentir : un échec se réinterprète toujours. Leur succès apparent vient de ce qu’elles ne prennent aucun risque.

  3. 03Le critère de Popper : la réfutabilité

    Pour Popper, est scientifique ce qui peut être réfuté — ce qui interdit certains faits et s’expose ainsi au démenti de l’expérience. Une bonne théorie est audacieuse : elle prédit, donc elle risque d’être fausse. L’irréfutabilité n’est pas une vertu mais un signe de non-scientificité.

  4. 04Conclure

    Une théorie qui explique tout n’est donc pas scientifique : son invulnérabilité la place hors du contrôle expérimental. La scientificité ne tient pas à la quantité de confirmations, mais à la capacité de se soumettre à l’épreuve du démenti. Comme le montrait déjà Bachelard, la science se construit contre les évidences faciles, non en s’y confortant.

Résultat : Une théorie qui explique tout n’est pas pour autant scientifique : c’est même le contraire. Ce qui fait la scientificité, c’est la réfutabilité (Popper) — le risque assumé d’être démenti par l’expérience. L’irréfutabilité, loin d’être une force, est la marque de la pseudo-science ; la science avance par conjectures exposées à la réfutation.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : exposer et confronter la rupture épistémologique de Bachelard (la science contre l’opinion, l’obstacle épistémologique) et le critère de falsifiabilité de Popper (est scientifique ce qui peut être réfuté) — deux réponses fortes à « qu’est-ce qui fait la scientificité d’un savoir ? ».
  • Objectif Bac : comprendre l’asymétrie confirmation / réfutation (le problème de l’induction : on ne prouve pas une loi universelle, on peut la réfuter par un contre-exemple) et l’utiliser pour caractériser une pseudo-science par son irréfutabilité — analyse très valorisée en troisième partie.

Erreurs fréquentes

  • Croire que la falsifiabilité signifie qu’une théorie scientifique est « fausse » ou peu fiable : c’est le contraire. Une théorie est d’autant plus scientifique qu’elle prend le risque d’être réfutée par l’expérience ; ce qui n’est pas réfutable (ce qui « explique tout ») est justement non scientifique.
  • Présenter la science comme le prolongement perfectionné de l’opinion (« la science, c’est l’opinion mieux organisée ») : pour Bachelard, il y a rupture, non continuité. L’esprit scientifique se construit contre les évidences premières, qu’il doit détruire, et non en les raffinant.

Révision active

« Une théorie qui explique tout est-elle pour autant scientifique ? » Construisez une dissertation : montrez d’abord l’attrait d’une théorie qui « explique tout », puis pourquoi cette puissance explicative illimitée est suspecte (Popper : l’irréfutabilité disqualifie), enfin ce qui fait réellement la scientificité (le risque du démenti, la rupture avec l’opinion — Bachelard).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

§ 05

Les limites de la connaissance scientifique : la science dit-elle toute la vérité ?#

●●●ApprofondissementLPeduscol-programme-philosophie-terminale

Expliquer / comprendre : ce que la science atteint et ce qui lui échappe

Expliquer / comprendre : la science et ses limitesTableau de 2 colonnes et 4 lignes, Données: La science explique · Ce qu'elle ne tranche pas; le « comment » · le sens, la valeur, la fin; par causes et lois · morale, art, existence; le réel mesurable (en fait) · ce qui doit être (en droit); pourquoi l'eau bout · que dois-je faire ?LA SCIENCE EXPLIQUECE QU'ELLE NE TRANCHEPASle « comment »le sens, la valeur, la finpar causes et loismorale, art, existencele réel mesurable (en fait)ce qui doit être (en droit)pourquoi l'eau boutque dois-je faire ?
Fig. 6La science explique le « comment » des phénomènes (par causes et lois, le réel mesurable — l'ordre du fait) ; elle ne tranche pas les questions de sens, de valeur et de fin (morale, art, existence — l'ordre du droit, de ce qui doit être). Le scientisme réduit à tort la seconde colonne à la première. Limiter la science, ce n'est pas la dévaloriser : c'est la situer.

Points clés

Première limite, interne : la science ne s’achève jamais. Ses théories sont révisables (cf. Popper : elles sont corroborées, jamais prouvées définitivement) et l’histoire des sciences est faite de remises en cause profondes — la physique de Newton, longtemps tenue pour vraie, a été dépassée par la relativité et la physique quantique. La science n’est pas un corps de vérités définitives, mais un processus ouvert de rectification. Sa puissance vient de ce qu’elle accepte de se corriger.
Deuxième limite, d’objet : la science explique, mais ne donne pas le sens. Le repère expliquer / comprendre est ici décisif. Expliquer, c’est rendre raison d’un phénomène par ses causes ou ses lois (« pourquoi l’eau bout-elle ? »). Comprendre, c’est saisir un sens, une signification, une intention (« que veut dire cette douleur, cette œuvre, cette vie ? »). La science explique le « comment » des phénomènes, mais elle ne répond pas aux questions de sens, de valeur ou de fin — qui relèvent de l’existence, de la morale, de l’art, de la métaphysique.
Troisième limite, de domaine : ce n’est pas parce qu’une question n’est pas scientifique qu’elle est dénuée de sens. Les questions « que dois-je faire ? » (morale), « qu’est-ce qui est juste ? » (politique), « la vie a-t-elle un sens ? » (métaphysique) ne se tranchent pas par l’expérimentation, mais elles sont décisives pour l’existence humaine. La science ne dit pas TOUTE la vérité : il y a des vérités (morales, esthétiques, existentielles) qui ne sont pas de son ressort.
Le danger du scientisme. Le scientisme est l’idée que la science peut et doit tout connaître et tout régler, et qu’elle est la seule forme légitime de connaissance. C’est une erreur philosophique : confondre les limites du champ scientifique avec les limites de ce qui a du sens. Reconnaître les limites de la science n’est pas la dévaloriser, mais la situer : la science est souveraine dans son ordre (l’explication du réel mesurable), non dans tous les ordres.
Enfin, la science n’est pas neutre quant à ses usages. Distincte de la technique, elle la nourrit pourtant : « savoir, c’est pouvoir ». Or ce pouvoir engage la responsabilité (questions éthiques de la biologie, du nucléaire, de l’écologie). La science peut dire ce qui EST et ce qui est POSSIBLE (en fait) ; elle ne peut pas dire, à elle seule, ce qui DOIT être (en droit) — repère en fait / en droit. La décision sur les fins relève d’un jugement éthique et politique, que la science éclaire sans pouvoir le remplacer.
la science dit ce qui est et ce qui est possible  (en fait)  ⇏  ce qui doit eˆtre  (en droit)\text{la science dit } \textit{ce qui est} \text{ et } \textit{ce qui est possible} \;(en\ fait) \;\not\Rightarrow\; \textit{ce qui doit \^etre} \;(en\ droit)la science dit ce qui est et ce qui est possible(en fait)⇒ce qui doit eˆtre(en droit)

Le repère en fait / en droit : les limites du dire scientifique

On ne déduit pas une norme d’un simple constat : du fait qu’une chose EST possible (techniquement, biologiquement), il ne suit pas qu’elle DOIVE être faite. La science établit des faits et des possibilités (en fait) ; la décision sur les fins — ce qui doit être — relève d’un jugement éthique et politique (en droit) que la science éclaire mais ne remplace pas. C’est la limite décisive du « savoir, c’est pouvoir ».

Exemple corrigé

La science peut-elle tout connaître ?

« La science peut-elle tout connaître ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.

  1. 01Dégager le problème

    « Tout connaître » peut signifier deux choses : tout connaître du réel mesurable (une question de degré et de temps), ou bien connaître absolument tout ce qu’il y a à connaître (y compris le sens, la valeur, la fin). Le problème est de savoir si le champ de la science coïncide avec celui de la connaissance en général.

  2. 02La puissance légitime de la science

    La science a une ambition et une puissance immenses : par sa méthode (hypothèse, expérimentation, rectification), elle étend sans cesse le domaine du connaissable et corrige ses erreurs. Rien, dans l’ordre des phénomènes mesurables, ne lui est par principe interdit. C’est une connaissance ouverte, progressive et autocritique.

  3. 03Ses limites : révisabilité et objet

    Mais d’abord, la science n’achève jamais : ses théories sont révisables (Newton dépassé par Einstein). Ensuite et surtout, elle explique le « comment » mais ne tranche pas le « pourquoi » du sens : que dois-je faire ? qu’est-ce qui est juste ? la vie a-t-elle un sens ? Ces questions, décisives, ne relèvent pas de l’expérimentation (repère expliquer / comprendre).

  4. 04Conclure

    La science ne peut donc pas tout connaître, non par faiblesse provisoire, mais parce qu’il existe des vérités (morales, esthétiques, existentielles) hors de son champ. Le scientisme confond ces deux ordres. Reconnaître ces limites ne dévalorise pas la science : cela la situe — souveraine dans l’explication du réel, mais non juge des fins et du sens.

Résultat : La science ne peut pas tout connaître : ses théories restent révisables, et surtout elle explique le réel mesurable (le comment) sans pouvoir trancher les questions de sens, de valeur et de fin (le pourquoi existentiel). Il ne s’agit pas de la dévaloriser (ce serait le relativisme) ni de la diviniser (ce serait le scientisme), mais de la situer : la science dit beaucoup, non toute la vérité.

Objectif Bac

  • Objectif Bac : problématiser « la science dit-elle toute la vérité ? » en distinguant rigoureusement expliquer (le « comment », par causes et lois) et comprendre (le sens, la valeur, la fin) — et en montrant que les limites de la science ne signifient pas l’absence de vérité hors de la science.
  • Objectif Bac : critiquer le scientisme (la science n’est pas la seule connaissance légitime) sans tomber dans le relativisme (la science garde sa rigueur et son autorité dans son domaine), et mobiliser le repère en fait / en droit pour distinguer ce que la science établit et ce que l’éthique décide.

Erreurs fréquentes

  • Conclure des limites de la science qu’elle ne vaut « pas plus » qu’une opinion (relativisme) : reconnaître que la science ne dit pas tout n’abolit pas sa rigueur ni son autorité dans son domaine propre. Limiter la science, ce n’est pas la disqualifier, c’est la situer.
  • Confondre « expliquer » et « comprendre » : la science explique des phénomènes par des causes et des lois (le comment), mais ne tranche pas les questions de sens, de valeur ou de fin (le pourquoi existentiel). Réduire toute vérité à la vérité scientifique, c’est précisément le scientisme.

Révision active

« La science peut-elle tout connaître ? » Élaborez un plan : montrez d’abord la puissance et l’ambition légitime de la connaissance scientifique, puis ses limites internes (révisabilité) et d’objet (elle explique mais ne donne pas le sens : repère expliquer / comprendre), enfin pourquoi reconnaître ces limites situe la science sans la dévaloriser (critique du scientisme, repère en fait / en droit).

Rappel actif

Rappelle-toi les points clés — puis révèle.

Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)

Sommaire

Section -- / 05

    • 01Qu’est-ce que la science ? Science, opinion et croyance○
    • 02La démarche expérimentale : observation, hypothèse, expérimentation (Claude Bernard)◐
    • 03Théorie, expérience et mathématisation de la nature◐
    • 04Objectivité, rupture épistémologique et démarcation (Bachelard, Popper)●
    • 05Les limites de la connaissance scientifique : la science dit-elle toute la vérité ?●

0/5 Lues

Des fiches à l'entraînement

La science

Consolide ce thème avec des questions de la banque de questions.

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Compétences
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Références et sources

Sources

Éduscol — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions)

Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale

  • Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019)

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