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Troisième thème de l'année en spécialité HGGSP de terminale, « Histoire et mémoires » interroge les rapports entre l'histoire (savoir critique et méthodique sur le passé) et les mémoires (rapports affectifs, sélectifs et identitaires que les groupes entretiennent avec ce passé). La fiche suit l'architecture officielle du programme : une introduction distinguant histoire, mémoire(s) et justice, un Axe 1 sur l'histoire et les mémoires des conflits (la Première Guerre mondiale, la guerre d'Algérie), un Axe 2 sur histoire, mémoire et justice (de Nuremberg au TPIY et aux juridictions gacaca), et un objet de travail conclusif sur l'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes. Pleinement au programme de terminale, ce thème est évaluable à l'épreuve écrite (dissertation et étude critique de document(s)).
5sectionsca. 30min de lecture4compétencesNiveauBase 1 · Standard 3 · Approfondissement 1Vérifié · 06/2026
niveau de base
Maîtrisez d'abord la distinction-clé histoire / mémoire(s) et le vocabulaire fondamental (mémoire collective, lieux de mémoire, devoir de mémoire, loi mémorielle, crime contre l'humanité, génocide, justice transitionnelle), puis une dizaine de repères datés sûrs (1914-1918, 1945-1946 Nuremberg, 1954-1962, 1961 Eichmann, 1987 Barbie, 1993 TPIY, 1994 Rwanda et gacaca, 1995 discours du Vél d'Hiv) : c'est le socle exigible pour la dissertation comme pour l'étude de document.
niveau approfondi
Pour viser l'excellence, sachez tenir ensemble les trois pôles du thème — histoire, mémoire(s), justice — et montrer leurs tensions : une mémoire n'est pas une vérité historique, un procès n'écrit pas l'histoire à la place de l'historien, et l'État peut instrumentaliser le passé. L'objet conclusif sur le génocide des Juifs et des Tsiganes sert d'étude de cas transversale, où s'articulent la connaissance historique, la reconnaissance mémorielle (discours de Chirac, 1995) et la justice (Nuremberg, Eichmann, Barbie).
Lesetiefe: Approfondi
Schriftgröße: Standard
Histoire, mémoire(s), justice : distinguer et relier
« En quoi l'histoire se distingue-t-elle de la mémoire ? » Construisez une réponse organisée appuyée sur des notions précises.
L'histoire est une discipline : l'historien établit des faits à partir de sources qu'il critique (authenticité, fiabilité, point de vue), les contextualise et cherche à expliquer. Sa visée est la connaissance vérifiable et l'objectivité, même partielle ; il accepte la complexité et la nuance.
La mémoire est le souvenir qu'un individu ou un groupe garde du passé : affective, sélective (elle retient et oublie), identitaire (elle fonde un « nous »). Elle se transmet par les récits, les rites, les lieux de mémoire, et change selon les besoins du présent.
Les deux se nourrissent (la mémoire et les témoignages sont des sources pour l'historien) mais aussi s'affrontent (l'historien critique les déformations de la mémoire ; le savoir historique peut heurter une mémoire installée). La mémoire dit « ce que je ressens », l'histoire « ce qui s'est passé et pourquoi ».
Cette distinction protège la liberté de la recherche face aux injonctions mémorielles et aux « histoires officielles », tout en reconnaissant aux victimes leur droit au souvenir. Histoire, mémoire et justice doivent coopérer sans se substituer l'une à l'autre.
Résultat : L'histoire et la mémoire ne se confondent pas : la première est un savoir critique, méthodique et vérifiable sur le passé ; la seconde, un rapport affectif, sélectif et identitaire à ce passé. Elles se nourrissent mutuellement, mais leur distinction est essentielle — elle garantit à la fois la rigueur de la connaissance historique et la légitimité des mémoires et de la justice.
Erreurs fréquentes
Révision active
À partir de vos connaissances, rédigez le paragraphe d'introduction qui distingue l'histoire de la (des) mémoire(s), puis définit les notions de mémoire collective, lieu de mémoire, devoir de mémoire et loi mémorielle, avant d'introduire le troisième pôle du thème — la justice face aux crimes de masse — et d'annoncer la tension centrale : histoire, mémoire et justice se nourrissent mutuellement sans se confondre.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité HGGSP — classe terminale, voie générale (thème 3 : « Histoire et mémoires ») (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme de l'enseignement de spécialité HGGSP de terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)
Une guerre, des mémoires plurielles : l’Algérie
« En quoi la guerre d'Algérie illustre-t-elle un conflit de mémoires ? » Construisez une réponse organisée.
La guerre d'Algérie (1954-1962) oppose la France à l'indépendantisme algérien. Longtemps, l'État français refuse de la nommer « guerre » : il parle d'« événements » ou d'« opérations de maintien de l'ordre ». Ce déni de qualification est déjà un acte mémoriel.
Le conflit produit des mémoires multiples, souvent douloureuses et opposées : anciens combattants français, pieds-noirs rapatriés, harkis (supplétifs algériens de l'armée française), immigrés algériens et leurs descendants, militants de l'indépendance. Chacun porte un récit différent du même passé.
Pendant des décennies, ces mémoires sont refoulées : amnisties, silence officiel, archives fermées. Un lent travail de reconnaissance s'engage ensuite : la France reconnaît officiellement le terme « guerre d'Algérie » en 1999, les archives s'ouvrent progressivement, les historiens documentent les violences.
L'écriture historique (travaux sur la torture, les violences, les harkis) et la reconnaissance mémorielle progressent ensemble, mais restent sensibles et politiquement disputées des deux côtés de la Méditerranée. L'historien éclaire les mémoires sans s'y soumettre.
Résultat : La guerre d'Algérie est un cas exemplaire de conflit de mémoires : un même passé y est porté par des groupes aux récits opposés (harkis, pieds-noirs, anciens combattants, immigrés algériens), longtemps refoulés avant un lent travail de reconnaissance, dont la reconnaissance du terme « guerre » en 1999. Elle montre que l'écriture de l'histoire et le travail mémoriel avancent de pair, sous le regard et parfois la pression des politiques mémorielles.
Erreurs fréquentes
Révision active
Composez le plan détaillé d'une partie de dissertation répondant à : « Comment l'histoire et les mémoires d'un conflit se construisent-elles et s'affrontent-elles ? » Distinguez le temps de la mémoire et celui de l'histoire, appuyez-vous sur la Première Guerre mondiale (mémoire du deuil, monuments aux morts, évolution de l'écriture historique) et sur la guerre d'Algérie (mémoires plurielles et concurrentes, occultation puis reconnaissance, rôle des politiques mémorielles), en plaçant des repères datés précis (1918, 1954-1962, 1999).
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité HGGSP — terminale, voie générale (thème 3, axe 1 : « Histoire et mémoires des conflits ») (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme de l'enseignement de spécialité HGGSP de terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)
Juger les crimes de masse (1945 → aujourd’hui)
« En quoi la justice contribue-t-elle au traitement et à la mémoire des crimes de masse, et avec quelles limites ? » Construisez une réponse nuancée.
Le procès de Nuremberg (1945-1946) juge les dirigeants nazis devant un tribunal militaire international. Il forge la notion de crime contre l'humanité, pose la responsabilité individuelle (l'ordre reçu n'exonère pas) et fonde le droit pénal international. Juger établit des faits et nourrit une mémoire publique.
Le crime contre l'humanité étant imprescriptible, des procès tardifs sont possibles : Eichmann à Jérusalem (1961), qui révèle les rouages bureaucratiques de l'extermination, et Barbie en France (1987), premier condamné français pour crime contre l'humanité. Ces procès ravivent et transmettent la mémoire.
Face aux crimes des années 1990, l'ONU crée le TPIY (1993) pour l'ex-Yougoslavie. Au Rwanda, après le génocide des Tutsi (1994), l'ampleur du nombre d'accusés conduit à réactiver les juridictions gacaca, exemple de justice transitionnelle visant l'aveu, la réparation et la réconciliation.
La justice rend justice aux victimes et établit des faits, mais elle a ses limites : elle est lente, parfois partielle, et surtout elle ne se confond pas avec l'histoire — le juge tranche une responsabilité, l'historien explique. La réconciliation reste difficile et inachevée.
Résultat : Juger les crimes de masse — de Nuremberg (1945-1946) aux tribunaux internationaux (TPIY, 1993) et à la justice transitionnelle rwandaise (gacaca, après 1994) — rend justice aux victimes, établit des faits et nourrit la mémoire collective. Mais la justice ne se substitue pas à l'histoire : elle articule droit, mémoire et vérité sans dire le passé à la place de l'historien, et ses résultats demeurent partiels.
Erreurs fréquentes
Révision active
Rédigez un paragraphe argumenté montrant comment la justice contribue à traiter les crimes de masse et à en construire la mémoire, tout en distinguant son rôle de celui de l'historien : appuyez-vous sur le procès de Nuremberg (1945-1946) et la naissance du crime contre l'humanité, les procès tardifs permis par l'imprescriptibilité (Eichmann 1961, Barbie 1987), la création du TPIY (1993), et la justice transitionnelle au Rwanda après le génocide de 1994 (juridictions gacaca).
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité HGGSP — terminale, voie générale (thème 3, axe 2 : « Histoire, mémoire et justice ») (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme de l'enseignement de spécialité HGGSP de terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)
Génocide des Juifs et des Tsiganes : histoire, justice, mémoire
Étude critique de document : à partir d'un extrait du discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995, montrez ce qu'il révèle de l'évolution des mémoires françaises du génocide des Juifs et mettez-le en perspective.
Le document est un discours officiel prononcé par le président Jacques Chirac le 16 juillet 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vélodrome d'Hiver (juillet 1942), au cours de laquelle l'État français de Vichy a organisé l'arrestation de milliers de Juifs livrés à la déportation. C'est une source mémorielle et politique, non un travail d'historien.
Pour la première fois, un président reconnaît officiellement la responsabilité de l'État français dans la persécution et la déportation des Juifs. Le discours rompt avec le mythe résistancialiste, qui présentait la France comme massivement résistante et imputait les crimes au seul occupant nazi. Il marque un tournant dans la mémoire nationale.
Cette reconnaissance s'inscrit dans une évolution longue : la construction historique du savoir sur la Shoah (archives, témoignages, œuvres comme « Shoah » de Lanzmann en 1985) et le travail judiciaire (Nuremberg 1945-1946, Eichmann 1961, Barbie 1987, fondé sur l'imprescriptibilité). Histoire, justice et mémoire convergent vers la reconnaissance.
Un discours commémoratif relève de la mémoire et de la politique, non de la démonstration historique : il faut en évaluer la portée sans le confondre avec une preuve. Il convient aussi de rappeler que la mémoire du génocide des Tsiganes (Porajmos) est restée plus longtemps marginalisée et reste plus fragile.
Résultat : Le discours du Vél d'Hiv de 1995 est un document mémoriel majeur : il acte la reconnaissance officielle de la responsabilité de l'État français de Vichy et rompt avec le mythe résistancialiste. Replacé dans la longue durée — construction historique du savoir sur la Shoah, justice fondée sur l'imprescriptibilité du crime contre l'humanité —, il illustre le passage d'une mémoire occultée à une mémoire reconnue et transmise, tout en rappelant la place encore fragile de la mémoire des Tsiganes.
Erreurs fréquentes
Révision active
Entraînez-vous à l'étude critique de document : à partir d'un extrait du discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 (commémoration de la rafle du Vél d'Hiv), montrez ce que ce document révèle de l'évolution des mémoires françaises du génocide des Juifs — rupture avec le mythe résistancialiste, reconnaissance de la responsabilité de l'État français de Vichy — puis mettez-le en perspective avec l'histoire (construction du savoir sur la Shoah) et la justice (Nuremberg, Eichmann, Barbie, imprescriptibilité), sans oublier la mémoire plus tardive des Tsiganes.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité HGGSP — terminale, voie générale (thème 3, objet conclusif : « L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes ») (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Programme de l'enseignement de spécialité HGGSP de terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) (Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale)
Analyser un document mémoriel
« Histoire et mémoires : l'historien doit-il se soumettre aux mémoires ? » Dégagez une problématique et proposez un plan détaillé.
« Histoire » = savoir critique et méthodique de l'historien. « Mémoires » (au pluriel) = rapports affectifs, sélectifs et pluriels au passé, portés par des groupes. « Se soumettre » interroge le rapport de pouvoir : la recherche doit-elle obéir aux demandes mémorielles, aux lois mémorielles, aux usages politiques du passé ?
On peut poser : comment l'historien peut-il prendre en compte les mémoires (les écouter, les expliquer) sans s'y soumettre ni renoncer à sa rigueur critique ? La réponse ne sera ni « l'histoire ignore les mémoires » ni « l'histoire obéit aux mémoires », mais une articulation des deux.
I. Les mémoires sont une source et un objet pour l'historien, qui doit les écouter et les étudier (mémoires plurielles d'un conflit : Grande Guerre, guerre d'Algérie). II. Mais l'historien ne saurait s'y soumettre : il critique, contextualise et résiste aux « histoires officielles » et aux lois mémorielles (justice, usages politiques du passé). III. Étude de cas : le génocide des Juifs et des Tsiganes, où histoire, justice et mémoire coopèrent sans se confondre (de l'occultation à la reconnaissance, discours de 1995).
Placer des dates et noms sûrs dans chaque partie : 1914-1918 et 1954-1962 en I ; 1945-1946 (Nuremberg), 1993 (TPIY), 1994 (Rwanda, gacaca) en II ; 1961 (Eichmann), 1987 (Barbie), 1995 (Vél d'Hiv) en III. Nommer les notions : mémoire collective, lieu de mémoire, loi mémorielle, crime contre l'humanité, génocide, justice transitionnelle.
Résultat : Le sujet appelle un plan qui articule histoire et mémoires plutôt que de les opposer : I. les mémoires comme source et objet de l'histoire, II. l'indépendance critique de l'historien face aux mémoires, à la justice et aux usages politiques, III. l'étude de cas du génocide des Juifs et des Tsiganes. La problématique guide la démonstration, et la conclusion y répond : l'historien doit prendre les mémoires au sérieux sans jamais s'y soumettre.
Erreurs fréquentes
Révision active
Entraînez-vous à problématiser : pour le sujet « Histoire et mémoires : l'historien doit-il se soumettre aux mémoires ? », rédigez une introduction complète (accroche, définition des termes histoire / mémoire(s), problématique, annonce de plan), puis proposez un plan détaillé en trois parties articulant la distinction histoire/mémoire (introduction du thème et conflits de mémoire, Axe 1), le rôle de la justice et des usages politiques du passé (Axe 2), et l'étude de cas du génocide des Juifs et des Tsiganes (objet conclusif), en plaçant au moins quatre repères datés précis.
Rappel actif
Rappelle-toi les points clés — puis révèle.
Sources : Programme de spécialité HGGSP — terminale, voie générale (épreuve : dissertation et étude critique de document(s)) (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale) · Épreuve de spécialité HGGSP — définition et modalités (Éduscol) (Éduscol — ministère de l'Éducation nationale)
Références et sources
Éduscol — ministère de l'Éducation nationale
Bulletin officiel — ministère de l'Éducation nationale