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La science est l’une des dix-sept notions du programme de philosophie de terminale (voie générale) ; elle est rattachée à la perspective dominante de « la connaissance ». La fiche analyse ce qui distingue la science de l’opinion, de la croyance et de la pseudo-science, reconstruit la démarche expérimentale (observation, hypothèse, expérimentation, théorie — Claude Bernard), interroge le rôle des mathématiques et le rapport de la théorie à l’expérience, puis examine les critères d’objectivité et de démarcation (rupture épistémologique de Bachelard, falsifiabilité de Popper) avant de questionner les limites de la connaissance scientifique. On la travaille avec les repères du programme (expliquer / comprendre, théorie / pratique, hypothèse / conséquence / conclusion, formel / matériel, en fait / en droit).
5sectionsca. 31min de lecture4compétencesNiveauBase 1 · Standard 2 · Approfondissement 2Vérifié · 06/2026
niveau de base
Maîtrisez d’abord les distinctions de base (opinion / science ; croyance / savoir ; les quatre temps de la méthode expérimentale de Claude Bernard) et un exemple précis par thèse : c’est le socle exigible à l’épreuve écrite.
niveau approfondi
Pour viser l’excellence, sachez confronter Bachelard (la rupture épistémologique, l’obstacle) et Popper (la falsifiabilité comme ligne de démarcation), articuler théorie et expérience (le rôle des mathématiques, l’idée de loi), et manier finement les repères (expliquer / comprendre, en fait / en droit, formel / matériel) au service d’une dissertation problématisée sur les limites du savoir scientifique.
Lesetiefe: Approfondi
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Opinion, croyance, science : quatre régimes du « tenir-pour-vrai »
Le passage de l’opinion au savoir
Ce schéma résume la différence de RÉGIME, et non de degré : l’opinion s’arrête à l’affirmation, le savoir y ajoute le « parce que » — une justification (démonstration ou épreuve expérimentale) qui vaut pour tout esprit rationnel. C’est ce « parce que » contrôlable qui fait passer de la doxa à l’épistémè.
« En quoi la connaissance scientifique se distingue-t-elle de l’opinion ? » Dégagez la distinction et illustrez-la.
L’opinion (doxa) est une croyance reçue, non examinée : on l’adopte par habitude, autorité ou apparence (« le Soleil tourne autour de la Terre, je le vois bien »). Elle varie d’un individu à l’autre et ne se justifie pas — elle affirme.
La connaissance scientifique, elle, ne tient un énoncé pour vrai qu’en rendant raison de sa vérité : par démonstration (en mathématiques) ou par mise à l’épreuve réglée (dans les sciences expérimentales). L’héliocentrisme s’impose non parce qu’il est « évident » — il ne l’est pas — mais parce qu’il rend compte des phénomènes de façon contrôlable et universelle.
Là où l’opinion conclut d’emblée, la science avance par hypothèses : elle suppose, en tire des conséquences observables, puis conclut selon l’épreuve. C’est cette exposition au démenti qui sépare l’épistémè de la doxa — et qui manque à la pseudo-science, qui ne confirme jamais que ses succès.
La science ne se distingue donc pas de l’opinion par son sujet, ni par une certitude supérieure, mais par son régime : elle justifie, expose ses énoncés au contrôle et les rend universels. L’opinion croit ; la science sait, parce qu’elle peut en rendre raison.
Résultat : La connaissance scientifique se distingue de l’opinion non par degré (plus de certitude) mais par nature : elle substitue à l’affirmation reçue une justification contrôlable et universelle. Savoir, ce n’est pas croire plus fort, c’est pouvoir rendre raison et accepter d’être démenti.
Erreurs fréquentes
Révision active
« Toute connaissance est-elle scientifique ? » Construisez le plan détaillé d’une introduction : distinguez d’abord les sens du mot « science » (savoir certain / savoir méthodique), puis opposez la connaissance scientifique à l’opinion et à la croyance, et dégagez le problème (y a-t-il des connaissances vraies mais non scientifiques ?).
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)
Le cycle de la méthode expérimentale (Claude Bernard)
Les quatre temps de la méthode expérimentale (Claude Bernard)
Le schéma met en évidence le primat du fait : l’hypothèse (l’idée) ouvre et guide la démarche, mais c’est l’expérience (le fait provoqué et contrôlé) qui, en dernière instance, juge l’idée. La boucle peut recommencer : une conclusion ouvre sur de nouvelles observations. C’est le repère hypothèse / conséquence / conclusion appliqué aux sciences empiriques.
« L’expérience suffit-elle à fonder une connaissance scientifique ? » Montrez, sur un exemple, le rôle respectif de l’observation, de l’hypothèse et de l’expérimentation.
On observe un fait : certains malades atteints d’une carence présentent les mêmes symptômes. L’observation recueille le fait, sans encore l’expliquer. À ce stade, on ne sait rien de la cause : le fait, seul, ne « parle » pas.
Une idée s’impose pour expliquer le fait : et si le manque d’une certaine substance dans l’alimentation était la cause des symptômes ? C’est l’hypothèse — une supposition à éprouver. Elle ne sort pas des faits eux-mêmes : elle est inventée par l’esprit pour les interroger (Claude Bernard : l’idée précède l’expérience).
On construit alors un dispositif : un groupe reçoit la substance, un groupe témoin n’en reçoit pas, toutes choses égales par ailleurs. On ne se contente plus d’observer : on provoque la variation et on compare. La conséquence attendue (« le groupe traité guérit, pas le témoin ») est mise à l’épreuve.
Si seul le groupe traité guérit, l’hypothèse est confirmée (la carence était bien la cause) ; sinon, elle est corrigée ou abandonnée. Ainsi l’expérience ne fonde rien toute seule : elle ne devient probante qu’à l’intérieur d’une démarche guidée par une hypothèse et réglée par la comparaison.
Résultat : L’expérience seule ne suffit pas : sans hypothèse, l’observation reste muette, et sans dispositif comparatif, aucun fait ne prouve une cause. La connaissance scientifique naît de l’articulation des trois — une idée (hypothèse) éprouvée par une expérience réglée (comparaison), où c’est finalement le fait qui juge l’idée.
Comment passe-t-on d’un fait observé à une loi scientifique ? Claude Bernard, dans son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, décrit une méthode en quatre temps. Tout commence par un fait : on observe quelque chose, sans encore l’expliquer.
Mais un fait, seul, reste muet. L’esprit doit inventer une idée pour l’expliquer : c’est l’hypothèse. Attention, elle ne sort pas des faits eux-mêmes — elle les précède et les guide. Sans idée directrice, on ne sait même pas quoi observer.
Pour juger l’hypothèse, on ne se contente plus d’observer : on expérimente. On provoque le fait, on fait varier les conditions, et surtout on compare — un cas où le facteur agit, un cas témoin où il est absent. C’est la comparaison réglée qui rend l’expérience probante.
Enfin, le fait juge l’idée. Si l’expérience confirme la conséquence attendue, l’hypothèse est retenue ; sinon, elle est corrigée ou abandonnée. Et c’est là l’exigence morale de Claude Bernard : garder la liberté d’esprit, accepter le démenti de l’expérience. Le fait commande à l’idée.
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« L’expérience suffit-elle à fonder une connaissance scientifique ? » Construisez un plan : montrez d’abord le rôle de l’observation et de l’expérimentation (Claude Bernard), puis le rôle directeur et indispensable de l’hypothèse (on n’observe pas sans idée), enfin pourquoi l’expérience ne fonde le savoir qu’adossée à une théorie qui la rend lisible.
Rappel actif
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Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)
Sciences formelles et sciences empiriques
Le repère formel / matériel appliqué à la loi physique
Une loi de la physique n’est ni une pure construction de l’esprit (comme un théorème, vrai a priori), ni une simple description de faits : elle noue une forme mathématique (la relation entre grandeurs) à un contenu d’expérience (les mesures qui la confirment). C’est ce nouage du formel et du matériel qui caractérise la science empirique moderne depuis Galilée.
La mathématisation galiléenne : ce que la mesure retient et laisse de côté
« La science n’est-elle qu’une description des faits ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.
Décrire, c’est rapporter fidèlement ce qui est. La science semble bien décrire le réel (les faits, les phénomènes). Mais « décrire » suppose qu’il y aurait des faits tout faits qu’il suffirait d’enregistrer. Le problème est là : la science se contente-t-elle de relever des faits, ou les construit-elle ?
L’empirisme spontané pense que la science part des faits : elle observe, mesure, puis généralise. La loi ne ferait que résumer des observations répétées. La science serait un miroir fidèle du réel, et son objectivité tiendrait à cette fidélité descriptive.
Mais tout fait scientifique est déjà construit par une théorie : c’est elle qui dit quoi mesurer et comment l’interpréter. La mathématisation galiléenne sélectionne le quantifiable (étendue, mouvement) et laisse le vécu qualitatif. La science ne décrit pas le réel tel qu’il se donne : elle le reconstruit dans le langage de la mesure.
La science n’est donc pas une simple description : elle est une construction théorique du réel, qui choisit ses objets, ses grandeurs et son langage. Cette construction n’est pas un défaut — c’est sa force : elle rend la nature calculable, donc explicable et prévisible. Mais elle a un prix : elle ne retient du réel que ce qui est mesurable.
Résultat : La science n’est pas un pur miroir des faits : il n’y a pas de fait brut, tout fait scientifique étant construit par une théorie et un langage mathématique qui sélectionnent le mesurable. La science ne décrit donc pas le réel, elle le reconstruit pour le rendre calculable — gain d’exactitude et de pouvoir prédictif, au prix de l’abandon du qualitatif.
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« La science n’est-elle qu’une description des faits ? » Élaborez un plan : montrez d’abord l’apparente évidence (la science observe et décrit le réel), puis le rôle constructeur de la théorie (il n’y a pas de fait brut ; la mathématisation sélectionne le mesurable), enfin ce que cette construction permet (expliquer et prévoir) et ce qu’elle laisse de côté (le qualitatif).
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Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)
La ligne de démarcation : réfutable / irréfutable (Popper)
L’asymétrie confirmation / réfutation (le problème de l’induction)
Aucune quantité de cas favorables ne démontre une loi universelle : c’est le problème de l’induction. La logique de la réfutation est asymétrique — une loi universelle ne peut jamais être vérifiée définitivement, mais elle peut être réfutée par un seul contre-exemple. C’est pourquoi, pour Popper, la science procède par conjectures et réfutations : ses théories sont « corroborées » tant qu’elles résistent, jamais prouvées une fois pour toutes.
« Une théorie qui explique tout est-elle pour autant scientifique ? » Dégagez le problème et argumentez.
Spontanément, on juge une théorie d’autant plus solide qu’elle explique davantage de faits. Une théorie qui « explique tout » paraît donc la plus puissante. Mais « expliquer tout » signifie aussi : n’être jamais en défaut, ne jamais pouvoir être contredite. Est-ce une force ou un défaut ?
Certaines doctrines (astrologie, certaines pseudo-sciences) semblent confirmées partout : tout événement « s’explique » après coup. Mais justement, elles ne prévoient rien qu’on puisse démentir : un échec se réinterprète toujours. Leur succès apparent vient de ce qu’elles ne prennent aucun risque.
Pour Popper, est scientifique ce qui peut être réfuté — ce qui interdit certains faits et s’expose ainsi au démenti de l’expérience. Une bonne théorie est audacieuse : elle prédit, donc elle risque d’être fausse. L’irréfutabilité n’est pas une vertu mais un signe de non-scientificité.
Une théorie qui explique tout n’est donc pas scientifique : son invulnérabilité la place hors du contrôle expérimental. La scientificité ne tient pas à la quantité de confirmations, mais à la capacité de se soumettre à l’épreuve du démenti. Comme le montrait déjà Bachelard, la science se construit contre les évidences faciles, non en s’y confortant.
Résultat : Une théorie qui explique tout n’est pas pour autant scientifique : c’est même le contraire. Ce qui fait la scientificité, c’est la réfutabilité (Popper) — le risque assumé d’être démenti par l’expérience. L’irréfutabilité, loin d’être une force, est la marque de la pseudo-science ; la science avance par conjectures exposées à la réfutation.
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« Une théorie qui explique tout est-elle pour autant scientifique ? » Construisez une dissertation : montrez d’abord l’attrait d’une théorie qui « explique tout », puis pourquoi cette puissance explicative illimitée est suspecte (Popper : l’irréfutabilité disqualifie), enfin ce qui fait réellement la scientificité (le risque du démenti, la rupture avec l’opinion — Bachelard).
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Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)
Expliquer / comprendre : ce que la science atteint et ce qui lui échappe
Le repère en fait / en droit : les limites du dire scientifique
On ne déduit pas une norme d’un simple constat : du fait qu’une chose EST possible (techniquement, biologiquement), il ne suit pas qu’elle DOIVE être faite. La science établit des faits et des possibilités (en fait) ; la décision sur les fins — ce qui doit être — relève d’un jugement éthique et politique (en droit) que la science éclaire mais ne remplace pas. C’est la limite décisive du « savoir, c’est pouvoir ».
« La science peut-elle tout connaître ? » Dégagez le problème et organisez une réponse argumentée.
« Tout connaître » peut signifier deux choses : tout connaître du réel mesurable (une question de degré et de temps), ou bien connaître absolument tout ce qu’il y a à connaître (y compris le sens, la valeur, la fin). Le problème est de savoir si le champ de la science coïncide avec celui de la connaissance en général.
La science a une ambition et une puissance immenses : par sa méthode (hypothèse, expérimentation, rectification), elle étend sans cesse le domaine du connaissable et corrige ses erreurs. Rien, dans l’ordre des phénomènes mesurables, ne lui est par principe interdit. C’est une connaissance ouverte, progressive et autocritique.
Mais d’abord, la science n’achève jamais : ses théories sont révisables (Newton dépassé par Einstein). Ensuite et surtout, elle explique le « comment » mais ne tranche pas le « pourquoi » du sens : que dois-je faire ? qu’est-ce qui est juste ? la vie a-t-elle un sens ? Ces questions, décisives, ne relèvent pas de l’expérimentation (repère expliquer / comprendre).
La science ne peut donc pas tout connaître, non par faiblesse provisoire, mais parce qu’il existe des vérités (morales, esthétiques, existentielles) hors de son champ. Le scientisme confond ces deux ordres. Reconnaître ces limites ne dévalorise pas la science : cela la situe — souveraine dans l’explication du réel, mais non juge des fins et du sens.
Résultat : La science ne peut pas tout connaître : ses théories restent révisables, et surtout elle explique le réel mesurable (le comment) sans pouvoir trancher les questions de sens, de valeur et de fin (le pourquoi existentiel). Il ne s’agit pas de la dévaloriser (ce serait le relativisme) ni de la diviniser (ce serait le scientisme), mais de la situer : la science dit beaucoup, non toute la vérité.
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« La science peut-elle tout connaître ? » Élaborez un plan : montrez d’abord la puissance et l’ambition légitime de la connaissance scientifique, puis ses limites internes (révisabilité) et d’objet (elle explique mais ne donne pas le sens : repère expliquer / comprendre), enfin pourquoi reconnaître ces limites situe la science sans la dévaloriser (critique du scientisme, repère en fait / en droit).
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Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de philosophie — classe terminale, voie générale (notions) (Éduscol — ministère de l’Éducation nationale) · Programme de l’enseignement de philosophie en terminale générale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale)
Références et sources
Éduscol — ministère de l’Éducation nationale
Bulletin officiel — ministère de l’Éducation nationale